Auteur/autrice : Emmanuel Vitus

  • Nouvelles technologies: le miracle rwandais, 23 ans après le génocide

    Nouvelles technologies: le miracle rwandais, 23 ans après le génocide

    Depuis dix ans le Rwanda connaît un développement remarquable. Et c’est sur le numérique et une génération de jeunes entrepreneurs technophiles que le pays construit sa croissance économique.

    Il est loin l’époque malheureuse où le Rwanda ployait sous le coup du génocide. Plus de vingt ans après, le pays a fait sa mue et suscite la curiosité. Le Rwanda s’est lancé dans une dynamique de développement grâce à différentes politiques de développement. Conséquence, le pays a vu son PIB augmenter considérablement depuis 2001. Aux efforts pour l’amélioration du système éducatif s’est ajouté celui du développement d’un système de santé envié dans la sous-région. A cela s’ajoute l’importante réduction de la pauvreté. Le Rwanda est devenu un terreau fertile pour les affaires et soutenu par une lutte contre la corruption. Autant dire qu’en termes de développement économique, le pays de Paul Kagamé est devenu un exemple sur le continent.

    Les succès du Rwanda sont en effet « considérables », qualifie un fonctionnaire de la Banque mondiale. Pour cet expert, cette réussite repose sur des objectifs bien définis avec une vision claire. Car en réalité, le Rwanda plane atteindre en 2020 le statut de pays à revenu intermédiaire. Pour y arriver, le pays compte occulter l’étape d’industrialisation et se baser sur une économie fondée sur les technologies de l’information et des communications. « Nous avons déjà atteint une croissance à deux chiffres. Bien sûr le numérique y a beaucoup contribué », explique un économiste rwandais.

    Démocratisation du numérique

    Plus de 60 % des Rwandais ont aujourd’hui accès aux téléphones portables et l’Etat a rendu accessible aux populations une connexion internet de qualité. La capitale rwandaise compte d’ailleurs plusieurs spots WiFi. Dans ce contexte, les activités se développent. Le président Paul Kagamé très présent sur les réseaux sociaux se révèle être le chef de file de la construction d’une « startup nation ». Le Rwanda attire de nombreux start-upeurs étrangers désireux de faire leurs affaires au Rwanda. « Nous n’avons pas de ressources naturelles comme d’autres pays. Il nous fallait miser sur les nouvelles technologies », confie un membre de l’équipe gouvernementale. Le pays a dématérialisé les services de son administration pour la rendre plus efficace.

    Des initiatives privées se créent avec de jeunes entrepreneurs. Le KLab, un espace collaboratif installé à Kigali regroupe de jeunes entrepreneurs qui y développent leurs idées sous la surveillance de mentors. Le laboratoire qui s’est associé avec l’Université Carnegie Mellon, un campus national de recherche, héberge près de 100 entrepreneurs et plusieurs startups qui ont lancé des produits sur le marché. Cela va des applications pour des conseils diététiques à la fabrication de tablettes et smartphones. Plus encore, des partenariats ont été signés entre des sociétés nationales et les géants comme Samsung, Apple ou HP.

    Stratégies de réussite

    Le Rwanda a pu aussi compter sur la société américaine Visa. Depuis près de cinq ans, Visa a lancé un système de paiement mobile utilisé par une grande partie de la population rurale. De la communication sans internet mobile s’est aussi développée dans le pays. L’État a autorisé la société israélienne NFrnds à mettre en place un système qui informe les agriculteurs sur leurs récoltes, les prix du marché et la météo.

    L’autre accélérateur de la croissance économique du pays reste la formation à la base. Dans le secteur de l’éducation, les autorités ont mis à la disposition des jeunes des ordinateurs à bas prix grâce au projet One Laptop per Child. Il s’agit de familiariser les jeunes avec les outils du numérique. Plus de 400 écoles du pays sont bénéficiaires du projet. « Le pays investit dans la technologie. C’est l’une de ses stratégies de réussite », considère un spécialiste des technologies de l’information et de la communication. C’est avec les retombées économiques du high-tech que les autorités comptent accélérer les politiques de développement sur le plan social. Il faut dire que près de 40 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Il s’agira de leur offrir « l’eau, l’électricité et de l’emploi qui reste des besoins prioritaires », selon Paul Kagamé.

