Auteur/autrice : Emmanuel Vitus

  • Togo: les contours du dialogue se dessinent [Synthèse]

    Togo: les contours du dialogue se dessinent [Synthèse]

    Au Togo, le dialogue finalement annoncé par le gouvernement est attendu comme solution à la crise qui secoue le pays depuis trois mois. Ce mardi, l’opposition a rencontré un émissaire du Chef de l’État ghanéen, Albert Kan-Dapaah pour, dit-il, « discuter des contours du dialogue ».

    C’est au détour d’un conseil des ministres tenu ce 6 novembre que le gouvernement togolais a dû, par un communiqué annoncer des mesures prises visant à apaiser la tension palpable depuis presque 3 mois. Au rang de ces mesures prises et qui « pousseront les acteurs politiques à la retenue et au sens des responsabilités afin de sauvegarder la paix et la cohésion nationale », il y a la libération de 42 personnes interpellées jugées et condamnées par diverses juridictions du pays. De même que la restitution des motocyclettes saisies, la levée du contrôle judiciaire contre Jean-Pierre Fabre dans l’affaire des incendies des marchés de Lomé et de Kara.

    La principale décision saluée principalement par les chancelleries étrangères qui suivent de près cette crise est l’annonce de l’ouverture prochaine d’un dialogue inter togolais. Depuis ce mardi, si on ne connait toujours pas la date du dialogue, un pas vers ce dialogue a été fait. Pour le ministre ghanéen Albert Kan-Dapaah dépêché à Lomé pour amorcer les travaux, il est convaincu qu’après discussion avec le pouvoir, il trouvera un consensus sur le « quand, comment et où » du dialogue.

    Inévitable dialogue

    Ce dialogue réclamé de façon « immédiate » par la France à travers son ambassade peut en effet ne pas être proche. L’ambassadeur Marc Vizy avait pourtant salué l’acte qui devrait contribuer à une décrispation de la situation politique, alors que l’opposition en étant en général favorable au dialogue ne se désarme pas. « On a noté avec satisfaction le communiquer que le gouvernement. On espère que tout le monde saisira cette main tendue et que le dialogue s’instaurera pour sortir de cette crise. On espère qu’à l’issue du dialogue qui va s’instaurer, une solution sera trouvée pour mener à bien les révisions constitutionnelles de la manière la plus souple possible », avait déclaré le diplomate à l’issue d’une rencontre avec le premier ministre.

    Dans le camp du gouvernement, certaines sources annoncent que celui-ci opte pour un dialogue « inclusif et ouvert ». Un cadre qui pourrait donc être élargi aux autres partis qui ne sont directement pas impliqués dans la crise. Une stratégie qui pourrait permettre au parti au pouvoir de voir les partis de l’opposition se mordre entre elles.

    Quid des différentes positions

    D’un côté, depuis l’adoption par l’Assemblée nationale du projet de loi sur les réformes introduite par le gouvernement, le parti UNIR semble être inébranlable sur la tenue dans un bref délai du référendum à l’issu duquel le peuple devrait se prononcer sur les modifications apportées à la loi fondamentale du pays. Une position partagée par le gouvernement qui s’est activé pour la mise en place d’une CENI. Une position qui si elle n’est pas revue à la baisse peut frustrer l’opposition et être source de blocage du dialogue annoncé, étant donné que les 47 amendements faits par les députés de l’opposition lors de l’étude de ce projet de loi ont été simplement balayés du revers de la main.

    Toutefois, le ministre de la Communication, Guy Lorenzo s’est exprimé sur la question du dialogue. Il s’est montré fier à l’idée que l’opposition ait accepté la proposition du gouvernement pour la tenue du dialogue.

    Mais en réalité, selon les les cadres du parti présidentiel campent sur leur décision de voir celui qu’ils appellent leur « Champion » briguer à nouveau deux mandats après l’adoption du nouveau texte constitutionnel, sur fond du principe juridique qui stipule que « la loi dispose pour l’avenir ». Des prises de position qui irritent certains leaders de l’opposition et qui pourraient plomber les ailes des discussions.

    De l’autre côté, des préalables qui ont l’allure des injonctions ne sont pas de nature à faciliter les choses. Jean-Pierre Fabre a exigé entre autres avant l’ouverture d’un dialogue qu’il veut « sincère », la libération des militants de l’opposition arrêtés « injustement » dans l’affaire des incendies des marchés et lors des manifestations récentes avant qu’il y ait un dialogue.

    Pour le Chef de file de l’opposition, le dialogue qui s’ouvrira dans les prochains jours sera une occasion pour négocier avec le pouvoir en place les conditions de son départ. Une question sur laquelle le leader du PNP, Tchikpi Atchadam ne s’est ouvertement pas encore prononcé. Mais Jean-Pierre Fabre tient toujours le même langage ? Les prochains jours en diront davantage.

  • L’Afrique veut se défaire du joug de l’importation du riz

    L’Afrique veut se défaire du joug de l’importation du riz

    L’Afrique continue d’importer du riz malgré la forte production sur le continent. Une situation qui oblige les États à améliorer la promotion des riz locaux.

    L’Afrique se positionne à ce jour comme un grand producteur du riz. Sur les 600 millions de tonnes de riz décortiqué durant l’année, la FAO a indiqué que la part de l’Afrique est importante. En Afrique de l’Ouest, les pays producteurs ont vu leurs récoltes augmentées de 6 %. Il faut dire que les plus importants producteurs du riz en Afrique se situent en Afrique de l’Ouest. Près de 11 millions de tonnes de riz y sont produites ; ce qui représente la moitié de la production du continent.

    L’augmentation de la production est la conséquence d’une politique de développement du secteur rizicole mise en place par la plupart des États. Elle permet au pays « d’éviter une dépendance à l’égard du marché international », soutient un ingénieur agronome, enseignant chercheur ivoirien. Ce dernier explique que les Etats créent de plus en plus les conditions nécessaires pour une économie agricole. « Il y a un marché prêt à consommer du local. Les Etats ne doutent plus », justifie-t-il. Les pays producteurs ont surtout augmenté leur investissement. Au Togo où la production a atteint près de 800 000 tonnes, des soutiens sont apportés aux producteurs locaux. C’est également le cas en Côte d’Ivoire et au Sénégal où les autorités subventionnent les semences et offrent des engrais et des machines aux producteurs.

