Catégorie : Afrqiue Australe

  • Zimbabwe: comprendre le chaos en 5 points

    Zimbabwe: comprendre le chaos en 5 points

    Après 37 ans passés à la tête du pays, Robert Mugabe, 93 ans, est en train de connaitre ce qui pourrait être la fin de sa présidence. Hararé s’est réveillé ce 14 novembre sous le rythme des volontés dictées par l’armée, qui dit ne pas être en train de faire un « coup d’État ». Mais depuis, Robert Mugabé est assigné dans une villa dans la capitale, alors que sa femme reste introuvable. La guerre pour la succession de Robert Mugabe à la présidence du pays a pris un nouveau tournant. Retour sur cette crise en 5 points.

    Grace, la disgrâce de dame Mugabe

    La manœuvre Grace Mugabé pour arriver la tête du pays est un acte mal pris à Hararé, surtout par l’armée. Après avoir longtemps caché son appétit pour le pouvoir, elle l’a finalement et très clairement affiché. « Je dis à M. Mugabe : vous devriez […] me laisser prendre votre place. N’ayez pas peur ! Si vous voulez me donner votre poste, donnez-le-moi librement, » a-t-elle lancé, dimanche 5 novembre, face à des milliers de jeunes de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, réunis dans l’enceinte d’un stade de la capitale Harare. A 52 ans, elle apparaît de plus en plus pressée. En effet, tout a commencé par basculer quand elle a fait tomber un des plus sérieux potentiels successeurs à son époux, le vice-président Emmerson Mnangagwa, qu’elle accusait depuis des mois de tenter de déstabiliser le chef de l’État. Mais cette volonté de succéder à son mari lèse à Hararé.

    Grace Mugabe est loin d’avoir les faveurs de la majorité des Zimbabwéens. Elle a une très mauvaise réputation dans le pays. Elle est considérée comme égoïste, cruelle et pouvant se montrer violente. Elle n’inspire pas confiance, et multiplie les coups d’éclat comme cet été où, pour une raison encore obscure, elle s’en est violemment prise à un mannequin dans un hôtel sud-africain. Mettant à mal les relations entre les deux pays, elle avait invoqué l’immunité diplomatique pour échapper à la police, immunité qui lui avait été accordée. Quelques semaines plus tôt, elle avait invoqué cette même immunité, après avoir détruit le matériel de journalistes croisés à Singapour.

    Emmerson Mnangagwa, le « Crocodile » qu’il ne fallait pas menacer

    Fidèle au président Mugabe pendant des décennies, Emmerson Mnangagwa était le bras droit du chef de l’État autant que son exécuteur des basses œuvres. Le 6 novembre, si son limogeage avait surpris plus d’un, ce n’était que la confirmation que Grace Mugabé avait un plan élaboré. S’en est suivi, une vaste purge des soutiens de Mnangagwa au sein du gouvernement. Âgé de 75 ans, surnommé le « Crocodile » en raison de son caractère impitoyable, Emmerson Mnangagwa est l’ancien patron des services de renseignement. Il a joué un rôle-clé dans les violences qui ont ensanglanté la présidentielle de 2008, remportée par Robert Mugabe après le retrait de l’opposant, Morgan Tsvangirai. En octobre, il a perdu son portefeuille de ministre de la Justice. Il a toutefois été maintenu à la vice-présidence, dont il occupe un des deux postes depuis 2014.

    Ses partisans ont suggéré que cette tentative avait été ourdie par Grace Mugabe, qui a très vigoureusement démenti. Depuis son limogeage, l’armée est finalement convaincue des manœuvres de Grace Mugabé qui a beaucoup d’influences sur son mari. Cela fait des mois que le torchon brûle entre les deux camps : en août, Emmerson Mnangagwa avait affirmé avoir été victime d’une tentative d’empoisonnement. Il avait pris soin de ne pas avancer de possible commanditaire, mais ses partisans assuraient qu’il avait été délibérément intoxiqué par le biais d’une crème glacée fabriquée dans une laiterie appartenant à Grace Mugabe. Des accusations que la Première dame avait vivement démenties.

    Mercredi, après quelques jours d’exil, il a tweeté pour demander aux « Zimbabwéens de rester calmes et d’écouter les informations. Je suis de retour au Zimbabwe et serai occupé au cours des prochains jours. Je communiquerai avec vous à travers les moyens de communication officiels ».

    La lassitude Mugabé

    La tenue de l’élection présidentielle au Zimbabwe explique d’une part cet acharnement de Grace Mugabé. Mais d’autre part, la fébrilité de Mugabé devant cet état de confusion où tout semble dire qu’il a déjà cédé sa présidence est de trop. Même si à Hararé, il n’y a pas d’effusion de joie, et même pas d’expression d’une angoisse, la population s’était lassée de son président depuis. Principale cause, une économie qui ne cesse de détériorer.

    En effet, quand il arrive au pouvoir en 1980, Robert Mugabe, marxiste convaincu, mène d’abord une politique de réconciliation favorable à l’économie encore largement dominée par les anciens colons blancs. Très vite sous la pression des opposants, des déçus de l’indépendance, le régime se durcit, privilégie ses affidés et commence à casser méthodiquement le moteur de son économie, l’agriculture. Les fermes dirigées par des Blancs sont nationalisées puis confisquées pour être confiées à des Noirs bien souvent totalement dépourvus de compétence agricole. L’an dernier la production de blé est tombée à 20 000 tonnes, 16 fois moins que dans les années 90. Aujourd’hui un habitant sur quatre dépend de l’aide alimentaire. 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la principale activité, informelle, c’est le commerce à la sauvette où règne le troc, faute de disponibilité d’argent liquide.

    Ce que veut l’armée

    « La purge actuelle qui vise clairement les membres du parti qui ont été engagés dans la guerre d’indépendance doit cesser immédiatement », a lancé le général Constantino Chiwenga, le chef de l’armée zimbabwéenne, en lisant un communiqué devant la presse au quartier général de l’armée ce 13 novembre. « Nous devons rappeler à ceux qui sont derrière ces dangereuses manigances que lorsqu’il s’agit de protéger notre révolution, l’armée n’hésitera pas à intervenir », a rappelé le général.

    Mercredi matin, le général Sibusiso Moyo a expliqué que cette opération n’était pas « un coup d’État contre le gouvernement » et assuré que le chef de l’État et sa famille était « sains et saufs » et « en sécurité ». L’objet de l’opération militaire est d’abord de faire triompher, au sein de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, la faction des partisans du vice-président Emmerson Mnangagwa, contre celle de Grace Mugabe, dite la « Génération 40 ».

    Le cas Mugabe

    Entre sauver la face ou sauver l’avenir de sa femme, certains spécialistes estiment que le choix de Mugabe pencherait plutôt vers la première option : se retrouver enfermé chez lui par son cercle le plus proche, privé de tout pouvoir est assez infamant pour un homme comme lui, estime-t-on. Il est possible qu’il aille vers une solution de sortie de crise qui lui permette de se maintenir au pouvoir jusqu’au bout. Malgré son âge avancé, Robert Mugabe a toujours refusé de nommer un successeur et a même annoncé qu’il briguerait un nouveau mandat en 2018. Le jeu reste donc ouvert et les couteaux s’aiguisent.

  • Eduardo do Santos: le lourd passif de 38 ans de règne [Grand Angle]

    Eduardo do Santos: le lourd passif de 38 ans de règne [Grand Angle]

    L’ombre de Jose Eduardo do Santos plane toujours sur l’Angola qu’il a dirigé pendant près de quatre décennies.  Joao Lourenço.