  • L’Algérie réclame 36 crânes de ses indépendantistes à la France

    L’Algérie réclame 36 crânes de ses indépendantistes à la France

    Redécouverts en 2011, les crânes d’une trentaine de combattants algériens, décapités pour avoir combattu la colonisation française au milieu du XIXe siècle, sont actuellement gardés dans les réserves anthropologiques du Musée de l’Homme à Paris. L’Algérie cherchant à rapatrier ses « réserves » n’a toujours pas encore un OK favorable du côté de l’ancienne colonie.

    Mercredi 1er novembre, l’Algérie a célébré son 63e anniversaire depuis la déclaration de la lutte pour l’indépendance de la France après 132 ans de domination coloniale. La guerre a duré près de huit ans, entraînant environ 1,5 million de morts d’Algériens. Après l’indépendance en 1962, les autorités françaises ont emporté un nombre inconnu de crânes appartenant à certains des martyrs algériens, dont beaucoup ont été exposés au Musée national français d’histoire nationale à Paris.

    En effet, en 1849, l’oasis de Zaâtcha avait été attaquée par les troupes du général Herbillon. La population et les chefs de la région sont sauvagement tués. Les Chioukh Bouziane, Moussa et Lahcène sont fait prisonniers par les zouaves du commandant Lavarande. Sur ordre du général Herbillon, ils sont exécutés et leurs têtes exposées sur la place de Biskra.

    Lorsqu’elles sont expédiées en France, chacune des têtes était accompagnée d’une étiquette, longue bande de parchemin, portant le nom du chef décapité, la date de sa mort, le cachet du bureau politique de Constantine et la signature du Colonel de Neveu et de M. Gresley. Ces crânes sont entreposés depuis 1880 dans les sous-sols du musée de l’homme à Paris.

    Ainsi, parmi les 36 crânes détenus de combattants algériens détenus par le musée de Paris, figurent d’importantes personnalités de l’armée algérienne de lors.

    Résurgence du débat

    Le gouvernement algérien veut que son homologue français rende les crânes des combattants de l’indépendance algérienne. Cet appel a été lancé par le ministre Mujahedeen algérien Tayeb Zitouni dans une interview. « Le travail de la commission algéro-française mise en place pour discuter de ces questions n’est pas encore achevé. L’Algérie n’abandonnera pas ces dossiers revendiqués en France dont celui relatif à la restitution des crânes des martyrs de la résistance populaire », a déclaré M. Zitouni au Middle East Monitor.

    Zitouni a révélé que son bureau négocie actuellement avec le ministère français des Affaires étrangères pour le retour des crânes. Il veut que la commission précédemment mandatée pour examiner et surveiller l’affaire soit reconstituée immédiatement. « Les négociations sur ce dossier, suspendues à volonté par les Français, ont été retardées à cause des élections présidentielles françaises », a déclaré le ministre algérien.

    Il a réitéré que la France doit admettre les crimes perpétrés contre les Algériens pendant la domination coloniale afin de favoriser de meilleures relations avec l’Algérie.

    Beaucoup d’Algériens attendent avec impatience de voir si le nouveau président français Emmanuel Macron, qui a récemment qualifié l’impérialisme français en Algérie de « crime contre l’humanité », rendra les crânes et indemnisera les victimes des essais nucléaires.

    Tentatives échouées

    En 2011, l’historien Ali Farid Belkadi a lancé une première pétition demandant le retour en Algérie de ces restes humains. En mai 2016, l’universitaire Brahim Senouci a lancé une nouvelle pétition afin que ces dépouilles mortuaires soient remises à l’Algérie.

    L’idée de cette dernière pétition est partie d’une seule et unique signature : celle du téméraire Brahim Senouci, écrivain et militant algérien, résidant en France. Le 18 mai 2016, il diffusait sur Change.org un texte pour le moins engagé, appelant à la restitution des crânes des insurgés algériens de Zaâtcha.

