Catégorie : Gouvernance

  • Le Prix Mo Ibrahim 2017 décerné à Ellen Johnson Sirleaf

    Le Prix Mo Ibrahim 2017 décerné à Ellen Johnson Sirleaf

    Pour faute d’absence de lauréat, c’est un prix qui n’est pas régulièrement décerné. Mais ce n’est pas le cas pour l’année 2017. Le Prix Mo Ibrahim pour le leadership africain a été décerné à l’ancienne présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf. Première femme élue présidente du continent, elle a quitté ses fonctions fin janvier, après l’élection de George Weah. Sa passation de pouvoir avec l’ancien joueur de football a été faite dans un esprit démocratique. Âgée de 79 ans, l’ancienne fonctionnaire de la Banque mondiale est devenue présidente du Libéria en 2006, deux ans après la fin d’une Guerre civile de 14 ans qui a fait plus de 250 000 morts et un million de personnes déplacées.

    Le comité du prix Mo Ibrahim a félicité Ellen Johnson Sirleaf pour son « leadership exceptionnel et transformateur ». Au cours de ses deux mandats, la lauréate s’est en effet attaquée à la propagation du virus Ebola dans la nation ouest-africaine, a développé l’économie et a défendu la cause des femmes. Elle a également œuvré pour le renforcement des institutions démocratiques et l’amélioration des droits de l’homme.

    5 millions de dollars sur une décennie

    Ce prix prestigieux porte le nom du milliardaire soudano-britannique Mohammed Ibrahim et sélectionne parmi les chefs d’État ou de gouvernement africains qui ont rempli leurs mandats constitutionnels et ont quitté leurs fonctions. Le comité vérifie aussi ce que ces dirigeants ont fait pour leur pays en matière de développement, de démocratie et de justice sociale. Les lauréats reçoivent 5 millions de dollars en dix ans et 200 000 dollars les années suivantes.

    Ellen Johnson Sirleaf a rejoint la liste de quatre présidents africains qui ont déjà reçu ce prix. Il s’agit de Joaquim Chissano du Mozambique (2007), Festus Mogae du Botswana (2008), Pedro Pires du Cap-Vert (2011), et Hifikepunye Pohamba (2014) de la Namibie. Précisons que Ellen Johnson Sirleaf a été lauréate du Prix Nobel de la paix en 2011.

     

  • Il y a 57 ans, Patrice Lumumba fut assassiné [Sa dernière lettre]

    Il y a 57 ans, Patrice Lumumba fut assassiné [Sa dernière lettre]

    Plus de 57 après sa mort, Patrice Émery Lumumba reste dans les mémoires. Homme politique congolais et premier Premier ministre de la République démocratique du Congo indépendant, ce panafricaniste a été assassiné en janvier 1961, à l’âge de 36 ans.

    Ces dernières heures aux mains des soldats du chef d’État-major Joseph-Désiré Mobutu, qui prendra plus tard le pouvoir à la suite d’un coup d’État, a été filmée. Dans l’assassinat de cet esprit brillant du continent, beaucoup continuent d’indexer les États-Unis, les Nations-Unies et l’ancienne colonie belge. Pour les héritiers de Lumumba, l’ancien homme politique était un visionnaire. Lumumba a transformé le pays en trois mois dans le bureau et il a fortement plaidé en faveur d’une Afrique unie jusqu’à sa mort. Il est considéré comme l’un des pères fondateurs de l’Afrique postcoloniale et un défenseur clé dans le mouvement panafricain.

    Son combat contre le colonial et son alliance à un moment donné avec l’Union soviétique sont quelques raisons pour lesquelles les « alliés occidentaux » ont refusé de l’aide durant la crise du Congo. Il a écrit beaucoup de lettres pendant son temps en prison aux dirigeants politiques, des amis et la famille exprimant son inquiétude sur la situation de son pays et son espoir de libération. Pour se rappeler cet illustre homme politique qui avait un projet de réussite pour l’Afrique, Afrotribune vous propose la dernière lettre qu’il a écrite à sa femme Pauline en 1960 avant d’être assassiné.

    Ma compagne bien-aimée,

    Je t’écris ces mots sans savoir si tu les reçois, quand tu les recevras, et si je serai encore en vie lorsque tu les lis. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant que la cause sacrée à laquelle mes camarades et moi avons consacré toute notre vie triomphera à la fin. Mais ce que nous voulions pour notre pays — son droit à une vie honorable, à la dignité parfaite, à l’indépendance sans restrictions — n’a jamais été voulu par le colonialisme belge et ses alliés occidentaux, qui ont trouvé un soutien direct et indirect, intentionnelles et non intentionnelles chez certains hauts fonctionnaires des Nations Unies, ce corps dans lequel nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel pour l’aide.

    Ils ont corrompu certains de nos compatriotes ; ils ont acheté d’autres ; ils ont fait leur part pour déformer la vérité et souillent notre indépendance. Que puis-je dire d’autre ? « Ce mort ou vivant, libre ou en prison par ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui est importante. Ce qui est important est le Congo, notre pauvre peuple dont l’indépendance a été transformée en une cage, avec des gens qui nous regardent de l’extérieur des barres, parfois avec compassion charitable, parfois avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens dans mon cœur que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis, étrangers et nationaux, qu’il se lèvera comme un pour dire non à la honte et à la dégradation du colonialisme et retrouvera sa dignité à la pure lumière du jour.

    Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés dans tous les coins du monde resteront toujours à côté des millions de Congolais qui ne renonceront pas à la lutte jusqu’au jour où il n’y aura plus de colonisateurs et plus de mercenaires notre pays. Je veux que mes enfants, que je laisse derrière moi et peut-être ne reverrai plus, disent que l’avenir du Congo est beau et que leur pays leur compte, comme l’entendent tous les Congolais ; accomplissent la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance, notre souveraineté ; car sans justice, il n’y a pas de dignité et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

    Ni les assauts brutaux, ni les mauvais traitements cruels, ni la torture ne m’ont conduit à demander grâce, car je préfère mourir avec ma tête haute, la foi inébranlable, et la plus grande confiance dans la destinée de mon pays plutôt que de vivre dans l’esclavage et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot ; il ne sera pas l’histoire enseignée dans les Nations Unies, Washington, Paris ou Bruxelles, cependant, mais l’histoire enseignée dans les pays qui se sont débarrassés du colonialisme et de ses marionnettes. L’Afrique écrira sa propre histoire et au nord et au sud du Sahara, il sera une histoire pleine de gloire et de dignité.

