Catégorie : Grand Angle

  • Nelson Mandela et Barack Obama: un destin croisé

    Nelson Mandela et Barack Obama: un destin croisé

    En 2005, Mandela a fait ce qui serait sa dernière visite aux États-Unis. Alors qu’il était là, passant quelque temps à Washington, Barack Obama, alors  jeune sénateur représentant l’état de l’Illinois, a demandé une rencontre avec le révéré Mandela.

    En raison de son âge avancé de 87 ans, son calendrier pour la visite était étroitement géré, et il réservait du temps seulement pour des rencontres très stratégiques, comme celles du président George W. Bush et le sénateur Hillary Clinton.

    Obama, à peine connu, s’est vu refuser le rendez-vous. Cependant, il était déterminé et continua à faire pression pour obtenir du temps sur le calendrier de Mandela. On aurait dit à Mandela qu’Obama pourrait un jour être le premier président noir des États-Unis. Cette prédiction semblait improbable à l’époque, mais Mandela accepta une «rencontre et un accueil» de dernière minute avec Obama. Obama a été autorisé environ 5-10 minutes avec l’icône, pendant ce temps, beaucoup de choses sauraient en effet être discutées.

    Huit ans plus tard, en 2013, Obama, alors dans son deuxième mandat en tant que président des États-Unis, a planifié ce qui serait sa première visite en Afrique du Sud en tant que président des États-Unis. Bien sûr, il a eu une visite officielle, avec beaucoup de temps pour Mandela. En ce temps-là, Madiba souffrait d’une déficience cognitive importante à cause de la démence liée à l’âge. Pourtant, le moment était plein d’espoir, car le lien spirituel entre les deux hommes était si important.

    Destin croisé

    En Afrique du Sud, les Bâtiments de l’Union à Pretoria (siège officiel du gouvernement sud-africain) rappellent la transition improbable du pouvoir qui a eu lieu dans ce pays. La bâtisse néoclassique, inspirée du style architectural de la Renaissance italienne a été construite par des travailleurs noirs pour abriter le gouvernement de l’apartheid blanc. Et il aura fallu la direction de Nelson Mandela pour voir ce chef-d’œuvre remis à un gouvernement majoritairement noir pour occuper ses halls historiques.

    Analogie, la Maison-Blanche à Washington DC a également été construite avec une main-d’œuvre noire pour abriter un gouvernement qui ne qui ne leur donnait aucun droit de citoyenneté. Il a fallu l’improbable direction de Barack Obama pour voir un Noir loger dans cette résidence présidentielle.

    Barack Obama a été inspiré tout au long de sa carrière professionnelle par la direction transcendante de Nelson Mandela. Quand Obama a été élu président des États-Unis en 2008, il aurait dû être évident que les deux hommes se rencontrent et célèbrent les cadeaux uniques que chacun a donnés à son pays. Les deux hommes sont montés à la tête de deux nations qui avaient peu de perspectives pour un leader noir quand ils ont fixé leurs yeux sur la présidence. Mais en raison des circonstances en 2008, l’âge avancé de Mandela qui l’a empêché de voyager à l’étranger, et l’impératif politique d’Obama de rester près de la maison, ni l’un ni l’autre ne pouvait voyager dans le pays de l’autre…

  • Zimbabwe: bilan des 100 jours de l’après-Mugabe [Grand Angle]

    Zimbabwe: bilan des 100 jours de l’après-Mugabe [Grand Angle]

    Porté par un peuple lassé d’un patriarche  nonagénaire qui a du mal à rester éveiller pendant une conférence de plus de 2 heures, et soutenu par Amai Auxilia Mnangagwa, une Première Dame bien informée et énergique, c’est avec un air serein que l’actuel chef d’État zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, s’est livré volontairement à un exercice assez rare sur le continent africain, et pourtant démocratique : le bilan de ses 100 premiers jours.

    Rêver néanmoins d’une émergence du Zimbabwe en 100 jours est utopique, mais s’attendre à des signaux progressistes et des amorces de changements n’est pas de trop. Sur ce coup, Emmerson Mnangagwa semble séduire et se dit confiant, même si sa population ne se montre pas encore rassurée de la nouvelle gouvernance. Il a d’ailleurs, dans un mini vidéo publié sur sa page Facebook, plaidé pour un « réalisme » dans son bilan.

