Catégorie : Tech & Innovation

  • Des étudiants ghanéens lancent une application pour surveiller à distance la consommation d’eau des ménages

    Des étudiants ghanéens lancent une application pour surveiller à distance la consommation d’eau des ménages

    Au Ghana, des étudiants de l’Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah, ont développé une application qui est sur le point de révolutionner les usages en matière de gestion de la facture d’eau dans les ménages.  L’application  selon ses promoteurs permet aux ménages de suivre en temps réel leur consommation d’eau.

    Le dispositif des étudiants mesure le  volume d’eau consommé électroniquement,  synchronise les relevés  des compteurs à distance. L’application  suit et met  à jour les données métriques à distance. Même absent, les utilisateurs de la plateforme peuvent avoir une idée précise de leur consommation d’eau.

    «Nous voulions concevoir un compteur permettant aux utilisateurs de suivre la consommation d’eau à l’aide d’une application et aux sociétés de l’eau de pouvoir suivre tous les compteurs déployés dans le monde entier», a déclaré Ebenezer Azumah, l’un des porteurs du projet.

    Le fonctionnement du mécanisme est simple. Une fois qu’un robinet est ouvert, le compteur envoie des impulsions au contrôleur et au serveur distant qui calculent la facture et fournissent le graphique en temps réel de la consommation d’eau et du débit.

    L’application permettra d’éviter les gaspillages d’eau et l’augmentation exagérée des factures d’eau. En cas d’oubli, l’application rappellera aux utilisateurs qu’un robinet est mal fermé. Les utilisateurs peuvent également constater via l’application le dysfonctionnement des compteurs d’eau.

    Il est intégré à l’application, la possibilité d’effectuer le règlement des factures par mobile money.

    Eric Okyere, Quarm Sylvanus et Ebenezer Azumah et le superviseur Benjamin Commey prévoient avoir recourt à l’intelligence artificielle pour  permettre la détection des fuites d’eau. Cette solution sera utile dans plusieurs pays africains où les techniques de distribution d’eau sont toujours archaïques.

  • Des couveuses fabriquées au Cameroun pour sauver des nouveau-nés prématurés

    Des couveuses fabriquées au Cameroun pour sauver des nouveau-nés prématurés

    L’Agence Universitaire pour l’Innovation (AUI) basée au Cameroun,  s’est lancée dans la fabrication sur place de couveuses néonatales avec des matières achetées et/ou fabriquées au Cameroun. Dans un pays en manque de couveuses pour sauver les enfants prématurés ( 100 couveuses pour plus de 7 000 établissements de santé), l’invention de l’AUI se présente comme une des solutions pour la réduction du taux de décès des nouveau-nés. La découverte fait partie des cinq projets récompensés lors de  la troisième édition de  l’AFD Digital Challenge. La cérémonie de remise du prix a eu lieu le 09 mai 2019 à Paris (France).

    La couveuse AUI  fabriquée par l’Agence Universitaire pour l’Innovation est dotée de cartes électroniques adaptées aux variations de tensions et autres problèmes électriques souvent constatés au Cameroun.  Même si à première vue, la machine semble une fabrication artisanale, il convient de lui reconnaitre  l’incorporation des technologies modernes. La couveuse AUI  fournit à distance via une application mobile des informations relatives à la température, à l’humidité et autres détails de l’appareil.

    « Notre couveuse peut être assistée à distance. Elle communique avec le personnel de santé en charge de l’enfant. En cas de problème sur la couveuse, un message est envoyé  au médecin », explique le chef technicien de l’Agence Universitaire pour l’Innovation, Serge Njidjou.

    La nouvelle version de couveuse AUI permettra aux parents d’avoir à distance les images de leur bébé depuis la couveuse via une plateforme web.

