Catégorie : Océan Indien

  • Canal+, Vivendi […] Bolloré à la conquête de l’Afrique 2.0  

    Canal+, Vivendi […] Bolloré à la conquête de l’Afrique 2.0  

    Bolloré, le groupe français dirigé par Vincent Bolloré entend poursuivre sa conquête du continent africain. Le groupe veut créer au moins 50 salles de spectacles sur le continent, déployer la fibre optique et poursuivre son implantation dans le vaste marché de la TNT. Grâce à ses diverses activités en Afrique, le groupe français affiche un chiffre d’affaires en hausse de 5 % au troisième trimestre 2017.

    A périmètre et taux de change constants, le chiffre d’affaires du groupe Bolloré (transport, logistique, médias, stockage d’électricité) progresse de 4,9 %, selon un communiqué diffusé jeudi soir. Cette évolution, le Groupe français la justifie par les résultats satisfaisants enregistrés dans divers domaines d’activités dans lesquels il intervient. Il s’agit principalement de la croissance de 10 % de l’activité transport et logistique qui bénéficie de la hausse des taux de fret et des volumes, et des bonnes performances des terminaux portuaires notamment en Afrique. A cela s’ajoute la progression de 10 % de l’activité logistique pétrolière consécutive à l’augmentation des prix des produits pétroliers, ainsi que la progression des activités communication (+2 %) et la hausse du stockage d’électricité et solutions (+2 %)

    En Afrique où le groupe français n’est plus à présenter, Bolloré affiche une santé de fer. Son PDG, Vincent Bolloré veut surfer sur la vague numérique qui inonde le continent africain. Depuis plusieurs mois, Vivendi et Canal+ multiplient les projets à destination d’une classe moyenne grandissante et de plus en plus connectée en Afrique, où la révolution numérique est constamment prometteuse. Cette forme du groupe français semble imputable à l’intégration de Vivendi dans ses comptes, et la stabilisation de l’activité de Canal+, qui était en recul l’an dernier.

    Dans cette « réforme » du groupe qui vise à conquérir le territoire africain de plus en plus démographiquement grand, la télévision payante. Depuis 2016, la chaîne cryptée propose des offres disponibles sur la télévision numérique terrestre (TNT) dans certains pays comme la République démocratique du Congo (Kinshasa et Lubumbashi) et au Congo Brazzaville (Pointe-Noire). Et en 2017, Canal+ vise la Côte d’Ivoire. « La TNT nous permet d’aller chercher des clients moins fortunés avec des tarifs d’abonnement de 4.000 francs CFA (environ 6 euros) pour 30 chaînes, précise David Mignot, le Directeur général de Canal+ Afrique. C’est une technologie de transition en attendant l’essor de l’ADSL, la fibre optique, la 4G et la 5G ». Et Canal+ compte bien accélérer cette transition.

    3 millions d’abonnés

    Autre projet impulsé depuis la reprise en main de Vincent Bolloré : la construction de 50 à 100 salles de cinéma et de spectacles en Afrique subsaharienne dans les prochaines années. La première a ouvert ses portes en juin 2016 à Yaoundé (Cameroun), s’en est suivies d’autres dans certaines capitales comme la salle de Lomé inaugurée octobre 2017. Accra (Ghana) et surtout Lagos (Nigeria), la plus grande ville du continent avec ses 22 millions d’habitants, sont dans la mire. Ce projet baptisé Canal Olympia est dédié à la projection de films, mais aussi à l’organisation de concerts d’artistes africains et étrangers, ainsi qu’à l’accueil de stand-up d’humoristes. « Chaque salle doit permettre de détecter des talents locaux, de les faire connaître et valoriser ainsi la culture africaine » selon David Mignot.

    Canal+, qui a aussi lancé en octobre 2014 la chaîne de divertissement 100 % africaine, A+, a fait depuis 2011 du continent un axe majeur de son développement à l’international. La branche du groupe en charge de l’Afrique est ainsi passée en six ans de 300 à environ 1.500 salariés. En 2011, le média avait 400.000 abonnés en Afrique, précise David Mignot. Aujourd’hui il ne compte pas moins de 2,5 millions d’abonnés actifs.

    Un succès qui s’explique notamment par la multiplication des offres proposées par Canal+. La chaîne a par exemple signé des accords de diffusion avec Walt Disney et la Fédération ivoirienne de football. Depuis, Canal+ dispose presque saine en Afrique. Des émissions dédiées au continent, à l’instar de The Voice, l’Afrique a un incroyable talent font les choux gras du groupe de médias.

    En position d’attaque

    Lorsque Vincent Bolloré reprend en main la chaîne en 2015, il demande à ses équipes de favoriser les synergies entre Vivendi et Canal+. L’un de ces rapprochements vise à construire un réseau de fibres optiques en Afrique subsaharienne. L’idée est de déployer la fibre en aérien, le long des poteaux électriques.

    Une technique jugée moins coûteuse que le creusement de tranchées pour enfouir la fibre dans le sol. L’industriel breton s’appuie notamment sur le succès de GVT, l’ex-filiale de Vivendi revendue à prix d’or au groupe espagnol Telefonica (7,5 milliards d’euros) en 2015 et connu pour avoir bâti un réseau haut débit de qualité au Brésil.

    L’empire Bolloré en Afrique

    Vincent Bolloré a développé son empire comme personne d’autre. Françafrique, influence politique, propagande, censure, tout y passe. En Afrique et en France, l’influence du milliardaire est connue. Bolloré Africa Logistics est incontournable sur le continent. Il est présent dans une quarantaine de pays africains.

    Il contrôle la manutention, seul ou en partenariat avec d’autres sociétés, de 14 ports en Afrique ainsi que 23 ports secs. Parfois, Bolloré Africa Logistics contrôle également le réseau ferroviaire et routier. Dans certaines régions d’Afrique, on peut même parler d’omniprésence de Bolloré qui jouit par exemple d’un quasi-monopole sur les ports du golfe de Guinée.

    En 2016, les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption avaient soupçonné le groupe Bolloré d’avoir utilisé Havas, son bras publicitaire, pour obtenir des concessions. Deux ports avaient été pointés du doigt : Conakry et Lomé. En Guinée, Havas s’est occupée en 2010 de la campagne électorale d’Alpha Condé. En 2011, le président fraîchement élu débarquait Getma, la compagnie qui gérait le port depuis 2008 pour confier la concession à Bolloré.

    Même scénario au Togo. En 2010, le groupe Bolloré obtient la concession du terminal à conteneurs du port de Lomé pour 35 ans. La même année, Faure Gnassingbé, conseillé par Havas, était réélu.

    Bolloré est présent en Afrique dans les activités logistiques depuis les années 1980. Mais c’est dans les années 1990, quand la Banque mondiale et le FMI incitent les pays africains à privatiser les concessions portuaires, qu’il se taille la part du lion.

    Entre-temps, le groupe Bolloré a diversifié ses activités sur le continent. Outre le rail, Bolloré assure aussi la logistique pour des groupes pétroliers comme Total en Angola. Le groupe possède également des plantations d’hévéa et de palmiers à huile, à travers sa filiale Socfin présente au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Libéria ou encore en RDC.

    Le secret de la réussite du groupe, selon Olivier de Noray, directeur des ports et terminaux chez Bolloré Africa Logistics : une stratégie entièrement centrée sur l’Afrique.

     

     

     

     

  • Coup d’État: ces 40 pays africains où la tradition est légion [Grand Angle]

    Coup d’État: ces 40 pays africains où la tradition est légion [Grand Angle]

    Ce 15 novembre, les Zimbabwéens se sont réveillés, face à une situation qui dans ce pays dirigé par le vieux Robert Mugabé (93 ans) depuis l’indépendance du pays en 1980, est la première : une prise de pouvoir par les militaires. Pourtant, sur le continent l’initiative est légion.