    Des conditions favorables

    Mais au Nigéria les producteurs bénéficient d’un appui plus conséquent. Le pays a presque augmenté de 10 % sa production en 2016. Plus de trois millions de tonnes de riz ont été décortiqués cette année dans ce pays où les surfaces de production ont augmenté. D’autres pays comme la Guinée et le Ghana connaissent la même situation. Leur production est estimée à près de deux millions de tonnes. Pourtant, les décisions politiques et les réformes économiques ne semblent pas être les seuls avantages du secteur. Selon un fonctionnaire de la FAO, l’Afrique de l’Ouest bénéficie également depuis quelques années de bonnes conditions climatiques. « Les insuffisances techniques sont parfois compensées par une bonne pluviométrie », rappelle l’expert onusien.

    Les producteurs sont confrontés aux difficultés des marchés nationaux. « Le riz local est souvent délaissé au profit de l’extérieur », regrette un commerçant sénégalais. Cette situation entraîne la baisse de production dans les régions de quelques pays. Les États se voient ainsi obliger d’importer des millions de tonnes de riz. L’importation du riz par l’Afrique est considérable. La FAO a déjà annoncé que cela devrait encore être le cas en 2018. Le Nigéria devrait aussi rester deuxième importateur mondial de riz malgré son important volume de production. Toutefois, certains pays commencent par envisager une diminution de l’importation des grains blancs. Le Sénégal a commencé par demander aux entreprises qui importateurs de payer aussi un volume du riz local.

    Promouvoir le riz local

    C’est désormais sur une valorisation de la production locale que les pays misent. Les riz locaux sont de qualité et il est important que chaque État renforce leur promotion auprès de la population. Après, c’est à l’aspect prix que les décideurs politiques comptent s’attaquer. « C’est le nœud du problème, soulève-t-on au ministère togolais de l’Agriculture. Comment convaincre les populations d’acheter du local même si c’est plus cher que ce qui vient de l’Asie ». Un agent de l’Institut togolais de recherche agronomique (ITRA) affirme qu’il est nécessaire de faire comprendre aux populations qu’elles peuvent faire confiance à ce qui est produit au plan local.

  • Ouganda: la production pétrolière annoncée pour 2020

    Ouganda: la production pétrolière annoncée pour 2020

    Le président Yoweri Museveni a posé le 11 novembre la première pierre d’un pipeline qui va permettre à l’Ouganda de produire du pétrole.

    Le futur pipeline de l’Ouganda sera construit sur plus de 1000 Kilomètres. Le pipeline chauffé sera le plus long du monde à la fin de sa construction. Les travaux vont durer près de trois ans. Si le projet est réalisé, l’Ouganda devrait dès 2020 extraire du pétrole dans le lac Albert dans la région de l’Albertine. Ce sera en collaboration avec la Tanzanie avec lequel l’Ouganda entretient « de bons rapports de coopération », explique un spécialiste de la région.

    C’est le port de Tanga situé en Tanzanie qui va servir de canal pour l’exportation de l’or noir. La production du pétrole va contribuer à l’essor économique de l’Ouganda et de la Tanzanie. Mais pour le moment, c’est à une parfaite réussite du projet que les pays s’attachent. Dans ce cadre, le président Yoweri Museveni et son homologue tanzanien ont indiqué vouloir tout mettre en œuvre. La réalisation du projet rencontre tout de même quelques difficultés. « Nous espérons respecter le calendrier fixé », tempère un membre de l’exécutif ougandais.

    Plus de deux milliards de gain par an

    Même si les deux pays sont décidés à réaliser le projet, il n’en demeure pas moins qu’il existe encore des tâtonnements. A Hoima où des travaux de construction auront lieu, les routes d’accès à la région se trouvent en mauvais état. Un financement devra être consacré à la réhabilitation de plusieurs voies. D’autres infrastructures qui doivent faciliter la production du pétrole vont aussi être construites. « Il se pose aussi un problème de terres », soulève-t-on du côté ougandais. En réponse, l’État compte racheter des terres auprès de la population pour le début des travaux de construction.

    Lors de la pose de la première pierre des travaux de construction du pipeline, le président Yoweri Museveni avait insisté sur l’engagement de l’État à ne lésiner sur aucun aspect de la réalisation du projet. L’État compte d’ailleurs modifier la Constitution pour régler « les différends fonciers » et avoir accès rapidement aux terres. La production du pétrole peut permettre à l’Ouganda « d’intégrer le club des pays aux revenus intermédiaires », selon un économiste de la Banque mondiale. Avant de préciser que le pays pourrait à partir de 2020 gagner plus de 2 milliards par an dans la production pétrolière.

  • L’Afrique et ses chances pour remporter le mondial 2018

    L’Afrique et ses chances pour remporter le mondial 2018

    Dans quelques mois le continent africain sera représenté par cinq équipes à la coupe du monde. Avec des parcours différents durant les éliminatoires, les cinq qualifiés ont tous terminé premier de leur poule respective. Parmi elles, seul le Nigéria était présent à la dernière coupe du monde au Brésil. Le Sénégal, l’autre représentant de l’Afrique de l’Ouest, est de nouveau au mondial après son parcours exceptionnel en 2002. Les trois autres pays viennent du Maghreb. Le Maroc, l’Égypte et la Tunisie ne seront tout de même pas à leur première participation.

    Le Nigeria reconstruit

    Les Super Eagles se sont reconstruits. Champions d’Afrique en 2013 avec le regretté Stephan Keshi, les Nigérians ont traversé de longs mois de léthargie avec des absences aux deux dernières éditions de la CAN. Mais ils ont disputé les éliminatoires de la coupe du monde avec beaucoup de maîtrise. C’est une équipe réorganisée avec des joueurs plein de talents couvés par l’expérimenté capitaine Mikel Obi. A la coupe du monde, le sélectionneur Gernot Rohr pourra compter sur d’autres joueurs comme Victor Moses de Chelsea ou le Gunner Iwobi. Présent en 2014 au Brésil, le Nigéria avait été éliminé en huitième de finale par la France.

    Le Sénégal attendu

    C’est une équipe talentueuse. Dynamique avec beaucoup d’individualités, l’équipe sénégalaise est pressentie depuis deux ans comme l’un des effectifs qui doivent jouer les premiers rôles sur le continent. Éliminé de façon inattendue à la dernière CAN, le Sénégal a moyennement négocié ses matches des éliminatoires de la coupe du monde. Le match rejoué contre l’Afrique du Sud a néanmoins permis à Aliou Cissé et son groupe d’assurer leur qualification. Reste maintenant à savoir si Sadio Mané et ses coéquipiers feront mieux que la génération 2002.