    L’invention a reçu le prix Initiative de  l’AFD Digital Challenge. La startup bénéficiera ainsi d’une enveloppe financière de 15000 euros. En février 2018, elle avait décroché le Prix du chef de l’Etat pour l’innovation

    Comme la majorité des projets innovants développés en Afrique subsaharienne, la couveuse AUI aura pour prochain défi, son industrialisation. Pour cela, il faudra mobiliser d’importants moyens financiers pour une production en série des appareils. Ceci permettra de réduire le prix d’achat des couveuses.

  • Edouard Akakpo-Lado : l’inventeur togolais élevé au rang de Chevalier de l’Ordre National du mérite 

    Edouard Akakpo-Lado : l’inventeur togolais élevé au rang de Chevalier de l’Ordre National du mérite 

    Il voulait construire des avions. A défaut, il trouve des solutions à des milliers de Togolais qui évoluent dans le secteur agricole avec ses inventions. Edouard Akakpo-Lado est l’inventeur de plusieurs machines notamment Merlinox (la machine à piler les noix de palme), l’Araricomax (décortiqueuse de céréales) et  Conpalmi (concasseur de noix de palme). Il est également l’inventeur du fourneau amélioré économique baptisé « Foyeco ». Les travaux du jeune togolais lui ont valu une décoration par le gouvernement togolais.

    Titulaire d’un brevet de technicien supérieur en électromécanique, Edouard Akakpo-Lado fait partie de la jeune et prometteuse génération d’inventeurs togolais. Il est également le fondateur  du centre de recherche d’invention et d’innovation technologique (CRIIT) ; une structure qui regroupe de jeunes techniciens en mécanique, électricité, électronique, informatique  qui mettent en commun leurs compétences pour répondre aux besoins des communautés locales dans le domaine technique.

    Edouard Akakpo-Lado n’est jamais en panne d’imagination. Tellement les besoins des populations sont grandes. Fatigué de voir ses parents souffrir pour  extraire le jus des noix palme pour faire la sauce ou l’huile de palme, il décide de créer « Merlinox ».

    « Ma première innovation est le Merlinox, c’est la machine qui sert à piler 3kg de noix de palme en 5min et donner le jus instantanément pour la préparation de la sauce aux noix de palme ou l’extraction de l’huile rouge. Elle sépare le jus des noix. Le premier prototype a été mis en place en 2012 et subit des améliorations jusqu’à 2016. Elle été exposée dans plusieurs foires et salons nationaux », explique-t-il.

    Edouard Akakpo-Lado a également développé d’autres produits comme l’Araricomax qui permet de décortiquer l’arachide, le haricot et le soja. La machine permet aussi de décortiquer 3kg de noix en 5min et sépare automatiquement les graines des gousses.

    Le Conpalmi, elle permet de concasseur 3kg de noix palmiste en 5min facilitant le concassage pour les fabricants d’huile de palme. Elle peut être installée comme une petite unité de concassage de prestation de service.

    Edouard Akakpo-Lado est le promoteur de « Foyeco », les fourneaux améliorés avec une grande vitesse de cuisson. Pour l’inventeur, son produit est à la fois économique et écologique. En effet, les foyers Foyeco utilisent très peu de charbon de bois (juste les poudres de charbon) contrairement aux foyers classiques.

    Dans sa démarche écologique, le CRIIT, la structure d’Edouard Akakpo-Lado a mis sur le marché « les charbons verts » obtenus après recyclages des poudres de charbon de bois.

    Distingué par l’Etat togolais, le jeune Akakpo-Lado ne cache pas son émotion.  « Ce fut un grand honneur pour moi hier d’être élevé au rang du Chevalier de l’Ordre National du mérite », a-t-il publié sur sa page Facebook.

     

  • Simpala : l’avenir de l’éducation au Cameroun 

    Simpala : l’avenir de l’éducation au Cameroun 

     

    Depuis 2012, le Camerounais Cyrille Feugang travaillait pour la mise sur pied d’une suite de logiciels qui devraient permettre aux enseignants, aux parents et aux chefs d’établissements  de mieux gérer leurs relations au quotidien. C’est désormais chose faite. Simpala.net, disponible sur le web et sur mobile, est opérationnel dans plusieurs établissements scolaires du Cameroun avec des résultats plus que satisfaisants.

