Catégorie : Gouvernance

  • Eduardo do Santos: le lourd passif de 38 ans de règne [Grand Angle]

    Eduardo do Santos: le lourd passif de 38 ans de règne [Grand Angle]

    L’ombre de Jose Eduardo do Santos plane toujours sur l’Angola qu’il a dirigé pendant près de quatre décennies.  Joao Lourenço.

    Le limogeage d’Isabel dos Santos à la tête de la compagnie pétrolière nationale le 15 novembre a surpris plus d’un. Annoncée par le nouveau chef de l’État, le départ de la fille aînée de l’ex-président Eduardo do Santos de la présidence du conseil d’administration de la Sonangol a suscité des commentaires dans les arcanes du pouvoir. « Il a fait partir la princesse, l’intouchable », lâche avec étonnement un étudiant en sciences politiques à Luanda. Accusée de népotisme et de corruption, Isabel do Santos subit la foudre de Joao Lourenço qui avait promis durant les campagnes relancer l’économie du pays à travers des « décisions fortes ». Mais beaucoup ne s’attendait pas à ce que le chef de l’État « touche » à celle qui est considérée comme la femme la plus riche du continent. Le plus surprenant, c’est que Joao Lourenço a nommé à la tête de Sonangol Carlos Saturnino, ancien secrétaire d’État au Pétrole, un personnage pas très aimé dans le cas do Santos.

    La décision était inattendue. D’autant plus que le nouveau chef de l’État est réputé être proche de Jose Eduardo do Santos qui a dirigé le pays pendant près de quarante ans. Général à la retraite, Joao Lourenço a été adoubé par l’ancien chef de l’État. « C’est un fidèle d’Eduardo do Santos. Il a toujours fait partie de ses hommes de confiance », fait savoir un spécialiste du pays. Ce dernier explique que pour cette raison le nouveau président dirige sous l’influence de son mentor. Il lui sera impossible de réaliser le « miracle économique » qu’il a promis et de lutter réellement contre la corruption. Pour Luaty Beirao, rappeur engagé, opposé au pouvoir depuis plusieurs années, « Joao Lourenço gouverne sous tutelle. Il ne peut pas se défaire d’Eduardo do Santos ».

    Mainmise

    Dans la capitale angolaise, les avis se concordent sur l’absence d’une marge de manœuvre pour le nouveau président qui ne peut pas changer les choses. En réalité, malgré le départ de Jose Eduardo do Santos du pouvoir, son ombre plane toujours sur les grandes décisions du pays. Cela vient de ses trente-huit ans de règne. L’ancien chef de l’Etat reste très écouté au sein de l’armée et il est difficile que de grandes décisions se prennent sans son avis. Avant son départ, il a pris le soin de faire voter une loi réduisant les pouvoirs de son successeur. En exemple, ce dernier ne dispose pas de toute la latitude pour désigner les responsables des services de sécurité comme c’était le cas.

    Le parti au pouvoir le MPLA avait voté en juillet dernier au Parlement une loi garantissant le maintien à leur poste des dirigeants de l’armée, de la police et des services de renseignements jusqu’en 2025. Réputés tous proches de Jose Eduardo do Santos, ces derniers ne peuvent pas être inquiétés par le nouveau président. Sauf s’ils sont condamnés pour un crime ou s’ils dépassent la limite d’âge requise pour leur poste. Une autre loi accordant des privilèges à l’ancien chef de l’État a aussi été votée. Eduardo do Santos a depuis septembre droit à un chauffeur, des gardes du corps ainsi qu’une pension équivalente à 90 % de son salaire. La loi votée prévoit aussi que l’ancien président ne peut être poursuivi que pour des actes étrangers à l’exercice de sa fonction. « Il a géré l’Angola de façon opaque. Il s’est ensuite mis l’abri de la justice », regrette un député de l’UNITA, parti d’opposition.