    Le solide Maroc

    Les poulains de Hervé Renard ont réussi un parcours impressionnant. C’est la meilleure défense des éliminatoires. Le Maroc n’a encaissé aucun but en six matches. Plus que tout, c’est un collectif qui sait faire déjouer ses adversaires. L’équipe est surtout composée de joueurs talentueux à l’instar de Youssef Belhanda, Sofiane Bouffal ou encore Hakim Ziyech. Vingt ans après leur dernière participation, les lions de l’Atlas retrouvent à nouveau la coupe du monde. En Russie, les coéquipiers de Medhi Benatia tenteront de faire mieux que la génération Naybet, Hadji, Bassir qui avait manqué de peu pour sortir de leur poule en 1998.

    La Tunisie combative

    Les Aigles de Carthage ont mis fin au rêve des Léopards de la RDC avec lesquels ils étaient dans le même groupe. La Tunisie est même à ce jour une des équipes les plus solides du continent. Le match renversant qu’elle a réalisé à Kinshasa alors qu’elle était menée 2-0 l’a prouvé. La combativité de la Tunisie emmenée par des joueurs remuants comme Msakni constitue un atout. Et peut-être que les Aigles feront en Russie un meilleur parcours que celui de leur dernière participation en 2006.

    L’Égypte organisée

    L’Égypte a souvent enchaîné de bonnes performances sur le continent en remportant plusieurs CAN mais a toujours manqué les occasions d’être à la messe mondiale du football. Logée durant les éliminatoires dans une poule avec le Ghana, l’Ouganda et le Congo, elle a su tirer son épingle du jeu, voyageant bien et négociant avec maîtrise ses rencontres à domicile. Le septuple champion d’Afrique a cette fois-ci obtenu son ticket pour Russie 2018. En 1990, lorsqu’ils participaient à leur deuxième coupe du monde, les Pharaons avaient tenu en échec les Pays-Bas, champion d’Europe 1988, réussissent aussi un nul contre l’Eire mais se sont fait battre 1-0 par l’Angleterre. Dans quelques mois l’Égypte va tenter de faire bonne figure en Russie. Et elle peut compter sur Mohamed Sallah un de ses meilleurs éléments. Le joueur de Liverpool a d’ailleurs fini meilleur buteur des éliminatoires.

     

  • Kenya: vers l’accès universel à l’énergie en 2020

    Kenya: vers l’accès universel à l’énergie en 2020

    Le Kenya envisage atteindre en 2020 l’accès universel à l’énergie. Le pays a signé début novembre deux accords de financements avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement.

    Les deux accords de financement signé entre le Kenya, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement sont estimés à 30 milliards de shillings kényans, soit plus de 289 millions de dollars. Selon les autorités kenyanes, ces accords s’inscrivent dans le cadre de la phase II du programme d’électrification rurale « Last Mile Connectivity ». Ken Tarus, directeur exécutif de la Kenya Power, a affirmé que le projet Last Mile Connectivity devrait permettre de réduire le coût élevé de l’extension du réseau de fourniture électrique, principalement dans les zones rurales et les régions défavorisées.

    Grâce au financement de la Banque mondiale, le Kenya va se lancer dans l’électrification de 312 500 ménages. Il sera implanté près de 1000 transformateurs. Les autorités kenyanes ont indiqué que le financement de la BAD va servir au raccordement de 314 200 clients. 5320 transformateurs dans le réseau électrique devront également être mis en place. Le gouvernement s’est lancé dans l’électrification de plusieurs localités du pays. L’État envisage atteindre dans trois ans donner à tous les Kenyans l’accès à l’électricité. Dans sa phase I, le projet Last Mile Connectivity a permis d’électrifier près de deux millions de ménages.

    Atteindre l’accès universel à l’énergie

    A ce jour, le taux d’électrification du Kenya est de 70,3 %, soit près de 7 millions de Kenyans. Les différents projets d’électrification on fait augmenté ce taux qui était jusqu’en 2013 estimé à 23 %. Parmi ces projets, on peut citer le Kenya Off-grid Solar (KOSAP). Lancé en septembre, ce projet vise à électrifier les localités rurales, les régions les plus éloignées du Kenya. Selon le ministère en charge du secteur, des installations solaires off-grid se feront dans les régions non électrifiées.

    Près de 700 ménages bénéficient du KOSAP qui reçoit l’appui financier de la Banque mondiale estimé à 150 millions de dollars. Des avancées qui doivent permettre au pays d’atteindre dans quelques années l’accès universel à l’énergie. « Étant donné les progrès obtenus jusqu’à présent, nous sommes convaincus que nous atteindrons l’accès universel à l’électricité d’ici la fin de l’année 2020 », justifie Ken Tarus.

     

     

     

  • Homosexualité: malgré les efforts, l’Afrique reste toujours inaccessible

    Homosexualité: malgré les efforts, l’Afrique reste toujours inaccessible

    Vouloir parler de l’homosexualité sur une terre qui se targue d’être fort attachée à la morale parait démesuré. Cependant, il est difficile de nier d’une manière ou d’une autre la présence de l’homosexualité en Afrique, même si on préfère en parler avec un mépris provocateur sur le continent.

    Le cliché d’un homme tenant la main d’un autre ou d’une femme trop collée à une autre est mal apprécié. Il est question d’une pratique qui n’est pas en odeur de sainteté en Afrique. Parler de l’homosexualité sur le continent comme une pratique de jouissance peut sembler en amont débile. Beaucoup la présente comme un mal à évincer du continent noir tel l’impérialisme. Le débat sur cette pratique qui consiste à sceller une union entre deux personnes du même sexe fait couler beaucoup d’encre et donc, suscite beaucoup d’émotions. En Afrique, quand on est homosexuel, on l’assume et on la subit, ou on le tait jusqu’à jamais. Au point où, l’homophobie est un sentiment partagé.

    Absence de virilité des hommes, sorcellerie, mauvais esprit, passage obligé pour devenir riche ou pour avoir beaucoup de pouvoirs, tous les stéréotypes y passent dans ces sociétés où, le moindre acte taché d’un strict minimum d’anormalité est souvent d’ordre spirituel. Chez certains chrétiens, du fait que les relations sexuelles entre deux hommes soient aussi considérées dans la Bible comme immorales incite les évangélistes à scruter l’homosexualité comme un comportement purement satanique.