    Ne me pleure pas, ma compagne ; Je sais que mon pays qui souffre maintenant beaucoup sera en mesure de défendre son indépendance et sa liberté. Vive le Congo ! Longue vie à l’Afrique !

    Patrice

     

  • Bénin: Talon, la grande guerre contre la corruption

    Bénin: Talon, la grande guerre contre la corruption

    Nouveau départ, Rupture, les qualificatifs illustrent assez nettement le travail que compte accomplir Talon à la tête du Bénin. Depuis quelque temps, le chef de l’État béninois a déballé l’un des dossiers les plus attendus par sa population. Titre : corruption et impunité.

    La lutte contre la corruption s’est révélée comme l’un des combats permanents des gouvernements béninois depuis les années 1990. Au cours de son quinquennat entre 1991 et 1996, le Président Nicéphore Soglo avait promis la vie dure aux fossoyeurs de l’économie nationale. De même, au temps de la présidence de Boni Yayi (2006-2016), celui-ci s’est lui aussi illustré comme étant un ardent défenseur de la lutte contre la corruption et l’impunité. Pour d’ailleurs manifester publiquement son plein engagement, Boni Yayi avait été au chœur de l’organisation d’une marche verte de plusieurs kilomètres dans la ville de Cotonouafin de dénoncer ce fléau. Mais en vrai, il n’a jamais tapé dans la fourmilière au moment où il fallait le faire. A la différence des mesures de ces prédécesseurs, désormais, la méthode de Talon semble être une chasse aux sorcières.

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    Et il faut reconnaitre que dans ce registre de la mise en œuvre effective des mesures pour la lutte contre la corruption au Bénin, Patrice Talon fait actuellement beaucoup mieux que ses prédécesseurs souvent restés à l’étape des discours légers. L’actuel locataire du palais de la Marina sévit dans ses punitions. Les sanctions ne sont pas du tout clémentes et on comprend que si le Chef de l’État devait se limiter à un seul mandat comme promis, il souhaiterait avoir comme principal acquis, la bonne gouvernance et une gestion saine du Bénin.

    Capitaine anticorruption

    Promesse de campagne, au Bénin, le successeur du président Yayi Boni veut mener une guerre sans merci contre la corruption et autres formes de fraude dans ce pays. Même si Patrice Talon aime épingler ce mal dans son pays, mal qu’il avait juré combattre et redresser avant la fin de son mandat, le Bénin n’est bien sûr pas un cas d’école en la matière.

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    En effet, au Bénin l’écart grandissant entre le cadre légal et la pratique institutionnelle réelle a été relevé comme une faiblesse majeure du système d’intégrité du Bénin en 2016 par Transparency International, le mouvement mondial anticorruption. Selon ce mouvement, la loi anticorruption du pays adopté en 2011 souffre d’incohérences dans son application. Gustave Assah, Président de Social Watch Benin, contact national de Transparency International affirme que « le problème du Bénin n’est pas l’absence de textes et d’institutions anticorruptions. C’est plutôt l’application de ces textes et l’efficacité de ces institutions qui fait défaut. Une forte volonté politique au plus haut niveau de l’état est nécessaire pour combler cet écart ». Et c’est cela que Talon compte faire.

    Récemment, plusieurs enquêtes diligentées aussi bien par les partenaires financiers que par les autorités ont démontré que cette gangrène fait perdre d’importantes sommes au Bénin.

    Lutte acharnée

    Le gouvernement du Nouveau départ qui a inscrit la question de la lutte contre la corruption et l’impunité en lettres d’or dans son projet de société entend faire un grand ménage. Si au sein de la société civile des voix s’élèvent pour parler de lutte sélective, Talon ne compte pas se décourager de sitôt.

    En effet, l’audit dans les structures et entreprises publiques récemment commandité par le gouvernement béninois est fortement révélateur, de même que les résultats. Ces résultats ont montré que plusieurs lacunes existent dans la gestion des fonds, particulièrement dans les secteurs du coton et de la microfinance. Selon cet audit, la gestion de la filière des cotons par le gouvernement de Yayi Boni a causé sur trois campagnes ciblées, une perte évaluée à 125 milliards de francs CFA.

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    Du côté des microfinances, la gestion du Fonds national de la microfinance (FNM) au titre des exercices 2013-2016 est sujette à beaucoup d’anomalies également. « De graves irrégularités ont été relevées dans la gestion du Fonds, ayant occasionné des pertes de ressources publiques à hauteur de 40,6 milliards de FCFA », révèle la mission d’audit organisationnel, comptable et financier du FNM au titre des exercices 2013-2016. De ces irrégularités, sortent certaines sanctions que d’aucuns commencent par trouver justes, mais dures.

    C’est le cas par exemple de la Soneb (Société nationale des eaux du Bénin) où, il est reproché aux autorités de cette société d’État que des centaines de millions Taxes sur valeur ajoutée (TVA) perçues auprès des abonnés n’étaient pas reversées au Trésor public.

    Le cas de Laurent Mètongnon, ancien président du conseil d’administration de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) est aussi bien illustratif.

    Activisme au service de la lutte

    Les initiatives de lutte contre la corruption sous le président Talon ne sont pas rares.

    Ce 15 décembre d’ailleurs à Cotonou, des membres d’un programme de jeunes unis contre la corruption ont procédé dans au lancement d’un manifeste de 63 pages du titre « La corruption racontée », et de l’application « Anticorr ». Objectif, inviter les jeunes Béninois dans le débat sur la corruption pour une prise de conscience afin devenir des vecteurs de pratiques de bonne gouvernance et d’éthique au Bénin.

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    Ce manifeste est préfacé par le Pr Brice Sinsin, recteur de l’université d’Abomey-Calavi. Il contient 10 articles originaux de jeunes de nationalités béninoise, sénégalaise et nigérienne, de même que des propositions de pistes de travail et de réflexions pour apporter des solutions à la corruption. De même, l’application « Anticorr » qui veut intégralement dire « anticorruption », se veut un outil de dénonciation des actes de corruption et d’information sur l’état du fléau au Bénin. L’application donne la possibilité de voter, de commenter, d’identifier les institutions et les régions les plus probablement corrompues, de consulter les textes juridiques sur la corruption au Bénin.

    En outre, depuis l’arrivée de Talon à la tête de l’État béninois, l’Autorité Nationale de Lutte contre la Corruption (ANLC) parait faire un travail plus remarquable, après une année 2016 où elle a visiblement connu une baisse de régime.