    Affirmation

    Les détracteurs de Joao Lourenço, général à la retraite, estiment qu’il reste influencé par l’aura de l’ancien président. « Lourenço sait qu’il lui doit beaucoup. Il va souvent le consulter pour de grandes décisions », souligne un chercheur de l’université de Luanda. A ce titre le nouveau président a souvent lui-même rappelé durant les campagnes tout faire pour continuer « l’œuvre d’Agostinho Neto et du président do Santos ». Autre élément de l’influence de l’ancien président, la puissance économique des do Santos. Très fortunée, la famille de l’ancien homme fort de l’Angola contrôle plusieurs sociétés du pays qui brassent des millions. Si Isabel do Santos est limogé de la Sonangol, elle dirige malgré tout des entreprises qu’elle a créées. Son frère José Filomeno contrôle lui une partie des finances angolaises. Il dirige en effet le fonds souverain du pays.

    Depuis sa prise de fonction, des rumeurs ont fait état de mésentente entre Lourenço et do Santos. Elles ont été démenties par des proches du nouveau chef de l’État qui ont évoqué de bonnes relations entre les deux hommes. Mais le limogeage d’Isabel do Santos de la Sonangol peut-il être lu comme une déclaration de guerre de Lourenço à son mentor ? « Pas sûr », coupe court un journaliste de Radio Ecclesia basée à Luanda. Un de ses confrères renchérit : « Lourenço s’affirme, il cherche une légitimité, il veut s’imposer. Mais il connaît ses limites ».

     

     

     

  • Togo: les contours du dialogue se dessinent [Synthèse]

    Togo: les contours du dialogue se dessinent [Synthèse]

    Au Togo, le dialogue finalement annoncé par le gouvernement est attendu comme solution à la crise qui secoue le pays depuis trois mois. Ce mardi, l’opposition a rencontré un émissaire du Chef de l’État ghanéen, Albert Kan-Dapaah pour, dit-il, « discuter des contours du dialogue ».

    C’est au détour d’un conseil des ministres tenu ce 6 novembre que le gouvernement togolais a dû, par un communiqué annoncer des mesures prises visant à apaiser la tension palpable depuis presque 3 mois. Au rang de ces mesures prises et qui « pousseront les acteurs politiques à la retenue et au sens des responsabilités afin de sauvegarder la paix et la cohésion nationale », il y a la libération de 42 personnes interpellées jugées et condamnées par diverses juridictions du pays. De même que la restitution des motocyclettes saisies, la levée du contrôle judiciaire contre Jean-Pierre Fabre dans l’affaire des incendies des marchés de Lomé et de Kara.

    La principale décision saluée principalement par les chancelleries étrangères qui suivent de près cette crise est l’annonce de l’ouverture prochaine d’un dialogue inter togolais. Depuis ce mardi, si on ne connait toujours pas la date du dialogue, un pas vers ce dialogue a été fait. Pour le ministre ghanéen Albert Kan-Dapaah dépêché à Lomé pour amorcer les travaux, il est convaincu qu’après discussion avec le pouvoir, il trouvera un consensus sur le « quand, comment et où » du dialogue.

    Inévitable dialogue

    Ce dialogue réclamé de façon « immédiate » par la France à travers son ambassade peut en effet ne pas être proche. L’ambassadeur Marc Vizy avait pourtant salué l’acte qui devrait contribuer à une décrispation de la situation politique, alors que l’opposition en étant en général favorable au dialogue ne se désarme pas. « On a noté avec satisfaction le communiquer que le gouvernement. On espère que tout le monde saisira cette main tendue et que le dialogue s’instaurera pour sortir de cette crise. On espère qu’à l’issue du dialogue qui va s’instaurer, une solution sera trouvée pour mener à bien les révisions constitutionnelles de la manière la plus souple possible », avait déclaré le diplomate à l’issue d’une rencontre avec le premier ministre.