    D’autres voient en l’homosexualité, un malaise introduit dans les sociétés africaines par les médias, surtout la télé. Mais pour nombre de chercheurs, l’origine de l’homosexualité en Afrique ou ailleurs, n’est pas un phénomène nouveau. Elle a toujours existé. Elle a pour autant connu une propension fulgurante dans les centres carcéraux et les couvents.

    « Pure Abomination »

    Dans beaucoup de pays africains, la loi contre l’homosexualité est rédigée presque avec les mêmes mots.

    Considérée alors comme résidu du colonialisme, l’homosexualité est traitée comme un délit voire un crime. Entre cause maléfique et biologique, les homosexuels sont parfois vus en Afrique en rapport avec une volonté des Occidentaux de réduire le taux de natalité.

    En effet, les gouvernements postcoloniaux se sont appuyés sur cet héritage pour consolider la criminalisation de l’homosexualité en Afrique. Ainsi, au Sénégal par exemple, l’article 319 du Code pénal adopté le 21 juillet 1965 condamne à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 100 000 à 1 000 000 de francs CFA (de 150 à 1 500 euros) les personnes présumées homosexuelles ; tant, il faut le préciser, si la vie privée peut être du ressort de la famille, la morale publique est du ressort de l’État. Cette interdiction s’exprime de façon explicite, soit par un biais plus implicite : la condamnation de la sodomie.

    Selon l’association Africagay, 38 des 84 pays ayant des législations interdisant des rapports sexuels entre personnes de mêmes sexes sont africains.

    Au Zimbabwe par exemple, un gay encourt une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 10 ans de travaux forcés. Même situation en Ouganda, où l’actuel Chef d’État, Yoweri Museveni a demandé publiquement en 1999 à la police l’emprisonnement de tous les gays. Au Nigeria, précisément dans les 12 États du Nord, la situation est encore plus difficile du fait de l’application de la loi coranique qui prévoit la peine de mort. Tout comme en Ouganda.

    Frein à l’aide publique des pays récalcitrants

    Entre homophobie et discrimination raciale qu’ont connue les États-Unis par le passé, l’ancien président américain, Barack Obama avait trouvé juste comparaison, quand son successeur, Donald Trump lui, parait de ce point de vue beaucoup plus « humaniste » aux yeux des Africains, en s’affichant contre le mariage pour tous.

    Mais, alors que l’homosexualité ne semble pas avoir un avenir clair en Afrique, légalement bien-sûr, la pression des puissances occidentales n’est pas à négliger. En effet, l’homosexualité reste un point de discorde entre les dirigeants africains et les puissances pourvoyeuses du continent noir. Alors que la majorité des pays africains répriment l’homosexualité, les États-Unis affirment toujours leur volonté de faire fléchir l’Afrique en utilisant comme arme, les incontournables institutions de Brettons Woods. De ce fait, associant la pénalisation de l’homosexualité au non-respect des Droits de l’homme, nombre d’aides se refusent aux pays africains.

    Homosexualité, halte ?

    Beaucoup de religions voient d’un mauvais œil le « mariage pour tous ». En juillet 2015, après la tournée du président américain Barack Obama au Kenya au cours de laquelle celui-ci a réclamé l’égalité des droits pour les homosexuels, l’épiscopat africain s’est montré rébarbatif face aux vœux d’Obama. Des camouflets et des semonces ont alimenté la riposte. Il y était allé de qualifier la proposition du président américain tantôt d’« anti-humain » ou encore « d’impérialisme culturel ».

    Si d’une part, les religions en Afrique condamnent à l’unisson l’homosexualité, d’autre part, il est aussi question des conséquences qui en découlent comme l’adoption d’enfants. En effet, l’église juge qu’il est quasi impossible aux homosexuels d’élever un enfant pour qu’il soit responsable dans la société.

    « Nous vivons dans un monde où ces choses sont maintenant devenues presque acceptables. Cependant, ce n’est pas parce qu’elles sont acceptables qu’elles sont justes. », a signifié le Cardinal John Onaiyekan, l’archevêque d’Abuja lors d’une interview accordée à la News Agency of Nigeria.

    Même son de cloche chez les prêtres traditionnels. Ceux-ci la prennent également comme non conforme aux valeurs religieuses et donc, passible de « courroux des dieux ». Un prêtre avait expliqué qu’en réalité, l’homosexualité affaiblit et « tue » les dieux de fécondité.

    Cependant, il n’y a pas que la morale religieuse qui attaque l’homosexualité. Barack Obama, au nom de la liberté, a clamé la situation des homosexuels en Afrique. « Quand vous commencez par traiter les gens différemment parce qu’ils sont différents, vous vous engagez sur un terrain où la liberté s’érode », avait-il déjà déclaré en 2015, lors de sa venue dans son Kenya natal. Mais ce postulat ne semble pas préoccuper les dirigeants africains.

    Lors de cette tournée, le président hôte Uhuru Kenyatta n’avait pas prêté attention à la proposition du président américain. Il n’en a guère fait un sujet, puisque selon lui, « il y a des choses que nous ne partageons pas, que nos cultures et nos sociétés n’acceptent pas. » Bien avant, le président zimbabwéen Robert Mugabe avait alors quant à lui ironisé la situation aux dépens de l’homosexualité en déclarant qu’il est nécessaire qu’il se rende à Washington, qu’il se mette à genou pour « demander la main » d’Obama.

    L’île Maurice et l’Afrique du Sud, les bons élèves

    Sur le continent, il n’y a pas que les institutions étrangères qui luttent pour la liberté des homosexuels. Contre vents et marées, des associations de défenses des droits des homosexuels naissent également, principalement à Maurice, en Afrique du Sud ou encore au Zimbabwe. En 2007, suite à un atelier à Ouagadougou, l’association française AIDES crée l’Africagay, une association visant à informer sur le droit des homos. Dans certains pays, ces genres d’associations sont légion. En Côte d’Ivoire, après la crise de septembre 2002, la capitale était devenue une ville où les homosexuels peuvent s’afficher sans grande crainte.

    Dans cet état d’interdiction presque généralisée, l’Afrique du Sud est l’un des rares pays du Sud, avec les îles Maurice, à célébrer la Gay pride, journée de la fierté homosexuelle. Toutefois, le chemin est encore long.