    La force de défense zimbabwéenne (ZDF) a pris le contrôle du radiodiffuseur d’Etat et a assigné à résidence le dirigeant Robert Mugabe et sa famille. Dans une allocution télévisée, la ZDF a pris soin de souligner qu’elle n’avait pas fait de coup d’État, mais qu’elle avait plutôt agi pour apaiser les tensions suite au limogeage du vice-président. Mais les camions militaires stationnés menaçants dans les rues de Harare laissent penser le contraire. L’opération se veut une purge, visant principalement, même si cela ne se dit pas, la première dame, Grace Mugabé.

    En réalité, cette séquence d’événements s’est déroulée plusieurs fois dans différents pays à travers le continent africain. En effet, depuis les années 1960, année des indépendances, l’Afrique a connu au moins 200 coups d’État réussis et ratés. Quelques-uns d’entre eux ont inspiré des films hollywoodiens comme Tears of the Sun qui mettait en vedette Bruce Willis et dépeignait un renversement sanglant d’un président nigérian.

    Quid des pays les plus touchés

    Contrairement à d’autres parties de l’Afrique, les coups d’État militaires ont été rares dans l’histoire postindépendance de l’Afrique australe. En réalité, seul le Lesotho en a eu deux. Les coups d’État sont généralement devenus rares à travers l’Afrique à mesure que la démocratie s’impose ces dernières années, avec une participation citoyenne bienveillante et des sociétés civiles garantes et actives.

    Depuis 1952, année du premier coup d’État en Afrique perpétrée en Égypte par Nasser contre le roi Farouk beaucoup de choses se sont passées. Sur le continent, c’est le Burkina Faso, terre de Thomas Sankara, qui bat les records. Après avoir été témoin de 10 tentatives, le pays enregistre le plus haut score en Afrique. Six d’entre eux sont survenus dans les années 1980 avec deux de ces tentatives menées par Blaise Compaoré qui, ayant pris le pouvoir en 1987, a régné pendant 27 ans jusqu’en octobre 2014, date à laquelle il a été renversé lui-même par un autre coup d’État. Selon bien de spécialistes, la fréquence des coups d’État signifie que le Burkina Faso n’a pas assisté à un transfert pacifique du pouvoir à travers des élections.

    De même en Guinée-Bissau, aucun président n’a achevé un mandat complet depuis l’indépendance du pays en 1974. Ces coups d’État sont souvent sanglants avec plus de trente premiers ministres et présidents en Afrique tués par des coups de force et des coups d’État.

    D’autres pays aussi ont connu cette situation. Le Nigeria, première puissance économique et démographiquement plus grand pays du continent a connu au total 8 reversements militaires. Le pays a passé plus de 57 ans d’indépendance sous un régime militaire. Des pays comme le Burundi, le Tchad, le Ghana, les Comores, le Mauritanie et le Soudan ont connu quant à eux 6 coups d’Etats depuis leurs indépendances. L’Ethiopie, la Libye, la République centrafricaine la sierra Leone ou encore le Bénin ont enregistré au moins 5 renversements militaires.

    Parmi les 40 pays africains ayant connu des coups d’État, le Maroc, le Kenya et le Cameroun sont les trois pays où aucun n’a réussi. Dans 12 de ces 40 pays, des coups d’État ont eu lieu dans les cinq ans suivant l’indépendance. Au total, 23 pays africains ont vu au moins trois coups d’État. En effet, seulement 14 pays sur les 54 que compte l’Afrique n’ont pas encore connu un coup d’État militaire. Toutefois, il faut préciser que l’absence de coup d’État réussi ne garantit pas toujours la paix. Le Soudan du Sud par exemple, l’un des pays les plus jeunes du monde, a été embourbé dans la violence pendant une grande partie de son existence, les groupes rebelles cherchant une plus grande part du pouvoir.

    Renversement militaire: une tradition ?

    À bien des égards, beaucoup de pays africains possèdent un cocktail d’ingrédients qui remuent les coups, avec des leaders qui s’accrochent dans la majorité des cas au pouvoir au détriment des institutions affaiblies. Les citoyens agités, qui sont souvent victimes d’injustices et d’inégalités sociales, sont probablement plus ouverts au changement de régime et prêts à croire aux promesses de l’armée de réparer les choses et de faire place à un gouvernement civil en un rien de temps. Cependant, l’histoire a montré que les dirigeants du coup d’État ne tiennent pas toujours cette promesse : le Nigeria, en est un exemple.

    Au-delà de la reprise probable des violations des Droits de l’Homme et des droits constitutionnels, les coups d’État tendent aussi à anéantir la croissance économique. Étant donné l’incertitude entourant les interventions militaires au sein du gouvernement, les investisseurs ont tendance à hésiter à investir de l’argent dans des économies dirigées par les caprices d’un dictateur. L’effet probable est souvent un manque de croissance économique, une inflation accrue et le chômage (comme au Zimbabwe), certains des choses que les militaires citent souvent comme la raison pour laquelle ils ont pris le pouvoir en premier lieu.

    Selon l’universitaire Ivoirien Kouassi Yao, spécialiste de l’Histoire contemporaine il y a une distinction importante à faire entre les coups d’État pro-démocratiques, les coups d’État antidémocratiques et les coups d’État à caractère subversif. Les premiers, explique-t-il, ont pour objectif de créer les conditions de l’essor de la démocratie, les deuxièmes ne favorisent pas l’épanouissement de la démocratie, au contraire mettent fin au processus démocratique en cours, les troisièmes étant le fait de pays voisins, de multinationales ou de grandes puissances. Selon celui-ci, les coups d’État et les guerres civiles favorisent toujours l’instabilité politique. « Le meilleur ami du développement, c’est la démocratie », est-il persuadé.

  • Hervé Renard, cet apprenti qui a volé les amulettes de Claude Le Roy

    Hervé Renard, cet apprenti qui a volé les amulettes de Claude Le Roy

    Quand en ce samedi 11 novembre 2017, Hervé Renard qualifiait le Maroc pour la coupe du monde Russie 2018, il réalisait un exploit que bon nombre d’autres sélectionneurs n’ont pas pu faire en Afrique.

    « Personnellement j’aimerais affronter la France. J’aimerais être dans le groupe de la France ». C’est en ces mots que Hervé Renard s’enflait, quand il a réussi ce que beaucoup appellent par une grande victoire en battant les Éléphants de la Côte d’Ivoire chez elle par 2 buts à 0. Le lendemain, Claude Le Roy a dû se fier à son chapelet pour une mission qu’on voit au Togo, comme suicidaire : battre les Dodos de l’Ile Maurice, 158e du classement mondial de la FIFA. S’il est vrai que le match était sans enjeu, à plus forte raison avec une formation au demeurant docile, Claude, Le Roy avait un défi, et nombre de Togolais l’attendaient à ce tournant.

    Hervé Renard, le nouveau sorcier

    Depuis que Hervé Renard s’est séparé de son mentor, celui semble chiper à son père spirituel, celui qui était toujours considéré comme le « sorcier blanc », ses meilleurs gris-gris.

    Dans la presse marocaine au lendemain de la qualification du Maroc, les mots pour affubler le renard du football africain ne sont pas rares. « Génie », « sorcier », « l’imbattable », « magicien »… Dans le royaume chérifien, il est adulé. Et si nul ne sait les mots que le roi Mohammed lui a glissés au téléphone à quelques minutes après le coup de sifflet final du match contre la Côte d’Ivoire, on sait au Maroc, combien le roi tient à cette participation du Maroc à la coupe du monde, et pourquoi il compte sur Hervé Renard.

    Mais il faut se le rappeler : Hervé Renard mettant tout un pays africain en liesse est une situation qui revient à intervalles réguliers. Depuis qu’il s’est senti prêt à poursuivre son chemin en quittant Claude Le Roy, chaque aventure de cet entraîneur à la tête d’une équipe de ce continent semble être jalonnée de succès. Hervé Renard en Zambie : la sélection nationale gagne la CAN en 2012 pour la première fois de son histoire. Hervé Renard en Côte d’Ivoire : l’une des meilleures générations des Éléphants, jusque-là en disette, remporte enfin ce même titre continental en 2015 avec lui sur le banc. Deux exploits le conduisant à être le seul coach à avoir brandi le trophée avec deux nations différentes. Hervé Renard a bâti en l’Afrique, un vrai empire et y installe une suprématie sans concurrence. L’homme tisse au fil des temps les cordes qui le mènent vers son propre succès. Tout ce qu’il touche devient de l’or.