    Le limogeage d’Isabel dos Santos à la tête de la compagnie pétrolière nationale le 15 novembre a surpris plus d’un. Annoncée par le nouveau chef de l’État, le départ de la fille aînée de l’ex-président Eduardo do Santos de la présidence du conseil d’administration de la Sonangol a suscité des commentaires dans les arcanes du pouvoir. « Il a fait partir la princesse, l’intouchable », lâche avec étonnement un étudiant en sciences politiques à Luanda. Accusée de népotisme et de corruption, Isabel do Santos subit la foudre de Joao Lourenço qui avait promis durant les campagnes relancer l’économie du pays à travers des « décisions fortes ». Mais beaucoup ne s’attendait pas à ce que le chef de l’État « touche » à celle qui est considérée comme la femme la plus riche du continent. Le plus surprenant, c’est que Joao Lourenço a nommé à la tête de Sonangol Carlos Saturnino, ancien secrétaire d’État au Pétrole, un personnage pas très aimé dans le cas do Santos.

    La décision était inattendue. D’autant plus que le nouveau chef de l’État est réputé être proche de Jose Eduardo do Santos qui a dirigé le pays pendant près de quarante ans. Général à la retraite, Joao Lourenço a été adoubé par l’ancien chef de l’État. « C’est un fidèle d’Eduardo do Santos. Il a toujours fait partie de ses hommes de confiance », fait savoir un spécialiste du pays. Ce dernier explique que pour cette raison le nouveau président dirige sous l’influence de son mentor. Il lui sera impossible de réaliser le « miracle économique » qu’il a promis et de lutter réellement contre la corruption. Pour Luaty Beirao, rappeur engagé, opposé au pouvoir depuis plusieurs années, « Joao Lourenço gouverne sous tutelle. Il ne peut pas se défaire d’Eduardo do Santos ».

    Mainmise

    Dans la capitale angolaise, les avis se concordent sur l’absence d’une marge de manœuvre pour le nouveau président qui ne peut pas changer les choses. En réalité, malgré le départ de Jose Eduardo do Santos du pouvoir, son ombre plane toujours sur les grandes décisions du pays. Cela vient de ses trente-huit ans de règne. L’ancien chef de l’Etat reste très écouté au sein de l’armée et il est difficile que de grandes décisions se prennent sans son avis. Avant son départ, il a pris le soin de faire voter une loi réduisant les pouvoirs de son successeur. En exemple, ce dernier ne dispose pas de toute la latitude pour désigner les responsables des services de sécurité comme c’était le cas.

    Le parti au pouvoir le MPLA avait voté en juillet dernier au Parlement une loi garantissant le maintien à leur poste des dirigeants de l’armée, de la police et des services de renseignements jusqu’en 2025. Réputés tous proches de Jose Eduardo do Santos, ces derniers ne peuvent pas être inquiétés par le nouveau président. Sauf s’ils sont condamnés pour un crime ou s’ils dépassent la limite d’âge requise pour leur poste. Une autre loi accordant des privilèges à l’ancien chef de l’État a aussi été votée. Eduardo do Santos a depuis septembre droit à un chauffeur, des gardes du corps ainsi qu’une pension équivalente à 90 % de son salaire. La loi votée prévoit aussi que l’ancien président ne peut être poursuivi que pour des actes étrangers à l’exercice de sa fonction. « Il a géré l’Angola de façon opaque. Il s’est ensuite mis l’abri de la justice », regrette un député de l’UNITA, parti d’opposition.

    Affirmation

    Les détracteurs de Joao Lourenço, général à la retraite, estiment qu’il reste influencé par l’aura de l’ancien président. « Lourenço sait qu’il lui doit beaucoup. Il va souvent le consulter pour de grandes décisions », souligne un chercheur de l’université de Luanda. A ce titre le nouveau président a souvent lui-même rappelé durant les campagnes tout faire pour continuer « l’œuvre d’Agostinho Neto et du président do Santos ». Autre élément de l’influence de l’ancien président, la puissance économique des do Santos. Très fortunée, la famille de l’ancien homme fort de l’Angola contrôle plusieurs sociétés du pays qui brassent des millions. Si Isabel do Santos est limogé de la Sonangol, elle dirige malgré tout des entreprises qu’elle a créées. Son frère José Filomeno contrôle lui une partie des finances angolaises. Il dirige en effet le fonds souverain du pays.

    Depuis sa prise de fonction, des rumeurs ont fait état de mésentente entre Lourenço et do Santos. Elles ont été démenties par des proches du nouveau chef de l’État qui ont évoqué de bonnes relations entre les deux hommes. Mais le limogeage d’Isabel do Santos de la Sonangol peut-il être lu comme une déclaration de guerre de Lourenço à son mentor ? « Pas sûr », coupe court un journaliste de Radio Ecclesia basée à Luanda. Un de ses confrères renchérit : « Lourenço s’affirme, il cherche une légitimité, il veut s’imposer. Mais il connaît ses limites ».

     

     

     

  • Hervé Renard, cet apprenti qui a volé les amulettes de Claude Le Roy

    Hervé Renard, cet apprenti qui a volé les amulettes de Claude Le Roy

    Quand en ce samedi 11 novembre 2017, Hervé Renard qualifiait le Maroc pour la coupe du monde Russie 2018, il réalisait un exploit que bon nombre d’autres sélectionneurs n’ont pas pu faire en Afrique.

    « Personnellement j’aimerais affronter la France. J’aimerais être dans le groupe de la France ». C’est en ces mots que Hervé Renard s’enflait, quand il a réussi ce que beaucoup appellent par une grande victoire en battant les Éléphants de la Côte d’Ivoire chez elle par 2 buts à 0. Le lendemain, Claude Le Roy a dû se fier à son chapelet pour une mission qu’on voit au Togo, comme suicidaire : battre les Dodos de l’Ile Maurice, 158e du classement mondial de la FIFA. S’il est vrai que le match était sans enjeu, à plus forte raison avec une formation au demeurant docile, Claude, Le Roy avait un défi, et nombre de Togolais l’attendaient à ce tournant.

    Hervé Renard, le nouveau sorcier

    Depuis que Hervé Renard s’est séparé de son mentor, celui semble chiper à son père spirituel, celui qui était toujours considéré comme le « sorcier blanc », ses meilleurs gris-gris.

    Dans la presse marocaine au lendemain de la qualification du Maroc, les mots pour affubler le renard du football africain ne sont pas rares. « Génie », « sorcier », « l’imbattable », « magicien »… Dans le royaume chérifien, il est adulé. Et si nul ne sait les mots que le roi Mohammed lui a glissés au téléphone à quelques minutes après le coup de sifflet final du match contre la Côte d’Ivoire, on sait au Maroc, combien le roi tient à cette participation du Maroc à la coupe du monde, et pourquoi il compte sur Hervé Renard.

    Mais il faut se le rappeler : Hervé Renard mettant tout un pays africain en liesse est une situation qui revient à intervalles réguliers. Depuis qu’il s’est senti prêt à poursuivre son chemin en quittant Claude Le Roy, chaque aventure de cet entraîneur à la tête d’une équipe de ce continent semble être jalonnée de succès. Hervé Renard en Zambie : la sélection nationale gagne la CAN en 2012 pour la première fois de son histoire. Hervé Renard en Côte d’Ivoire : l’une des meilleures générations des Éléphants, jusque-là en disette, remporte enfin ce même titre continental en 2015 avec lui sur le banc. Deux exploits le conduisant à être le seul coach à avoir brandi le trophée avec deux nations différentes. Hervé Renard a bâti en l’Afrique, un vrai empire et y installe une suprématie sans concurrence. L’homme tisse au fil des temps les cordes qui le mènent vers son propre succès. Tout ce qu’il touche devient de l’or.

    Après un passage non réussi en Ligue 1 français en tentant sa chance avec Lille, les défaites cumulées au bout d’une dizaine de journées de la saison 2015-2016 lui a valu un licenciement. On pouvait alors penser que le cercle vertueux Hervé Renard allait se rompre, que l’intéressé retomberait un peu de son piédestal pour rejoindre la grande famille des entraîneurs oubliés après une entame de carrière tonitruante. Il a plutôt préféré sortir un troisième album — Hervé Renard au Maroc — dans lequel les Lions de l’Atlas se qualifient pour la Coupe du monde, une première depuis 1998, en s’extirpant d’un groupe composé du Mali et de la Côte d’Ivoire.