    Pour le moment, Talon espère mener son combat, conscient des conséquences et sans se plier aux volontés affligeantes, en attendant le prochain rapport de Transparency International sur l’année 2017. Ce rapport viendra surement couronner une grande guerre.

  • Qui est vraiment Ramaphosa, le nouvel homme fort d’Afrique du Sud

    Qui est vraiment Ramaphosa, le nouvel homme fort d’Afrique du Sud

    Porté récemment à la tête de l’ANC (African National Congress), le parti au pouvoir en l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa devient la grande curiosité en Afrique où ce parti, rattaché à raison à la personnalité de Nelson Mandela, reste emblématique. Mais qui est vraiment Cyril Ramaphosa ?

    Bon nombre de Sud-Africains fatigués de la gouvernance en mode micmac de Jacob Zuma sont convaincus que Cyril Ramaphosa est une figure appropriée pour prendre le pouvoir, stabiliser l’économie et sécuriser l’architecture constitutionnelle qu’il a contribué à créer à la fin de l’apartheid. Mais à vrai dire, en attendre plus, on en attendrait trop. Il est peu probable qu’il s’éloigne de la voie économique traditionnelle choisie par l’ANC…

    Ses premiers pas

    Ramaphosa est né à Johannesburg, le centre industriel de l’Afrique du Sud, le 17 novembre 1952. Deuxième de trois enfants, son père était un policier. Il a grandi à Soweto où il a fait ses études primaire et secondaire. Plus tard, il est allé au Lycée Mphaphuli à Sibasa, où il a été élu à la tête du Mouvement des étudiants chrétiens peu de temps après son arrivée, attestant de ses convictions chrétiennes.

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    Plus tard, Ramaphosa a étudié le Droit à l’Université du Nord de l’époque, où il est devenu actif dans l’Organisation des étudiants sud-africains, qui était alignée sur l’idéologie de la conscience noire adoptée par Steve Biko. Il devint actif au sein du Mouvement chrétien des étudiants universitaires, qui était imprégné de la théologie et de la libération du mouvement de la « conscience noire. »

    Après avoir obtenu un diplôme en droit, Ramaphosa a poursuivi son activisme politique à travers la Convention des Noirs, pour laquelle il a été emprisonné pendant six mois. Il a ensuite continué à servir des articles et a rejoint le Conseil des syndicats d’Afrique du Sud, qui devait former le Syndicat national des mineurs (NUM), avec Ramaphosa comme premier secrétaire général. Il a ainsi contribué à la création du NUM en tant que plus grand syndicat du pays, servant de secrétaire général pendant un peu plus de 10 ans.

    Affaires et politique

    La notoriété publique de Ramaphosa a grimpé lorsqu’il a été élu secrétaire général de l’Ancien 1991. Suite à cette nomination, il a joué un rôle clé dans la transition de l’Afrique du Sud, devenant l’un des principaux artisans de la démocratie constitutionnelle du pays. Sous les auspices de la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (Codesa), il est devenu le principal émissaire de l’ANC pendant les négociations sur un arrangement post-apartheid.

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    Suite à cela, Ramaphosa a dirigé l’équipe de l’ANC dans l’élaboration d’une nouvelle constitution pour le pays, constitution qui est aujourd’hui considérée comme l’une des plus progressistes au monde.

    En 1994, Ramaphosa est devenu l’adjoint du président Nelson Mandela. Voir Thabo Mbeki nommé ensuite à la place était un coup, mais persuadé par Mandela, Ramaphosa est entré dans les affaires. Au cours des deux décennies qui ont suivi, il s’était alors investi dans la construction d’une grande société de portefeuille, Shanduka, avec des intérêts dans des secteurs allant de l’industrie minière à la restauration rapide. Le succès du groupe a confirmé sa réputation de négociateur talentueux.

    En outre, durant ces 20 années d’activité, Ramaphosa a établi des liens profonds dans le secteur privé en Afrique du Sud. Une situation qui le met en désaccord avec les sections de l’ANC qui croient que les arrangements post-apartheid lui ont donné le pouvoir politique, mais pas la liberté économique. Ces voix sont devenues plus fortes sous la présidence du président Jacob Zuma, avec des appels à une transformation économique radicale et à une action pour s’attaquer au capital des monopoles blancs.

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    De fait, pour sa nouvelle mission, Ramaphosa aura du pain sur la planche en essayant de répondre à ces exigences, en conduisant un pacte social plus inclusif dans le pays sans toutefois oublier de combattre la corruption rampante dans les secteurs privé et public.

    Le chemin vers la présidence

    Même pendant ses années d’activité, Ramaphosa resta proche de l’ANC, en tant que membre du comité national de discipline. Mais il a fait son grand retour sur la scène politique lors de la conférence élective de l’Ancien 2012 à Mangaung, Bloemfontein où il a été élu vice-président de l’ANC, et plus tard du pays.

    Deux ans auparavant, Ramaphosa était devenu vice-président de la Commission nationale de planification, gérée par l’État. Il présidait son rapport de diagnostic, qui exposait clairement les problèmes auxquels le pays était confronté. Un plan a été élaboré pour apporter des réponses aux défis identifiés dans le rapport. Connu sous le nom de Plan de développement national, il a été présenté comme un modèle du type de société que l’Afrique du Sud pourrait devenir. Ce plan a montré les forces de Ramaphosa en tant que grand acteur de pactes sociaux. Mais depuis sa remise, le plan a été oublié, même s’il faut dire qu’il reste un point de référence et sert de contrepoint aux appels à une transformation économique radicale.

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    Cyril Ramaphosa pourra mettre l’accent sur la stabilité dans le gouvernement et l’ANC. Compte tenu de son histoire, il est susceptible de vouloir stabiliser l’économie plutôt que de poursuivre des interventions radicales. En réalité, il a un intérêt personnel à obtenir un pacte social stabilisateur semblable à celui qu’il a négocié en 1994, vus les changements qui ont laissé le pays économiquement et socialement plus faible.

    Il n’est donc pas surprenant que durant sa campagne électorale, il ait modelé son image sur le caractère sacré de la primauté du droit et sur le principe selon lequel la stabilité sociale repose sur le respect de la primauté du droit.

    Néanmoins, le grand point d’interrogation sur Ramaphosa est son efficacité. Bien qu’il ait été le vice-président de l’ANC et du pays pendant cinq ans, certains pensent que son influence a été minime et qu’il n’a pas été en mesure d’imprimer son leadership sur le parti ou le pays. Sera-t-il capable d’imposer sa volonté à ceux qu’il conduit maintenant ? Ramaphosa présidera des fonctionnaires et politiques qui ont de grandes personnalités et ont bénéficié de longues périodes de pouvoir politique. Ils sont habitués à diriger, et non suivre.