    Dans le camp du gouvernement, certaines sources annoncent que celui-ci opte pour un dialogue « inclusif et ouvert ». Un cadre qui pourrait donc être élargi aux autres partis qui ne sont directement pas impliqués dans la crise. Une stratégie qui pourrait permettre au parti au pouvoir de voir les partis de l’opposition se mordre entre elles.

    Quid des différentes positions

    D’un côté, depuis l’adoption par l’Assemblée nationale du projet de loi sur les réformes introduite par le gouvernement, le parti UNIR semble être inébranlable sur la tenue dans un bref délai du référendum à l’issu duquel le peuple devrait se prononcer sur les modifications apportées à la loi fondamentale du pays. Une position partagée par le gouvernement qui s’est activé pour la mise en place d’une CENI. Une position qui si elle n’est pas revue à la baisse peut frustrer l’opposition et être source de blocage du dialogue annoncé, étant donné que les 47 amendements faits par les députés de l’opposition lors de l’étude de ce projet de loi ont été simplement balayés du revers de la main.

    Toutefois, le ministre de la Communication, Guy Lorenzo s’est exprimé sur la question du dialogue. Il s’est montré fier à l’idée que l’opposition ait accepté la proposition du gouvernement pour la tenue du dialogue.

    Mais en réalité, selon les les cadres du parti présidentiel campent sur leur décision de voir celui qu’ils appellent leur « Champion » briguer à nouveau deux mandats après l’adoption du nouveau texte constitutionnel, sur fond du principe juridique qui stipule que « la loi dispose pour l’avenir ». Des prises de position qui irritent certains leaders de l’opposition et qui pourraient plomber les ailes des discussions.

    De l’autre côté, des préalables qui ont l’allure des injonctions ne sont pas de nature à faciliter les choses. Jean-Pierre Fabre a exigé entre autres avant l’ouverture d’un dialogue qu’il veut « sincère », la libération des militants de l’opposition arrêtés « injustement » dans l’affaire des incendies des marchés et lors des manifestations récentes avant qu’il y ait un dialogue.

    Pour le Chef de file de l’opposition, le dialogue qui s’ouvrira dans les prochains jours sera une occasion pour négocier avec le pouvoir en place les conditions de son départ. Une question sur laquelle le leader du PNP, Tchikpi Atchadam ne s’est ouvertement pas encore prononcé. Mais Jean-Pierre Fabre tient toujours le même langage ? Les prochains jours en diront davantage.

  • Nigéria: qui est Nnamdi Kanu le leader du Biafra

    Nigéria: qui est Nnamdi Kanu le leader du Biafra

    Leader incontesté du Biafra, l’indépendantiste qui a été libéré en avril dernier après plus d’un an de prison est poursuivi par la justice nigériane pour trahison et atteinte à la sécurité de l’État. Mais depuis un mois Nnamdi Kanu n’est plus apparu en public.

    Leader de l’IPOB

    Âgé de 50 ans, Nnmadi Kanu est né à Asiama Afara. Activiste peu connu au départ, c’est grâce à Radio Biafra qu’il a lancé en 2009 qu’il tient ses premiers discours sur le Biafra. Mais ce diplômé du London Metroplitan University (LMU) est devenu depuis 2015 un leader charismatique. Son objectif, obtenir l’indépendance du Biafra. Il dirige à cet effet l’Indigenous People of Bifra (IPOB), un mouvement sécessionniste.

    Radical

    Son discours à l’endroit du pouvoir du président s’est radicalisé depuis 2015. Le leader indépendantiste a déjà déclaré que sans la création du Biafra « tout le monde devra mourir ». L’actuel chef d’État qu’il a souvent accusé de vouloir sa mort n’a pas hésité de le jeter en prison. Le gouvernement nigérian considère son mouvement l’IPOB comme « une organisation terroriste ». Arrêté en octobre 2015 à Lagos, Nnamdi Kanu a passé plus d’un an en prison sans jugement. Depuis sa libération, il a interdiction de s’exprimer dans les médias. Une interdiction qu’il a violée à plusieurs reprises.