    En effet, beaucoup s’attendaient à le pourfendre à l’aune des fébrilités de gouvernance de son prédécesseur et mentor Roger Mugabé. Mais aussi impressionnant (mais prévisible) que cela puisse paraitre, l’homme s’en sort avec un résultat au demeurant passable, avec une perspective positive pour cet État.

    Dans son auto-évaluation, le président affirme que les 100 premiers jours avaient été une « période d’action » dans la réalisation des objectifs fixés.

    Emmerson et l’après-Mugabe

    À la chute de Mugabe, qui coïncidé avec une fin d’année, le Zimbabwe a adopté un budget audacieux qui a permis, selon certains observateurs, de réduire la loi sur l’indigénisation pour ouvrir l’économie à l’investissement.

    Si à moins de 3 mois de l’adoption de ce budget, il est risqué de le juger, l’actuel gouvernement reste optimiste. Le chef de l’État voit déjà lui, des signes positifs pour redresser une économie si s’effondrait lentement cette dernière décennie sous le regard impavide de Mugabe.

    Mais ce n’est pas la seule entreprise sur laquelle compte le gouvernement zimbabwéen pour redresser son économie. En décembre dernier, Mnangagwa avait accordé une amnistie de trois mois à tous ceux qui sont accusés de corruption pour renvoyer les fonds détournés. Selon les chiffres communiqués par le nouveau président, au moins 250 millions de dollars sur 1,3 milliard de fonds externalisés ont été rapatriés depuis le début de cette mesure.

    Contrairement à Mugabe, Mnangagwa ne s’est pas donné de garde-fou dans sa diplomatie. Le président zimbabwéen s’est engagé avec toute puissante capable d’aider son pays à travers le monde, ce qui constitue un énorme changement par rapport à la politique d’exclusion de Mugabe, qui consiste à faire dos aux puissances européennes et de dépendre de la Chine sans moindre réciprocité du géant économique asiatique.

    Jusqu’ici, le pays a obtenu des engagements d’investissement de 3 milliards de dollars de la part de certaines des plus grandes entreprises du monde.

    Sur le plan sanitaire, le gouvernement zimbabwéen a ordonné à tous les établissements de santé publique d’éliminer les frais de traitement pour les groupes vulnérables, y compris les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et les personnes âgées de plus de 65 ans.

    Branle-bas

    Mnangagwa, cependant, a reconnu les frustrations de nombreux Zimbabwéens à la lenteur des progrès au cours de la période. Ces frustrations proviennent principalement de l’incapacité du gouvernement à faire face au manque de liquidités au cours des 100 premiers jours, réduisant ainsi les espoirs que les citoyens du pays avaient dans la nouvelle administration quand elle a été instaurée.

    Et ce, même si le gouvernement avait également facilité une plus grande utilisation de l’argent mobile pour lutter contre la crise de la trésorerie et réduire les droits d’accise sur l’essence. Une initiative qui a entraîné la réduction des prix du carburant.

    Sans négliger le ton revanchard, le leader du MDC-T et le principal adversaire probable de Mnangagwa à l’élection présidentielle, Nelson Chamisa, a déclaré que les 100 jours du président ont été marqués par une sous-performance et un échec à répondre aux attentes de la population.

    Selon celui-ci, la nouvelle administration n’a pas réussi à articuler les repères des 100 premiers jours. « Il y a eu une énorme déception dans la conduite de l’administration parce que dans le domaine économique, en particulier sur les files d’attente de trésoreries, les problèmes sont toujours là, les pénuries de liquidités sont encore abondantes. Les réformes économiques qui ont été indiquées ne se sont pas déroulées dans leur intégralité, en particulier dans le contexte d’ouverture du Zimbabwe » ajoute celui-ci.

    Mnangagwa est également tancé d’avoir négligé de traiter des questions à portée de main telle que l’alignement des lois et le passage du radiodiffuseur d’État du porte-parole du Zanu PF à celui qui représente les opinions d’autres acteurs tels que les partis d’opposition et la société civile.