    Cyrille Feugang fondateur de Simpala.net

    Plus besoin de passer des semaines à renseigner les bulletins de notes, calculer les moyennes et classer les résultats. La plateforme Simpala, s’en occupe. Chaque enseignant doit juste porter ses notes dans l’application et le tour est joué. La simplicité de l’opération émerveille les enseignants.

    « Avant il fallait marcher avec des calculatrices, se déplacer  partout avec des bulletins,  mais aujourd’hui avec notre simple téléphone  Android, on remplit seulement les notes et l’application fait le reste », se réjouit Alain Njugnia, un enseignant qui a adopté l’application.

    Avec Payroll de la plateforme Simpala, les chefs d’établissements peuvent facilement suivre n’importe où les activités de leur personnel. Ils peuvent également générer des bons de caisse et traiter les salaires en quelques minutes.

    L’application a également mérite de créer en quelques clics, les cartes d’identité scolaire des élèves.  Les établissements qui ont souscrit aux services de Simpala,  informent régulièrement par SMS les parents d’élève de la moyenne de leurs enfants (avant la distribution des bulletins), des réunions et autres informations utiles.

    « En fin de trimestre, les messages nous parviennent.  Avant même que l’enfant ne rentre avec le bulletin, nous avons déjà le résultat », témoigne un parent.

    Cyrille Feugang attend étendre ses services à d’autres pays sur le continent. Pour y arrive, il a démarré le développement d’une version anglaise de sa plateforme.

     

  • Viamap: l’application camerounaise pour lutter contre l’insécurité

    Viamap: l’application camerounaise pour lutter contre l’insécurité

     

    Ce qui était censé être un exercice de classe, est sur le point de devenir une œuvre d’utilité publique. Viamap est une application mobile  développée  par deux jeunes étudiants camerounais Brice Dounkeng Zélé et Wilfried Joh Ekoka pour réduire l’insécurité au Cameroun.

    Viamap se veut une communauté de partage d’avis sur les zones à risque au Cameroun.  L’application permet aux victimes ou témoin d’une infraction de signaler la dangerosité de la zone concernée.  L’idée dans un premier temps est de prévenir le grand public des zones à risque au Cameroun.

    Les « lanceurs d’alerte » peuvent faire leur dénonciation dans différentes catégories selon l’infraction. Il est ainsi prévu des catégories pour les agressions, les drogues, les homicides, la prostitution…

    Viamap pourrait également être d’une grande utilité pour les forces de l’ordre et de sécurité qui pourraient agir plus rapidement une fois avoir identifié les zones où les infractions sont commises. Légère (7,8 Mo), l’application est facilement téléchargeable.

    « Je suis encore entrain de tester. Mais l’initiative est vraiment novatrice et très utile » à indiqué Choibou Gambo, un internaute.

    L’application est toujours en développement et les apports des premiers utilisateurs sont attendus. « Viamap, une application qui j’ose croire contribuera drastiquement à faire baisser le taux de criminalité dans notre pays le Cameroun. Elle est toujours en cours de développement vos retours et avis nous aideront à l’améliorer », a déclaré Brice Zélé, co-concepteur de l’application.

    Brice Zélé et  Wilfried et Joh Ekoka sont des étudiants en management des systèmes d’informations à l’institut universitaire de la Côte de Douala,

     

     

     

  • LikPc : le premier ordinateur commercialisable « made in Togo »

    LikPc : le premier ordinateur commercialisable « made in Togo »

    Les ordinateurs tout-en-un sont une nouvelle génération de machines qui fonctionnent sans unité centrale. C’est ce type d’appareil que la société togolaise Liksoft a présenté le 19 avril au public togolais.  Conçu et  monté au Togo, LikPc devient la première marque d’ordinateur commercialisable produite au Togo.