  • Les huit élections africaines à surveiller en 2018

    Les huit élections africaines à surveiller en 2018

    En Afrique, 2017 a été l’année de grands changements. Des dirigeants décriés pour leur longévité ont quitté le pouvoir comme au Zimbabwe, en Angola et en Gambie. Par ailleurs, les scissions internes, les défis économiques et l’augmentation du taux de chômage ont fait pression sur de nombreux pays, dont l’Éthiopie et le Nigéria. En Afrique du Sud en outre, un parti au pouvoir divisé a montré un électorat déçu par les mouvements de libération.

    Toutefois, l’année 2017 n’est pas partie avec toutes les formes de frustrations. Certaines de ces pressions internes et externes seront éventuellement présentes dans les élections à travers le continent en 2018. En effet, une vingtaine de nations organiseront des élections présidentielles, législatives et municipales cette année, avec l’espoir que certains de ces résultats pourraient annoncer un changement politique pour les partis. Les campagnes présidentielles en Afrique du Sud et au Nigeria vont également prendre de l’ampleur avant les élections de 2019, le leader du Congrès national africain, Cyril Ramaphosa, et le président Muhammadu Buhari espérant gagner respectivement.

    Alors que des millions d’électeurs africains se rendent aux urnes au cours des 12 prochains mois, voici les élections à surveiller, dans l’ordre chronologique :

    1. Égypte : entre février et mai 2018

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    Même s’il n’a pas encore déclaré sa candidature, le président Abdel Fattah el-Sisi reste l’homme à battre lors de la prochaine élection présidentielle égyptienne. Tandis que l’ancien Premier ministre Ahmed Shafiq et l’éminent avocat des droits de l’homme Khaled Ali ont déclaré leur intention de se présenter, de nombreux candidats se heurteront à des obstacles pour se rendre au scrutin, et encore moins gagner

    Ces scrutins surviennent alors que l’Égypte est confrontée à un ralentissement économique brutal et à de nombreux attentats terroristes meurtriers qui continuent de compromettre son image de destination touristique favorite.

    1. Sierra Leone : 7 mars 2018

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    Ce pays d’Afrique de l’Ouest organisera des élections générales début mars, avec plus d’une douzaine de partis présentant des candidats aux élections présidentielles, parlementaires, municipales et municipales. Le Congrès des Peuples, au pouvoir, a nommé le ministre des Affaires étrangères, Samura Kamara, au poste de successeur du président Ernest Bai Koroma, qui quittera ses fonctions après dix ans au pouvoir. Le candidat de l’opposition Julius Maada Bio, qui s’est présenté contre Koroma en 2012 sur un billet du Parti populaire de la Sierra Leone, devrait participer aux prochaines élections.

    Les élections de 2018 interviennent à un moment crucial alors où la Sierra Leone se remet des effets dévastateurs d’Ebola et d’un glissement de terrain tragique qui a tué des centaines de personnes et déplacé davantage l’année dernière.

    1. Soudan du Sud : juillet 2018

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    La jeune nation devrait tenir des élections générales au milieu d’une guerre civile qui a déplacé des millions de personnes à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Les luttes intestines entre le gouvernement rival et les forces rebelles ont déchiré le pays, dévastant l’économie, en affectant les opérations humanitaires et les investissements étrangers alors que les dirigeants continuent d’amasser des millions de dollars en richesse illégale.

    Alors que le mandat du gouvernement s’achève en février, le président Salva Kiir veut organiser des élections. Cela s’avère difficile, étant donné que le gouvernement n’a pas les fonds et la sécurité nécessaires pour enregistrer les électeurs et mener les élections. L’ex-vice-président Riek Machar est également en exil en Afrique du Sud, certains rapports indiquant qu’il est en « résidence surveillée » dans une ferme à l’extérieur de Johannesburg. Au milieu de tout cela, la volonté du gouvernement de tenir le vote inquiète également les Nations Unies, qui ont déclaré que les élections risquaient « d’approfondir et d’étendre » le conflit.

    1. Mali : d’avril à novembre 2018

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    Le Mali organisera des élections régionales, présidentielles et nationales en plusieurs étapes, le tout entre avril et novembre. Les élections devaient débuter à la mi-décembre, mais elles ont été retardées pour des raisons de sécurité. L’opposition et les groupes rebelles à l’Accord d’Alger de 2015 pour stabiliser le vaste désert du Nord participeraient au processus.

    Fin décembre 2017, le Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maiga a démissionné avec son gouvernement, portant un coup dévastateur au président Ibrahim Boubacar Keita, 72 ans, qui cherche à se faire réélire. En septembre dernier, Kalifa Sanogo, le maire de Sikasso, la deuxième ville du Mali, s’est également déclaré candidat aux élections présidentielles de 2018.

    1. Zimbabwe : 31 juillet 2018

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    Avec Robert Mugabe éjecté de la course, le président Emmerson Mnangagwa devrait mener son parti ZANU-PF aux élections présidentielles fin juillet. Mnangagwa, 75 ans, a déjà déclaré que l’élection sera « crédible, libre, juste et transparente » et devrait aider à définir une nouvelle dynamique pour un Zimbabwe très appauvri. Mnangagwa fera donc face à la pénurie de carburant et de denrées alimentaires, à l’instabilité monétaire et à la hausse des taux de chômage.

    Le Royaume-Uni a également déclaré que le « progrès démocratique » était la clé pour aider le Zimbabwe à régler ses arriérés avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement et stabiliser sa monnaie.

    1. Cameroun : Octobre 2018

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    Après 36 ans de règne, le président Paul Biya est l’un des plus anciens dirigeants africains encore au pouvoir. À 84 ans, Biya devrait se présenter de nouveau aux élections du pays en octobre. Le célèbre avocat Akere Muna a également déclaré sa candidature et a exhorté l’opposition à s’unir afin de battre Paul Biya.

    Ces élections font suite à une crise dans ses régions anglophones, menant à des répressions violentes et à des protestations antigouvernementales. Les tensions latentes ont également amené le gouvernement à fermer Internet dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où les résidents se plaignent de discrimination politique et économique depuis des décennies. Les activistes ont également appelé les deux régions à se séparer de la nation majoritaire francophone et à créer une patrie indépendante appelée Ambazonia.