  • Afrique: voici les villes où prospèrent mieux les multimillionnaires

    Afrique: voici les villes où prospèrent mieux les multimillionnaires

    L’Afrique s’est montrée ces dernières années ouverte aux grands projets économiques, et favorable à l’épanouissement du secteur privé. Cet état de fait a conduit à l’émergence d’un grand nombre de millionnaires dans les principales métropoles africaines.

    Selon le magazine Forbes qui a établi ce classement, l’environnement favorable aux affaires a été très bénéfique au secteur privé. Certes, les réussites ne sauraient se résumer à des facteurs externes. Toutefois, dans la grande majorité des cas, ces millionnaires apparaissent d’abord comme les bénéficiaires d’un cadre propice à la création d’entreprises et à l’investissement : un écosystème pour startups solide, un vaste marché de consommateurs, la présence de multinationales, la stabilité politique ou la capacité des tribunaux à trancher rapidement des litiges commerciaux, relève le magazine.

    Parmi ces espaces favorables aux grands patrimoines africains, huit villes du continent se détachent par le nombre de High Net Worth Individuals (HNWI) qu’elles abritent. Pour rappel, dans le jargon financier, les HNWI correspondent aux personnes disposant d’actifs équivalant à au moins 1 million de dollars US, sans compter leur résidence principale et les biens de consommation. Florilège.

    Nairobi

    En l’an 2016, d’après l’African Wealth Report (AWR), on dénombrait 5,771 HNWI dans la capitale kényane. Depuis un moment, Nairobi est devenue la capitale de rêve des grands investisseurs. Doté d’infrastructures de classe mondiale pour le tourisme d’affaires, Nairobi attire les talents de tous horizons et sert de quartier général aux grands noms du web et de l’informatique tels que Microsoft, IBM ou Google pour leurs opérations en Afrique de l’Est. La ville s’affirme du reste comme un hub numérique bouillonnant, au point que l’écosystème technologique kenyan est surnommé la « Silicon Savannah ».

    Casablanca

    La capitale du Maroc, une ville au sein de laquelle une grande partie des près de 5000 millionnaires en dollars du royaume chérifien seraient concentrés. La proximité géographique de la métropole avec l’Europe constitue sans conteste un atout, qui permet aux entrepreneurs de conquérir d’autres marchés de consommation. Première fortune du pays, l’homme d’affaires Othman Benjelloun (Fortune : $1.9 milliard selon Forbes US) y a pour sa part implanter le siège social de BMCE Bank of Africa.

    Le Bloomberg Innovation Index 2017 place quant à lui le Maroc dans le top 50 des économies les plus innovantes au monde et le Global Entrepreneurship and Development Institute (GEDI) considère que le pays offre un bon savoir-faire en matière de TIC. En tant que centre financier, Casablanca a détrôné la ville de Johannesburg, devenant 1ère du classement en Afrique en termes d’attractivité selon le Global Financial Centers Index, l’indice de référence du secteur.

    Lagos

    La capitale économique de la première puissance mondiale, fort de ses 12,5 millions d’habitants, compterait selon l’AWR 8024 millionnaires. Une ville où les grandes enseignes internationales se ruent pour conquérir les classes moyennes, malgré les problèmes d’insécurité qui perdurent dans de nombreuses zones. Les secteurs porteurs y sont nombreux, parmi lesquels le transport, l’agroalimentaire, le textile, la téléphonie mobile et le BTP. Figure tutélaire du monde des affaires local, Aliko Dangote (fortune : $12.4 milliards selon Forbes US) a de son côté su profiter de cet immense marché intérieur pour bâtir son empire industriel, axé autour du ciment et faire avancer ses autres intérêts.

    Johannesburg

    L’African Wealth Report en 2015 a recensé 25.535 HNWI à Johannesburg, la plus forte concentration de millionnaires pour une ville africaine. On y trouve parmi eux Patrice Motsepe ($1.1 billion) et sa sœur ainée Bridgette Radebe qui ont investi, chacun de leur côté, dans l’or et le platinum. La « Cité de l’Or » demeure le poumon économique de l’Afrique du sud, un pays où il est facile d’obtenir un crédit bancaire pour lancer son activité.

    Gaborone

    Gaborone est la capitale du Botswana, un pays salué dans le monde entier comme une démocratie au fonctionnement exemplaire. D’après l’étude « New World Wealth Report », l’on y dénombrerait 1200 millionnaires, parmi lesquels Kagiso Mmusi, fondateur de Pula Holdings, un véhicule d’investissements constitué de participations dans les TIC, la publicité, l’énergie et la grande distribution. Avec un système financier développé, Gaborone offre l’un des environnements les plus favorables aux affaires du continent (3e), selon le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale. Ajouté à cela le fait que le délai concernant le règlement des litiges né d’une activité commerciale est relativement court par rapport à la moyenne dans les autres métropoles du continent. D’une manière générale, le Global Peace Indexconsidère que le Botswana figure parmi les pays les plus pacifiques du monde, un critère qui peut influe à coup sûr les super riches dans leur décision d’investir au Botswana.

    Le Caire

    Naguib Sawiris, actionnaire principal de l’opérateur de téléphonie Orascom Telecom Holding, dont la fortune est estimée à 3,8 milliards de dollars selon Forbes US fait partie des 13,426 HWNI recensés au Caire selon l’AWR. En Égypte, Internet a un poids grandissant dans l’économie. Le taux de pénétration d’Internet en Égypte avoisine les 40 %, selon le site « Internet World Stats » et il est fort à parier que le commerce électronique et la téléphonie mobile constitueront des opportunités d’investissement prometteuses, particulièrement dans la capitale égyptienne, qui représente le deuxième marché de consommateurs le plus important sur le continent africain après celui de Lagos (environ 10 millions d’habitants).

    Cape Town

    Raymond Ackerman (fortune : 545 millions de dollars selon Forbes US), fondateur de Pick N Pay Group, une chaine de supermarché fait partie des 9,846 millionnaires se trouvant à Cape Town (Source : AWR). Selon une enquête du cabinet Ernst & Young datée de 2014, le marché des médias et le tourisme seraient des secteurs particulièrement porteurs. La « Cité-Mère » se distingue également par un écosystème entrepreneurial performant, la ville représentant notamment un hub pour le high-tech sud-africain. D’où la création de Silicon Cape, une association qui est censée contribuer à l’amélioration du climat des affaires, et susceptible de faire émerger des start-ups à fort potentiel de croissance.

