Accueil Politique Elections Togo: ces vétérans qui vont conclure la lutte démocratique [Portraits]

Togo: ces vétérans qui vont conclure la lutte démocratique [Portraits]

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Togo Opposition

Les travaux du dialogue politique au Togo ont débuté ce 19 février 2018, soit six mois jour pour jour que les (nouvelles) luttes de l’opposition pour les réformes politiques ont repris.

Annoncée dans un premier temps par le président Guinéen Prof Alpha Condé sur la fin de mois de janvier, cette discussion avortée a désormais débuté sous la facilitation du président ghanéen Nana Akuffo Addo.

A la table de discussion en ce premier jour de dialogue, 7 membres de la coalition des 14 partis de l’opposition, groupe formé au lendemain du succès insoupçonné de la manifestation désormais historique du Parti National Panafricain (PNP). Ce groupe réclame principalement le retour à la constitution originelle de 1992 qui impliquerait un départ du président Faure Gnassingbé en 2020 à la fin de son 3e mandat.

Mais à la table de discussion ce lundi, remarque notable, l’absence de M. Tikpi Atchadam, le fer-de-lance de ces dernières manifestations. Lui, qui est considéré comme vivificateur d’une opposition en manque de motivation avant ce mois d’août 2017. Et malgré ce statut, depuis quelque temps le leader du PNP ne fait plus d’apparitions publiques, craignant pour sa « sécurité ».

Toutefois, l’opposition se fera défendre et peut compter sur le chef de file de l’opposition, Jean-Pierre Fabre, l’homme fort du Combat pour l’Alternance politique en 2015 (CAP2015). Il sera avec le président du Parti socialiste républicain (PSR), Prof Komi Wolou, Me Yawovi Agoyibo du parti historique et le plus vieux du groupe, Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), Me Dodji Apévon des Forces démocratiques pour la République (FDR), Me Tchassona Traoré du Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement (MCD), Dr Kossi Sama, secrétaire du PNP et Antoine Foly de l’Union des démocrates socialistes (UDPS).

Jean-Pierre Fabre

Le Chef de file de l’opposition pèse bien de son poids à cette discussion. Lui, qui réclamait depuis l’annonce de ce dialogue des mesures d’apaisement telles que la libération des détenus politiques dans le cadre des manifestations de l’opposition et des incendies des deux marchés de Lomé et de Kara, a finalement gain de cause.

Apôtre de la méthode de pression par les rues depuis le lendemain des élections présidentielles au Togo en 2010, Jean-Pierre peut se réclamer son statut de chef de file de l’opposition avec orgueil, tant il faut reconnaitre à l’homme sa témérité et sa détermination. Ces caractéristiques ont été importantes lors de l’appel du leader du PNP, Tickpi Atchadam, à se joindre à lui pour « achever la lutte » suite aux manifestations troublées du 19 août.

S’il a, à un moment réclamé la démission de M. Faure Gnassingbé, Jean-Pierre Fabre est désormais déterminé à bouleverser l’ordre des choses par le dialogue.

Prof Komi Wolou

Prof Komi Wolou représentera le Parti socialiste républicain (PSR), parti dont il est le coordonnateur. Il a rejoint dans les premières heures les partis ayant fait le choix de manifester et Prof Wolou n’est pas inconnu du monde politique aujourd’hui. Il le martèle sans cesse que l’ethnie est le « mal qui gangrène la société togolaise et que personne n’a osé aborder avec courage jusqu’à ce jour ».

L’actuel doyen de la faculté de Droit à l’université de Lomé l’a toujours clamé à qui voudra le comprendre qu’au Togo, existe manifestement un problème ethnique qui pèse négativement sur la politique.

En début d’année dernière, le juriste de renom qui dirige le CAPA (Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat), lors d’une conférence de presse, a fait l’analyse de la situation actuelle du pays. Pour lui, le Togo « n’est pas sur la bonne voie. » Et d’ajouter, « le Président de la République fait comme si le monopole de prise de décision n’appartient qu’à lui seul. » Il a à ses yeux, il une raison de lutter.