    1. République démocratique du Congo : 23 décembre 2018

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    Avec plus de deux ans de retard, les élections dans la République démocratique du Congo auront lieu à la fin du mois de décembre. Pourtant, la grande question qui se pose au cours du scrutin est de savoir si le président Joseph Kabila, qui a dirigé le pays depuis 2001 et qui a poussé à plusieurs reprises la date des élections, acceptera de démissionner. Fin décembre, le pays a été de nouveau secoué par des manifestations anti-gouvernementales, qui ont entraîné la mort d’au moins sept personnes et l’arrestation de 120 autres.

    1. Libye : indéterminé

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    En l’absence de date précise, le gouvernement libyen, soutenu par les Nations unies, affirme qu’il va de l’avant avec les préparatifs des élections présidentielles et législatives de 2018. Selon la commission électorale, près d’un million d’électeurs se sont déjà inscrits aux prochaines élections.

    Parmi les candidats la présidence : Saif al-Islam Kadhafi, le fils de l’ancien dictateur libyen, Mouammar Kadhafi. Après des années de captivité dans la ville de Zintan, Saif, qui est recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, espère diriger et unifier les différentes factions qui contrôlent la nation nord-africaine. Depuis la chute de son père, la Libye a lutté pour faire une transition démocratique, avec des divisions politiques et des troubles dans le pays. La nation déchirée par la guerre a également lutté contre l’immigration clandestine, les migrants africains étant même vendus comme esclaves sur les marchés ouverts.

  • George Weah: dieu des stades, chef d’État [Portrait]

    George Weah: dieu des stades, chef d’État [Portrait]

    Après deux échecs au scrutin présidentiel, George Weah a finalement été élu en décembre président du Libéria. Dans un pays qui garde encore les séquelles de la guerre civile, l’ancienne vedette des terrains de football devra poursuivre la politique de changement amorcée par son prédécesseur Ellen Johnson Sirleaf.

    George Weah est désormais président. Le nouveau chef de l’État du Libéria a été élu avec plus de 60% des voix. Battant ainsi son adversaire l’ancien vice-président Joseph Boakai. À 51 ans, son élection a été accueillie avec satisfaction dans le pays.

    À Monrovia la capitale, ses partisans ont expliqué que cette victoire vient combler le vide créé par les défaites de 2005 et 2011. De son côté, le nouveau locataire de Mansion House a remercié « le peuple libérien ». Il a dit mesurer « l’importance et la responsabilité de la tâche immense » qu’il embrasse.

    George Weah a reçu les félicitations de plusieurs de ses pairs africains. Le Togolais Faure Gnassingbé lui a adressé ses « vives félicitations et celles de la conférence des chefs d’État de la CEDEAO ». L’actuel président en exercice de la CEDEAO a affirmé la disponibilité de l’institution sous-régionale « à accompagner le Libéria dans ce nouveau tournant de son histoire ». D’autres chefs d’État comme le Namibien Hague Geingob, le Ghanéen Nana Akufo-Addo et le Français Emmanuel Macron ont également félicité George Weah.

    Des bidonvilles de Monrovia au Mansion House

    Ancien joueur du Tonnerre de Yaoundé, George Weah a eu une belle carrière en Europe. Très polyvalent, il a joué au à Monaco, au PSG et à Marseille. En Italie, c’est avec le Milan AC qu’il a fait trembler les défenses. Son physique et son intelligence dans le jeu lui ont aussi permis d’évoluer en Angleterre. King George a joué à Chelsea et à Manchester City.

    Durant sa carrière, celui qui a été sacré meilleur joueur africain en 1989 et en 1994 a disputé 567 matches en club et a inscrit 266 buts. George Weah a passé vingt ans en équipe nationale du Libéria (60 sélections, 22 buts). Il a notamment participé à la Coupe d’Afrique des Nations en 1996 et en 2002.

    L’attaquant avait d’ailleurs été désigné en 1999 « meilleur joueur africain du siècle » par la Fédération internationale de football d’histoires et de statistiques. Près de vingt ans après sa retraite internationale, le natif de Clara Town, bidonville de Monrovia, s’était lancé dans l’humanitaire, les affaires puis la politique lorsqu’il crée en 2004 le Congrès pour le changement démocratique (CDC), son parti politique.

    À la suite de son élection, des stars de football à l’instar de Didier Drogba et Anthony Baffoe ont félicité George Weah pour le rêve réalisé. Seul Africain à avoir gagné le Ballon d’or en 1995, George Weah va désormais faire ses premiers pas à la tête du Libéria. Élu sénateur en 2014, l’ancien joueur du Paris Saint-Germain compte surprendre par sa politique alors que ses adversaires lui ont souvent reproché durant la campagne « sa faible maîtrise des rouages politiques ».

    La tâche s’annonce un peu compliquée pour « Mister George ». Ce dernier devra renforcer la réconciliation dans le pays et satisfaire une jeunesse désœuvrée. « Le changement est sûr », a-t-il rassuré après son élection. Selon plusieurs spécialistes, ses études aux États-Unis et ses conseillers politiques devront lui être un atout dans la gestion de son pays.

     

  • L’avenir de l’Afrique s’annonce plus radieux en 2018

    L’avenir de l’Afrique s’annonce plus radieux en 2018

    L’aventure d’une Afrique positive continue. Il y a quelques mois, lorsque nous démarrions nous promettions de relever un défi de taille : celui de servir à nos lecteurs des informations sur une Afrique qui bouge, qui se transforme et qui se développe. Notre objectif n’a pas changé. À l’heure où la presse en ligne s’impose sur notre continent, la dynamique équipe d’Afrotribune juge important la production d’informations par les Africains et pour les Africains. Ce sont les succès d’Afrique que nous vous ferons souvent découvrir.

    L’année 2017 appartient désormais à l’histoire. Mais comment ne pas revenir sur des succès enregistrés sur notre continent pendant douze mois ? Ils sont légion. À Afrotribune nous avons particulièrement été séduits par quelques initiatives privées et l’évolution remarquable de certaines startups. La Nigériane Aerial Industries est l’une d’entre elles. Cette startup récemment créée s’est illustrée par la fabrication de drones de haute performance pour la pulvérisation des cultures. Son apport est déjà utile dans les exploitations agricoles sur le plan local. Aerial Industries a d’ailleurs été sélectionné par l’accélérateur de startup Airbus BizLab du géant de l’aéronautique pour bénéficier d’une formation dans le domaine de l’industrie aérospatiale.