    Fonctionnant sous Window 10, les ordinateurs Lik Pc sont des Core I5 dotés du 8Go de mémoire RAM (extensible jusqu’à 32 Go). Equipés d’écrans HD de 21,5 pouces et de deux disques durs dont  un ssd, les machines de la société Liksoft sont aussi bien adaptés au professionnels qu’aux particuliers.

    « Likpc est conçu sur le modèle d’un ordinateur mais nous avons pensé à des équipements un peu plus petit pour que le format soit aussi léger et performant. Il contient deux types de disque dur à l’intérieur notamment un disque SSD qui permet de démarrer le système rapidement et un disque de 1 Téra qui sert à stocker les données », explique Adevou Ekpeh Fera de la société Liksoft.

    LIKSOFT  se présente comme est un intégrateur de solutions qui a pour vocation de promouvoir les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication), de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle en Afrique à travers ses services spécialisés dans les métiers du numérique et d’accompagner les entreprises à la transformation digitale.

    la société intervient dans plusieurs domaines tels, l’intégration de solutions, l’ingénierie logicielle, le marketing digital, l’éditeur d’application mobile et logiciel, l’archivage numérique, la sécurité informatique, l’architecture des systèmes d’informations, les conseils et expertise en infogérance informatique, les télécoms  et l(assemblage et montage des appareils électroniques.

  • Maïa : la pommade anti-moustique qui pourrait sauver l’Afrique du paludisme

    Maïa : la pommade anti-moustique qui pourrait sauver l’Afrique du paludisme

    Deux entrepreneurs ; le Burundais Gérard Niyondiko, et le Français Franck Langevin ont mis sur pied au Burkina Faso une pommade anti-moustique dénommée « Maïa ».  Leur objectif est de lutter contre le paludisme sans changer le mode de vie des populations. La commercialisation du produit débutera en septembre 2019.  Maïa  fait partie des 30 innovations africaines célébrées lors du 2ème  forum de la santé de l’OMS tenu au Cap Vert en mars 2019.

    « Maïa » est une pommade fabriquée à base du beurre de Karité, une huile dont les vertus ne sont plus à démontrer. Gérard Niyondiko l’un des porteurs de ce projet avait déjà travaillé en 2014 sur un projet similaire Faso Soap ; un savon anti-moustique. Il avait constaté les utilisateurs des savons passaient d’autres produits cosmétiques après le bain, ce qui réduit l’effet du savon. C’est la raison pour laquelle, il a décidé de travailler sur la pommade qui est généralement passée en dernière position après les toilettes.

    La boite de « Maïa »  de 200 ml sera vendue à  1000 fcfa. Au-delà de sa fonction de lutte contre les moustiques, le produit est une véritable pommade qui hydrate la peau.

    « Maïa »   ne sera pas qu’une simple pommade. Les porteurs du projet s’évertuent pour une reconnaissance de leur invention par l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS).  Selon lefaso.net, 250 tests anti-moustiques ont été effectués au laboratoire en collaboration avec le Centre national de recherche et de formation sur le paludisme (CNRFP).

    « Notre idée est d’arriver à convaincre la communauté scientifique qui travaille sur la question du paludisme que notre produit est une solution complémentaire »,explique Franck Langevin.

    « Maïa »   peut être utilisé par toutes les couches de la société. Une fois passé sur le corps, le produit a un temps d’action de 4 heures. Pour cela il est recommandé de l’utiliser les soirs.

    En 2017, l’OMS a enregistré 219 millions de cas de paludisme dans 87 pays. La Région africaine de l’OMS supporte une part disproportionnée de la charge mondiale de paludisme.  92% des cas de paludisme et 93% des décès dus à cette maladie sont survenus dans cette Région.