Me Yawovi Agoyibo

Maitre Yawo Agboyibor aura marqué la politique togolaise au-delà des critiques dont il est souvent affublé. Leader du comité d’Action pour le Renouveau (CAR) qu’il a fondé, « le bélier noir » (de l’éwé Agbo Yibor) est un colosse de la politique togolaise. Une expérience ambulante dans l’opposition. Une source de sagesse dont use sans doute avec modération la coalition des 14 partis.

Du haut de ses 74 ans, ce n’est pas aujourd’hui exagéré de dire que Me Agboyibo renait de ses cendres. Alors que la fin de sa carrière politique a été annoncée depuis, l’homme a repris les rênes du CAR depuis 2016. Malgré son âge avancé, l’un des plus célèbres avocats en Afrique francophone participe désormais à toutes les manifestations politiques organisées par les partis de l’opposition.

L’ancien premier ministre est néanmoins souvent chargé d’avoir échoué dans la réalisation de l’Accord politique global signé en 2006 à la suite duquel le leader du CAR avait été désigné responsable du gouvernement. Un accord qui avait suggéré que des réformes constitutionnelles et institutionnelles soient opérées pour un apaisement du climat politique au Togo au lendemain des crises postélectorales de 2005.

Me Dodji Apévon

Jusqu’à ce que le FDR (Forces Démocratiques pour la République), le 110e parti politique au Togo, soit mis sur les fonts baptismaux, Me Dodji Apévon était rattaché au CAR qu’il a dirigée pendant plusieurs années avant de tomber en disgrâce auprès de son mentor, Yawovi Agboyibor.

Avocat de formation, il est un ancien membre du Comité d’Action pour le Renouveau, parti historique de l’opposition. Considéré comme un opposant « modéré », il exige lui aussi malgré tout « un renouvellement des choses ». Il peut se montrer parfois radical. En septembre dernier, il n’a pas hésité à quitter l’hémicycle avec d’autres collègues pour protester contre le vote du projet de loi de réforme constitutionnelle envoyé par le gouvernement.

Antoine Folly

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Il est l’un de ceux qui ont réclamé dès les premières heures le retour à la constitution originelle de 1992, même si sa voix n’avait pas beaucoup porté. En 2011, alors que dans l’opposition le son de cloche ne parlait que de l’opération des réformes constitutionnelle et institutionnelle, Antoine Folly, alors secrétaire général de l’UDPS (Union des démocrates Socialistes) déclarait, comme une prophétie : « il faut revenir à la Constitution de Constitution de 1992, ensuite seulement on peut envisager les évolutions à y apporter ».

Aujourd’hui, ce refrain est repris par les ténors de l’opposition et la question sera bien entendu au cœur des discussions. En effet connu dans le domaine de sport, notamment le football où il a eu à présider le comité de normalisation de la Fédération togolaise de Football, l’homme a également déjà été ministre des Sports au Togo. Pour lui, il faut régler « cette anomalie que nous vivons depuis 50 ans ».

Me Tchassona Traoré

Candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2015, l’homme a néanmoins, contrairement à nombre d’opposants togolais, cette expérience pas des moindres.

Le Chevalier de l’Ordre du Mono (ordre honorifique togolais) s’est toujours montré modéré dans la lutte politique togolaise. D’ailleurs, depuis le début de l’année l’homme s’est montré persuadé d’une paisible sortie de crise à la suite d’un dialogue. Engagé pour la bonne gouvernance et la démocratie au Togo, il est lui aussi convaincu de l’aspiration des milliers de manifestants togolais pour l’ancrage de ces deux valeurs et pour un retour à la Constitution de 1992. Il veut également lutter contre la « misère endémique ».

Dr Kossi Sama

Le secrétaire général du Parti national panafricain (PNP) a passé une bonne partie de son temps en prison depuis qu’il s’est fait découvrir par le public togolais. Arrêté au lendemain de la première manifestation du 19 août, il ne sera relaxé que 3 mois après.

Dans un contexte où le parti fait l’objet de préjugés ethnocentriques, c’est ce fils du sud du Togo qui est désigné pour représenter le PNP aux discussions. A l’image de son parti, le crédo de Dr Kossi Sama est on ne peut plus clair : retour à la constitution de 1992 et obtenir le vote de la diaspora.

 

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