    Le combat de Mnangagwa contre la corruption a été largement considéré comme partisan, car il ne vise que ceux qui faisaient partie de la faction qui avait fusionné autour de l’ancienne première dame, Grace Mugabe, connue sous le nom de G40.

    En attendant l’élection présidentielle de septembre prochain comme promis, Mnangagwa a encore une mission : séduire une population désillusionnée de toute notion de condescendance et de lèse-majesté.

     

  • Libéria: des fantômes hantent le palais de la présidence

    Libéria: des fantômes hantent le palais de la présidence

    Au Libéria, les travaux pour le réaménagement du Manoir, la présidence du pays, vont bon train. Sauf que cette bâtisse qui accueille les Chefs d’États libériens semble hantée.

    Si au Libéria, la présidente Ellen Johnson Sirleaf semble finir son mandant indemne, elle est consciente que son cas est une exception. Selon bon nombre de citoyens, cette exception est justifiée par son refus de dormir au Manoir, excepté quelques nuits après son investiture en 2006.

    Ensuite, quelques jours plus tard, Mme Sirleaf s’était retournée chez elle sous prétexte que l’endroit devait être décoré à nouveau avant qu’elle puisse y emménager. En effet, compte tenu de l’histoire du bâtiment, peu de Libériens reprochent à Mme Sirleaf de n’y avoir pas vécu. Durant tout son mandat, elle s’était logée dans une villa au bord de la mer dans le quartier du marché aux poissons de Monrovia, où elle peut faire sa nage dans sa piscine en paix.

    Secret de polichinelle

    Monrovia, n’importe quel Libérien le sait et le dit. Le Manoir est hanté. Pour preuve, aucun président ayant séjourné dans ce bâtiment pendant une période prolongée n’en est ressorti sain et sauf. Si Charles Taylor y a emménagé sans y perdre la vie, il y fut tout de même attaqué en 1996. Selon les dire, les esprits errent dans les couloirs du bâtiment, tandis que les « applaudissements des fantômes » peuvent être entendus tard dans la nuit, comme à la fin d’un discours, rapportent les gardes de sécurité.

    Les proches amis et associés de Mme Sirleaf disent qu’elle était consternée par ce qui l’avait rencontrée lorsqu’elle est arrivée dans l’immeuble. Dans la chambre principale qui abritait ses prédécesseurs, les fenêtres avaient été peintes en noir. Idem pour les fenêtres de la petite salle familiale. Le long couloir effrayant où l’ancien président William Richard Tolbert a été tué était bien encore long et glauque.

    Les murs de la salle de bain principale étaient tous des miroirs. Un salon circulaire à l’étage inférieur des quartiers résidentiels était taché de sang sur les murs et le tapis. Le plafond de ce qui devait être le bureau de Mme Sirleaf était peint avec des anges au visage sombre de Jésus-Christ.

    Quand Mme Sirleaf a demandé que les anges et Jésus soient enlevés, les ouvriers superstitieux ont refusé. La première femme-chef d’État du Liberia a ensuite discrètement demandé à d’autres de repeindre le plafond une nuit. Lors d’une récente interview, elle a refusé d’entrer dans les détails. « Il y avait des anges volants au plafond dans le bureau », a-t-elle dit. « Bien sûr, nous l’avons enlevé. »

    Quelques mois plus tard, un incendie que les autorités ont jugé électrique, mais que la plupart des gens croient être un incendie criminel, ravage le bâtiment. Douze ans et deux mandats présidentiels plus tard, la rénovation n’est toujours pas terminée. Lorsque le président George W. Bush est venu en visite en 2008, et a secoué son butin aux côtés de Mme Sirleaf à de la musique libérienne, ils l’ont fait sur le terrain du manoir, mais pas à l’intérieur. Selon les informations, la rénovation sera terminée dans deux ans, soit environ un tiers du mandat du prochain président.