    Après un passage non réussi en Ligue 1 français en tentant sa chance avec Lille, les défaites cumulées au bout d’une dizaine de journées de la saison 2015-2016 lui a valu un licenciement. On pouvait alors penser que le cercle vertueux Hervé Renard allait se rompre, que l’intéressé retomberait un peu de son piédestal pour rejoindre la grande famille des entraîneurs oubliés après une entame de carrière tonitruante. Il a plutôt préféré sortir un troisième album — Hervé Renard au Maroc — dans lequel les Lions de l’Atlas se qualifient pour la Coupe du monde, une première depuis 1998, en s’extirpant d’un groupe composé du Mali et de la Côte d’Ivoire.

    Pendant ce temps, rongé par l’âge et confronté à un cas particulier comme celui du Togo, Claude le Roy continu, l’air parfois indifférent, d’essuyer des critiques et des remontrances des Togolais. Lui prophète ou sorcier ailleurs, comptabilise un bilan médiocre depuis sa venue au Togo sur invitation personnelle du président togolais en avril 2016.

    Au point où le Mouvement Martin Luther King commence par réclamer sa tête, au regard du salaire spécial qu’on lui fait, forte d’une bagatelle de 25 millions de FCFA, meilleure offre dont on peut rêver en tant que sélectionneur du Togo. Toutefois, il faut aussi souligner qu’à la tête de la sélection togolaise, Le Roy n’a pas encore échoué. La mission qui lui avait été confiée quand il arrivait au Togo est de faire participer le pays à la CAN 2019. Sur ce terrain, l’homme a devant lui des occasions pour se racheter.

    Mais comparé à Renard, le Roy, recordman de participation à la Coupe d’Afrique des nations (9 participations au total), c’est seulement une fois champion d’Afrique en 1988, avec le Cameroun après trois décennies passées à fureter le continent. Le Sénégal, la République Démocratique du Congo, le Ghana et le Congo Brazzaville ont tous profité de l’âge de 68 ans du sorcier blanc. Renard, c’est en 2008 qu’il s’est séparé de son mentor. Lorsque Le Roy entraînait 2008 les Black Stars du Ghana et était médaillé de bronze en Afrique, son assistant Renard était encore inconnu.

    Secret de parrain

    Le Roy peut envier à Renard ce qu’il n’a jamais pu réussir sur le continent africain.

    Dans le magazine So Foot, Claude Le Roy, l’homme qui a lancé Renard dans le métier en le prenant comme adjoint au début des années 2000 disait : « Lorsque j’ai emmené Hervé avec moi à Shanghai en 2001, alors que je recherchais un staff, je lui ai dit que l’une des conditions à la réussite du job d’entraîneur en Asie ou en Afrique n’avait rien à voir avec le foot de chez nous. Si vous n’êtes pas au fait de la culture locale, de la géopolitique, de l’histoire ou que vous ne maîtrisez pas leur langue, ça ne le fera pas. Il ne suffit pas d’être bon sur le terrain. Si vous allez au Congo et que vous ne connaissez rien de Patrice Lumumba ou de la sécession du Katanga, si vous allez au Cameroun et êtes étrangers à l’UPC ou aux pluies acides de l’armée française durant la quête de l’indépendance, si vous allez à Shanghai et n’êtes pas au fait des relations sino-japonaises, vous n’y arriverez pas. » Le conseil semble être écouté.

    Âgée aujourd’hui de 49 ans, la méthode Hervé Renard semble marcher quasiment à chaque fois sur le sol africain, mais ne présente rien de surnaturel. Il use des recettes communes, presque standards : jeu défensif, construction d’un esprit commando pour juguler la pression, et beaucoup de pragmatisme. Hervé Renard n’a rien de dogmatique. Ses idées tactiques ne révolutionneront pas le football. Il n’a pas à réinventer le foot, et il le sait.

    Mais l’Afrique paraît privilégier les pragmatiques, ceux qui font passer les contextes avant leurs idées. Pour vaincre la Côte d’Ivoire samedi soir sur son propre terrain à Abidjan, il a fallu prendre la dimension du côté traquenard de ce match. Il ne s’agissait pas d’une partie d’échecs cérébrale contre son homologue Marc Wilmots. Il a fallu mobiliser ses troupes pour un combat où chaque duel sur le terrain se devait d’être gagné par les joueurs marocains pour assurer le triomphe final. Avec les Lions de l’Atlas, Hervé Renard a des limites tactiques. Le Maroc n’est pas aussi garni que la Côte d’Ivoire qu’il a eu à coacher juste quelque année en arrière. Avec le Maroc, Renard a eu l’intelligence de miser sur la motivation de ses hommes. Si son équipe n’a encaissé aucun but lors de ces éliminatoires, ce n’est pas un hasard : l’abnégation défensive, au détriment de la technique, est l’une des clefs de voûte de la méthode Renard.

    Ce pragmatisme, c’est ce qui achève de convaincre que Hervé Renard a beau faire des miracles en Afrique, la coupe du monde reste un défi hors de portée des gris-gris. Renard n’attend pas aujourd’hui remporter une coupe du monde pour prouver son hégémonie, même si l’homme est constamment attiré par des défis à la limite fous. C’est clair, le Maroc à la coupe du monde, ce sera une mission suicide.

    Du reste, Renard est conscient qu’il a dépourvu son mentor de son auréole de sorcier en seulement moins d’une décennie. Mais il ne tarit pas d’éloges envers celui-ci : « Il m’a tellement donné dans ma vie. Pas seulement sur le football, mais aussi sur la façon d’évoluer en tant qu’homme », a déclaré Renard quand il se préparait à défier pour la première fois son maître en phase de groupe à la CAN 2017. Le Roy a été aussi tout à fait élogieux à propos de l’homme qu’il a encadré et qui est devenu l’autocar le plus recherché en Afrique, son filleul. « Herve sait diriger un groupe et aime ses joueurs », a-t-il déclaré, sans humeur. Pour ce match-là, Renard s’était sans surprise imposé. Le Maroc a battu le Togo 3-1. Une ultime preuve qui avait déjà achevé de convaincre que Renard a volé les amulettes du Roy. Cela va de soi.

  • L’Afrique veut se défaire du joug de l’importation du riz

    L’Afrique veut se défaire du joug de l’importation du riz

    L’Afrique continue d’importer du riz malgré la forte production sur le continent. Une situation qui oblige les États à améliorer la promotion des riz locaux.

    L’Afrique se positionne à ce jour comme un grand producteur du riz. Sur les 600 millions de tonnes de riz décortiqué durant l’année, la FAO a indiqué que la part de l’Afrique est importante. En Afrique de l’Ouest, les pays producteurs ont vu leurs récoltes augmentées de 6 %. Il faut dire que les plus importants producteurs du riz en Afrique se situent en Afrique de l’Ouest. Près de 11 millions de tonnes de riz y sont produites ; ce qui représente la moitié de la production du continent.

    L’augmentation de la production est la conséquence d’une politique de développement du secteur rizicole mise en place par la plupart des États. Elle permet au pays « d’éviter une dépendance à l’égard du marché international », soutient un ingénieur agronome, enseignant chercheur ivoirien. Ce dernier explique que les Etats créent de plus en plus les conditions nécessaires pour une économie agricole. « Il y a un marché prêt à consommer du local. Les Etats ne doutent plus », justifie-t-il. Les pays producteurs ont surtout augmenté leur investissement. Au Togo où la production a atteint près de 800 000 tonnes, des soutiens sont apportés aux producteurs locaux. C’est également le cas en Côte d’Ivoire et au Sénégal où les autorités subventionnent les semences et offrent des engrais et des machines aux producteurs.