    En Afrique de l’Est, vous aimerez certainement le projet Majik Water initié par la Kenyane Beth Koigi. Cette dernière a eu l’idée de mettre en place des générateurs d’eau atmosphériques alimentés par des panneaux solaires pour transformer l’humidité de l’air en eau. Quand on sait que l’accès à l’eau potable reste un grand défi pour nos États, on ne peut qu’encourager Beth Koigi qui sauve des vies en empêchant grâce à son projet la propagation de certaines maladies.

    La startup Lono de la Côte d’Ivoire a démontré que les déchets organiques sont une source d’énergie inépuisable encore négligée sur le continent. Lono transforme des déchets organiques en biogaz pour le combustible de cuisson et en biométhane pour la production d’électricité. Dans nos pays, la réduction de la fracture numérique traîne. Mais on peut déjà se réjouir qu’une entreprise comme Eduair du Cameroun décide de commercialiser des boxes numériques qui facilitent l’accès à du contenu digital sans connexion internet.

    Évolution

    L’Afrique se développe. Mais l’endettement reste encore un frein pour la prospérité de nos économies. En décembre, lors d’une tournée sur le continent, Christine Lagarde a expliqué ce qui pourrait faciliter « un développement sérieux » qui doit faire avancer les économies de nos États. Comme voie salutaire pour l’Afrique, la présidente du FMI a évoqué, le développement du secteur agricole, l’industrialisation, le financement des initiatives technologiques.

    Gageons que cela soit entendu et que de différents plans de développement élaborés par les dirigeants sont mis en œuvre pour le bien de nos pays. De la politique dépend la stabilité des pays. Et sur ce plan, l’Afrique a connu bien d’heureux rebondissements l’année écoulée. Les Gambiens se sont très tôt illustrés par un vote historique qui a fait tourner les pages sombres de Yaya Jammeh.

    Depuis, le président Adama Barrow continue tant bien que mal de poser les jalons d’une démocratie en Gambie. Il y a eu également « l’épisode zimbabwéen » qui a soldé la fin du règne de Robert Mugabé. Cela peut être salué dans la mesure où il s’est déroulé avec tact et sans morts. De 2017, peut-être devrons aussi nous réjouir de la réussite des scrutins au Libéria avec l’élection de George Weah, archétype d’une réussite africaine qui voudrait dire que l’on peut ne partir de rien pour devenir quelqu’un si on le veut.

    Osons et faisons confiance à George Weah. En espérant que l’ancien footballeur replace définitivement le Libéria sur les rails de la réconciliation et du développement.

    Attente

    Dans l’élan de positivité de l’Afrique, il y a encore des points noirs. Les récents morts enregistrés à Kinshasa durant une marche pacifique rappellent que certains États restent fidèles à leurs vieux démons. Le régime du président Joseph Kabila dont le mandat a expiré il y a un an commet l’erreur de braquer la population. Le président Kabila joue la montre en se maintenant au pouvoir. Différents scénarii peuvent se dessiner au cours des prochains mois, notamment le déclenchement d’une série de marches de protestation. À moins que le chef de l’État ne fasse une sortie médiatique pour tout calmer : convoquer une élection présidentielle à laquelle il ne peut plus participer. Le Cameroun est lui rongé par un mal auquel il faudra trouver un remède. Jusqu’à présent le pouvoir ne se donne pas tous les moyens pour régler le « problème anglophone ». Cela fragilise le pays qui s’est également lancé dans une guerre contre Boko Haram. Et même une réélection de Paul Biya qui semble garantie n’est pas la clé pour que le Cameroun retrouve sa stabilité.

    Au Togo, depuis août, de milliers de manifestants, de l’opposition réclame le retour à la constitution de 1992 et le départ de Faure Gnassingbé du pouvoir. Alors qu’un dialogue n’est toujours pas convoqué, il serait difficile de prédire le dénouement de cette crise. Mais comme toujours, il appartient à celui qui gouverne de prendre ses responsabilités. Les cartes ont été redistribuées sur l’échiquier togolais et l’année 2018 pourrait être remplie d’incertitudes pour le régime togolais. Quant à nous, nous publierons des articles pour tout faire comprendre. Telle est la mission d’Afrotribune. En attendant, nous souhaitons à tous nos lecteurs une bonne et heureuse année 2018.

  • Mugabe a versé les larmes avant de signer sa lettre [Reuters]

    Mugabe a versé les larmes avant de signer sa lettre [Reuters]

    Lorsque Robert Mugabe signait sa démission le 21 novembre après quelques jours de détentions et de pressions de la part de l’armée, le geste n’a pas été sans émotion. Selon un prêtre à Hararé proche du président Mugabe, le vieil homme de 93 ans aurait même versé quelques larmes.

    Robert Mugabe a connu une fin tout sauf dramatique. Les 37 années passées à la tête de l’État zimbabwéen lui sera désormais nostalgique. Le père Fidelis Mukonori, un prêtre jésuite et ami proche de Mugabe a témoigné des derniers moments et la signature de la démission par l’ancien président Mugabe.

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    Selon ce prêtre qui s’est confié à un journal local, le président Robert Mugabe s’était en un premier temps déclaré « soulagé » lorsqu’il a accepté de quitter son poste de président du Zimbabwe sous la pression de l’armée et de son parti, le Zanu PF. Ensuite, Robert Mugabe aurait pleuré et déploré la trahison par des lieutenants proches de lui. « Les gens sont des caméléons », aurait affirmé celui à qui sont attribuées les citations les plus grotesques sur la toile. Sa lettre de démission signée a été lue mardi, alors que le parlement a entendu une motion pour le destituer.

    « Quand il a terminé sa signature, son visage a simplement brillé, pas de larmes à moins qu’il y ait des anges pleurant quelque part », a ironisé Mukonori. « Pour moi, c’était un signe qu’il acceptait que “ah c’est fait”, il est soulagé, pas qu’il soit lésé, mais soulagé, » a-t-il ajouté.

    Selon toujours ce prêtre jésuite, Mugabe a réalisé que la fin était proche quand il avait vu environ 60 000 Zimbabwéens protester et exiger qu’il démissionne. Le président de 93 ans a finalement accepté la défaite seulement après avoir été limogé par son parti ZANU-PF et confronté à « ‘l’ignominie »’ de la destitutio

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    Des sources ont déclaré que Mugabe était provocant quand il a rencontré les hauts gradés de l’armée le 16 novembre, ce qui était le début d’un affrontement de cinq jours. Selon Mukonori, Mugabe aurait voulu une transition graduelle et sans heurt du pouvoir à Mnangagwa, qu’il avait limogé, un plan finalement contrecarré par le fait que Mnangagwa ne soit pas revenu immédiatement d’exil en Afrique du Sud.

