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Togo: l’écho de la chute de Robert Mugabé [Synthèse]

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Muagbe

Au Togo, la chute de Robert Mugabé, celui qui est tombé en disgrâce à Hararé au Zimbabwe, inspire l’opposition politique. À l’annonce de sa démission le 22 novembre, les acteurs politiques togolais n’ont pas manqué le jeu des analogies.

Au Togo, désormais ce n’est plus que sous le prisme de la chute de Blaise Compaoré au Burkina en 2014 qu’on se permet de décrypter l’actualité sociopolitique du pays. Robert Mugabé, 93 ans, dont 37 passés au pouvoir, a connu ce qu’on imaginait pour le moins probable il y a encore quelques mois en arrière.

S’il est vrai que l’économie du pays a longtemps commencé par plomber, laissant environ 80% de la population sous le seuil de l’extrême pauvreté, jusqu’à ce 15 novembre, le plus vieux chef d’État en exercice dans le monde bénéficiait toujours de la clémence de sa lutte pour l’indépendance du pays en 1980.

Désormais, depuis ce 21 novembre c’est un sentiment de liesse dans les rues à Hararé. La chute du colosse Mugabé s’annonce comme une libération. Une alternance, dont on rêve depuis des années au Togo encore.

 Au Togo, la (re)conquête de l’armée

Depuis l’annonce du renversement militaire au Zimbabwe ce matin du 15 novembre alors que l’opposition togolaise s’apprêtait à commencer le lendemain sa nouvelle série de 3 jours de manifestation, l’armée togolaise est aussi au centre des attentions. Les hommes habillés sont convoités. Il faut dire qu’en réalité l’armée togolaise est très impliquée dans l’actuelle crise au Togo où des affrontements avec civils ont déjà occasionné plus d’une dizaine de morts.

Chérie par le Chef de l’Etat lors de sa récente visite au camp militaire de Témédja, dans un discours que les opposants veulent une incitation à la haine contre la population, l’armée est convoitée par l’opposition également. Sur ce sujet, Brigitte Adjamagbo, semble prendre le devant. Elle a lors des dernières manifestations de l’opposition, manifesté une position selon laquelle, le vent du changement qui a soufflé sur le Zimbabwe devrait également souffler au Togo.

« Nous sommes tous des Togolais, notre armée est la nôtre. Nous avons les mêmes problèmes, nous avons les mêmes aspirations à la démocratie, les aspirations au bien-être », a dit l’opposante avant d’ajouter, plus clairement, « nous voulons que l’armée togolaise se batte aussi avec nous. Nous avons été émus de voir comme je viens de le dire hier qu’au Zimbabwe, l’armée et les populations civiles étaient tous dans la rue en train de danser et de montrer leur aspiration au changement.

C’est ce que nous voulons au Togo. » Des mots qui ne laissent pas indifférents le ministre de la Sécurité et de la protection civile, Yark Damehane. Celui-ci a, le soir même des fleurs lancées par Mme Adjamgbo, tenu à rappeler devant les médias que « l’armée restera républicaine ». Il a ensuite ajouté : « qu’ils [le groupe des 14, ndlr] ne rêvent pas que les militaires seront de leur côté. Les militaires sont fidèles aux institutions de la République. Ils font partie d’une armée républicaine qui assure la sécurité de tous les Togolais. »  Les messages de l’opposante ont ainsi un minimum d’effet garanti.

En effet, l’alternance zimbabwéenne est la preuve au Togo que l’armée n’est pas une « institution » totalement acquise. Le pouvoir de Lomé 2 a de quoi mettre de sa part aussi le maximum de paquets, même si on se rappelle facilement au Togo le rôle des corps habillés dans l’avènement de Faure Gnassingbé au sommet de l’État depuis 2015, et plus généralement dans la vie politique du Togo principalement à partir de 1963. Comme ailleurs en Afrique dans beaucoup de pays encore, l’armée au Togo est faiseur de présidents.

Mais s’il est vrai que le cas zimbabwéen inspire certains opposants, d’autres n’y voient pas comparaison. Au rang de ceux-ci, l’ex-officier des Forces armées togolaises convertit en opposant politique et leader du parti le Nouvel engagement togolais. L’opposant Gerry Tama a réagi via un post Facebook par rapport aux rapprochements faits par certains de ses compagnons.

Celui qui s’est soustrait des opérations que mène le groupe des 14 se montre pessimiste de voir le scénario zimbabwéen se reproduire au Togo.

Pour l’heure, la seule issue pacifique semble être le dialogue. Toutefois, à ce jour le bras de fer reste tendu et l’opposition souhaite adjoindre les discussions aux pressions de rues qui secouent visiblement le pouvoir de Lomé, afin de garder la population active et maintenir au même moment la pression. Sans forcément nommer le vœu d’un renversement militaire à l’image de celui zimbabwéen qui au final, est profitable à l’ex-vice-président Emmerson Mnangagwa, les opposants rêvent secrètement d’une telle situation, autre moyen de voir enfin réalisée leur aspiration.

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