    Des conditions favorables

    Mais au Nigéria les producteurs bénéficient d’un appui plus conséquent. Le pays a presque augmenté de 10 % sa production en 2016. Plus de trois millions de tonnes de riz ont été décortiqués cette année dans ce pays où les surfaces de production ont augmenté. D’autres pays comme la Guinée et le Ghana connaissent la même situation. Leur production est estimée à près de deux millions de tonnes. Pourtant, les décisions politiques et les réformes économiques ne semblent pas être les seuls avantages du secteur. Selon un fonctionnaire de la FAO, l’Afrique de l’Ouest bénéficie également depuis quelques années de bonnes conditions climatiques. « Les insuffisances techniques sont parfois compensées par une bonne pluviométrie », rappelle l’expert onusien.

    Les producteurs sont confrontés aux difficultés des marchés nationaux. « Le riz local est souvent délaissé au profit de l’extérieur », regrette un commerçant sénégalais. Cette situation entraîne la baisse de production dans les régions de quelques pays. Les États se voient ainsi obliger d’importer des millions de tonnes de riz. L’importation du riz par l’Afrique est considérable. La FAO a déjà annoncé que cela devrait encore être le cas en 2018. Le Nigéria devrait aussi rester deuxième importateur mondial de riz malgré son important volume de production. Toutefois, certains pays commencent par envisager une diminution de l’importation des grains blancs. Le Sénégal a commencé par demander aux entreprises qui importateurs de payer aussi un volume du riz local.

    Promouvoir le riz local

    C’est désormais sur une valorisation de la production locale que les pays misent. Les riz locaux sont de qualité et il est important que chaque État renforce leur promotion auprès de la population. Après, c’est à l’aspect prix que les décideurs politiques comptent s’attaquer. « C’est le nœud du problème, soulève-t-on au ministère togolais de l’Agriculture. Comment convaincre les populations d’acheter du local même si c’est plus cher que ce qui vient de l’Asie ». Un agent de l’Institut togolais de recherche agronomique (ITRA) affirme qu’il est nécessaire de faire comprendre aux populations qu’elles peuvent faire confiance à ce qui est produit au plan local.

  • L’Afrique et ses chances pour remporter le mondial 2018

    L’Afrique et ses chances pour remporter le mondial 2018

    Dans quelques mois le continent africain sera représenté par cinq équipes à la coupe du monde. Avec des parcours différents durant les éliminatoires, les cinq qualifiés ont tous terminé premier de leur poule respective. Parmi elles, seul le Nigéria était présent à la dernière coupe du monde au Brésil. Le Sénégal, l’autre représentant de l’Afrique de l’Ouest, est de nouveau au mondial après son parcours exceptionnel en 2002. Les trois autres pays viennent du Maghreb. Le Maroc, l’Égypte et la Tunisie ne seront tout de même pas à leur première participation.

    Le Nigeria reconstruit

    Les Super Eagles se sont reconstruits. Champions d’Afrique en 2013 avec le regretté Stephan Keshi, les Nigérians ont traversé de longs mois de léthargie avec des absences aux deux dernières éditions de la CAN. Mais ils ont disputé les éliminatoires de la coupe du monde avec beaucoup de maîtrise. C’est une équipe réorganisée avec des joueurs plein de talents couvés par l’expérimenté capitaine Mikel Obi. A la coupe du monde, le sélectionneur Gernot Rohr pourra compter sur d’autres joueurs comme Victor Moses de Chelsea ou le Gunner Iwobi. Présent en 2014 au Brésil, le Nigéria avait été éliminé en huitième de finale par la France.

    Le Sénégal attendu

    C’est une équipe talentueuse. Dynamique avec beaucoup d’individualités, l’équipe sénégalaise est pressentie depuis deux ans comme l’un des effectifs qui doivent jouer les premiers rôles sur le continent. Éliminé de façon inattendue à la dernière CAN, le Sénégal a moyennement négocié ses matches des éliminatoires de la coupe du monde. Le match rejoué contre l’Afrique du Sud a néanmoins permis à Aliou Cissé et son groupe d’assurer leur qualification. Reste maintenant à savoir si Sadio Mané et ses coéquipiers feront mieux que la génération 2002.

    Le solide Maroc

    Les poulains de Hervé Renard ont réussi un parcours impressionnant. C’est la meilleure défense des éliminatoires. Le Maroc n’a encaissé aucun but en six matches. Plus que tout, c’est un collectif qui sait faire déjouer ses adversaires. L’équipe est surtout composée de joueurs talentueux à l’instar de Youssef Belhanda, Sofiane Bouffal ou encore Hakim Ziyech. Vingt ans après leur dernière participation, les lions de l’Atlas retrouvent à nouveau la coupe du monde. En Russie, les coéquipiers de Medhi Benatia tenteront de faire mieux que la génération Naybet, Hadji, Bassir qui avait manqué de peu pour sortir de leur poule en 1998.

    La Tunisie combative

    Les Aigles de Carthage ont mis fin au rêve des Léopards de la RDC avec lesquels ils étaient dans le même groupe. La Tunisie est même à ce jour une des équipes les plus solides du continent. Le match renversant qu’elle a réalisé à Kinshasa alors qu’elle était menée 2-0 l’a prouvé. La combativité de la Tunisie emmenée par des joueurs remuants comme Msakni constitue un atout. Et peut-être que les Aigles feront en Russie un meilleur parcours que celui de leur dernière participation en 2006.

    L’Égypte organisée

    L’Égypte a souvent enchaîné de bonnes performances sur le continent en remportant plusieurs CAN mais a toujours manqué les occasions d’être à la messe mondiale du football. Logée durant les éliminatoires dans une poule avec le Ghana, l’Ouganda et le Congo, elle a su tirer son épingle du jeu, voyageant bien et négociant avec maîtrise ses rencontres à domicile. Le septuple champion d’Afrique a cette fois-ci obtenu son ticket pour Russie 2018. En 1990, lorsqu’ils participaient à leur deuxième coupe du monde, les Pharaons avaient tenu en échec les Pays-Bas, champion d’Europe 1988, réussissent aussi un nul contre l’Eire mais se sont fait battre 1-0 par l’Angleterre. Dans quelques mois l’Égypte va tenter de faire bonne figure en Russie. Et elle peut compter sur Mohamed Sallah un de ses meilleurs éléments. Le joueur de Liverpool a d’ailleurs fini meilleur buteur des éliminatoires.

     

  • Afrique: voici les villes où prospèrent mieux les multimillionnaires

    Afrique: voici les villes où prospèrent mieux les multimillionnaires

    L’Afrique s’est montrée ces dernières années ouverte aux grands projets économiques, et favorable à l’épanouissement du secteur privé. Cet état de fait a conduit à l’émergence d’un grand nombre de millionnaires dans les principales métropoles africaines.

    Selon le magazine Forbes qui a établi ce classement, l’environnement favorable aux affaires a été très bénéfique au secteur privé. Certes, les réussites ne sauraient se résumer à des facteurs externes. Toutefois, dans la grande majorité des cas, ces millionnaires apparaissent d’abord comme les bénéficiaires d’un cadre propice à la création d’entreprises et à l’investissement : un écosystème pour startups solide, un vaste marché de consommateurs, la présence de multinationales, la stabilité politique ou la capacité des tribunaux à trancher rapidement des litiges commerciaux, relève le magazine.

    Parmi ces espaces favorables aux grands patrimoines africains, huit villes du continent se détachent par le nombre de High Net Worth Individuals (HNWI) qu’elles abritent. Pour rappel, dans le jargon financier, les HNWI correspondent aux personnes disposant d’actifs équivalant à au moins 1 million de dollars US, sans compter leur résidence principale et les biens de consommation. Florilège.

    Nairobi

    En l’an 2016, d’après l’African Wealth Report (AWR), on dénombrait 5,771 HNWI dans la capitale kényane. Depuis un moment, Nairobi est devenue la capitale de rêve des grands investisseurs. Doté d’infrastructures de classe mondiale pour le tourisme d’affaires, Nairobi attire les talents de tous horizons et sert de quartier général aux grands noms du web et de l’informatique tels que Microsoft, IBM ou Google pour leurs opérations en Afrique de l’Est. La ville s’affirme du reste comme un hub numérique bouillonnant, au point que l’écosystème technologique kenyan est surnommé la « Silicon Savannah ».