    Cependant, la situation semble bloquée. En témoigne le courriel du 29 juin 2016 adressé à Brahim Senouci par Michel Guiraud, directeur du musée de l’Homme. Dans ce courrier, Michel Guiraud, indique que son institution muséale était « prête » à examiner « favorablement » la demande de restitution des crânes des Algériens, conservés au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, avertissant néanmoins que « pour leur restitution, il y a un chemin à prendre. Nous reconnaissons le droit de la famille et celui des descendants relayés par leur État », a-t-il dit. Il a par ailleurs souligné que les demandes « doivent passer par le canal diplomatique et non pas par une association qui n’a pas un droit particulier par rapport aux restes humains ».

    Relent colonialiste

    Le professeur en histoire à l’Université d’Alger 2, Mohamed Lahcen Zeghidi, considère que contrairement à la Tunisie et au Maroc, la France n’a toujours pas soldé son contentieux historique avec l’Algérie, et ce, en raison de « la perception de conquérant » qu’elle continue d’entretenir, de génération en génération. Celui-ci estime, s’agissant de la question des archives, que si la France a consenti, depuis 2012, à ouvrir ses archives et à les mettre à la disposition des Algériens, elle ne le fait que pour les documents « non compromettants » pour elle, à savoir administratifs, diplomatiques, divers rapports, etc.

    L’historien est convaincu que l’ancien colonisateur « ne pourra pas remettre de ses propres mains ce qui pourra le condamner, ce qui l’obligera à réécrire l’histoire qu’il a enseignée à ses générations depuis plus d’un demi-siècle laquelle met en relief les valeurs de l’humanité ».

    Dans une récente déclaration, des historiens algériens ont également souligné l’importance de la restitution des archives de l’Algérie pour l’écriture de l’histoire et la sauvegarde de la mémoire collective du peuple algérien. Qualifiant cet épisode de « grave préjudice » et de « crime contre l’humanité », le spécialiste insiste sur l’obligation de « reconnaissance » par l’ex-empire colonial des atrocités commises dans ses anciennes colonies, dont l’Algérie.

    Ceux-ci déplorent le fait d’exposer ainsi des crânes humains comme s’il s’agissait de « trophées de guerre », renseignant sur des « traditions coloniales » et un esprit esclavagiste visant à montrer que les colonisés sont des personnes « différentes », de même qu’à afficher une certaine « supériorité » du colonisateur.

    Jusqu’ici, les divers appels lancés depuis Alger restent sans grand échos à Paris.

  • L’université d’Oxford honore son premier diplômé Africain après 144 ans

    L’université d’Oxford honore son premier diplômé Africain après 144 ans

    En mémoire à un homme « exceptionnel », la prestigieuse Université d’Oxford a rendu hommage à son premier étudiant noir, du nom de Christian Cole.

    L’histoire du premier diplômé noir d’Oxford a été célébrée après qu’une plaque ait été dévoilée la semaine dernière au University College. Christian Cole, qui s’est inscrit en 1873, a quitté Oxford pour devenir une figure marquante dans les tribunaux anglais en tant que premier Africain noir à exercer le Droit.

    La plaque a été installée grâce aux efforts de Pamela Roberts, une grande praticienne du patrimoine culturel et du directeur du projet, Black Oxford : Untold Stories, qui vise à promouvoir l’héritage historique des étudiants noirs d’Oxford. Le Collège universitaire a été choisi comme lieu de résidence de la plaque parce que Cole, qui a obtenu son diplôme d’étudiant non collégial, est devenu membre du Collège un an plus tard, en 1877.

    Le Dr Robin Darwall-Smith, archiviste du collège, a déclaré : « je pense qu’il est très important que nous nous souvenions de Christian Cole, car il était un grand pionnier en tant que premier Africain noir à obtenir un diplôme d’Oxford. Il avait une ambition énorme : il est venu à Oxford pour les cours sur les lettres classiques, le plus dur de l’université, mais il a tout de même obtenu son diplôme.  J’espère maintenant que les gens vont regarder sa plaque et se sentir inspirés par son exemple. »

    Le Dr Rebecca Surender, vice-chancelier pour l’égalité et la diversité à Oxford, a déclaré : « La place de Christian Cole dans l’histoire d’Oxford comme premier diplômé noir est celle qui mérite d’être reconnue et célébrée. La plaque nous rappellera à quel point nous avons progressé depuis que Cole a obtenu son diplôme d’Oxford.