    Pendant ce temps, rongé par l’âge et confronté à un cas particulier comme celui du Togo, Claude le Roy continu, l’air parfois indifférent, d’essuyer des critiques et des remontrances des Togolais. Lui prophète ou sorcier ailleurs, comptabilise un bilan médiocre depuis sa venue au Togo sur invitation personnelle du président togolais en avril 2016.

    Au point où le Mouvement Martin Luther King commence par réclamer sa tête, au regard du salaire spécial qu’on lui fait, forte d’une bagatelle de 25 millions de FCFA, meilleure offre dont on peut rêver en tant que sélectionneur du Togo. Toutefois, il faut aussi souligner qu’à la tête de la sélection togolaise, Le Roy n’a pas encore échoué. La mission qui lui avait été confiée quand il arrivait au Togo est de faire participer le pays à la CAN 2019. Sur ce terrain, l’homme a devant lui des occasions pour se racheter.

    Mais comparé à Renard, le Roy, recordman de participation à la Coupe d’Afrique des nations (9 participations au total), c’est seulement une fois champion d’Afrique en 1988, avec le Cameroun après trois décennies passées à fureter le continent. Le Sénégal, la République Démocratique du Congo, le Ghana et le Congo Brazzaville ont tous profité de l’âge de 68 ans du sorcier blanc. Renard, c’est en 2008 qu’il s’est séparé de son mentor. Lorsque Le Roy entraînait 2008 les Black Stars du Ghana et était médaillé de bronze en Afrique, son assistant Renard était encore inconnu.

    Secret de parrain

    Le Roy peut envier à Renard ce qu’il n’a jamais pu réussir sur le continent africain.

    Dans le magazine So Foot, Claude Le Roy, l’homme qui a lancé Renard dans le métier en le prenant comme adjoint au début des années 2000 disait : « Lorsque j’ai emmené Hervé avec moi à Shanghai en 2001, alors que je recherchais un staff, je lui ai dit que l’une des conditions à la réussite du job d’entraîneur en Asie ou en Afrique n’avait rien à voir avec le foot de chez nous. Si vous n’êtes pas au fait de la culture locale, de la géopolitique, de l’histoire ou que vous ne maîtrisez pas leur langue, ça ne le fera pas. Il ne suffit pas d’être bon sur le terrain. Si vous allez au Congo et que vous ne connaissez rien de Patrice Lumumba ou de la sécession du Katanga, si vous allez au Cameroun et êtes étrangers à l’UPC ou aux pluies acides de l’armée française durant la quête de l’indépendance, si vous allez à Shanghai et n’êtes pas au fait des relations sino-japonaises, vous n’y arriverez pas. » Le conseil semble être écouté.

    Âgée aujourd’hui de 49 ans, la méthode Hervé Renard semble marcher quasiment à chaque fois sur le sol africain, mais ne présente rien de surnaturel. Il use des recettes communes, presque standards : jeu défensif, construction d’un esprit commando pour juguler la pression, et beaucoup de pragmatisme. Hervé Renard n’a rien de dogmatique. Ses idées tactiques ne révolutionneront pas le football. Il n’a pas à réinventer le foot, et il le sait.

    Mais l’Afrique paraît privilégier les pragmatiques, ceux qui font passer les contextes avant leurs idées. Pour vaincre la Côte d’Ivoire samedi soir sur son propre terrain à Abidjan, il a fallu prendre la dimension du côté traquenard de ce match. Il ne s’agissait pas d’une partie d’échecs cérébrale contre son homologue Marc Wilmots. Il a fallu mobiliser ses troupes pour un combat où chaque duel sur le terrain se devait d’être gagné par les joueurs marocains pour assurer le triomphe final. Avec les Lions de l’Atlas, Hervé Renard a des limites tactiques. Le Maroc n’est pas aussi garni que la Côte d’Ivoire qu’il a eu à coacher juste quelque année en arrière. Avec le Maroc, Renard a eu l’intelligence de miser sur la motivation de ses hommes. Si son équipe n’a encaissé aucun but lors de ces éliminatoires, ce n’est pas un hasard : l’abnégation défensive, au détriment de la technique, est l’une des clefs de voûte de la méthode Renard.

    Ce pragmatisme, c’est ce qui achève de convaincre que Hervé Renard a beau faire des miracles en Afrique, la coupe du monde reste un défi hors de portée des gris-gris. Renard n’attend pas aujourd’hui remporter une coupe du monde pour prouver son hégémonie, même si l’homme est constamment attiré par des défis à la limite fous. C’est clair, le Maroc à la coupe du monde, ce sera une mission suicide.

    Du reste, Renard est conscient qu’il a dépourvu son mentor de son auréole de sorcier en seulement moins d’une décennie. Mais il ne tarit pas d’éloges envers celui-ci : « Il m’a tellement donné dans ma vie. Pas seulement sur le football, mais aussi sur la façon d’évoluer en tant qu’homme », a déclaré Renard quand il se préparait à défier pour la première fois son maître en phase de groupe à la CAN 2017. Le Roy a été aussi tout à fait élogieux à propos de l’homme qu’il a encadré et qui est devenu l’autocar le plus recherché en Afrique, son filleul. « Herve sait diriger un groupe et aime ses joueurs », a-t-il déclaré, sans humeur. Pour ce match-là, Renard s’était sans surprise imposé. Le Maroc a battu le Togo 3-1. Une ultime preuve qui avait déjà achevé de convaincre que Renard a volé les amulettes du Roy. Cela va de soi.

  • L’Afrique veut se défaire du joug de l’importation du riz

    L’Afrique veut se défaire du joug de l’importation du riz

    L’Afrique continue d’importer du riz malgré la forte production sur le continent. Une situation qui oblige les États à améliorer la promotion des riz locaux.

    L’Afrique se positionne à ce jour comme un grand producteur du riz. Sur les 600 millions de tonnes de riz décortiqué durant l’année, la FAO a indiqué que la part de l’Afrique est importante. En Afrique de l’Ouest, les pays producteurs ont vu leurs récoltes augmentées de 6 %. Il faut dire que les plus importants producteurs du riz en Afrique se situent en Afrique de l’Ouest. Près de 11 millions de tonnes de riz y sont produites ; ce qui représente la moitié de la production du continent.

    L’augmentation de la production est la conséquence d’une politique de développement du secteur rizicole mise en place par la plupart des États. Elle permet au pays « d’éviter une dépendance à l’égard du marché international », soutient un ingénieur agronome, enseignant chercheur ivoirien. Ce dernier explique que les Etats créent de plus en plus les conditions nécessaires pour une économie agricole. « Il y a un marché prêt à consommer du local. Les Etats ne doutent plus », justifie-t-il. Les pays producteurs ont surtout augmenté leur investissement. Au Togo où la production a atteint près de 800 000 tonnes, des soutiens sont apportés aux producteurs locaux. C’est également le cas en Côte d’Ivoire et au Sénégal où les autorités subventionnent les semences et offrent des engrais et des machines aux producteurs.

    Des conditions favorables

    Mais au Nigéria les producteurs bénéficient d’un appui plus conséquent. Le pays a presque augmenté de 10 % sa production en 2016. Plus de trois millions de tonnes de riz ont été décortiqués cette année dans ce pays où les surfaces de production ont augmenté. D’autres pays comme la Guinée et le Ghana connaissent la même situation. Leur production est estimée à près de deux millions de tonnes. Pourtant, les décisions politiques et les réformes économiques ne semblent pas être les seuls avantages du secteur. Selon un fonctionnaire de la FAO, l’Afrique de l’Ouest bénéficie également depuis quelques années de bonnes conditions climatiques. « Les insuffisances techniques sont parfois compensées par une bonne pluviométrie », rappelle l’expert onusien.

    Les producteurs sont confrontés aux difficultés des marchés nationaux. « Le riz local est souvent délaissé au profit de l’extérieur », regrette un commerçant sénégalais. Cette situation entraîne la baisse de production dans les régions de quelques pays. Les États se voient ainsi obliger d’importer des millions de tonnes de riz. L’importation du riz par l’Afrique est considérable. La FAO a déjà annoncé que cela devrait encore être le cas en 2018. Le Nigéria devrait aussi rester deuxième importateur mondial de riz malgré son important volume de production. Toutefois, certains pays commencent par envisager une diminution de l’importation des grains blancs. Le Sénégal a commencé par demander aux entreprises qui importateurs de payer aussi un volume du riz local.