    Casablanca

    La capitale du Maroc, une ville au sein de laquelle une grande partie des près de 5000 millionnaires en dollars du royaume chérifien seraient concentrés. La proximité géographique de la métropole avec l’Europe constitue sans conteste un atout, qui permet aux entrepreneurs de conquérir d’autres marchés de consommation. Première fortune du pays, l’homme d’affaires Othman Benjelloun (Fortune : $1.9 milliard selon Forbes US) y a pour sa part implanter le siège social de BMCE Bank of Africa.

    Le Bloomberg Innovation Index 2017 place quant à lui le Maroc dans le top 50 des économies les plus innovantes au monde et le Global Entrepreneurship and Development Institute (GEDI) considère que le pays offre un bon savoir-faire en matière de TIC. En tant que centre financier, Casablanca a détrôné la ville de Johannesburg, devenant 1ère du classement en Afrique en termes d’attractivité selon le Global Financial Centers Index, l’indice de référence du secteur.

    Lagos

    La capitale économique de la première puissance mondiale, fort de ses 12,5 millions d’habitants, compterait selon l’AWR 8024 millionnaires. Une ville où les grandes enseignes internationales se ruent pour conquérir les classes moyennes, malgré les problèmes d’insécurité qui perdurent dans de nombreuses zones. Les secteurs porteurs y sont nombreux, parmi lesquels le transport, l’agroalimentaire, le textile, la téléphonie mobile et le BTP. Figure tutélaire du monde des affaires local, Aliko Dangote (fortune : $12.4 milliards selon Forbes US) a de son côté su profiter de cet immense marché intérieur pour bâtir son empire industriel, axé autour du ciment et faire avancer ses autres intérêts.

    Johannesburg

    L’African Wealth Report en 2015 a recensé 25.535 HNWI à Johannesburg, la plus forte concentration de millionnaires pour une ville africaine. On y trouve parmi eux Patrice Motsepe ($1.1 billion) et sa sœur ainée Bridgette Radebe qui ont investi, chacun de leur côté, dans l’or et le platinum. La « Cité de l’Or » demeure le poumon économique de l’Afrique du sud, un pays où il est facile d’obtenir un crédit bancaire pour lancer son activité.

    Gaborone

    Gaborone est la capitale du Botswana, un pays salué dans le monde entier comme une démocratie au fonctionnement exemplaire. D’après l’étude « New World Wealth Report », l’on y dénombrerait 1200 millionnaires, parmi lesquels Kagiso Mmusi, fondateur de Pula Holdings, un véhicule d’investissements constitué de participations dans les TIC, la publicité, l’énergie et la grande distribution. Avec un système financier développé, Gaborone offre l’un des environnements les plus favorables aux affaires du continent (3e), selon le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale. Ajouté à cela le fait que le délai concernant le règlement des litiges né d’une activité commerciale est relativement court par rapport à la moyenne dans les autres métropoles du continent. D’une manière générale, le Global Peace Indexconsidère que le Botswana figure parmi les pays les plus pacifiques du monde, un critère qui peut influe à coup sûr les super riches dans leur décision d’investir au Botswana.

    Le Caire

    Naguib Sawiris, actionnaire principal de l’opérateur de téléphonie Orascom Telecom Holding, dont la fortune est estimée à 3,8 milliards de dollars selon Forbes US fait partie des 13,426 HWNI recensés au Caire selon l’AWR. En Égypte, Internet a un poids grandissant dans l’économie. Le taux de pénétration d’Internet en Égypte avoisine les 40 %, selon le site « Internet World Stats » et il est fort à parier que le commerce électronique et la téléphonie mobile constitueront des opportunités d’investissement prometteuses, particulièrement dans la capitale égyptienne, qui représente le deuxième marché de consommateurs le plus important sur le continent africain après celui de Lagos (environ 10 millions d’habitants).

    Cape Town

    Raymond Ackerman (fortune : 545 millions de dollars selon Forbes US), fondateur de Pick N Pay Group, une chaine de supermarché fait partie des 9,846 millionnaires se trouvant à Cape Town (Source : AWR). Selon une enquête du cabinet Ernst & Young datée de 2014, le marché des médias et le tourisme seraient des secteurs particulièrement porteurs. La « Cité-Mère » se distingue également par un écosystème entrepreneurial performant, la ville représentant notamment un hub pour le high-tech sud-africain. D’où la création de Silicon Cape, une association qui est censée contribuer à l’amélioration du climat des affaires, et susceptible de faire émerger des start-ups à fort potentiel de croissance.

    Accra

    Accra est la capitale d’un pays qui figure parmi les nations les plus stables sur le plan politique, un critère pris en compte par les aspirants entrepreneurs et les investisseurs potentiels. En 2015, Accra comptait 2303 millionnaires selon le cabinet New World Wealth. Kwabena Duffuor, propriétaire de Star Assurance Company Limited, le groupe de médias « EIB Network Ghana » et uniBank Ghana y a installé le siège principal de ses affaires. L’édition 2014 de Doing Business indiquait par exemple que le « Ghana présente le meilleur environnement des affaires en Afrique de l’Ouest » et le « Global Entrepreneurship and Development Institute » a récemment placé le pays dans le top 5 des meilleurs écosystèmes entrepreneuriaux en Afrique subsaharienne.

  • Pornographie en Afrique, silence ça tourne! [Enquête]

    Pornographie en Afrique, silence ça tourne! [Enquête]

    S’appeler acteur de la pornographie en Afrique, pratique qui, cela va de soi, rebute la morale, n’est pas chose aisée. Le sexe en général d’ailleurs reste un sujet interdit. Une omerta.

    Phase de croisière : la pornographie, contre vents et marée, se démocratise en Afrique. Le marché d’écoulement des produits X reste charitablement spacieux. A Dakar, c’est la mise en ligne d’un site web, censé faire la promotion des films X made in Sénégal qui a suscité le courroux auprès des évangélistes de la morale. A Lagos ou à Abuja, ces genres d’entreprises ne font plus l’apanage d’une tranche de personnes dévouées, conscientes du risque et de la menace socioculturelle qu’ils encourent, et qui l’assument comme une tendance « fiers d’être ».

    En Afrique, la pornographie se fait dans tous les coins, à l’aide de quelques moyens fort peu onéreux. Douala, Kinshasa, Brazza, Abidjan, Accra, Johannesburg… on ne le dira jamais assez. Aussi longtemps qu’il est improbable d’arriver à une société sans prostitution, il est difficile de combattre la pornographie.

    Entre ces deux mondes, existe juste une passerelle. Les choses sont peut-être liées au développement. Pour Amély-James Koh qui milite contre la prostitution, « le secteur de la pornographie est en « développement constant » sur le continent. C’est aussi le cas à l’international où l’on remarque de plus en plus de noirs dans « les produits X ». Cela « répond à un culte du corps noir, à un désir d’exotisme », explique Amély-James Koh. Comme quoi, la perle est nègre, la prééminence est hellène. On n’est pas loin d’une Porn Valley en Afrique.

    Industrie pornographique en Afrique : la success story

    « Il existe une industrie de production pornographique en Afrique. Mais c’est difficile de quantifier avec précision ses succès », confie un chercheur sud-africain auteur d’un livre à paraître sur la question. « La pratique reste encore souterraine. La plupart de ses barrons sont inconnus », poursuit-il.