    Accra

    Accra est la capitale d’un pays qui figure parmi les nations les plus stables sur le plan politique, un critère pris en compte par les aspirants entrepreneurs et les investisseurs potentiels. En 2015, Accra comptait 2303 millionnaires selon le cabinet New World Wealth. Kwabena Duffuor, propriétaire de Star Assurance Company Limited, le groupe de médias « EIB Network Ghana » et uniBank Ghana y a installé le siège principal de ses affaires. L’édition 2014 de Doing Business indiquait par exemple que le « Ghana présente le meilleur environnement des affaires en Afrique de l’Ouest » et le « Global Entrepreneurship and Development Institute » a récemment placé le pays dans le top 5 des meilleurs écosystèmes entrepreneuriaux en Afrique subsaharienne.

  • Silicon Mountain: l’Afrique se crée une révolution high-tech

    Silicon Mountain: l’Afrique se crée une révolution high-tech

    À l’image de la très célèbre Silicon Valley américaine, au Cameroun, la Silicon Moutain tente une révolution high-tech sur un continent qui, dans le domaine, cherche encore ses repères.

    Buéa, ville anglophone située au pied du mont Cameroun, un volcan en activité culminant à 4100 mètres d’altitude. En 2005, on n’y comptait pas moins de 131 325 habitants. Au sein de sa cité universitaire, une centaine de jeunes « Tech-entrepreneurs » y déploient leur génie technologique pour permettre à leurs entreprises d’émerger. La ville accueille actuellement les plus jeunes start-ups TECH du Cameroun. Elle abrite une communauté de développeurs et designers informatiques qui n’a cessé de croître au fil des 5 dernières années. Cette ville, bien plus qu’une destination touristique est devenue une destination technologique.

    En effet, cette effervescence a été rendue possible grâce à la présence des établissements comme l’université de BUEA, ou encore l’université Saint-Monica… Ce fort intérêt pour la technologie lui a valu le surnom de « Silicon Mountain ». Une référence à la Silicon Valley aux États-Unis et la touche locale représentée par le mot « Mountain » pour signifier le mont Cameroun. Le terme a été utilisé pour la première fois publiquement par Rebecca Enonchong à la conférence Bar Camp Cameroon qui a eu lieu à Buea en 2013.

    Suivant le modèle des riches businessmen tels que Bill Gates, Mark Zuckerberg ou même Masayoshi Son, les Tech-entrepreneurs de Buéa gravissent progressivement les échelons du e-business en Afrique. Certaines start-ups sont devenues des références. Elles sont nombreuses à éclore chaque jour. Cependant, dans une société en voie de développement, ces Tech entrepreneurs font face à d’énormes difficultés qui freinent leurs ambitions et l’avancement de leurs projets.

    Success-Story du Silicon Mountain 

    Ces dernières décennies ont vu le marché du digital explosé en Afrique. Aujourd’hui, près d’un tiers des Africains disposent d’un Smartphone et le boom du digital n’est pas près de s’essouffler. Le potentiel de développement de L’Afrique dans ce domaine représente un grand marché. Ces jeunes entrepreneurs l’ont bien compris.

    La « Silicon Mountain » regorge d’importantes startups, des créateurs de logiciels, des développeurs d’applications internet et mobiles, des gens formés en marketing et à la vente d’innovations technologiques et la liste est loin d’être exhaustive. La plupart se retrouve à Activspaces, un incubateur de start-ups, l’un des fleurons du High Tech à Buea. Les développeurs travaillent sur beaucoup de produits r mais ils partagent une chose. Ils font ce qu’on appelle la « globalisation » ; un concept selon lequel on conçoit des produits répondant à un besoin local tout en visant une clientèle internationale. Les solutions développées s’étendent clairement bien au-delà du marché camerounais.

    Ainsi, Njorku qui est aujourd’hui l’un des plus grands moteurs de recherche d’emplois en Afrique est un produit de la Silicon Mountain. Avec plus de 200 000 visiteurs chaque mois, le site est accessible en deux langues, le français et l’anglais, et permet de rechercher des emplois dans près d’une quinzaine de pays. Derrière cette plateforme se cache le jeune Churchill Mambe Nanje, 30 ans, classé par Forbes parmi les 20 perles technologiques d’Afrique. Autre succès de la Silicon Mountain, Skademy, une plateforme e-learning africaine. Fondée par Otto Akama, la startup Skademy aide les gens à se former sur différentes technologies avec l’appui de tuteurs privés et des institutions reconnues en Afrique. Mais pas que.

    D’autres comme Viva, c’est une plateforme de divertissement pour les bus et les trains, permettant aux opérateurs des transports d’offrir à leurs clients des divertissements semblables à ceux disponibles en avion ; ou encore Feem, un moyen de transférer des fichiers (photos, vidéos, et documents) entre téléphones, tablettes et ordinateurs en local sans Internet, sans câbles, sont des succès venant de cette partie du Cameroun.

    Large potentiel économique

    En Afrique, face à l’échec cuisant des politiques d’États pour l’emploi des jeunes, l’entrepreneuriat est devenu presque la seule arme contre le chômage. Selon les statistiques, 60 % des chômeurs du continent sont des jeunes de 15-24ans.

    De plus, les chiffres font ressortir que seuls 10 % des jeunes issus de l’enseignement supérieur et qui intègrent le marché du travail trouvent de l’emploi. Face à ce problème, la Silicon Mountain qui a décidé de ne rien attendre du gouvernement ou des entreprises du secteur privé, mais de s’auto-employer et même de créer des entreprises qui emploient d’autres est sans doute une idée noble. « Il ne faut pas compter sur personne pour son avenir », affirme Epey Collins, CEO de Colorfluid.

    En termes d’activité économique, la Silicon Mountain représente des emplois directs et indirects pour plusieurs centaines de jeunes Camerounais. Une source de revenus pour des jeunes qui ont décidé de créer eux-mêmes leur emploi et d’en offrir à d’autres, sans compter sur l’État et surtout sans se plaindre. Ces jeunes diplômés développent chaque jour de nouvelles applications, des logiciels, investissent dans des start-ups, des entreprises numériques qui ont des clients partout dans le monde, du Cameroun au Nigeria en passant par l’Europe et les États-Unis pour beaucoup.

    Cependant, les jeunes startups à Buea rencontrent beaucoup de problèmes qui compliquent leur évolution : le manque de ligne de téléphone fixe, réseau incomplet, utilisateurs inexpérimentés.