    Promouvoir le riz local

    C’est désormais sur une valorisation de la production locale que les pays misent. Les riz locaux sont de qualité et il est important que chaque État renforce leur promotion auprès de la population. Après, c’est à l’aspect prix que les décideurs politiques comptent s’attaquer. « C’est le nœud du problème, soulève-t-on au ministère togolais de l’Agriculture. Comment convaincre les populations d’acheter du local même si c’est plus cher que ce qui vient de l’Asie ». Un agent de l’Institut togolais de recherche agronomique (ITRA) affirme qu’il est nécessaire de faire comprendre aux populations qu’elles peuvent faire confiance à ce qui est produit au plan local.

  • L’Afrique et ses chances pour remporter le mondial 2018

    L’Afrique et ses chances pour remporter le mondial 2018

    Dans quelques mois le continent africain sera représenté par cinq équipes à la coupe du monde. Avec des parcours différents durant les éliminatoires, les cinq qualifiés ont tous terminé premier de leur poule respective. Parmi elles, seul le Nigéria était présent à la dernière coupe du monde au Brésil. Le Sénégal, l’autre représentant de l’Afrique de l’Ouest, est de nouveau au mondial après son parcours exceptionnel en 2002. Les trois autres pays viennent du Maghreb. Le Maroc, l’Égypte et la Tunisie ne seront tout de même pas à leur première participation.

    Le Nigeria reconstruit

    Les Super Eagles se sont reconstruits. Champions d’Afrique en 2013 avec le regretté Stephan Keshi, les Nigérians ont traversé de longs mois de léthargie avec des absences aux deux dernières éditions de la CAN. Mais ils ont disputé les éliminatoires de la coupe du monde avec beaucoup de maîtrise. C’est une équipe réorganisée avec des joueurs plein de talents couvés par l’expérimenté capitaine Mikel Obi. A la coupe du monde, le sélectionneur Gernot Rohr pourra compter sur d’autres joueurs comme Victor Moses de Chelsea ou le Gunner Iwobi. Présent en 2014 au Brésil, le Nigéria avait été éliminé en huitième de finale par la France.

    Le Sénégal attendu

    C’est une équipe talentueuse. Dynamique avec beaucoup d’individualités, l’équipe sénégalaise est pressentie depuis deux ans comme l’un des effectifs qui doivent jouer les premiers rôles sur le continent. Éliminé de façon inattendue à la dernière CAN, le Sénégal a moyennement négocié ses matches des éliminatoires de la coupe du monde. Le match rejoué contre l’Afrique du Sud a néanmoins permis à Aliou Cissé et son groupe d’assurer leur qualification. Reste maintenant à savoir si Sadio Mané et ses coéquipiers feront mieux que la génération 2002.

    Le solide Maroc

    Les poulains de Hervé Renard ont réussi un parcours impressionnant. C’est la meilleure défense des éliminatoires. Le Maroc n’a encaissé aucun but en six matches. Plus que tout, c’est un collectif qui sait faire déjouer ses adversaires. L’équipe est surtout composée de joueurs talentueux à l’instar de Youssef Belhanda, Sofiane Bouffal ou encore Hakim Ziyech. Vingt ans après leur dernière participation, les lions de l’Atlas retrouvent à nouveau la coupe du monde. En Russie, les coéquipiers de Medhi Benatia tenteront de faire mieux que la génération Naybet, Hadji, Bassir qui avait manqué de peu pour sortir de leur poule en 1998.

    La Tunisie combative

    Les Aigles de Carthage ont mis fin au rêve des Léopards de la RDC avec lesquels ils étaient dans le même groupe. La Tunisie est même à ce jour une des équipes les plus solides du continent. Le match renversant qu’elle a réalisé à Kinshasa alors qu’elle était menée 2-0 l’a prouvé. La combativité de la Tunisie emmenée par des joueurs remuants comme Msakni constitue un atout. Et peut-être que les Aigles feront en Russie un meilleur parcours que celui de leur dernière participation en 2006.

    L’Égypte organisée

    L’Égypte a souvent enchaîné de bonnes performances sur le continent en remportant plusieurs CAN mais a toujours manqué les occasions d’être à la messe mondiale du football. Logée durant les éliminatoires dans une poule avec le Ghana, l’Ouganda et le Congo, elle a su tirer son épingle du jeu, voyageant bien et négociant avec maîtrise ses rencontres à domicile. Le septuple champion d’Afrique a cette fois-ci obtenu son ticket pour Russie 2018. En 1990, lorsqu’ils participaient à leur deuxième coupe du monde, les Pharaons avaient tenu en échec les Pays-Bas, champion d’Europe 1988, réussissent aussi un nul contre l’Eire mais se sont fait battre 1-0 par l’Angleterre. Dans quelques mois l’Égypte va tenter de faire bonne figure en Russie. Et elle peut compter sur Mohamed Sallah un de ses meilleurs éléments. Le joueur de Liverpool a d’ailleurs fini meilleur buteur des éliminatoires.

     

  • Homosexualité: malgré les efforts, l’Afrique reste toujours inaccessible

    Homosexualité: malgré les efforts, l’Afrique reste toujours inaccessible

    Vouloir parler de l’homosexualité sur une terre qui se targue d’être fort attachée à la morale parait démesuré. Cependant, il est difficile de nier d’une manière ou d’une autre la présence de l’homosexualité en Afrique, même si on préfère en parler avec un mépris provocateur sur le continent.

    Le cliché d’un homme tenant la main d’un autre ou d’une femme trop collée à une autre est mal apprécié. Il est question d’une pratique qui n’est pas en odeur de sainteté en Afrique. Parler de l’homosexualité sur le continent comme une pratique de jouissance peut sembler en amont débile. Beaucoup la présente comme un mal à évincer du continent noir tel l’impérialisme. Le débat sur cette pratique qui consiste à sceller une union entre deux personnes du même sexe fait couler beaucoup d’encre et donc, suscite beaucoup d’émotions. En Afrique, quand on est homosexuel, on l’assume et on la subit, ou on le tait jusqu’à jamais. Au point où, l’homophobie est un sentiment partagé.

    Absence de virilité des hommes, sorcellerie, mauvais esprit, passage obligé pour devenir riche ou pour avoir beaucoup de pouvoirs, tous les stéréotypes y passent dans ces sociétés où, le moindre acte taché d’un strict minimum d’anormalité est souvent d’ordre spirituel. Chez certains chrétiens, du fait que les relations sexuelles entre deux hommes soient aussi considérées dans la Bible comme immorales incite les évangélistes à scruter l’homosexualité comme un comportement purement satanique.

    D’autres voient en l’homosexualité, un malaise introduit dans les sociétés africaines par les médias, surtout la télé. Mais pour nombre de chercheurs, l’origine de l’homosexualité en Afrique ou ailleurs, n’est pas un phénomène nouveau. Elle a toujours existé. Elle a pour autant connu une propension fulgurante dans les centres carcéraux et les couvents.

    « Pure Abomination »

    Dans beaucoup de pays africains, la loi contre l’homosexualité est rédigée presque avec les mêmes mots.

    Considérée alors comme résidu du colonialisme, l’homosexualité est traitée comme un délit voire un crime. Entre cause maléfique et biologique, les homosexuels sont parfois vus en Afrique en rapport avec une volonté des Occidentaux de réduire le taux de natalité.

    En effet, les gouvernements postcoloniaux se sont appuyés sur cet héritage pour consolider la criminalisation de l’homosexualité en Afrique. Ainsi, au Sénégal par exemple, l’article 319 du Code pénal adopté le 21 juillet 1965 condamne à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 100 000 à 1 000 000 de francs CFA (de 150 à 1 500 euros) les personnes présumées homosexuelles ; tant, il faut le préciser, si la vie privée peut être du ressort de la famille, la morale publique est du ressort de l’État. Cette interdiction s’exprime de façon explicite, soit par un biais plus implicite : la condamnation de la sodomie.