    Qui est Christian Cole ?

    Christian Cole est né en Sierra Leone en 1852, alors que le pays était encore une colonie britannique. Petit-fils d’esclaves, il a été adopté par le révérend James Cole avant d’aller à Oxford à vingt et un ans.

    À l’université, Cole a été soutenu par une allocation de son oncle et de l’argent des cours de musique qu’il donne en marge de ses études. Il était une figure bien connue à Oxford, et sa présence est mentionnée dans des journaux intimes Anna Florence Ward, qui décrit l’avoir aperçu lors d’une visite à son frère, qui était au Magdalen College, en juin 1876 et des dessins animés de l’époque. Après la mort de son oncle, ses camarades ont lancé un appel pour recueillir des fonds afin de l’aider financièrement.

    Le jeune noir a publié un poème attaquant la politique britannique dans la guerre de Zoulou sous le nom d’un “Un Nègre, BA, de l’université universitaire”, en 1879. Le texte a été adressé à WE Gladstone MP, qu’il décrit comme son “Maître et Père en politique”. En 2006, University College a acheté ce travail pour 1000 livre sterling.

    Cependant, malgré ses réalisations et son statut de premier étudiant noir de l’université, le nom de Cole n’est pas très connu. L’Université a déclaré qu’ils espéraient que cette commémoration du premier diplômé noir d’Oxford souligne la position inclusive de l’Université envers les candidats de tous les horizons.

    Toutefois, un siècle et demi après le passage de Cole, Oxford est toujours confronté à la critique selon laquelle il est institutionnellement biaisé contre les étudiants noirs. De nouveaux chiffres ont révélé que 10 des 32 collèges d’Oxford n’ont pas attribué de place à des élèves britanniques noirs avec des niveaux A en 2015.

    Malheureusement, il semble que Cole ait eu du mal à trouver du travail après être devenu avocat et il est parti en Afrique de l’Est. Les informations sur sa vie en Afrique restent méconnues. Cole est mort en 1885 à Zanzibar de la variole, âgé de 33 ans.

    Lors du dévoilement de la plaque, et coïncidant avec le Mois de l’histoire des Noirs, le maître du Collège universitaire, Sir Ivor Crewe, a rendu hommage aux “réalisations remarquables” de Cole et a déclaré qu’il espérait que la plaque serait “un symbole de reconnaître et soutenir les étudiants les plus brillants quels que soient leurs antécédents”.

    Cette commémoration coïncidait également avec le lancement du réseau Oxford Black Alumni, une plateforme pour les futures générations d’individus. Objectif : se connecter et collaborer.

  • Isabel dos Santos: incursion dans l’empire de la femme la plus puissante d’Afrique

    Isabel dos Santos: incursion dans l’empire de la femme la plus puissante d’Afrique

    Quand le père, l’ex-président marxiste Eduardo dos Santos s’était finalement convaincu de quitter le pouvoir en août dernier, après 38 années passées à la tête de l’Angola, c’est la direction de la Sonangol, la compagnie nationale de pétrole, fleuron de l’économie angolaise que celui-ci a pris le soin de laisser à sa fille, Isabel Dos Santos.

    Qu’il le veuille ou non, Joao Lourenço, le successeur d’Edouardo dos Santos devrait gouverner, du moins pour ses premières heures, dans l’imposante ombre du clan dos Santos, y compris celle qui a en main la grande partie de l’économie du pays : la femme la plus riche et la puissante d’Afrique (selon Forbes) : la « princesse Isabel ».