    Zimbabwe nouveau

    Lors de sa cérémonie de prestation de serment, Mnangagwa a déclaré qu’il appréciait la démocratie, la tolérance et la primauté du droit et qu’il s’attaquerait à la corruption. Il a également exhorté les citoyens à ne pas entreprendre de « vengeance ». Toutefois, le nouveau gouvernement est déjà prêt à traduire en justice certains des proches de Mugabe et de sa femme. L’ancien ministre des Finances, Ignatius Chombo, a déjà affronté des magistrats samedi pour des accusations de corruption. Il n’a pas plaidé coupable.

    En effet, la chute de Mugabe après 37 années au pouvoir a été stimulée par une bataille pour lui succéder qui a opposé son ancien bras droit Emmerson Mnangagwa, qui l’avait soutenu pendant 52 ans, et l’épouse de Mugabe, Grace, qui a 52 ans.

  • Grace Mugabe: la reine du shopping qui a voulu gouverner

    Grace Mugabe: la reine du shopping qui a voulu gouverner

    Les ambitions démesurées de la première dame zimbabwéenne, Grace Mugabe, ont précipité la fin du règne de son mari qui dure depuis 37 ans.

    A plus de cinquante ans, Grace Mugabe côtoie le plus haut sommet de l’État depuis plus de trente ans. En effet, c’est en jeune divorcée qu’elle découvre le palais présidentiel comme employée. Elle n’a que vingt ans. Secrétaire du chef de l’État elle finit par devenir sa maîtresse. Suite au décès en 1992 de la femme de Robert Mugabé, le président décide de prendre pour épouse celle qui était toujours considérée comme sa secrétaire. Lorsqu’ils se marient en 1996, le statut de Grace Mugabe change. Dans l’entourage de son mari, quelques proches remarquent les ambitions démesurées de celle qui est née en Afrique du Sud.

    Plus de vingt ans après, Grace Mugabe s’est imposée. D’abord par sa richesse incroyable. À elle seule, la première dame dispose d’une bonne fortune avec des entreprises et une douzaine de fermes dans le pays. Elle a également un train de vie hors norme. Passionnée de mode, la femme du président s’offre régulièrement des emplettes à plus de 100 000 dollars dans des boutiques de luxes. Dans un pays où le taux de pauvreté reste très élevé, Grace Mugabe peut aussi s’offrir une Rolls Royce. C’est ainsi qu’elle s’est construite malgré lui une mauvaise réputation. Si elle n’essuie pas les critiques de la presse, ce sont parfois des militants du parti présidentiel qui l’accusent. On lui a reproché d’avoir gagné plusieurs millions de dollars grâce à la vente illégale de diamants, extraits de la mine de Marange, dans l’est du Zimbabwe. L’affaire révélée par Wikileaks avait secoué le pays. D’autant plus que d’autres cadres zimbabwéens étaient également mis en cause.

    Mauvaise réputation

    Les écarts de comportements de Grace Mugabe ont souvent été décriés. Comme en 2009 où elle a agressé un photoreporter à Hong Kong. Ce sera aussi le cas en 2014 à Singapour. Mais c’est surtout son agression en août dernier sur une jeune femme dans un hôtel de Johannesburg qui a défrayé la chronique. Il a manqué de peu que cet incident provoque une crise diplomatique entre le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. La justice sud-africaine exigeant l’arrestation de la première dame avant que cette dernière ne bénéficie d’une immunité diplomatique pour s’échapper de Johannesburg.

    Très écoutée par son mari, elle a provoqué la disgrâce de certains hommes du premier cercle du chef de l’État et fait même emprisonné de jeunes militants du parti au pouvoir hostile à la politique de Robert Mugabe. Ses ambitions ont aussi vite grandi ces dernières années. Grace Mugabe s’est fait élire présidente de la Zanu-PF et s’est entourée de fidèles dans son camp surnommé le G40. Depuis, elle a multiplié les meetings, vanté les mérites de son mari, et recherché aussi une popularité pour finalement déclarer son intention de succéder à Robert Mugabe. Avec d’autres femmes de la Zanu-PF, elle initie une campagne visant à amender la constitution en permettant qu’une femme puisse être nommée vice-présidente du pays. Dans l’idée de convaincre la population de ses aptitudes intellectuelles, Grâce Mugabé reçoit le diplôme de docteur à lui délivré par l’université de Harare. Ses travaux de thèse ont porté sur les bouleversements sociaux et leur impact sur la structure familiale, révèle une source de l’université.

    Femme pressée

    Les ambitions présidentielles de Grace Mugabe l’a emmené à tisser un réseau formé de fidèles. Au sein de la Zanu-PF, ses fidèles la décrivaient comme « la maman » ou encore « la future présidente ». Ce qui n’a jamais été du goût de ses détracteurs qui la trouvent « méprisante et prétentieuse ». Et la scission qu’elle a provoquée dans le parti présidentiel a irrité plus d’un. Contre lui s’est positionné le camp du vice-président déchu Emmerson Mnangagwa, longtemps considéré comme le successeur « légitime » de Robert Mugabe. Finalement déchu suite aux pressions de Grâce Mugabé sur son mari, Emmerson Mnangagwa très influent a provoqué la chute de son « compagnon de lutte ».

    Quelques jours avant la prise de pouvoir des militaires, un haut gradé s’est indigné du comportement hautain de Grace Mugabe. C’est « une assoiffée de pouvoir », considère-t-on dans le camp des vétérans. « Elle n’est pas née au Zimbabwe. Elle n’a même pas lutté pour la libération du pays », remarque un membre de la Zanu-PF. Introuvable depuis le placement en résidence surveillée de son mari, Grace Mugabe aurait quitté le pays pour l’exil, abandonnant tout rêve présidentiel. Triste fin !

  • Zimbabwe: comprendre le chaos en 5 points

    Zimbabwe: comprendre le chaos en 5 points

    Après 37 ans passés à la tête du pays, Robert Mugabe, 93 ans, est en train de connaitre ce qui pourrait être la fin de sa présidence. Hararé s’est réveillé ce 14 novembre sous le rythme des volontés dictées par l’armée, qui dit ne pas être en train de faire un « coup d’État ». Mais depuis, Robert Mugabé est assigné dans une villa dans la capitale, alors que sa femme reste introuvable. La guerre pour la succession de Robert Mugabe à la présidence du pays a pris un nouveau tournant. Retour sur cette crise en 5 points.