    Selon les jeunes entrepreneurs qui s’y incubent, les startups de la Silicon Mountain ont besoin d’investisseurs qui s’engagent dans la durée avec de l’expérience et un réseau de contacts efficace.

    La Silicon Mountain, à l’épreuve des défis politiques

    Le 17 janvier 2017 et après 93 jours de coupure d’internet, la Silicon Mountain avait été ébranlée. Pour des jeunes tech-entrepreneurs, la coupure internet pendant plus de 3 mois a été sans doute le plus grand défi. L’incubateur ActivSpaces, dont les activités sont localisées à Buea, avait été contraint de déplacer ses troupes dans la capitale économique du Cameroun, afin de ne pas stopper complètement les activités. Beaucoup de startups se sont déplacées vers Douala, la capitale économique et ville la plus proche, pour trouver le réseau Internet.

    Selon Julie Owono, la responsable de la branche Afrique de l’ONG Internet sans frontières (ISF), la coupure internet dans les deux régions anglophones a potentiellement fait perdre « 1,35 million de dollars à l’économie du Cameroun ». Plusieurs startups ont été touchées. « Notre productivité a baissé de plus de 60 %. De plus, nous avons perdu des projets, des contrats et nous ne pouvons plus prendre de nouveaux clients, déplore Valery Colong, cofondateur de trois start-ups et manageur d’ActivSpaces. J’ai perdu des millions de francs, rien qu’avec un projet. »

    Cette censure du net n’avait pas laissé indifférent Edward Snowden, le célèbre informaticien américain exilé en Russie pour avoir rendu publics des documents de la NSA. Dans un tweet, celui-ci affirme qu’« il s’agit de l’avenir de la répression. Si nous ne luttons pas là-bas [au Cameroun], cela va arriver ici. »

    La Silicon Mountain est vue comme cette zone qui occupe une place de choix dans le secteur de l’économie numérique au Cameroun en termes d’expérience, d’innovation, de nombre de start-ups, et de qualité de produits et services offerts. Si elle bénéficie d’un climat favorable pour la recherche, les défis dans un Cameroun constamment secoué par des crises politiques constituent un mal qui peut faire fuir les nouveaux Tech-entrepreneurs.

     

  • Togo: 12.300 ménages ruraux seront électrifiés à partir de 2018      

    Togo: 12.300 ménages ruraux seront électrifiés à partir de 2018    

    Le pays a inauguré le 10 novembre dernier une centrale solaire photovoltaïque pour renforcer l’éclairage public dans des zones rurales sur le territoire. Cela permet aussi au pays d’accroître sa capacité énergétique.

    La nouvelle centrale solaire s’inscrit dans le développement des énergies renouvelables dans le pays. Le Togo compte améliorer son efficacité énergétique à travers le Programme régional de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (PRODERE). Plus de 2 milliards ont été consacrés par l’État dans l’électrification de 22 localités par un système solaire photovoltaïque.

    Une vingtaine de mini systèmes d’adductions d’eau potable ont été également installés dans trois régions du pays. La centrale photovoltaïque inaugurée début novembre à Bavou dans la préfecture de l’Ogou va permettre de desservir plusieurs zones rurales. La centrale dispose d’une capacité de 150 KWc avec un réseau de distribution de basse tension de 5 km. À Bavou près de 65 lampadaires d’éclairage public et des compteurs de branchements ont été installés. Les populations vont ainsi avoir accès à l’électricité grâce à une énergie renouvelable.

    D’autres centrales seront aussi implémentées dans trois autres localités du pays. À Takpapiéni dans la préfecture de l’Oti, une centrale solaire photovoltaïque de 100 KWc avec un réseau de distribution basse tension de 8 Km sera construite. Les populations bénéficieront de près de 80 lampadaires d’éclairage public et des compteurs de branchements. Par contre, c’est une centrale de 100 KWc avec un réseau de distribution de 3 km qui sera implémentée à Koutoum dans la préfecture de Bassar. « 38 lampadaires d’éclairage public et des compteurs de branchements des clients seront mis à la disposition des populations », confie une source du ministère des Mines et de l’Énergie.

    Électrifier 12 300 ménages

    L’État prévoit aussi installer une centrale de 250 KWc à Assoukoko dans la préfecture de Blitta. L’ouvrage qui aura un réseau de distribution de basse tension couvrira plus de 8 Km. 115 lampadaires d’éclairage public seront mis à la disposition de la population. Par ailleurs, trois mini adductions d’eau potable de capacité 20 min 3 s chacune devront également être construites dans la localité. Grâce au PRODERE le Togo s’assure « d’augmenter le taux d’accès à l’électricité dans les zones rurales », selon Abli Bidamon, ministre des Mines et de l’Énergie.

    Pour disposer d’une grande capacité énergétique, le pays devra redoubler d’effort. À ce jour les efforts d’électrification restent faibles. Cela, même si le taux d’électrification est passé de 18 % à 30 % en dix ans. En milieu rural, le taux d’électrification est passé de 2 % à 6 % sur la même période. L’État compte malgré tout mettre de l’électricité à la disposition de 12 300 ménages ruraux à partir de 2018. Ce sera grâce à des centrales photovoltaïques à base du solaire, rappelle Abli Bidamon.

  • Pornographie en Afrique, silence ça tourne! [Enquête]

    Pornographie en Afrique, silence ça tourne! [Enquête]

    S’appeler acteur de la pornographie en Afrique, pratique qui, cela va de soi, rebute la morale, n’est pas chose aisée. Le sexe en général d’ailleurs reste un sujet interdit. Une omerta.

    Phase de croisière : la pornographie, contre vents et marée, se démocratise en Afrique. Le marché d’écoulement des produits X reste charitablement spacieux. A Dakar, c’est la mise en ligne d’un site web, censé faire la promotion des films X made in Sénégal qui a suscité le courroux auprès des évangélistes de la morale. A Lagos ou à Abuja, ces genres d’entreprises ne font plus l’apanage d’une tranche de personnes dévouées, conscientes du risque et de la menace socioculturelle qu’ils encourent, et qui l’assument comme une tendance « fiers d’être ».

    En Afrique, la pornographie se fait dans tous les coins, à l’aide de quelques moyens fort peu onéreux. Douala, Kinshasa, Brazza, Abidjan, Accra, Johannesburg… on ne le dira jamais assez. Aussi longtemps qu’il est improbable d’arriver à une société sans prostitution, il est difficile de combattre la pornographie.