    Selon l’association Africagay, 38 des 84 pays ayant des législations interdisant des rapports sexuels entre personnes de mêmes sexes sont africains.

    Au Zimbabwe par exemple, un gay encourt une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 10 ans de travaux forcés. Même situation en Ouganda, où l’actuel Chef d’État, Yoweri Museveni a demandé publiquement en 1999 à la police l’emprisonnement de tous les gays. Au Nigeria, précisément dans les 12 États du Nord, la situation est encore plus difficile du fait de l’application de la loi coranique qui prévoit la peine de mort. Tout comme en Ouganda.

    Frein à l’aide publique des pays récalcitrants

    Entre homophobie et discrimination raciale qu’ont connue les États-Unis par le passé, l’ancien président américain, Barack Obama avait trouvé juste comparaison, quand son successeur, Donald Trump lui, parait de ce point de vue beaucoup plus « humaniste » aux yeux des Africains, en s’affichant contre le mariage pour tous.

    Mais, alors que l’homosexualité ne semble pas avoir un avenir clair en Afrique, légalement bien-sûr, la pression des puissances occidentales n’est pas à négliger. En effet, l’homosexualité reste un point de discorde entre les dirigeants africains et les puissances pourvoyeuses du continent noir. Alors que la majorité des pays africains répriment l’homosexualité, les États-Unis affirment toujours leur volonté de faire fléchir l’Afrique en utilisant comme arme, les incontournables institutions de Brettons Woods. De ce fait, associant la pénalisation de l’homosexualité au non-respect des Droits de l’homme, nombre d’aides se refusent aux pays africains.

    Homosexualité, halte ?

    Beaucoup de religions voient d’un mauvais œil le « mariage pour tous ». En juillet 2015, après la tournée du président américain Barack Obama au Kenya au cours de laquelle celui-ci a réclamé l’égalité des droits pour les homosexuels, l’épiscopat africain s’est montré rébarbatif face aux vœux d’Obama. Des camouflets et des semonces ont alimenté la riposte. Il y était allé de qualifier la proposition du président américain tantôt d’« anti-humain » ou encore « d’impérialisme culturel ».

    Si d’une part, les religions en Afrique condamnent à l’unisson l’homosexualité, d’autre part, il est aussi question des conséquences qui en découlent comme l’adoption d’enfants. En effet, l’église juge qu’il est quasi impossible aux homosexuels d’élever un enfant pour qu’il soit responsable dans la société.

    « Nous vivons dans un monde où ces choses sont maintenant devenues presque acceptables. Cependant, ce n’est pas parce qu’elles sont acceptables qu’elles sont justes. », a signifié le Cardinal John Onaiyekan, l’archevêque d’Abuja lors d’une interview accordée à la News Agency of Nigeria.

    Même son de cloche chez les prêtres traditionnels. Ceux-ci la prennent également comme non conforme aux valeurs religieuses et donc, passible de « courroux des dieux ». Un prêtre avait expliqué qu’en réalité, l’homosexualité affaiblit et « tue » les dieux de fécondité.

    Cependant, il n’y a pas que la morale religieuse qui attaque l’homosexualité. Barack Obama, au nom de la liberté, a clamé la situation des homosexuels en Afrique. « Quand vous commencez par traiter les gens différemment parce qu’ils sont différents, vous vous engagez sur un terrain où la liberté s’érode », avait-il déjà déclaré en 2015, lors de sa venue dans son Kenya natal. Mais ce postulat ne semble pas préoccuper les dirigeants africains.

    Lors de cette tournée, le président hôte Uhuru Kenyatta n’avait pas prêté attention à la proposition du président américain. Il n’en a guère fait un sujet, puisque selon lui, « il y a des choses que nous ne partageons pas, que nos cultures et nos sociétés n’acceptent pas. » Bien avant, le président zimbabwéen Robert Mugabe avait alors quant à lui ironisé la situation aux dépens de l’homosexualité en déclarant qu’il est nécessaire qu’il se rende à Washington, qu’il se mette à genou pour « demander la main » d’Obama.

    L’île Maurice et l’Afrique du Sud, les bons élèves

    Sur le continent, il n’y a pas que les institutions étrangères qui luttent pour la liberté des homosexuels. Contre vents et marées, des associations de défenses des droits des homosexuels naissent également, principalement à Maurice, en Afrique du Sud ou encore au Zimbabwe. En 2007, suite à un atelier à Ouagadougou, l’association française AIDES crée l’Africagay, une association visant à informer sur le droit des homos. Dans certains pays, ces genres d’associations sont légion. En Côte d’Ivoire, après la crise de septembre 2002, la capitale était devenue une ville où les homosexuels peuvent s’afficher sans grande crainte.

    Dans cet état d’interdiction presque généralisée, l’Afrique du Sud est l’un des rares pays du Sud, avec les îles Maurice, à célébrer la Gay pride, journée de la fierté homosexuelle. Toutefois, le chemin est encore long.

  • Afrique: voici les villes où prospèrent mieux les multimillionnaires

    Afrique: voici les villes où prospèrent mieux les multimillionnaires

    L’Afrique s’est montrée ces dernières années ouverte aux grands projets économiques, et favorable à l’épanouissement du secteur privé. Cet état de fait a conduit à l’émergence d’un grand nombre de millionnaires dans les principales métropoles africaines.

    Selon le magazine Forbes qui a établi ce classement, l’environnement favorable aux affaires a été très bénéfique au secteur privé. Certes, les réussites ne sauraient se résumer à des facteurs externes. Toutefois, dans la grande majorité des cas, ces millionnaires apparaissent d’abord comme les bénéficiaires d’un cadre propice à la création d’entreprises et à l’investissement : un écosystème pour startups solide, un vaste marché de consommateurs, la présence de multinationales, la stabilité politique ou la capacité des tribunaux à trancher rapidement des litiges commerciaux, relève le magazine.

    Parmi ces espaces favorables aux grands patrimoines africains, huit villes du continent se détachent par le nombre de High Net Worth Individuals (HNWI) qu’elles abritent. Pour rappel, dans le jargon financier, les HNWI correspondent aux personnes disposant d’actifs équivalant à au moins 1 million de dollars US, sans compter leur résidence principale et les biens de consommation. Florilège.

    Nairobi

    En l’an 2016, d’après l’African Wealth Report (AWR), on dénombrait 5,771 HNWI dans la capitale kényane. Depuis un moment, Nairobi est devenue la capitale de rêve des grands investisseurs. Doté d’infrastructures de classe mondiale pour le tourisme d’affaires, Nairobi attire les talents de tous horizons et sert de quartier général aux grands noms du web et de l’informatique tels que Microsoft, IBM ou Google pour leurs opérations en Afrique de l’Est. La ville s’affirme du reste comme un hub numérique bouillonnant, au point que l’écosystème technologique kenyan est surnommé la « Silicon Savannah ».

    Casablanca

    La capitale du Maroc, une ville au sein de laquelle une grande partie des près de 5000 millionnaires en dollars du royaume chérifien seraient concentrés. La proximité géographique de la métropole avec l’Europe constitue sans conteste un atout, qui permet aux entrepreneurs de conquérir d’autres marchés de consommation. Première fortune du pays, l’homme d’affaires Othman Benjelloun (Fortune : $1.9 milliard selon Forbes US) y a pour sa part implanter le siège social de BMCE Bank of Africa.

    Le Bloomberg Innovation Index 2017 place quant à lui le Maroc dans le top 50 des économies les plus innovantes au monde et le Global Entrepreneurship and Development Institute (GEDI) considère que le pays offre un bon savoir-faire en matière de TIC. En tant que centre financier, Casablanca a détrôné la ville de Johannesburg, devenant 1ère du classement en Afrique en termes d’attractivité selon le Global Financial Centers Index, l’indice de référence du secteur.