    Adulé

    En trois ans, sa popularité a augmenté. Son emprisonnement par le pouvoir d’Abuja a fait de lui « le leader charismatique » de la cause biafraise. Très écouté, il se considère comme un chef spirituel. Nnamdi Kanu se dit juif et affirmé que le Biafra est « la terre promise ». Da revendication d’un referendum sur l’indépendance du Biafra reçoit auprès de la population un assentiment.

    Le 17 octobre dernier, le leader de l’IPOB n’a pas comparu devant les juges à Abuja. Introuvable, son avocat a d’ailleurs indiqué que l’armée seule sait om se trouve son client. Même si les autorités nigérianes ont rejeté les déclarations de l’avocat, dans la plupart des États au sud du Nigéria, les populations accusent l’armée d’avoir fait disparaître leur leader. Au point où beaucoup craignent une nouvelle montée de violences. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont appelé le gouvernement nigérian à traiter le problème biafrais avec tact.

  • Togo: quand Brigitte Améganvi montre à Michaëlle Jean ses repères

    Togo: quand Brigitte Améganvi montre à Michaëlle Jean ses repères

    La Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean, s’est exprimée sur la crise socio-politique au Togo ce mercredi. Une opinion que Mme Brigitte Améganvi ne semble pas totalement apprécier.

    Depuis le début de la crise socio-politique au Togo, les diverses prises de positions de la communauté internationale semblent être favorables à un camp, à en croire les leaders de l’opposition. La CEDEAO, dont la commission est dirigée par Marcel de Souza, l’Union Africaine et l’UNOWAS se sont prononcés en faveur du référendum comme voie de sortie de la crise.

    Quant à l’OIF, une nébuleuse existe encore autour de sa position. L’organisation joue à la carte d’une neutralité qui parait a priori stérile, en essayant d’envoyer une médiatrice, la nigérienne Aichatou Mindaoudou, qui ne viendra finalement plus, réfutée par l’opposition togolaise au regard des propos qu’elle a tenus lors de la crise de 2005.

    Jusqu’ici restée peu impliquée dans ce bras de fer entre l’opposition et le parti au pouvoir, Mme Michaëlle Jean s’est exprimée ce matin, premier des deux jours de marches annoncés par l’opposition, via le réseau social Twitter.

    https://twitter.com/MichaelleJeanF/status/920528861082849280

    Des propos que ne digèrent pas certains Togolais, qui trouvent désormais l’occasion de lui coller une étiquette de « favorable à la dictature des Gnasingbé ».

    C’est en tout cas ce qu’exprime Mme Brigitte Améganvi, sœur de l’opposante politique Isabelle Améganvi et présidente de Synergie-Togo. En réponse au tweet de la secrétaire de l’OIF, Mme Brigitte Améganvi fait allusion à la dictature de la famille des Duvalier en Haïti dont est originaire Mme Michaëlle Jean.

    En effet, l’histoire contemporaine de Haïti est intimement liée au règne de la dynastie des Duvalier, commencé par le père, « Papa Doc », en 1957 et poursuivi par le fils, « Bébé Doc », jusqu’en 1986, qui ont gouverné Haïti d’une main de fer durant près de trente ans. La famille de Michaëlle Jean avait été dès lors contrainte à l’exile au Québec pour des évènements politiques.

    Des repères qui devraient normalement faire balancer l’ancienne Gouverneur général du Canada en faveur du camp de l’opposition, à en croire le tweet de Brigitte Améganvi.

    L’OIF a sorti un communiqué en fin de journée pour appeler les acteurs à consolider la paix et à trouver au plus vite des solutions pour le retour à un climat apaisé.

    Pour l’heure, le gouvernement est plus campé sur l’option de référendum qu’un retour en arrière pour le dialogue.