     

     

  • Égypte: deux jeunes entrepreneurs veulent concurrencer PowerPoint

    Égypte: deux jeunes entrepreneurs veulent concurrencer PowerPoint

    À moins de vingt ans, Moody Boles et Amr Naguib veulent supplanter PowerPoint. Ces jeunes entrepreneurs égyptiens ont lancé une plateforme en ligne qui fournit des solutions numériques permettant aux professionnels de présenter leurs portefeuilles de manière professionnelle, captivante et sophistiquée, sans avoir besoin de savoir coder ou concevoir. Ils expliquent qu’ils ont constaté que chaque jour des personnes passent plus de 140 millions d’heures sur PowerPoint pour créer leurs présentations.

    C’est alors qu’ils ont décidé de créer en 2016 Imaginators. Ils sont partis d’un projet sur lequel il travaillait dans le cadre d’une activité parascolaire pour lancer une plateforme qui compte aujourd’hui des utilisateurs dans plusieurs pays. Depuis deux ans, Moody Boles et Amr Naguib gèrent bien leurs études avec leurs activités d’entrepreneurs. Ils expliquent donner la priorité à leurs études et à leurs activités en fonction du temps. «Si quelqu’un a un examen à venir par exemple, l’autre prendrait une partie de sa charge de travail », affirme Moody Boles.

    3000 utilisateurs dans 90 pays

    Les deux passionnés de technologie indiquent avoir rencontré des difficultés dans le développement de leur startup. Entre autres, l’amélioration de différentes fonctionnalités sur la plateforme et la concurrence sur le marché numérique où existent de grandes sociétés. Mais Moody Boles et Amr Naguib résistent. Ils travaillent régulièrement pour surmonter les défis. «  Nous avons décidé d’intégrer de nombreux outils permettant à nos utilisateurs de créer leurs présentations plus facilement et plus rapidement, avec de nouvelles fonctionnalités. Nous voulions donner à nos utilisateurs quelque chose qui n’est pas disponible sur d’autres plateformes », affirment-ils.

    Dans cette dynamique, les jeunes entrepreneurs ont déjà modifié et ajusté plusieurs fois la conception de leurs produits pour atteindre le modèle qui offre le maximum d’avantages aux utilisateurs. À tel point que Imaginators compte plus de 3000 utilisateurs de 90 pays. La plateforme a permis la création de plus de 2000 présentations. Les utilisateurs peuvent bénéficier d’un modèle d’affaires freemium qui leur permet d’avoir accès à des présentations, des animations et interactions intéressantes. Mais Amr Naguib précise qu’une souscription à un abonnement mensuel permet aux utilisateurs de débloquer d’autres bonnes fonctionnalités de la plateforme.

  • Ajegunle: le Nigeria numérique bouillonne!

    Ajegunle: le Nigeria numérique bouillonne!

    Dans le premier article de notre série consacrée à la révolution 2.0 au Nigeria, nous avons dressé le portrait de Gbenga Sesan. Il est l’un des pionniers de l’inclusion numérique au Nigeria. De Lagos en passant par Kano, Abuja et Aba, Afrotribune revient sur les origines de Paradigm Initiative et les pas de géants que pose l’ONG dans ce pays de 170 millions d’habitants.

    En 2007, l’ingénieur Gbenga démissionne de l’une des plus grandes entreprises florissant du Nigeria pour entamer sa croisade à Ajegunle. Ce est le plus vaste et le plus peuplé des bidonvilles de la mégalopole. Ils sont près de 500 000 personnes entassés dans les maisons en brique ou les taudis en bois qui s’étalent en rangs serrés sur des dizaines de kilomètres. Coincé entre une bretelle d’autoroute et les infrastructures portuaires vieillissantes du port d’Apapa, Ajegunle représente le Nigeria en miniature.

    La seule évocation du nom de ce quartier rappelle l’histoire de Sodome et Gomorrhe. Un sauve-qui-peut pour la survie. Ce quartier d’habitats précaires, insalubre et pauvre, – désigné sous le terme générique de « slum » en anglais -, amasse les vices de la capitale.