    Lagos

    La capitale économique de la première puissance mondiale, fort de ses 12,5 millions d’habitants, compterait selon l’AWR 8024 millionnaires. Une ville où les grandes enseignes internationales se ruent pour conquérir les classes moyennes, malgré les problèmes d’insécurité qui perdurent dans de nombreuses zones. Les secteurs porteurs y sont nombreux, parmi lesquels le transport, l’agroalimentaire, le textile, la téléphonie mobile et le BTP. Figure tutélaire du monde des affaires local, Aliko Dangote (fortune : $12.4 milliards selon Forbes US) a de son côté su profiter de cet immense marché intérieur pour bâtir son empire industriel, axé autour du ciment et faire avancer ses autres intérêts.

    Johannesburg

    L’African Wealth Report en 2015 a recensé 25.535 HNWI à Johannesburg, la plus forte concentration de millionnaires pour une ville africaine. On y trouve parmi eux Patrice Motsepe ($1.1 billion) et sa sœur ainée Bridgette Radebe qui ont investi, chacun de leur côté, dans l’or et le platinum. La « Cité de l’Or » demeure le poumon économique de l’Afrique du sud, un pays où il est facile d’obtenir un crédit bancaire pour lancer son activité.

    Gaborone

    Gaborone est la capitale du Botswana, un pays salué dans le monde entier comme une démocratie au fonctionnement exemplaire. D’après l’étude « New World Wealth Report », l’on y dénombrerait 1200 millionnaires, parmi lesquels Kagiso Mmusi, fondateur de Pula Holdings, un véhicule d’investissements constitué de participations dans les TIC, la publicité, l’énergie et la grande distribution. Avec un système financier développé, Gaborone offre l’un des environnements les plus favorables aux affaires du continent (3e), selon le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale. Ajouté à cela le fait que le délai concernant le règlement des litiges né d’une activité commerciale est relativement court par rapport à la moyenne dans les autres métropoles du continent. D’une manière générale, le Global Peace Indexconsidère que le Botswana figure parmi les pays les plus pacifiques du monde, un critère qui peut influe à coup sûr les super riches dans leur décision d’investir au Botswana.

    Le Caire

    Naguib Sawiris, actionnaire principal de l’opérateur de téléphonie Orascom Telecom Holding, dont la fortune est estimée à 3,8 milliards de dollars selon Forbes US fait partie des 13,426 HWNI recensés au Caire selon l’AWR. En Égypte, Internet a un poids grandissant dans l’économie. Le taux de pénétration d’Internet en Égypte avoisine les 40 %, selon le site « Internet World Stats » et il est fort à parier que le commerce électronique et la téléphonie mobile constitueront des opportunités d’investissement prometteuses, particulièrement dans la capitale égyptienne, qui représente le deuxième marché de consommateurs le plus important sur le continent africain après celui de Lagos (environ 10 millions d’habitants).

    Cape Town

    Raymond Ackerman (fortune : 545 millions de dollars selon Forbes US), fondateur de Pick N Pay Group, une chaine de supermarché fait partie des 9,846 millionnaires se trouvant à Cape Town (Source : AWR). Selon une enquête du cabinet Ernst & Young datée de 2014, le marché des médias et le tourisme seraient des secteurs particulièrement porteurs. La « Cité-Mère » se distingue également par un écosystème entrepreneurial performant, la ville représentant notamment un hub pour le high-tech sud-africain. D’où la création de Silicon Cape, une association qui est censée contribuer à l’amélioration du climat des affaires, et susceptible de faire émerger des start-ups à fort potentiel de croissance.

    Accra

    Accra est la capitale d’un pays qui figure parmi les nations les plus stables sur le plan politique, un critère pris en compte par les aspirants entrepreneurs et les investisseurs potentiels. En 2015, Accra comptait 2303 millionnaires selon le cabinet New World Wealth. Kwabena Duffuor, propriétaire de Star Assurance Company Limited, le groupe de médias « EIB Network Ghana » et uniBank Ghana y a installé le siège principal de ses affaires. L’édition 2014 de Doing Business indiquait par exemple que le « Ghana présente le meilleur environnement des affaires en Afrique de l’Ouest » et le « Global Entrepreneurship and Development Institute » a récemment placé le pays dans le top 5 des meilleurs écosystèmes entrepreneuriaux en Afrique subsaharienne.

  • Pornographie en Afrique, silence ça tourne! [Enquête]

    Pornographie en Afrique, silence ça tourne! [Enquête]

    S’appeler acteur de la pornographie en Afrique, pratique qui, cela va de soi, rebute la morale, n’est pas chose aisée. Le sexe en général d’ailleurs reste un sujet interdit. Une omerta.

    Phase de croisière : la pornographie, contre vents et marée, se démocratise en Afrique. Le marché d’écoulement des produits X reste charitablement spacieux. A Dakar, c’est la mise en ligne d’un site web, censé faire la promotion des films X made in Sénégal qui a suscité le courroux auprès des évangélistes de la morale. A Lagos ou à Abuja, ces genres d’entreprises ne font plus l’apanage d’une tranche de personnes dévouées, conscientes du risque et de la menace socioculturelle qu’ils encourent, et qui l’assument comme une tendance « fiers d’être ».

    En Afrique, la pornographie se fait dans tous les coins, à l’aide de quelques moyens fort peu onéreux. Douala, Kinshasa, Brazza, Abidjan, Accra, Johannesburg… on ne le dira jamais assez. Aussi longtemps qu’il est improbable d’arriver à une société sans prostitution, il est difficile de combattre la pornographie.

    Entre ces deux mondes, existe juste une passerelle. Les choses sont peut-être liées au développement. Pour Amély-James Koh qui milite contre la prostitution, « le secteur de la pornographie est en « développement constant » sur le continent. C’est aussi le cas à l’international où l’on remarque de plus en plus de noirs dans « les produits X ». Cela « répond à un culte du corps noir, à un désir d’exotisme », explique Amély-James Koh. Comme quoi, la perle est nègre, la prééminence est hellène. On n’est pas loin d’une Porn Valley en Afrique.

    Industrie pornographique en Afrique : la success story

    « Il existe une industrie de production pornographique en Afrique. Mais c’est difficile de quantifier avec précision ses succès », confie un chercheur sud-africain auteur d’un livre à paraître sur la question. « La pratique reste encore souterraine. La plupart de ses barrons sont inconnus », poursuit-il.

    Sur Internet, plus de 35% des téléchargements effectués contiennent de la pornographie. Les sites pour adultes occupent 4,41 % de l’ensemble des visites mondiales, et les plus importants comptabilisent jusqu’à 4,4 milliards de pages vues par mois. En Afrique, « il existe à Douala et Abidjan des jeunes femmes qui suivent des leçons pour découvrir les différentes techniques du porno. Et naturellement, les « instructeurs » n’hésitent pas à donner des cours pratiques aux femmes tout en évaluant les capacités des hommes qui veulent être ‘hardeurs’ », témoigne Koh Bela. Une étude menée par le site TheNextWeb.com a révélé le classement des pays ayant le plus de sites pornos hébergés sur leur territoire. Ce classement dévoile en deuxième position, un pays africain : l’Egypte, un pays malgré tout, très conservateur. Mais l’Afrique du Sud reste un leader sur le continent. L’industrie du sexe représenterait dans le pays près de 60 millions de rands.

    Il y a également le Nigéria et d’autres pays comme le Cameroun qui sont des pôles de production de films X. Pornographie C’est ainsi que le Nigéria qui abrite l’une des plus importantes industries cinématographiques de la planète a décidé d’exporter des vidéos et d’élaborer différents types de contenus. Ces contenus « sont diffusés en ligne sur divers portails Web », affirme Philippe Di Folco. Ce dernier, auteur du célèbre « Dictionnaire de la Pornographie », confirme que « la demande est forte chez les classes moyennes supérieures et inférieures qui se sont équipées en matériel vidéo ».

