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Togo: dilemme de fin de règne, improbable dialogue

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En cinq mois, les lignes se sont radicalisées et les chances d’un dialogue « sincère entre les deux parties » s’amenuisent. Afrotribune vous présente en quatre points les raisons qui peuvent justifier l’absence d’une solution à la crise togolaise.

Position « Faure »

Sa place est menacée, les populations réclament son départ et l’opposition ne souhaite pas le voir se présenter à la prochaine présidentielle. Mais Faure Gnassingbé s’exprime peu sur le fond de la crise. Il s’est toujours gardé de donner clairement sa position sur les principales revendications de la population. « Nous ne sommes pourtant pas dupes », affirme Jean-Pierre Fabre. Son collègue Dodji Apevon estime de son côté que le chef de l’État est dans une dynamique de conservation de pouvoir.

Des acteurs de la société civile regrettent de leur côté que le chef de l’État ne prenne pas ses responsabilités pour dénouer la crise. Le silence de Faure Gnassingbé est soutenu par les déclarations de ses soutiens. Autour du président, de nombreux conseillers soucieux de préserver « le trône du prince », mais également de conserver leurs privilèges. La crise voit ainsi des conseillers spéciaux et des ministres tenir des discours intransigeants. En réalité, beaucoup d’entre eux ont à perdre si Faure Gnassingbé venait à quitter le pouvoir. « Ils ne veulent pas perdre leur privilège », s’indigne un militant de l’opposition. Cinq mois après le début de la crise, tout porte à croire que Faure Gnassingbé mise sur un essoufflement de l’opposition pour renforcer son pouvoir.

Opposition prudente

S’il est vrai que la crise en cours est un précédent, on peut aussi constater que l’opposition semble être sûre de ses actions. Les partis ne font pas montre de tâtonnements et de querelles internes. L’opposition ne veut surtout plus « se faire avoir », commentent les journaux proches d’elle. Il s’agit en effet pour Jean-Pierre Fabre et ses autres collègues de tenir la dragée haute au pouvoir. Pas moyen pour eux de céder face au gouvernement qui semble désormais contrôler la situation.

« Le contexte a changé », soutient Brigitte Adjamagbo, coordinatrice de la coalition. Une manière pour l’opposante de « rassurer que les quatorze partis de la coalition entendent aller au bout de leur combat ». D’autant plus que pour certains analystes politiques, la coalition de l’opposition semble prise en otage par ses militants. Une situation, expliquent-ils, qui oblige les opposants de Faure Gnassingbé à concorder à tout prix leurs positions avec les « revendications de leurs militants ».

Armée « partisane »

La Commission-vérité, justice et réconciliation (CVJR) avait soulevé la nécessité pour le pays d’avoir une armée républicaine. Ce n’est malheureusement pas le cas plus de quatre ans après les recommandations de cette commission. Même si elle ne s’est pas montré au-devant de la scène ces dernières années, la grande muette s’est distinguée depuis août par des répressions à Lomé et dans d’autres villes du Togo. D’autres militants ont même été « fessés et battus » dans leur domicile.

Cette situation est dénoncée par des défenseurs des droits de l’homme. Mais pour plusieurs observateurs, l’armée reste un allié du chef de l’État. Ce dernier ayant pris l’habitude de nommer à des postes stratégiques des hauts gradés issus de la même région que lui. Il y a quelques mois, l’armée avec à sa tête le chef d’État-major a réaffirmé son soutien à Faure Gnassingbé. « Les généraux ne sont pas prêts à lâcher le chef de l’État », croit savoir un ancien ministre.

« Il faut surtout comprendre que c’est l’armée qui a installé l’actuel chef de l’État au pouvoir », rappelle un politologue. « C’est elle qui continue de tout contrôler », ajoute-t-il. Les opposants au pouvoir reprochent de ce fait à une partie de l’armée « de choisir le camp de l’oppresseur ». À moins d’une surprise ou d’une forte pression de la rue, le scénario d’une armée qui décide de ne plus protéger un chef d’État vivement contesté par ses compatriotes n’est pas envisageable au Togo.

Néanmoins certains corps habillés dénoncent en coulisse quelques pratiques anti-démocratiques du pouvoir. Ils reprochent également à l’opposition de ne pas tenir un discours « rassurant » à l’égard de l’armée. « Que fera-t-elle de nous si elle arrive au pouvoir ? », s’interrogent-ils.

Militants résilients

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La rue n’a jamais autant grondé au Togo. En plus de la capitale, presque tous les chefs-lieux des régions du pays ont rejoint « la danse démocratique ». Des manifestations sont enregistrées dans les autres villes du pays, notamment au nord. Et dans les villes où le gouvernement a interdit les manifestations, des militants de l’opposition parcourent de longues distances pour rejoindre d’autres villes et manifester. D’autres rentrent le soir, « totalement épuisés » après les manifestations, mais sont prêts à « battre le pavé » le lendemain. C’est en cela que des analyses s’accordent à dire que la lutte politique au Togo connaît un tournant.

Point important à souligner, la colère des militants qui regrettent que les lignes ne bougent pas malgré que la crise dure. Ils deviennent plus exigeants en exprimant leur indignation envers le pouvoir. En plus de vingt manifestations, la mobilisation a parfois faibli. Mais pour un membre du mouvement Nubueke de la société civile, la possibilité de voir « les manifestants s’essouffler » est encore loin. « Les Togolais ont compris que le changement tant souhaité sera le fruit de leurs efforts », explique-t-il. Avant de rappeler : « on s’est déjà fait avoir à plusieurs reprises par les acteurs politiques. Les choses ont maintenant changé. Cette lutte prendra le temps qu’il faut ».

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