    Au prime abord, on pense évidemment au célèbre ouvrage de Louis Chevalier (1958) et de sa thématique « classes laborieuses, classes dangereuses », devenue un lieu commun de la réflexion sociale et politique jusqu’à nos jours. Les élus locaux le reconnaissent à mots couverts : les efforts de modernisation d’Ajegunle se sont concentrés sur le centre des affaires et les ilots sécurisés pour riches Nigérians et expatriés fortunés. Le choix d’Ajegunle pour lancer les initiatives de Paradigm Initiative n’est pas anodin.

    Ce quartier vétuste accueille chaque semaine des centaines de nouveaux citadins débarqués du nord du pays ou des États voisins. C’est ici que se concentre la majorité des familles défavorisée de la capitale commerciale. Ils sont commerçants, vendeurs des rues, chauffeurs de taxi, vulgarisateurs, bricoleurs, débrouillards et chômeurs. Leurs enfants n’ont pas accès à une éducation et ce qui tente l’aventure lâche peu avant la fin du secondaire. Gbenga Sesan et son équipe ont doc misé sur ces jeunes.

    Redonner espoir aux familles pauvres grâce au numérique

    Ici et là, des programmes de formation ont été lancés. Plusieurs centaines de jeunes passent leurs journées et vacances à s’initier à la lecture, à l’informatique, à l’entrepreneuriat et des formations en développement personnel. Ce premier centre de Paradigm Initiative a contribué à former environ 40 étudiants chaque trimestre depuis son installation dans le quartier.

    En cette fin d’été 2018, notre équipe a eu l’occasion d’assister aux cours d’apprentissage d’une trentaine d’étudiants. Ils rêvent tous d’une vie meilleure après la formation et ne tarissent pas d’éloges sur les changements que le centre apporte déjà dans leurs vies.

    « Nos formateurs sont très pédagogues et leurs explications sont très claires. Nous faisons beaucoup de travaux pratiques. Cette formation m’a apporté une bonne pratique de l’outil informatique. La formation est bonne et je la recommanderai volontiers à d’autres personnes. J’ai trouvé, qu’on a beaucoup appris sans faire beaucoup d’efforts » confie Okafor Flavor, 17 ans.

    Avant d’ajouter « je compte informatiser et donner une visibilité à l’entreprise de ma mère sur internet. Je compte lui créer un site web, des emails-professionnelles et aussi lui donner une forte présence sur les réseaux sociaux pour augmenter sa clientèle et par ricochet ses revenus. »

    « Paradigm Initiative m’a donné espoir et je suis désormais convaincu que quand je serai à l’université l’année prochaine, je pourrais utiliser mes connaissances acquises dans ce centre pour décrocher des jobs étudiants dont les revenus serviront à financer mes études de Droit. Je rêve de devenir avocate pour défendre les centaines de “sans voix” qui croupissent dans les prisons nigérianes, » a-t-elle ajouté.

    Comme Okafor, la plupart des jeunes chassés par la misère des campagnes et attirés par les lumières de la mégalopole rêvent de continuer leurs études après cette formation. Pour ces derniers, la formation de Paradigm initiative est un éclairage et une fondation pour leurs métiers d’avenir. « Je rêve de devenir ingénieur de systèmes d’informations.

    Je veux marquer l’histoire comme l’ont fait Paul Allen, Bill Gates et Steve Jobs. Je veux régler les problèmes sociétaux du Nigeria à travers la technologie, » révèle Esego Chibueze, 18 ans. Le jeune garçon qui vient tenter sa chance en ville après ces études secondaires dans son village natal ajoute : « beaucoup de choses ont changé dans ma vie depuis que je suis ici [Paradigm Initiative, NDLR].