    Histoire répétée

    C’est le président William Vacanarat Shadrach Tubman qui a fait construire l’endroit au début des années 1960. En 1964, il a emménagé pour sept années relativement paisibles, avant de mourir en 1971 à l’âge de 75 ans. Au Libéria où peu de personnes croient aux causes naturelles de la mort, beaucoup ont attribué le décès de M. Tubman à une prophétie de Wilhelmina Bryant-Dukuly, connue sous le nom de Mère Dukuly. Celle-ci avait publiquement averti le président qu’il allait mourir le jour où il laisserait un couteau le toucher. Le président n’avait pas accordé du crédit à cette prophétie et a autorisé des médecins à Londres à opérer sur lui pour un cancer de la prostate. Il est mort.

    Ensuite, c’était le président William Richard Tolbert. Après un bref règne de neuf ans, William Tolbert a été attaqué dans l’obscurité par des soldats de sa propre armée, menés par le sergent-major. Les assaillants ont tiré trois balles sur William Tolbert, puis ont arraché son œil droit et, finalement, l’ont éventré. Ils ont arrêté sa première dame, Victoria Tolbert, et les enfants puis exécuté les membres du cabinet du président.

    Selon certaines rumeurs à Monrovia, Samuel Doe qui a assuré la présidence et a élu domicile au manoir aurait des alligators dans le sous-sol nourris à la chair humaine. Samuel Doe s’était enfermé dans le manoir pendant des mois alors que les combats pour renverser son régime faisaient rage. Le 9 septembre 1990, le jour où il est sorti du manoir pour rendre visite à certaines troupes internationales de maintien de la paix, les forces de Prince Yormie Johnson ont frappé. Ils ont capturé Samuel Doe pendant un échange de tirs et l’ont emmené dans leur repaire. Celui-ci fut tué, après avoir été torturé.

    Après plusieurs années de guerre civile, en 1997, le chef milice Taylor fut élu président. Il s’était installé dans le manoir avant même d’être élu. En octobre 1996, il a payé le prix quand les assaillants se sont présentés pour essayer de le tuer. Sept de ses gardes du corps ont perdu et la vie Charles Taylor sera finalement reconnue coupable de crimes de guerre. Il purge sa peine de 50 ans dans une prison britannique.

    Actuellement, les équipes de construction continuent à travailler pour réparer le manoir pour le prochain président. Reste à savoir si celui aura le courage d’y séjourner.

  • Eduardo do Santos: le lourd passif de 38 ans de règne [Grand Angle]

    Eduardo do Santos: le lourd passif de 38 ans de règne [Grand Angle]

    L’ombre de Jose Eduardo do Santos plane toujours sur l’Angola qu’il a dirigé pendant près de quatre décennies.  Joao Lourenço.

    Le limogeage d’Isabel dos Santos à la tête de la compagnie pétrolière nationale le 15 novembre a surpris plus d’un. Annoncée par le nouveau chef de l’État, le départ de la fille aînée de l’ex-président Eduardo do Santos de la présidence du conseil d’administration de la Sonangol a suscité des commentaires dans les arcanes du pouvoir. « Il a fait partir la princesse, l’intouchable », lâche avec étonnement un étudiant en sciences politiques à Luanda. Accusée de népotisme et de corruption, Isabel do Santos subit la foudre de Joao Lourenço qui avait promis durant les campagnes relancer l’économie du pays à travers des « décisions fortes ». Mais beaucoup ne s’attendait pas à ce que le chef de l’État « touche » à celle qui est considérée comme la femme la plus riche du continent. Le plus surprenant, c’est que Joao Lourenço a nommé à la tête de Sonangol Carlos Saturnino, ancien secrétaire d’État au Pétrole, un personnage pas très aimé dans le cas do Santos.

    La décision était inattendue. D’autant plus que le nouveau chef de l’État est réputé être proche de Jose Eduardo do Santos qui a dirigé le pays pendant près de quarante ans. Général à la retraite, Joao Lourenço a été adoubé par l’ancien chef de l’État. « C’est un fidèle d’Eduardo do Santos. Il a toujours fait partie de ses hommes de confiance », fait savoir un spécialiste du pays. Ce dernier explique que pour cette raison le nouveau président dirige sous l’influence de son mentor. Il lui sera impossible de réaliser le « miracle économique » qu’il a promis et de lutter réellement contre la corruption. Pour Luaty Beirao, rappeur engagé, opposé au pouvoir depuis plusieurs années, « Joao Lourenço gouverne sous tutelle. Il ne peut pas se défaire d’Eduardo do Santos ».