    Isabel dos Santos a été nommée le 2 juin dernier à la tête du conseil d’administration de la Sonangol. En plus d’une fortune estimée, selon le magazine Forbes, à 3,3 milliards de dollars, celle que les Angolais surnomment la « Princesse » se retrouve aux commandes d’une société qui présentait un chiffre d’affaires de 40 milliards de dollars en 2013.

    Pour sa première conférence de presse, la fille du président, âgée de 43 ans, s’est efforcée de rassurer. « Nous sommes très attachés à la transparence et déterminés à améliorer les bénéfices », a déclaré la nouvelle présidente qui souhaite recentrer la firme exclusivement sur les hydrocarbures. Sauf que les Angolais voient les choses autrement.

    Empereur Eduardo & princesse Isabel dos Santos

    On peut aujourd’hui soutenir qu’Isabel a construit sa propre fortune, toujours est-il que les bénédictions du père ont été importantes. Quand son père est arrivé au pouvoir, Isabel avait 6 ans. Désormais, elle n’est pas que la fille d’un président richissime.

    Mariée au riche collectionneur d’art congolais Sindika Dokolo avec qui elle a eu trois enfants, elle a la réputation d’être une « business woman » tenace et exigeante, sous des airs discrets.


    Je vendais des œufs de poule quand j’avais 6 ans


    Née à Bakou (en Azerbaïdjan soviétique) d’une mère championne d’échecs, celle qui dit avoir une « vie normale » à Luanda a grandi à Londres, où elle a étudié l’ingénierie mécanique au King’s Collège. Dans l’une des rares interviews qu’elle a accordé, elle raconte au Financial Times en 2013, avoir toujours eu le sens des affaires.

    « Je vendais des œufs de poule quand j’avais 6 ans », confie celle qui voudrait que son histoire soit perçue comme une success-story. C’est en rachetant, à 24 ans, un restaurant de Luanda que la « Princesse » ambitieuse a commencé sa carrière dans les affaires. Elle entame son ascension en 1997, à seulement 24 ans, en créant avec sa mère une société de commercialisation de diamants. La femme d’affaires est depuis à la tête d’un véritable empire.

    Mais c’est en 1999 qu’elle a pris son envol en remportant un appel d’offres lui a permettant de contrôler Unitel, le premier opérateur de téléphonie mobile du pays.

    Très riche, Isabel dos Santos a été classée huitième fortune d’Afrique, selon le magazine Forbes. Son patrimoine, estimé à 3,3 milliards de dollars, serait majoritairement placé au Portugal, ancienne puissance coloniale de l’Angola. Pour en arriver là, la fille du président a investi partout. D’abord dans les télécommunications, avec Unitel, la principale compagnie de téléphonie mobile de l’Angola, et NOS, un opérateur de téléphonie portugais, qu’elle détient à 50%. Puis dans les banques angolaises et portugaises (25 % de la BIC Angola, 42,5% de la BIC Portugal…). La princesse a maintenant jeté son dévolu sur les grandes compagnies d’énergie, en achetant 33,3% du capital de Galp, société pétrolière portugaise.

    Millionnaire par son père ?

    En Angola, les premiers gisements de pétrole sont découverts en 1910. Mais jusqu’à l’indépendance, en 1975, le pays ne produit que 50 000 barils par jour. À cette époque, l’Angola se contentait d’être une puissance agricole, 4e producteur mondial de café et entièrement autosuffisant sur le plan alimentaire.

    Entre l’accession à l’indépendance et l’arrivée au pouvoir de José Eduardo Dos Santos, ingénieur du pétrole et successeur désigné D’Agostino Neto, la production pétrolière double pour atteindre 100 000 barils par jour. En 1980, le produit intérieur brut angolais était de 3,6 milliards de $ avec une contribution significative du secteur pétrolier. Le changement de cap est définitivement acté. L’avenir du pays s’écrira à l’encre du pétrole.


    Ils sont nombreux, dans l’opposition angolaise, à dénoncer l’utilisation du pouvoir présidentiel pour arranger les affaires d’Isabel dos Santos.


    Dans cet environnement où, en effet l’Angola dépend finalement à 70% du pétrole, confier les rênes de la société de gestion des hydrocarbures à la fille du président n’a rien d’anodin, aux yeux de bon nombre d’Angolais.