    Sur Internet, plus de 35% des téléchargements effectués contiennent de la pornographie. Les sites pour adultes occupent 4,41 % de l’ensemble des visites mondiales, et les plus importants comptabilisent jusqu’à 4,4 milliards de pages vues par mois. En Afrique, « il existe à Douala et Abidjan des jeunes femmes qui suivent des leçons pour découvrir les différentes techniques du porno. Et naturellement, les « instructeurs » n’hésitent pas à donner des cours pratiques aux femmes tout en évaluant les capacités des hommes qui veulent être ‘hardeurs’ », témoigne Koh Bela. Une étude menée par le site TheNextWeb.com a révélé le classement des pays ayant le plus de sites pornos hébergés sur leur territoire. Ce classement dévoile en deuxième position, un pays africain : l’Egypte, un pays malgré tout, très conservateur. Mais l’Afrique du Sud reste un leader sur le continent. L’industrie du sexe représenterait dans le pays près de 60 millions de rands.

    Il y a également le Nigéria et d’autres pays comme le Cameroun qui sont des pôles de production de films X. Pornographie C’est ainsi que le Nigéria qui abrite l’une des plus importantes industries cinématographiques de la planète a décidé d’exporter des vidéos et d’élaborer différents types de contenus. Ces contenus « sont diffusés en ligne sur divers portails Web », affirme Philippe Di Folco. Ce dernier, auteur du célèbre « Dictionnaire de la Pornographie », confirme que « la demande est forte chez les classes moyennes supérieures et inférieures qui se sont équipées en matériel vidéo ».

    Pour évoluer, l’industrie de la pornographie tente de résister et de contourner les piratages vidéos et la législation. La production ou la diffusion de pornographie étant interdites dans plusieurs pays, les équipes rusent. Elles dissimulent leurs réelles intentions pour décrocher des autorisations de tournage, procédé machinal au Maroc, destination prisée, ou elles font jouer leur réseau d’influence.

    Le co-fondateur du réseau pour adultes Sondeza, Tau Morena, a révélé que l’industrie du sexe représente un volume de 6,1 millions d’euros, des chiffres qui restent encore néanmoins à vérifier. Selon toujours ses données, l’Afrique du Sud en 1990 écoulait environ un million de productions chaque année contre actuellement 150.000 en moyenne. Loin de parler d’un désintérêt des consommateurs, cette situation s’explique plutôt par une révolution numérique forte en Afrique.

    La pornographie est délocalisée des CD traditionnels, exposés à des risques de censures, vers le web où le contrôle est difficile, et où la pudeur et la morale sont (dorénavant) foulées au pied.

    Devenir un(e) pornographe n’est plus soumis en Afrique à un exercice de casting. Un smartphone et une connexion internet, suffisent pour attirer beaucoup de consommateurs sur un ébat sexuel nouvellement mis en ligne. De l’autre côté, la consommation devient plus facile. Pas la peine de débourser une somme (souvent comprise entre 500 F CFA et 6.000 F CFA) pour s’offrir un CD. Geste mal en vue d’ailleurs…

    Faire ou ne pas faire : en Afrique, que disent les lois ?

    La pornographie est de plus en plus présente dans le quotidien des Africains grâce au web et les chaines de télévision aussi étrangères que locales. Cependant les lois de certains pays ne l’autorisent pas.

    Un grand nombre de pays réglementent strictement la liberté de publication des œuvres pornographiques en contrôlant l’âge minimum, les lieux d’accès ou le type d’images qui peuvent être représentées. Au Nigeria, les autorités de Lagos ont fini par demander aux parents de surveiller strictement leurs enfants.

    Dans la même veine, le Sénégal a adopté en 2007 une loi portant sur la Cybercriminalité. Un accent particulier est mis sur la pornographie infantile, définie selon cette loi comme « toute donnée quelle qu’en soit la nature ou la forme représentant de manière visuelle un mineur se livrant à un agissement sexuellement explicite ou des images réalistes représentant un mineur se livrant à un comportement sexuellement explicite ». La constitution prévoit d’ailleurs une peine d’emprisonnement de cinq (5) à dix (10) ans et d’une amende de 5.000.000 à 15.000.000 de francs CFA

    Au Togo, même son de cloche. Le pays n’est pas encore comme un grand producteur cinématographique, encore moins des films X. La pornographie rentre dans les infractions de proxénétisme et des actes contre nature. Elle est donc punie. La peine peut être un emprisonnement de 3 ans à perpétuité.  En Ouganda, autre nouveau pôle émergent de cette « activité illégale », une loi adoptée en 2014 prévoit une peine pour les pratiquants. D’ailleurs, les autorités y vont jusqu’à interdire d’ailleurs les mini-jupes jugées comme… « signe annonciateur ». Le Soudan du Sud, pays caractérisé par une instabilité politique, prévoit dans son code pénal trois ans de prison.

    Selon un jeune pornographe béninois, la pornographie en Afrique « favorise l’émancipation de la communauté noire ». Peut-être pas faux. Selon Koh Bela « en Côte d’Ivoire, au Cameroun… les acteurs pornos sont adulés et présentés comme des modèles de réussite pour la jeunesse, qui ne se fait pas prier en cas de sollicitation ». On l’ignore peut-être, être pornographe en Afrique, c’est aussi entreprendre. Mais demandez aux défenseurs de la morale, ils vous diront naturellement le contraire : la pornographie est autant ignoble vis-à-vis de la religion que de l’éthique.

  • Afrique: le juteux business des ‘coaches motivateurs’ [Enquête]

    Afrique: le juteux business des ‘coaches motivateurs’ [Enquête]

    La présence de nombreux experts en développement personnel n’enchante pas toujours sur le continent. Les nouveaux maîtres du « potentiel et de l’optimisme » tentent malgré tout de convaincre leurs clients.

    Dans la sous-région ouest-africaine, le coaching a le vent en poupe. Les séminaires de formations en développement abondent. Et sur les médias des spécialistes en développement personnel tentent de faire adhérer un auditoire à leur « discours plein d’optimisme ». Au Togo et au Bénin, d’autres spécialistes ont choisi de sillonner des sociétés privées du Togo pour proposer ses formations aux responsables. « Réussir dans ses entreprises », « comment avoir confiance en soi », « comment créer son entreprise à partir de 0 F ».

    Les thèmes de formation sont légion. Et pour les formateurs, « tout individu a besoin d’un développement personnel ». Parmi eux, certains sont critiqués et il arrive que leurs propositions de formation soient refusées. « Y en a qui ne nous croient pas. Ils pensent que nous vendons de l’illusion », explique l’un d’entre eux. Mais pour ceux qui sont convaincants, ils animent des formations qui coûtent plus de 2000 FCFA. C’est le cas de Dodji Agbeko, expert en développement personnel, qui forme plus de vingt fonctionnaires au Bénin. Ces formations, il les « facture à 40 000 FCFA ».

    Le coaching pèse aujourd’hui de tout son poids. Il constitue une ouverture pour chaque personne qui se voit « bloqué dans son élan », justifie Dodji Agbeko. Pour une pratique qui rentre peu à peu dans les habitudes africaines, beaucoup s’interrogent sur ses réels impacts. Patrick Armand Pognon, président mondial des Ambassadeurs du développement — Président de l’Autorité du Coaching Africain, explique qu’il y a en tout être humain des talents qui sommeillent et qui peuvent être réveillés grâce au coaching. Pour lui, on peut « Passer de chercheur d’emploi au statut de chef d’entreprise en 6 mois ».

    Illusion

    Les nombreuses critiques sur le coaching indiquent que les habituelles formations s’apparentent à des séances où l’on bassine les oreilles des participants avec « les mêmes phrases ». « Il m’était impossible de suivre la dynamique. Au bout de trois jours, j’ai dû arrêter », nous confie, Gérard, diplômé sans emploi pour qui la plupart des séances de coaching s’apparente à de l’arnaque. « Nous étions 15 pour une formation de 5 jours qui coûtait 100 000 FCFA. Le coach ne faisait que nous répéter les mêmes choses. Croire en soi, persévérer, prononcer régulièrement certaines phrases. C’était décevant ».