    J’ai touché à l’ordinateur pour la première fois dans ce centre. Je maitrise désormais l’outil informatique et la rédaction de projets. Je suis convaincu qu’après la formation, je trouverai un travail qui pourra me permettre de financer mes études. »

    Au-delà de l’informatique, changer les mentalités

    À Ajegunle, on y parle une centaine de langues différentes des 32 États du pays. On prie Dieu et Allah. On survit au quotidien grâce à son étal de poisson ou son salaire de transporteur, insensible au soleil accablant ou aux odeurs des eaux puantes. Ici, l’on trouve la vie très simple et toutes les situations comme une volonté des « dieux ». « Il n’est pas rare de voir des familles avec 10 enfants entassés dans des kiosques et taudis jusqu’à l’âge adulte.

    Pour la plupart de ces parents, c’est Dieu qui donne les enfants et on n’a pas besoin de mesures contraceptives pour empêcher les naissances, » regrette Abiodun Kelani, Pasteur pentecôtiste installé dans le quartier depuis bientôt de 40 ans. Pour ce leader religieux, il est très important que le gouvernement appuie les actions de l’ONG Paradigm Initiative dans le quartier.

    Selon Kelani, plusieurs centaines des jeunes que le centre a formés sont devenus des modèles de réussite pour les autres. Mais regrette que le nombre de bénéficiaires reste une goutte d’eau dans la mer, vu les milliers de jeunes oisifs qui vadrouillent à longueur de journée. « Ils sont exposés aux vices notamment la drogue, » déplore le Pasteur.

    Convaincu de l’impact du centre sur les jeunes, le pasteur sensibilise ses fidèles à envoyer leurs enfants. Plusieurs anciens étudiants du centre sont aujourd’hui entrepreneurs, formateurs et employés dans plusieurs entreprises locales et firmes multinationales. C’est le cas Iorah Miracle, formée dans le centre d’Ajegunle en 2015. Elle continue ses études en science politique à la prestigieuse Université d’Ibandan, au sud-ouest du Nigeria, après plusieurs stages à Lagos.

    Entre optimisme et espoir, Paradigm Initiative écrit les pages du Nigeria numérique. A suivre…

  • Inclusion numérique: le combat de Gbenga Sesan, figure de proue du Nigéria 2.0  [Acte 1]

    Inclusion numérique: le combat de Gbenga Sesan, figure de proue du Nigéria 2.0 [Acte 1]

    Elle est bien loin la prospérité dont rêvaient les pères de l’indépendance en octobre 1960. Cinquante-huit ans après son ascension à la souveraineté internationale, le pays le plus peuplé d’Afrique — et l’un des plus riches du continent africain peine à réussir le pari de la transition vers un modèle économique plus vertueux.

    Colosse aux pieds d’argile rongé par la corruption, les rivalités ethniques et les antagonismes politiques, le Nigéria s’essaie aujourd’hui à une révolution numérique à Yaba, un faubourg situé au cœur de la mégalopole.

    Gbenga, ténor de la Silicon Valley du Nigéria

    À première vue, Yaba ressemble à ces nombreux quartiers surpeuplés de la capitale commerciale du Nigéria. La seule différence est qu’à côté de la cacophonie des klaxons et les rues à la puanteur des eaux usées, se développent des jeunes « Tech entrepreneurs » et des centres d’incubations qui y déploient leurs génies pour davantage connecter le pays à l’innovation.

    Connu comme la Silicon Valley du Nigéria, c’est dans ce quartier vétuste de Lagos que Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook a posé ses valises en 30 août 2017 pour s’imprégner de l’univers de l’informatique du pays. L’un des plus importants centres de ce quartier colonial est Paradigm Initiative., un centre fondé en 2007.

    Spécialisée dans l’accompagnement de jeunes Nigérians souhaitant acquérir des compétences techniques dans le domaine informatique, l’ONG dont le siège social est perché sur l’une des vieilles bâtisses de l’avenue Montgomery est dirigée par Gbenga Sesan, un ancien étudiant de l’université Obafemi Awolowo L’homme a fait de l’inclusion numérique son cheval de bataille depuis une décennie.