    Grace, la disgrâce de dame Mugabe

    La manœuvre Grace Mugabé pour arriver la tête du pays est un acte mal pris à Hararé, surtout par l’armée. Après avoir longtemps caché son appétit pour le pouvoir, elle l’a finalement et très clairement affiché. « Je dis à M. Mugabe : vous devriez […] me laisser prendre votre place. N’ayez pas peur ! Si vous voulez me donner votre poste, donnez-le-moi librement, » a-t-elle lancé, dimanche 5 novembre, face à des milliers de jeunes de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, réunis dans l’enceinte d’un stade de la capitale Harare. A 52 ans, elle apparaît de plus en plus pressée. En effet, tout a commencé par basculer quand elle a fait tomber un des plus sérieux potentiels successeurs à son époux, le vice-président Emmerson Mnangagwa, qu’elle accusait depuis des mois de tenter de déstabiliser le chef de l’État. Mais cette volonté de succéder à son mari lèse à Hararé.

    Grace Mugabe est loin d’avoir les faveurs de la majorité des Zimbabwéens. Elle a une très mauvaise réputation dans le pays. Elle est considérée comme égoïste, cruelle et pouvant se montrer violente. Elle n’inspire pas confiance, et multiplie les coups d’éclat comme cet été où, pour une raison encore obscure, elle s’en est violemment prise à un mannequin dans un hôtel sud-africain. Mettant à mal les relations entre les deux pays, elle avait invoqué l’immunité diplomatique pour échapper à la police, immunité qui lui avait été accordée. Quelques semaines plus tôt, elle avait invoqué cette même immunité, après avoir détruit le matériel de journalistes croisés à Singapour.

    Emmerson Mnangagwa, le « Crocodile » qu’il ne fallait pas menacer

    Fidèle au président Mugabe pendant des décennies, Emmerson Mnangagwa était le bras droit du chef de l’État autant que son exécuteur des basses œuvres. Le 6 novembre, si son limogeage avait surpris plus d’un, ce n’était que la confirmation que Grace Mugabé avait un plan élaboré. S’en est suivi, une vaste purge des soutiens de Mnangagwa au sein du gouvernement. Âgé de 75 ans, surnommé le « Crocodile » en raison de son caractère impitoyable, Emmerson Mnangagwa est l’ancien patron des services de renseignement. Il a joué un rôle-clé dans les violences qui ont ensanglanté la présidentielle de 2008, remportée par Robert Mugabe après le retrait de l’opposant, Morgan Tsvangirai. En octobre, il a perdu son portefeuille de ministre de la Justice. Il a toutefois été maintenu à la vice-présidence, dont il occupe un des deux postes depuis 2014.

    Ses partisans ont suggéré que cette tentative avait été ourdie par Grace Mugabe, qui a très vigoureusement démenti. Depuis son limogeage, l’armée est finalement convaincue des manœuvres de Grace Mugabé qui a beaucoup d’influences sur son mari. Cela fait des mois que le torchon brûle entre les deux camps : en août, Emmerson Mnangagwa avait affirmé avoir été victime d’une tentative d’empoisonnement. Il avait pris soin de ne pas avancer de possible commanditaire, mais ses partisans assuraient qu’il avait été délibérément intoxiqué par le biais d’une crème glacée fabriquée dans une laiterie appartenant à Grace Mugabe. Des accusations que la Première dame avait vivement démenties.

    Mercredi, après quelques jours d’exil, il a tweeté pour demander aux « Zimbabwéens de rester calmes et d’écouter les informations. Je suis de retour au Zimbabwe et serai occupé au cours des prochains jours. Je communiquerai avec vous à travers les moyens de communication officiels ».

    La lassitude Mugabé

    La tenue de l’élection présidentielle au Zimbabwe explique d’une part cet acharnement de Grace Mugabé. Mais d’autre part, la fébrilité de Mugabé devant cet état de confusion où tout semble dire qu’il a déjà cédé sa présidence est de trop. Même si à Hararé, il n’y a pas d’effusion de joie, et même pas d’expression d’une angoisse, la population s’était lassée de son président depuis. Principale cause, une économie qui ne cesse de détériorer.

    En effet, quand il arrive au pouvoir en 1980, Robert Mugabe, marxiste convaincu, mène d’abord une politique de réconciliation favorable à l’économie encore largement dominée par les anciens colons blancs. Très vite sous la pression des opposants, des déçus de l’indépendance, le régime se durcit, privilégie ses affidés et commence à casser méthodiquement le moteur de son économie, l’agriculture. Les fermes dirigées par des Blancs sont nationalisées puis confisquées pour être confiées à des Noirs bien souvent totalement dépourvus de compétence agricole. L’an dernier la production de blé est tombée à 20 000 tonnes, 16 fois moins que dans les années 90. Aujourd’hui un habitant sur quatre dépend de l’aide alimentaire. 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la principale activité, informelle, c’est le commerce à la sauvette où règne le troc, faute de disponibilité d’argent liquide.

    Ce que veut l’armée

    « La purge actuelle qui vise clairement les membres du parti qui ont été engagés dans la guerre d’indépendance doit cesser immédiatement », a lancé le général Constantino Chiwenga, le chef de l’armée zimbabwéenne, en lisant un communiqué devant la presse au quartier général de l’armée ce 13 novembre. « Nous devons rappeler à ceux qui sont derrière ces dangereuses manigances que lorsqu’il s’agit de protéger notre révolution, l’armée n’hésitera pas à intervenir », a rappelé le général.

    Mercredi matin, le général Sibusiso Moyo a expliqué que cette opération n’était pas « un coup d’État contre le gouvernement » et assuré que le chef de l’État et sa famille était « sains et saufs » et « en sécurité ». L’objet de l’opération militaire est d’abord de faire triompher, au sein de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, la faction des partisans du vice-président Emmerson Mnangagwa, contre celle de Grace Mugabe, dite la « Génération 40 ».

    Le cas Mugabe

    Entre sauver la face ou sauver l’avenir de sa femme, certains spécialistes estiment que le choix de Mugabe pencherait plutôt vers la première option : se retrouver enfermé chez lui par son cercle le plus proche, privé de tout pouvoir est assez infamant pour un homme comme lui, estime-t-on. Il est possible qu’il aille vers une solution de sortie de crise qui lui permette de se maintenir au pouvoir jusqu’au bout. Malgré son âge avancé, Robert Mugabe a toujours refusé de nommer un successeur et a même annoncé qu’il briguerait un nouveau mandat en 2018. Le jeu reste donc ouvert et les couteaux s’aiguisent.