    Des études ont aussi été menées sur la question. La sociologue Hélène Stevens explique que les techniques utilisées par les différents coaches sont un mélange de pratiques qui découlent de la programmation neurolinguistique ou de l’hypnose. Utilisées par les coaches pour décrypter les personnalités, pour améliorer les performances en négociation et pour développer la cohésion d’équipe, ces techniques ne garantissent pas un succès pour les personnes formées. D’où la question du coût parfois exorbitant de ces formations. « J’avais compris que malgré la somme payée, la garantie d’un bon résultat à la fin de ma formation n’était pas une chose acquise », explique Gérard. Le psychanalyste Roland Gori indique pour sa part que le coaching puise parfois dans les neurosciences pour expliquer les comportements, les motivations, les émotions. Ce qui peut aggraver les risques de mauvaises interprétations ».

    Aubaine

    Même si la pratique essuie des critiques, elle a malgré tout convaincu d’autres personnes. C’est le cas d’un jeune entrepreneur togolais qui se dit content des formations auxquelles il participe. « Mon coach m’a aidé à découvrir mes talents », résume-t-il. Avant d’ajouter que l’idée de se lancer dans l’entrepreneuriat lui est venue au cours d’une des formations. « Le coaching est la clé de plusieurs portes.

    Tout le monde a besoin d’être coaché à un moment donné », argumente Patrick Armand Pognon tout en citant en exemple la plupart de ses clients qui ont réussi grâce à ses formations. Sur les questions d’arnaque, un de ses collègues togolais, expert en développement personnel fait court. « Tous les coaches ne font pas de l’arnaque. Il y a des gens qui prétendent être coach et qui sont mal intentionnés », reconnait-il tout en lâchant : « les vrais coachs cherchent le bien de leur client. Nous formons entre nous un grand regroupement et nous obéissons à des règles pour éviter des abus ».

     

  • Banque en Afrique: les grandes tendances de l’année 2017

    Banque en Afrique: les grandes tendances de l’année 2017

    L’Afrique est devenue en quelques années, la terre des grandes affaires, et dans la mêlée les banques s’y sont invitées. Le domaine de la bancarisation en Afrique présente pour autant un double visage.

    Mieux vaut établir le contraste en même temps : on a beau chercher dans les classements des plus grandes banques de la planète, l’évidence s’impose : aucun établissement africain ne fait partie du Top 100 mondial. Pas même les poids lourds sud-africains que sont Standard Bank, Barclays Africa et FirstRand.

    Cependant, en termes de profitabilité, les banques africaines s’en sortent la tête haute. En Afrique, selon le magazine Forbes, des ratios-bénéfices sur fonds propres supérieurs à 20 % ne sont pas rares. Des marges à faire saliver tous les dirigeants de banque d’Amérique du Nord et d’Europe. Les établissements financiers parvenant à dégager 10 % de retour sur capital restent l’exception plus que la norme.

    Si l’Afrique n’a pas de très grandes banques, les quelques-unes qui s’appliquent ont retour sur investissement.

    Pile et Face

    En dépit d’une détérioration très marquée de l’économie de ses fers de lance (Nigéria, l’Afrique du Sud, Maroc) le secteur bancaire africain tient bon contre vents et marées. La valeur totale des 100 premières banques en Afrique, selon l’actuel classement de The Banker, a atteint 93,1 milliards de dollars, contre 99,4 milliards $ l’an dernier ; un chiffre déjà en baisse par rapport à celui de 2014.

    Une tendance qui résulte essentiellement des dévaluations dans de nombreux pays africains. De nombreuses banques africaines ont souffert de la fluctuation des devises au cours des 18 derniers mois. Bien que leurs revenus et réserves aient augmenté dans leur monnaie nationale, leurs résultats se sont détériorés une fois exprimés en dollars.

    Un cas qui s’illustre également par le fait qu’il a fallu 177 millions $ de fonds propres à l’algérienne Arabe Banking Corporation pour se positionner au 100e rang l’an dernier, tandis qu’une autre banque Algérienne, la Housing Bank for Trade & Finance, s’est hissée cette année à la même position avec seulement 159 millions $.

    Suprématie sud-africaine et marocaine

    En effet, selon ce classement de The Banker, Standard Bank, avec 14,8 milliards $, s’offre la place de la première banque d’Afrique. Sa division sud-africaine à elle seule enregistre des fonds propres supérieurs à 5 milliards $, plus que toute autre banque d’Afrique. La part du résultat de Standard Bank généré ailleurs en Afrique continue de croître d’année en année : à 29 % au 1er semestre 2015, elle représente début 2017, 31 % de son résultat total.

    La société a prévenu des répercussions de l’incertitude économique : « Les pays d’Afrique subsaha­rienne qui dépendent de leurs exportations de pétrole et de matières premières continuent d’accuser les effets de la chute des prix provoquée par l’offre excédentaire et le déclin de la demande chinoise. Le rythme des réformes structu­relles, nécessaires pour promouvoir la diversification et la croissance économique, est lent. En outre, la sécheresse prolongée et étendue due au réchauffement climatique a porté préjudice à beaucoup de pays. »

    Toutefois, Standard Bank ne s’est pas montrée si pessimiste quant à la situation en Afrique du Sud, même si les difficultés du secteur minier et agricole associées au faible coût des matières premières et à la sécheresse persis­tante ont encore nui à l’économie en général cette année.

    FirstRand se maintient au deuxième rang du classement. Cette banque, avec des fonds propres de 4,9 milliards $, a annoncé qu’elle avait alloué 7,5 milliards de rands (537 millions $) à l’acquisi­tion de banques d’affaires et commerciales au Nigeria et au Kenya. FirstRand compte également étendre ses activités d’assurance pour les particuliers, notamment par le biais de FirstRand Life et sa participation dans MotoVantage.

    L’an dernier, la banque marocaine Attijariwafa avait enfin mis fin à la suprématie des quatre géants sud-afri­cains en tête du classement en s’octroyant la troisième place. Elle conserve ce rang cette année et est suivie d’une autre banque marocaine, Banque Centrale Populaire, reléguant Nedbank et Absa aux cinquième et sixième rangs.

    Cette banque marocaine qui appartient en partie à la famille royale marocaine a enregistré au 1er semestre 2016, une augmentation de 7,9 % de son résultat, qui se chiffre à 2,49 milliards de dirhams (260 millions $), soit un peu plus que les prévisions.

    Attijariwafa bank attribue cette augmentation à son expansion sur d’autres marchés africains et à la diminution des coûts associés aux prêts irrécouvrables accordés à des particuliers. Elle possède aujourd’hui 3 376 agences dans 23 pays, y compris au Cameroun, au Congo Brazzaville, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Mauritanie, au Sénégal et en Tunisie, et vient de racheter la filiale de Barclays Bank en Égypte, un marché en pleine expansion.

    En ce qui concerne Absa, filiale de Barclays Africa, son avenir demeure incertain. La société mère Barclays Plc a vendu une partie de sa participation dans Barclays Africa début mai, afin d’obtenir des liquidités et rembourser ses dettes ; elle détient à présent 50,1 % de la société. Une autre vente ferait d’elle un actionnaire minoritaire.

    Toutefois, Absa et Barclays ont depuis révélé qu’elles avaient engagé des discussions pour éventuellement créer ensemble une banque d’investissement.

    En outre, compte tenu de la taille de l’industrie des services financiers en Afrique du Sud, il paraît surprenant de voir que seules six banques de ce pays figurent parmi les 100 meilleures.

    Malgré les difficultés économiques qu’il connaît, le Nigeria compte six banques parmi les 20 premières places, plus que tout autre pays. Avec la notable exception de la panafricaine Ecobank International, dont le siège social se trouve au Togo, le Nigeria est le seul pays hors de l’Afrique du Sud et des pays d’Afrique du Nord à figurer dans le Top 20.

    Tendances géographiques

    La répartition géographique des 100 premières banques d’Afrique a évolué depuis l’an dernier. L’Afrique australe, avec 24 établissements, compte trois banques de moins au classement. L’Afrique de l’Ouest et centrale perdent de leurs côtés trois entrées.