    Ils sont nombreux, dans l’opposition angolaise, à dénoncer l’utilisation du pouvoir présidentiel pour arranger les affaires d’Isabel dos Santos. Le journaliste angolais Rafael Marques affirme dans son livre Diamants de sang : corruption et torture en Angola, que les entreprises, dont « Isabel, la fille à papa » s’est emparées, comme tais ou Unitel, sont gangrenées par la corruption et le favoritisme.

    « La fortune d’Isabel vient des décrets présidentiels de son père qui est un dictateur corrompu jusqu’à la moelle, assène Rafael Marques. Sans la corruption organisée par son père, elle ne posséderait rien… Elle est à craindre, car elle tient à sa disposition l’appareil répressif de l’État, ainsi que le pouvoir institutionnel qui permet d’éliminer ou de punir ceux qui s’opposent à ses démarches. »


    En Angola il n’y a que deux femmes qui sont de grandes entrepreneuses : l’une est la fille du président, l’autre est son épouse


    Pour Didier Péclard, politologue, spécialiste de l’Angola, Isabel dos Santos aurait aussi profité du pouvoir de son père pour faire fructifier Unitel : « Le prix des licences de télécom est très élevé pour les autres opérateurs en Angola. Avec Unitel, Isabel dos Santos a été dans une situation privilégiée. Unitel a pu profiter d’un accès privilégié aux licences de télécom et, de fait, a pu couvrir tout le pays. Elle a probablement bénéficié d’un traitement de faveur. » Toujours pour celui-ci, en Angola, on ne devient pas un entrepreneur important sans avoir de bons relais politiques. « D’ailleurs, il n’y a que deux femmes qui sont de grandes entrepreneuses : l’une est la fille du président, l’autre est son épouse. »

    Cependant, le nouvel homme fort de l’Angola promet d’enrayer les inégalités et de redresser l’économie, même si les embûches sont bien connues par tout le monde. Il devra se libérer du carcan dos Santos : Isabel à la Sonangol et son frère au fonds souverain. Mission difficile.

  • Des Africains envisagent le rachat d’une Banque en Angleterre

    Des Africains envisagent le rachat d’une Banque en Angleterre

    FirstRand la banque sud-africaine a annoncé vouloir obtenir l’acquisition de Challenger Aldermore Group avec une offre indicative de 1,3 milliard de dollars.

    L’annonce du rachat d’Aldermore intervient dans un contexte où les actions de la banque britannique ont subi une forte hausse début novembre. Pour obtenir l’acquisition de Challenger Aldermore Group, la banque sud-africaine évalue les conditions de mise en place d’une institution de dépôt durable à long terme pour financer sa stratégie de croissance et de diversification des revenus de ses activités au Royaume-Uni.


    Challenger Aldermore Group dispose d’un modèle d’exploitation unique


    Pour les responsables de la FirstRand, il s’agit d’un moyen propice pour la banque d’atteindre son objectif qui est de mettre en place une franchise de dépôt durable. Selon eux, Challenger Aldermore Group dispose d’un modèle d’exploitation unique avec un positionnement sur le marché et sa capacité à attirer des dépôts.

    Financer l’automobile et l’assurance

    Aldermore a indiqué avoir reçu la proposition indicative de FirstRand. Pusieurs expert estime qu’un rachat de la banque britannique constituerait une bonne opération pour FirstRand. Cette dernière a en effet connu une évolution dans le secteur technologique et pourrait se maintenir sur le marché britannique. Selon des analystes, FirstRand a besoin de conquérir d’autres marchés pour combler « l’insuffisance d’opportunités en Afrique du Sud ».

    Pour l’heure, des discussions continuent entre les deux entreprises. FirstRand devrait faire une proposition définitive à Aldermore avant le 10 novembre. Les actionnaires pourront après approuver l’opération. Si le rachat est réalisé, la banque sud-africaine va pouvoir déployer ses capitaux sur le marché britannique à l’heure où la croissance économique peine à augmenter en AfriqAldermoreue du sud.