    Entre ces deux mondes, existe juste une passerelle. Les choses sont peut-être liées au développement. Pour Amély-James Koh qui milite contre la prostitution, « le secteur de la pornographie est en « développement constant » sur le continent. C’est aussi le cas à l’international où l’on remarque de plus en plus de noirs dans « les produits X ». Cela « répond à un culte du corps noir, à un désir d’exotisme », explique Amély-James Koh. Comme quoi, la perle est nègre, la prééminence est hellène. On n’est pas loin d’une Porn Valley en Afrique.

    Industrie pornographique en Afrique : la success story

    « Il existe une industrie de production pornographique en Afrique. Mais c’est difficile de quantifier avec précision ses succès », confie un chercheur sud-africain auteur d’un livre à paraître sur la question. « La pratique reste encore souterraine. La plupart de ses barrons sont inconnus », poursuit-il.

    Sur Internet, plus de 35% des téléchargements effectués contiennent de la pornographie. Les sites pour adultes occupent 4,41 % de l’ensemble des visites mondiales, et les plus importants comptabilisent jusqu’à 4,4 milliards de pages vues par mois. En Afrique, « il existe à Douala et Abidjan des jeunes femmes qui suivent des leçons pour découvrir les différentes techniques du porno. Et naturellement, les « instructeurs » n’hésitent pas à donner des cours pratiques aux femmes tout en évaluant les capacités des hommes qui veulent être ‘hardeurs’ », témoigne Koh Bela. Une étude menée par le site TheNextWeb.com a révélé le classement des pays ayant le plus de sites pornos hébergés sur leur territoire. Ce classement dévoile en deuxième position, un pays africain : l’Egypte, un pays malgré tout, très conservateur. Mais l’Afrique du Sud reste un leader sur le continent. L’industrie du sexe représenterait dans le pays près de 60 millions de rands.

    Il y a également le Nigéria et d’autres pays comme le Cameroun qui sont des pôles de production de films X. Pornographie C’est ainsi que le Nigéria qui abrite l’une des plus importantes industries cinématographiques de la planète a décidé d’exporter des vidéos et d’élaborer différents types de contenus. Ces contenus « sont diffusés en ligne sur divers portails Web », affirme Philippe Di Folco. Ce dernier, auteur du célèbre « Dictionnaire de la Pornographie », confirme que « la demande est forte chez les classes moyennes supérieures et inférieures qui se sont équipées en matériel vidéo ».

    Pour évoluer, l’industrie de la pornographie tente de résister et de contourner les piratages vidéos et la législation. La production ou la diffusion de pornographie étant interdites dans plusieurs pays, les équipes rusent. Elles dissimulent leurs réelles intentions pour décrocher des autorisations de tournage, procédé machinal au Maroc, destination prisée, ou elles font jouer leur réseau d’influence.

    Le co-fondateur du réseau pour adultes Sondeza, Tau Morena, a révélé que l’industrie du sexe représente un volume de 6,1 millions d’euros, des chiffres qui restent encore néanmoins à vérifier. Selon toujours ses données, l’Afrique du Sud en 1990 écoulait environ un million de productions chaque année contre actuellement 150.000 en moyenne. Loin de parler d’un désintérêt des consommateurs, cette situation s’explique plutôt par une révolution numérique forte en Afrique.

    La pornographie est délocalisée des CD traditionnels, exposés à des risques de censures, vers le web où le contrôle est difficile, et où la pudeur et la morale sont (dorénavant) foulées au pied.

    Devenir un(e) pornographe n’est plus soumis en Afrique à un exercice de casting. Un smartphone et une connexion internet, suffisent pour attirer beaucoup de consommateurs sur un ébat sexuel nouvellement mis en ligne. De l’autre côté, la consommation devient plus facile. Pas la peine de débourser une somme (souvent comprise entre 500 F CFA et 6.000 F CFA) pour s’offrir un CD. Geste mal en vue d’ailleurs…

    Faire ou ne pas faire : en Afrique, que disent les lois ?

    La pornographie est de plus en plus présente dans le quotidien des Africains grâce au web et les chaines de télévision aussi étrangères que locales. Cependant les lois de certains pays ne l’autorisent pas.

    Un grand nombre de pays réglementent strictement la liberté de publication des œuvres pornographiques en contrôlant l’âge minimum, les lieux d’accès ou le type d’images qui peuvent être représentées. Au Nigeria, les autorités de Lagos ont fini par demander aux parents de surveiller strictement leurs enfants.

    Dans la même veine, le Sénégal a adopté en 2007 une loi portant sur la Cybercriminalité. Un accent particulier est mis sur la pornographie infantile, définie selon cette loi comme « toute donnée quelle qu’en soit la nature ou la forme représentant de manière visuelle un mineur se livrant à un agissement sexuellement explicite ou des images réalistes représentant un mineur se livrant à un comportement sexuellement explicite ». La constitution prévoit d’ailleurs une peine d’emprisonnement de cinq (5) à dix (10) ans et d’une amende de 5.000.000 à 15.000.000 de francs CFA

    Au Togo, même son de cloche. Le pays n’est pas encore comme un grand producteur cinématographique, encore moins des films X. La pornographie rentre dans les infractions de proxénétisme et des actes contre nature. Elle est donc punie. La peine peut être un emprisonnement de 3 ans à perpétuité.  En Ouganda, autre nouveau pôle émergent de cette « activité illégale », une loi adoptée en 2014 prévoit une peine pour les pratiquants. D’ailleurs, les autorités y vont jusqu’à interdire d’ailleurs les mini-jupes jugées comme… « signe annonciateur ». Le Soudan du Sud, pays caractérisé par une instabilité politique, prévoit dans son code pénal trois ans de prison.

    Selon un jeune pornographe béninois, la pornographie en Afrique « favorise l’émancipation de la communauté noire ». Peut-être pas faux. Selon Koh Bela « en Côte d’Ivoire, au Cameroun… les acteurs pornos sont adulés et présentés comme des modèles de réussite pour la jeunesse, qui ne se fait pas prier en cas de sollicitation ». On l’ignore peut-être, être pornographe en Afrique, c’est aussi entreprendre. Mais demandez aux défenseurs de la morale, ils vous diront naturellement le contraire : la pornographie est autant ignoble vis-à-vis de la religion que de l’éthique.