    Initialement formé en tant qu’ingénieur électricien et électrique, l’homme a suivi plusieurs programmes de formation au Lagos Business School, à l’université d’Oxford, à l’université de Stanford et d’autres universités américaines. Son expérience de consultant pour de nombreuses institutions, notamment Microsoft, l’Université de Harvard et le système des Nations unies à travers 30 pays, lui a permis de glaner des contacts viables pour accompagner l’éclosion numérique des jeunes de son pays, le Nigéria.

    Donner l’opportunité aux jeunes à travers la technologie

    Avec plusieurs centres de formation installés dans trois États du pays et accompagnés par une vingtaine d’experts, l’homme forme des centaines de jeunes nigérians par an et assiste plusieurs start-ups technologiques qui prennent racine.

    Les jeunes bénéficient d’un appui logistique de Paradigm Initiative et des formations axées sur des problèmes africains pour créer des opportunités dans des domaines tels que les paiements mobiles et le commerce électronique, l’éducation et la santé.

    « Nous donnons de l’opportunité aux jeunes pour bâtir leurs avenirs à travers la technologie. Nous avons été privés de ces opportunités quand nous étions jeunes et il est de notre devoir de donner la chance à nos jeunes frères et sœurs », explique l’ingénieur Gbenga.

    Il affirme avoir lui-même été à plusieurs reprises interdit d’accès à des salles informatiques alors qu’il était encore étudiant en ingénierie dans ce pays de 170 millions d’habitants. Ces « rejets ont boosté ma passion et ma curiosité pour les nouvelles technologies, » martèle l’homme confortablement installé au milieu d’une dizaine d’employés au siège de son organisation.

    « Nous savions que l’écosystème des start-ups et des entreprises était vraiment florissant à Yaba et d’autres localités du pays, nous nous sommes donc installés pour former les jeunes et leur ouvrir les portes de l’emploi, » renchérit Tope Ogundipe, directrice de programmes au sein de l’ONG. « Nous pensons que les nouvelles technologies ne sont pas un luxe inaccessible. C’est un droit », ajoute-t-elle.

    Revenant sur les initiatives de ce géant en faveur des jeunes à travers le pays, Tope a indiqué que Paradigm Initiative développe au niveau national une série de programmes destinés à la jeunesse et dont l’objectif est de lui donner plus de projection.

    « Nous voulons promouvoir et rendre les nouvelles technologies accessibles aux jeunes, notamment ceux en situation précaire dans les zones les moins développées et localités les plus éloignées », a-t-elle déclaré.

    L’avenir dans la technologie

    Avec ses 170 millions d’habitants, le Nigéria compte 75 millions d’abonnés mobiles, tandis qu’entre 20 et 40 % de sa population est reliée à l’internet. Avec son programme d’incubation et de formation et des clubs technologiques implantés dans les lycées et universités à travers le pays, Paradigm Initiative propose aux jeunes nigérians les plus motivés un coaching personnalisé, des facilités logistiques et l’accès à des réseaux d’investisseurs, d’entreprises et d’experts.

    Le centre a noué des partenariats avec plusieurs multinationales technologiques comme Google, Facebook, Intel ou Web Fondation pour accompagner ses projets.

    Les jeune diplômée des centres de Paradigm Initiative passent 3 mois à maîtriser les techniques de base de l’informatique, les langages de programmation, l’entrepreneuriat et des cours de développement personnel avant d’être affectés auprès d’entreprises technologiques, des PME locales pour des stages et quelquefois des emplois à plein temps.

    En cette fin d’été 2018, 105 étudiants âgés entre 12 et 28 ans sont enrôlés à travers le pays dans le programme dont la formation est entièrement gratuite. Entre espoir et optimisme, Gbenga et son équipe réussissent le pari d’un Nigeria 2.0. À suivre.