    Créé en 2009 Aldermore compte près de 230 000 clients.


    FirstRand pourrait surtout élargir la gamme de services offerts pour inclure le financement automobile et l’assurance. Créé en 2009 Aldermore compte près de 230 000 clients. Avec le soutien de FirstRand, Aldermore espère remplir sa mission qui est d’apporter plus de concurrence sur le marché banquier, selon Phillip Monks, directeur général d’Aldermore.

     

  • À 16 ans, le Ghanéen Abraham Attah  foule les tapis rouges de Hollywood

    À 16 ans, le Ghanéen Abraham Attah  foule les tapis rouges de Hollywood

    Il est sous les feux des projecteurs depuis deux ans. À moins de vingt ans, Abraham Attah est promu à une longue carrière cinématographique.

    Il ressemble à l’un de ces jeunes collégiens que l’on rencontre sur le continent, tentant entre persévérances et de réussir. À le voir, difficile d’imaginer la réussite qu’il connaît avec son jeune âge. Abraham Attah est déjà à 16 ans l’un des acteurs les plus brillants de sa génération. Le succès d’Abraham Attah s’est dessiné de façon inattendue. Vendeur à la sauvette le jeune homme ne s’imaginait pas une carrière cinématographique. Mais son destin bascule un soir. Alors qu’il joue au football avec ses amis, Abraham Attah est repéré par un recruteur qui lui propose un casting pour le tournage de « Beats of Nation » de Cary Fukunaga.


    Pour quelqu’un qui était à son premier rôle, il a fait montre d’une maîtrise


    Le Ghanéen est choisi à l’issue du casting et se fait remarquer à la sortie du film en 2015. « Pour quelqu’un qui était à son premier rôle, il a fait montre d’une maîtrise », révèle un membre de l’équipe de tournage du film. Lui explique avoir eu « un peu peur pour sa première fois ». Dans le long métrage le jeune ghanéen incarne le rôle d’un enfant soldat. « C’était une expérience incroyable », se rappelée-il.

    Récompensé à Venise

    Aux côtés de l’acteur Idris Elba, Abraham Attah surnommé Agu impressionne dans son rôle « d’enfant africain enrôlé dans une armée de mercenaires ». Pour le directeur du film, le jeune ghanéen n’avait aucune expérience cinématographique, mais est devenu « un acteur professionnel incroyable à regarder ». À la sortie du film, les critiques se montrent positives sur le talent de ce jeune ghanéen arrivé au cinéma par hasard. « Je ne pensais devenir acteur », résume celui qui a également incarné en 2016 un rôle dans le court métrage « Out of Village » de Jonathan Stein.


    Il envisage se positionner comme le futur porte-étendard du septième art sur le continent africain


    Depuis, les récompenses tombent. Pour son rôle dans « Beats of Nation », Abraham Attah remporte le prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir à la Mostra de Venise. Le jeune acteur obtient également le prix du meilleur acteur lors des Independant Spirit Awards. Vivant aux États-Unis, celui qui est originaire de la région du Grand Accra confirme tout son talent. En juillet dernier, il est apparu dans Spider-Man : Homecoming de Jon Watts, un film de science-fiction. Le jeune ghanéen espère incarner d’autres rôles à Hollywood pour enrichir sa jeune carrière. Convaincu de sa « célébrité précoce », il envisage se positionner comme le futur porte-étendard du septième art sur le continent africain. Mais il aimerait surtout « offrir des chances de réussite à des enfants déshérités », rassure son entourage.

     

  • Togo: la crise politique freine les activités du secteur informel

    Togo: la crise politique freine les activités du secteur informel

    Plongé dans une crise politique depuis plus de deux mois, le pays voit ses activités économiques tourner au ralenti. Au point où le Fonds monétaire international a alerté les autorités sur les risques que court le pays.