    Mainmise

    Dans la capitale angolaise, les avis se concordent sur l’absence d’une marge de manœuvre pour le nouveau président qui ne peut pas changer les choses. En réalité, malgré le départ de Jose Eduardo do Santos du pouvoir, son ombre plane toujours sur les grandes décisions du pays. Cela vient de ses trente-huit ans de règne. L’ancien chef de l’Etat reste très écouté au sein de l’armée et il est difficile que de grandes décisions se prennent sans son avis. Avant son départ, il a pris le soin de faire voter une loi réduisant les pouvoirs de son successeur. En exemple, ce dernier ne dispose pas de toute la latitude pour désigner les responsables des services de sécurité comme c’était le cas.

    Le parti au pouvoir le MPLA avait voté en juillet dernier au Parlement une loi garantissant le maintien à leur poste des dirigeants de l’armée, de la police et des services de renseignements jusqu’en 2025. Réputés tous proches de Jose Eduardo do Santos, ces derniers ne peuvent pas être inquiétés par le nouveau président. Sauf s’ils sont condamnés pour un crime ou s’ils dépassent la limite d’âge requise pour leur poste. Une autre loi accordant des privilèges à l’ancien chef de l’État a aussi été votée. Eduardo do Santos a depuis septembre droit à un chauffeur, des gardes du corps ainsi qu’une pension équivalente à 90 % de son salaire. La loi votée prévoit aussi que l’ancien président ne peut être poursuivi que pour des actes étrangers à l’exercice de sa fonction. « Il a géré l’Angola de façon opaque. Il s’est ensuite mis l’abri de la justice », regrette un député de l’UNITA, parti d’opposition.

    Affirmation

    Les détracteurs de Joao Lourenço, général à la retraite, estiment qu’il reste influencé par l’aura de l’ancien président. « Lourenço sait qu’il lui doit beaucoup. Il va souvent le consulter pour de grandes décisions », souligne un chercheur de l’université de Luanda. A ce titre le nouveau président a souvent lui-même rappelé durant les campagnes tout faire pour continuer « l’œuvre d’Agostinho Neto et du président do Santos ». Autre élément de l’influence de l’ancien président, la puissance économique des do Santos. Très fortunée, la famille de l’ancien homme fort de l’Angola contrôle plusieurs sociétés du pays qui brassent des millions. Si Isabel do Santos est limogé de la Sonangol, elle dirige malgré tout des entreprises qu’elle a créées. Son frère José Filomeno contrôle lui une partie des finances angolaises. Il dirige en effet le fonds souverain du pays.

    Depuis sa prise de fonction, des rumeurs ont fait état de mésentente entre Lourenço et do Santos. Elles ont été démenties par des proches du nouveau chef de l’État qui ont évoqué de bonnes relations entre les deux hommes. Mais le limogeage d’Isabel do Santos de la Sonangol peut-il être lu comme une déclaration de guerre de Lourenço à son mentor ? « Pas sûr », coupe court un journaliste de Radio Ecclesia basée à Luanda. Un de ses confrères renchérit : « Lourenço s’affirme, il cherche une légitimité, il veut s’imposer. Mais il connaît ses limites ».

     

     

     

  • Liberté de presse en Afrique: une réalité à géométrie variable

    Liberté de presse en Afrique: une réalité à géométrie variable

    Est-on libre quand on est journaliste en Afrique ? Difficile de répondre de façon tranchée à l’heure où la liberté de presse est menacée sur le continent. Acquise de haute lutte dans certains pays, elle constitue un moyen de vitalisation des démocraties. Si plusieurs observateurs s’accordent à reconnaître une « évolution remarquable » pour les pays anglophones, ce n’est pas encore le cas pour certains États francophones.

    Des journalistes sont encore interpellés sur des prises de position. Des organisations de professionnels de presse des pays ouest-africains à l’instar du Bénin, de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal dénoncent parfois les pressions que subissent les journalistes.