    Néanmoins on remarque, la progression de l’Afrique de l’Est. La région a longtemps été sous-représentée par rapport à la taille de sa population, mais, depuis 2013, deux nouvelles banques entrent au classement chaque année. Dans ce nouveau classement, 16 banques y figurent. La valeur totale des banques d’Afrique de l’Est est passée de 4,1 milliards $ à 4,7 milliards $ cette année. C’est le Kenya qui domine dans cette région.

    Doté d’un secteur des services financiers sophistiqué, il compte aujourd’hui dix banques dans le Top 100. Seuls le Nigeria et l’Égypte font mieux. De fait, la montée de l’Afrique de l’Est isole encore davantage l’Afrique centrale. Et la région ne compte qu’une seule banque dans le classement, la Gabonaise BGFI Bank.

    L’Afrique du Nord et l’Afrique australe sont les mieux représentées dans le tableau. L’Afrique australe dominait l’an dernier avec un total de fonds propres de 38,7 milliards $ dans notre Top 100, contre 36,4 milliards $ pour l’Afrique du Nord. Bien que l’Afrique du Nord affiche aujourd’hui un total de seulement 33,3 milliards $, elle est toujours au coude-à-coude avec l’Afrique australe, à 36,2 milliards $.

    L’Afrique de l’Ouest, quant à elle, s’est bien maintenue. Ses fonds propres, à 18,8 milliards $ cette année, n’ont perdu que 600 millions $ depuis l’an dernier. Dans cette partie de l’Afrique, une banque fait figure de proue : Ecobank.

  • En Afrique, le gri-gri et le maraboutage ‘assurent’ encore le football

    En Afrique, le gri-gri et le maraboutage ‘assurent’ encore le football

    Il faut croire que le résultat final d’un match de football ne dépend pas toujours des vingt-deux acteurs sur la pelouse. Tout n’est pas que football et sur les stades africains on croit souvent à l’irrationnel.

    On ne badine pas avec la sorcellerie quand il s’agit du foot. Sur le continent, aux portes des vestiaires, on entend parfois des incantations, des mantras récités avec détermination et même des animaux sacrifiés la veille des rencontres fatidiques.

    À la dernière CAN, le Tunisien Ferjani Sassi n’a pas hésité à accuser le Sénégal de faire usage de la magie « boukhoukhou ». « Joueur j’avais toujours une chaine au cou. Les joueurs qui faisaient le pressing sur moi quand j’avais le ballon voyaient des serpents » témoigne de son côté Benjamin Diboué, footballeur camerounais.

    Des équipes nationales disposent d’ailleurs des marabouts pour « la préparation spirituelle ». La pratique est également récurrente au Sénégal où des marabouts peuvent selon les informations « changer le cours d’un match ».

    En 2002, pour s’être qualifié à la CAN et la Coupe du monde, le pays aurait ainsi dépensé près de 90 millions de FCFA pour des pratiques mystiques auprès des marabouts. Si toutes les conditions sont réunies « je peux décider du sort d’un match », s’enorgueillit l’un d’entre eux rencontré à Dakar. Avant de rappeler dans un éclat de rire : « C’est quand même chez nous que la France s’est préparée pour être championne du monde en 1998 ».

    Du talent et des sacrifices

    La pratique est restée dans les habitudes et reprise par la jeune génération. En finale de la dernière Coupe d’Afrique des nations des moins de 20 ans, Ibrahim Ndiaye, attaquant sénégalais, a tenté de jeter un sort à ses adversaires zambiens en déposant dans le but adverse un gri-gri. Un comportement que n’ont pas apprécié les Zambiens. Le gri-gri sera finalement enlevé. Le Sénégal a d’ailleurs perdu 2-0. Dans d’autres pays comme le Bénin ou le Mali, l’on dénombre des marabouts ou des féticheurs fortunés.

    Leur travail consiste à « préparer » des équipes et des joueurs moyennant de grosses sommes. Au Nigéria, ils arrivent que deux marabouts se fassent une guerre spirituelle sur l’issue d’un match. Chacun ayant rassuré son équipe de « tout faire pour qu’elle gagne ». Mais la situation est différente au Congo où des joueurs de certains clubs sont parfois emmenés à laver leurs maillots dans « des liquidés offerts par des marabouts ».

    En Côte d’Ivoire, un ancien joueur de la ligue 1 n’a pu digérer un week-end une défaite contre une rivale historique. « Nous avons pourtant, affirme-t-il, fait tout ce que demandait le préparateur spirituel ». Même les plus grands joueurs du continent n’y échappent pas, notamment de récents ballons d’or africains. Parmi eux, Samuel Eto’o et Didier Drogba, serials buteurs avec leurs clubs et héros dans leurs pays respectifs. En dehors de leur talent, il leur faut « travailler et se préparer spirituellement ».

    Pour être meilleur, Didier Drogba sacrifierait ainsi des animaux. Prescription de son marabout. Eto’o de son côté travaillerait ses qualités naturelles par des préparations spéciales. Il a même été accusé par son ancien coéquipier Bernard Tchoutang d’avoir envoûté Joseph-Désiré Job pour prendre sa place de titulaire et finir meilleur buteur de la CAN 2000. Lui réfute cette accusation et affirme que sa « vraie magie reste le travail ».

    Gangrène pour le foot africain ?

    Au Togo, beaucoup ont tenté d’expliquer l’impressionnant parcours réalisé par Emmanuel Adebayor en 2005 durant les éliminatoires de la coupe du monde 2006. Ses buts inattendus, son passage dans les clubs du Premier League jusqu’à son arrivée au Real Madrid. « On ne réalise pas ce qu’il a fait en étant un homme simple. C’est quelqu’un qui se prépare », considère un de ses supporters. Quand en 2016 Emmanuel Adebayor sans club n’apparaît plus sur les terrains d’un championnat étranger, « l’histoire de son marabout est évoquée ». Le joueur togolais serait entré en brouille avec son directeur spirituel nommé Alpha Abrangao.

    C’est à ce dernier que revenait la tâche d’effectuer des sacrifices pour permettre à l’ancien joueur d’Arsenal de briller. Les bonnes performances des joueurs seraient donc liées à leurs amulettes et préparations ? « Parfois il n’y a rien. J’en connais qui restent profondément attachés à Dieu. Mais le public veut toujours trouver explication à tout », tempère un responsable de centre de formation de football à Lomé. Un but marqué, une célébration « bizarre », un coup franc envoyé en pleine lucarne dans les dernières minutes d’un match. Mais également des mimiques habituelles ou phrases marmonnées avant le début d’une rencontre. Qu’ils jouent ou qu’ils se blessent, les supporters tentent d’y voir une explication.

    Ce ne que ne réfute pas un ancien joueur béninois. « Quand on tape dans une balle et quand on ne vit que de ça, il vous faut être solide spirituellement », justifie-t-il. « Ce n’est pas quelque chose de mauvais », ajoute un de ces anciens coéquipiers togolais. Tous deux avouent avoir eu besoin d’un marabout dans leur courte carrière. « Il nous fallait des amulettes pour nous protéger. Tu as vite fait d’être poussé sur le banc par ton propre coéquipier. Pour une blessure inexplicable. Le foot va vite ». Pourtant, la forte présence du maraboutage sur le continent n’enchante pas Joseph-Antoine Bell.

    Pour l’ancien gardien camerounais, la pratique plombe les équipes africaines. « On ne compte plus que sur ça. La préparation psychologique est négligée », regrette-t-il. Si pour l’heure aucune disposition n’est prise pour mettre fin à la pratique les pays s’emploient à la combattre. La Fédération rwandaise a par exemple été obligée d’interdire officiellement la sorcellerie.

    Dépitée de constater sur les terrains certains comportements et des arbitres qui se voient obligés d’interrompre les matches pour « régler des problèmes de gri-gri ». Pour le secrétaire général de la fédération, « nous avons constaté que le simple fait de voir des gris-gris déstabilise les équipes et les joueurs adverses ».

    Des sanctions ont été mises en place pour tout usage de la magie. « Environ 115 euros d’amende pour les joueurs, et jusqu’à 3 380 euros pour les clubs ». Un exemple que d’autres pays du continent ne semblent pas être à suivre.