    Pour évoluer, l’industrie de la pornographie tente de résister et de contourner les piratages vidéos et la législation. La production ou la diffusion de pornographie étant interdites dans plusieurs pays, les équipes rusent. Elles dissimulent leurs réelles intentions pour décrocher des autorisations de tournage, procédé machinal au Maroc, destination prisée, ou elles font jouer leur réseau d’influence.

    Le co-fondateur du réseau pour adultes Sondeza, Tau Morena, a révélé que l’industrie du sexe représente un volume de 6,1 millions d’euros, des chiffres qui restent encore néanmoins à vérifier. Selon toujours ses données, l’Afrique du Sud en 1990 écoulait environ un million de productions chaque année contre actuellement 150.000 en moyenne. Loin de parler d’un désintérêt des consommateurs, cette situation s’explique plutôt par une révolution numérique forte en Afrique.

    La pornographie est délocalisée des CD traditionnels, exposés à des risques de censures, vers le web où le contrôle est difficile, et où la pudeur et la morale sont (dorénavant) foulées au pied.

    Devenir un(e) pornographe n’est plus soumis en Afrique à un exercice de casting. Un smartphone et une connexion internet, suffisent pour attirer beaucoup de consommateurs sur un ébat sexuel nouvellement mis en ligne. De l’autre côté, la consommation devient plus facile. Pas la peine de débourser une somme (souvent comprise entre 500 F CFA et 6.000 F CFA) pour s’offrir un CD. Geste mal en vue d’ailleurs…

    Faire ou ne pas faire : en Afrique, que disent les lois ?

    La pornographie est de plus en plus présente dans le quotidien des Africains grâce au web et les chaines de télévision aussi étrangères que locales. Cependant les lois de certains pays ne l’autorisent pas.

    Un grand nombre de pays réglementent strictement la liberté de publication des œuvres pornographiques en contrôlant l’âge minimum, les lieux d’accès ou le type d’images qui peuvent être représentées. Au Nigeria, les autorités de Lagos ont fini par demander aux parents de surveiller strictement leurs enfants.

    Dans la même veine, le Sénégal a adopté en 2007 une loi portant sur la Cybercriminalité. Un accent particulier est mis sur la pornographie infantile, définie selon cette loi comme « toute donnée quelle qu’en soit la nature ou la forme représentant de manière visuelle un mineur se livrant à un agissement sexuellement explicite ou des images réalistes représentant un mineur se livrant à un comportement sexuellement explicite ». La constitution prévoit d’ailleurs une peine d’emprisonnement de cinq (5) à dix (10) ans et d’une amende de 5.000.000 à 15.000.000 de francs CFA

    Au Togo, même son de cloche. Le pays n’est pas encore comme un grand producteur cinématographique, encore moins des films X. La pornographie rentre dans les infractions de proxénétisme et des actes contre nature. Elle est donc punie. La peine peut être un emprisonnement de 3 ans à perpétuité.  En Ouganda, autre nouveau pôle émergent de cette « activité illégale », une loi adoptée en 2014 prévoit une peine pour les pratiquants. D’ailleurs, les autorités y vont jusqu’à interdire d’ailleurs les mini-jupes jugées comme… « signe annonciateur ». Le Soudan du Sud, pays caractérisé par une instabilité politique, prévoit dans son code pénal trois ans de prison.

    Selon un jeune pornographe béninois, la pornographie en Afrique « favorise l’émancipation de la communauté noire ». Peut-être pas faux. Selon Koh Bela « en Côte d’Ivoire, au Cameroun… les acteurs pornos sont adulés et présentés comme des modèles de réussite pour la jeunesse, qui ne se fait pas prier en cas de sollicitation ». On l’ignore peut-être, être pornographe en Afrique, c’est aussi entreprendre. Mais demandez aux défenseurs de la morale, ils vous diront naturellement le contraire : la pornographie est autant ignoble vis-à-vis de la religion que de l’éthique.

  • Afrique: le juteux business des ‘coaches motivateurs’ [Enquête]

    Afrique: le juteux business des ‘coaches motivateurs’ [Enquête]

    La présence de nombreux experts en développement personnel n’enchante pas toujours sur le continent. Les nouveaux maîtres du « potentiel et de l’optimisme » tentent malgré tout de convaincre leurs clients.

    Dans la sous-région ouest-africaine, le coaching a le vent en poupe. Les séminaires de formations en développement abondent. Et sur les médias des spécialistes en développement personnel tentent de faire adhérer un auditoire à leur « discours plein d’optimisme ». Au Togo et au Bénin, d’autres spécialistes ont choisi de sillonner des sociétés privées du Togo pour proposer ses formations aux responsables. « Réussir dans ses entreprises », « comment avoir confiance en soi », « comment créer son entreprise à partir de 0 F ».

    Les thèmes de formation sont légion. Et pour les formateurs, « tout individu a besoin d’un développement personnel ». Parmi eux, certains sont critiqués et il arrive que leurs propositions de formation soient refusées. « Y en a qui ne nous croient pas. Ils pensent que nous vendons de l’illusion », explique l’un d’entre eux. Mais pour ceux qui sont convaincants, ils animent des formations qui coûtent plus de 2000 FCFA. C’est le cas de Dodji Agbeko, expert en développement personnel, qui forme plus de vingt fonctionnaires au Bénin. Ces formations, il les « facture à 40 000 FCFA ».

    Le coaching pèse aujourd’hui de tout son poids. Il constitue une ouverture pour chaque personne qui se voit « bloqué dans son élan », justifie Dodji Agbeko. Pour une pratique qui rentre peu à peu dans les habitudes africaines, beaucoup s’interrogent sur ses réels impacts. Patrick Armand Pognon, président mondial des Ambassadeurs du développement — Président de l’Autorité du Coaching Africain, explique qu’il y a en tout être humain des talents qui sommeillent et qui peuvent être réveillés grâce au coaching. Pour lui, on peut « Passer de chercheur d’emploi au statut de chef d’entreprise en 6 mois ».

    Illusion

    Les nombreuses critiques sur le coaching indiquent que les habituelles formations s’apparentent à des séances où l’on bassine les oreilles des participants avec « les mêmes phrases ». « Il m’était impossible de suivre la dynamique. Au bout de trois jours, j’ai dû arrêter », nous confie, Gérard, diplômé sans emploi pour qui la plupart des séances de coaching s’apparente à de l’arnaque. « Nous étions 15 pour une formation de 5 jours qui coûtait 100 000 FCFA. Le coach ne faisait que nous répéter les mêmes choses. Croire en soi, persévérer, prononcer régulièrement certaines phrases. C’était décevant ».

    Des études ont aussi été menées sur la question. La sociologue Hélène Stevens explique que les techniques utilisées par les différents coaches sont un mélange de pratiques qui découlent de la programmation neurolinguistique ou de l’hypnose. Utilisées par les coaches pour décrypter les personnalités, pour améliorer les performances en négociation et pour développer la cohésion d’équipe, ces techniques ne garantissent pas un succès pour les personnes formées. D’où la question du coût parfois exorbitant de ces formations. « J’avais compris que malgré la somme payée, la garantie d’un bon résultat à la fin de ma formation n’était pas une chose acquise », explique Gérard. Le psychanalyste Roland Gori indique pour sa part que le coaching puise parfois dans les neurosciences pour expliquer les comportements, les motivations, les émotions. Ce qui peut aggraver les risques de mauvaises interprétations ».

    Aubaine

    Même si la pratique essuie des critiques, elle a malgré tout convaincu d’autres personnes. C’est le cas d’un jeune entrepreneur togolais qui se dit content des formations auxquelles il participe. « Mon coach m’a aidé à découvrir mes talents », résume-t-il. Avant d’ajouter que l’idée de se lancer dans l’entrepreneuriat lui est venue au cours d’une des formations. « Le coaching est la clé de plusieurs portes.

    Tout le monde a besoin d’être coaché à un moment donné », argumente Patrick Armand Pognon tout en citant en exemple la plupart de ses clients qui ont réussi grâce à ses formations. Sur les questions d’arnaque, un de ses collègues togolais, expert en développement personnel fait court. « Tous les coaches ne font pas de l’arnaque. Il y a des gens qui prétendent être coach et qui sont mal intentionnés », reconnait-il tout en lâchant : « les vrais coachs cherchent le bien de leur client. Nous formons entre nous un grand regroupement et nous obéissons à des règles pour éviter des abus ».