    Nous n’avons jamais été inquiétés pour notre ligne éditoriale et les traitements que nous faisons des sujets


    Parmi les pays anglophones, la Namibie reste un exemple. Le pays a réalisé des progrès en quelques années. Pour expliquer cette avancée du pays, Naita Hishoono, directrice de l’Institut namibien de la démocratie, évoque la solidité du cadre constitutionnel.

    Le dernier classement de Reporter sans frontières le prouve. Classée premier pays africain en matière de liberté de la presse, la Namibie peut se targuer d’offrir à ses journalistes une bonne protection. « Nous n’avons jamais été inquiétés pour notre ligne éditoriale et les traitements que nous faisons des sujets », confirme un rédacteur en chef d’un quotidien.

    Agressions et lois liberticides

    Dans des pays comme l’Ouganda, les journalistes continuent de travailler dans « des conditions difficiles », selon l’Association des journalistes ougandais. Pareil en République démocratique du Congo et au Burundi où des journalistes sont parfois portés disparus et des radios privées fermées.

    En Guinée, des journalistes ont même été tabassés fin octobre par des forces de l’ordre dans un poste de police. Les syndicats ont condamné un acte malheureux qui montre la « fragilité de la liberté de presse au Guinée ». Au Niger, le climat est favorable pour les journalistes. Sauf que parfois, les règles sont contournées pour nuire, explique un présentateur de journal télévisé.


    Nous ne pouvons plus vivre un autre Norbert Zongo


    Contrairement à la Tunisie où des lois liberticides et des agressions sur les journalistes sont dénoncées par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), le délit de presse a même été dépénalisé dans certains pays. Le Burkina Faso qui s’est basé sur cet acquis majeur a fait de la liberté de la presse une réalité.

    « Nous ne pouvons plus vivre un autre Norbert Zongo », glisse un patron de presse en faisant allusion à l’assassinat du journaliste d’investigation. Au pluralisme s’est ajoutée une liberté de ton pour les journalistes qui profitent aussi, confie un éditorialiste, de la révolution d’octobre 2014 qui a mis fin à presque trente ans de gouvernance de Blaise Compaoré.

    Soulagement en Gambie

    Le constat est tout autre au Togo où la dépénalisation du délit de presse est pourtant une réalité. Même si les journalistes ne peuvent plus être emprisonnés, ils subissent régulièrement des pressions et même des menaces. Depuis 2005, plusieurs médias ont d’ailleurs été fermés dans le pays pour « des traitements tendancieux de l’information ».

    Alors que le pays traverse une crise politique depuis fin août, des journalistes ont été agressés dans l’exercice de leur travail. Une situation que dénonce la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) qui appelle « à la protection des journalistes ».


    C’est difficile de traiter ces sujets. Vous n’avez pas accès aux données. Mais on peut même vous demander d’arrêter votre enquête ou de modifier votre angle


    En début d’année, Reporters sans frontières a classé le pays 80e  sur 180 pays au plan mondial. En Gambie par contre, la chute de Yaya Jammeh a mis fin à de longues années de terreur pour les journalistes. Au moins sur la forme, l’étau s’est desserré, reconnaît l’un d’entre eux. Des acteurs travaillent cependant à l’adoption de nouvelles lois qui doivent encadrer la liberté de la presse dans le pays.

    La liberté de la presse fait face à de nouveaux défis. Outre la résistance qu’opposent les journalistes aux pressions, ils doivent désormais composer dans un univers médiatique avec des sujets portant sur le terrorisme. Dans les pays d’Afrique subsaharienne, les gouvernements sont de ce fait tentés d’influencer les traitements que réservent les rédactions aux questions de terrorisme.

    « C’est difficile de traiter ces sujets. Vous n’avez pas accès aux données. Mais on peut même vous demander d’arrêter votre enquête ou de modifier votre angle », affirme un journaliste malien. Au ministère burkinabé de la Communication, l’on estime que les sujets de terrorisme doivent être traités avec tact. « C’est presque normal de rappeler un journaliste à l’ordre. Il y va de la sécurité du pays », ajoute un membre du cabinet.