     

  • Banque en Afrique: les grandes tendances de l’année 2017

    Banque en Afrique: les grandes tendances de l’année 2017

    L’Afrique est devenue en quelques années, la terre des grandes affaires, et dans la mêlée les banques s’y sont invitées. Le domaine de la bancarisation en Afrique présente pour autant un double visage.

    Mieux vaut établir le contraste en même temps : on a beau chercher dans les classements des plus grandes banques de la planète, l’évidence s’impose : aucun établissement africain ne fait partie du Top 100 mondial. Pas même les poids lourds sud-africains que sont Standard Bank, Barclays Africa et FirstRand.

    Cependant, en termes de profitabilité, les banques africaines s’en sortent la tête haute. En Afrique, selon le magazine Forbes, des ratios-bénéfices sur fonds propres supérieurs à 20 % ne sont pas rares. Des marges à faire saliver tous les dirigeants de banque d’Amérique du Nord et d’Europe. Les établissements financiers parvenant à dégager 10 % de retour sur capital restent l’exception plus que la norme.

    Si l’Afrique n’a pas de très grandes banques, les quelques-unes qui s’appliquent ont retour sur investissement.

    Pile et Face

    En dépit d’une détérioration très marquée de l’économie de ses fers de lance (Nigéria, l’Afrique du Sud, Maroc) le secteur bancaire africain tient bon contre vents et marées. La valeur totale des 100 premières banques en Afrique, selon l’actuel classement de The Banker, a atteint 93,1 milliards de dollars, contre 99,4 milliards $ l’an dernier ; un chiffre déjà en baisse par rapport à celui de 2014.

    Une tendance qui résulte essentiellement des dévaluations dans de nombreux pays africains. De nombreuses banques africaines ont souffert de la fluctuation des devises au cours des 18 derniers mois. Bien que leurs revenus et réserves aient augmenté dans leur monnaie nationale, leurs résultats se sont détériorés une fois exprimés en dollars.

    Un cas qui s’illustre également par le fait qu’il a fallu 177 millions $ de fonds propres à l’algérienne Arabe Banking Corporation pour se positionner au 100e rang l’an dernier, tandis qu’une autre banque Algérienne, la Housing Bank for Trade & Finance, s’est hissée cette année à la même position avec seulement 159 millions $.

    Suprématie sud-africaine et marocaine

    En effet, selon ce classement de The Banker, Standard Bank, avec 14,8 milliards $, s’offre la place de la première banque d’Afrique. Sa division sud-africaine à elle seule enregistre des fonds propres supérieurs à 5 milliards $, plus que toute autre banque d’Afrique. La part du résultat de Standard Bank généré ailleurs en Afrique continue de croître d’année en année : à 29 % au 1er semestre 2015, elle représente début 2017, 31 % de son résultat total.

    La société a prévenu des répercussions de l’incertitude économique : « Les pays d’Afrique subsaha­rienne qui dépendent de leurs exportations de pétrole et de matières premières continuent d’accuser les effets de la chute des prix provoquée par l’offre excédentaire et le déclin de la demande chinoise. Le rythme des réformes structu­relles, nécessaires pour promouvoir la diversification et la croissance économique, est lent. En outre, la sécheresse prolongée et étendue due au réchauffement climatique a porté préjudice à beaucoup de pays. »

    Toutefois, Standard Bank ne s’est pas montrée si pessimiste quant à la situation en Afrique du Sud, même si les difficultés du secteur minier et agricole associées au faible coût des matières premières et à la sécheresse persis­tante ont encore nui à l’économie en général cette année.

    FirstRand se maintient au deuxième rang du classement. Cette banque, avec des fonds propres de 4,9 milliards $, a annoncé qu’elle avait alloué 7,5 milliards de rands (537 millions $) à l’acquisi­tion de banques d’affaires et commerciales au Nigeria et au Kenya. FirstRand compte également étendre ses activités d’assurance pour les particuliers, notamment par le biais de FirstRand Life et sa participation dans MotoVantage.

    L’an dernier, la banque marocaine Attijariwafa avait enfin mis fin à la suprématie des quatre géants sud-afri­cains en tête du classement en s’octroyant la troisième place. Elle conserve ce rang cette année et est suivie d’une autre banque marocaine, Banque Centrale Populaire, reléguant Nedbank et Absa aux cinquième et sixième rangs.

    Cette banque marocaine qui appartient en partie à la famille royale marocaine a enregistré au 1er semestre 2016, une augmentation de 7,9 % de son résultat, qui se chiffre à 2,49 milliards de dirhams (260 millions $), soit un peu plus que les prévisions.

    Attijariwafa bank attribue cette augmentation à son expansion sur d’autres marchés africains et à la diminution des coûts associés aux prêts irrécouvrables accordés à des particuliers. Elle possède aujourd’hui 3 376 agences dans 23 pays, y compris au Cameroun, au Congo Brazzaville, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Mauritanie, au Sénégal et en Tunisie, et vient de racheter la filiale de Barclays Bank en Égypte, un marché en pleine expansion.

    En ce qui concerne Absa, filiale de Barclays Africa, son avenir demeure incertain. La société mère Barclays Plc a vendu une partie de sa participation dans Barclays Africa début mai, afin d’obtenir des liquidités et rembourser ses dettes ; elle détient à présent 50,1 % de la société. Une autre vente ferait d’elle un actionnaire minoritaire.

    Toutefois, Absa et Barclays ont depuis révélé qu’elles avaient engagé des discussions pour éventuellement créer ensemble une banque d’investissement.

    En outre, compte tenu de la taille de l’industrie des services financiers en Afrique du Sud, il paraît surprenant de voir que seules six banques de ce pays figurent parmi les 100 meilleures.

    Malgré les difficultés économiques qu’il connaît, le Nigeria compte six banques parmi les 20 premières places, plus que tout autre pays. Avec la notable exception de la panafricaine Ecobank International, dont le siège social se trouve au Togo, le Nigeria est le seul pays hors de l’Afrique du Sud et des pays d’Afrique du Nord à figurer dans le Top 20.

    Tendances géographiques

    La répartition géographique des 100 premières banques d’Afrique a évolué depuis l’an dernier. L’Afrique australe, avec 24 établissements, compte trois banques de moins au classement. L’Afrique de l’Ouest et centrale perdent de leurs côtés trois entrées.

    Néanmoins on remarque, la progression de l’Afrique de l’Est. La région a longtemps été sous-représentée par rapport à la taille de sa population, mais, depuis 2013, deux nouvelles banques entrent au classement chaque année. Dans ce nouveau classement, 16 banques y figurent. La valeur totale des banques d’Afrique de l’Est est passée de 4,1 milliards $ à 4,7 milliards $ cette année. C’est le Kenya qui domine dans cette région.

    Doté d’un secteur des services financiers sophistiqué, il compte aujourd’hui dix banques dans le Top 100. Seuls le Nigeria et l’Égypte font mieux. De fait, la montée de l’Afrique de l’Est isole encore davantage l’Afrique centrale. Et la région ne compte qu’une seule banque dans le classement, la Gabonaise BGFI Bank.

    L’Afrique du Nord et l’Afrique australe sont les mieux représentées dans le tableau. L’Afrique australe dominait l’an dernier avec un total de fonds propres de 38,7 milliards $ dans notre Top 100, contre 36,4 milliards $ pour l’Afrique du Nord. Bien que l’Afrique du Nord affiche aujourd’hui un total de seulement 33,3 milliards $, elle est toujours au coude-à-coude avec l’Afrique australe, à 36,2 milliards $.

    L’Afrique de l’Ouest, quant à elle, s’est bien maintenue. Ses fonds propres, à 18,8 milliards $ cette année, n’ont perdu que 600 millions $ depuis l’an dernier. Dans cette partie de l’Afrique, une banque fait figure de proue : Ecobank.