    Les remous politiques qui secouent le Togo depuis fin août impactent la vie économique du pays. Les conséquences directes de la crise ont été le ralentissement des activités commerciales et la fermeture des supermarchés à plusieurs reprises. Dans le pays, ce recul est décrié par les commerçants. Ces derniers confient avoir eu un chiffre d’affaires en deçà des prévisions du mois écoulé. « Les ventes ont baissé avec beaucoup de manque à gagner. On était obligé de subir parce qu’on ne pouvait pas ouvrir », explique la gérante d’un supermarché. « L’impact économique de la crise est ressenti par la population à la base », soulève un économiste togolais, enseignant chercheur à l’Université de Lomé. Ce dernier explique que la crise politique et les journées « Togo mort » freinent les activités du secteur informel.

    Autre point négatif, des commerçants et acheteurs étrangers qui ont ralenti leur présence à Lomé la capitale. Fernand qui vend depuis cinq ans des chaussures au marché d’Adawlato, grand marché de Lomé, n’a pas ainsi reçu le mois dernier ses commandes en provenance du Bénin. « Mon associé a préféré attendre ce mois pour tout convoyer si la tension s’apaise », confie-t-il. Il faut dire que le pays a surtout enregistré une diminution des entrées et sorties de camions au port de Lomé qui dessert plusieurs pays de la sous-région, notamment ceux du sahel. Certains gros porteurs ont préféré durant le mois d’octobre se rabattre sur le Bénin.

    Croissance revue à la baisse

    Le Togo avait déjà perdu par jours près de 136 millions de FCFA pour cause de coupure de connexion internet pendant plus d’une semaine. Pour freiner la dynamique des marches de protestation, les autorités avaient en effet décidé de couper la connexion internet. L’Office Togolais des recettes avait de son côté évalué à plusieurs milliards les manques à gagner pour le pays. Si elle continue, la crise risque de donner un coup à l’économie du pays. Le dernier rapport sur le climat des affaires publié par la Banque Mondiale a même vu le pays régresser de deux places dans le classement mondial. L’institution financière indique que le climat est « moins propice » au Togo. Dans un pays où la dette publique représente « 71,9% du PIB en dehors de la dette sociétés d’État », selon Sani Yaya, ministre de l’Économie et des Finances.

    L’avertissement du FMI

    Fin octobre, le Fonds monétaire international (FMI) a achevé une mission au Togo dans le cadre de la Facilité élargie de crédit. Le FMI a profité pour exprimer son inquiétude sur les conséquences de la crise politique. Elle a évoqué des risques auxquels le pays pourrait faire face malgré « les perspectives à moyen terme globalement positives ». Le FMI prévoit d’ailleurs une croissance en deçà de 5% pour cette année 2017. Rappelons qu’en début d’année, le Togo a conclu avec le FMI un accord portant sur une Facilité élargie de crédit (FEC) sur trois ans. Près de 238 millions de dollars devront être débloqués en faveur du pays pour lui permettre de maîtriser sa croissance économique et son taux d’endettement.

  • Zone CEMAC: enfin, la libre circulation et l’intégration économique

    Zone CEMAC: enfin, la libre circulation et l’intégration économique

    La récente suppression en cascade des visas au sein de la Communauté des États de l’Afrique centrale s’explique par la volonté des États de renforcer leurs relations de coopération.

    Depuis 2013 la décision des chefs d’État de la zone de promouvoir une intégration entre leurs pays était restée sans suite. Ce n’est plus le cas désormais. Les pays de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale (Cemac) ont récemment décidé de mettre fin aux visas de séjours pour leurs ressortissants. Leurs décisions s’inscrivent dans la promotion de la libre circulation des biens et des personnes.

    C’est le Tchad qui a surpris début août en annonçant une suppression de visas pour les ressortissants de la Cemac. Les ressortissants avaient jusqu’à fin juillet besoin d’un visa pour séjourner dans le pays. Pour Hissein Brahim Taha, ministre tchadien des Affaires étrangères, les détenteurs de passeports et de cartes d’identité pourront bénéficier de la mesure.

    En octobre, la Centrafrique instaure également « la libre — circulation des ressortissants des six États membres de la Cemac ». Son ministre des Affaires étrangères, Charles-Armel Doubane, explique que le pays est prêt à accueillir tous détenteurs d’une pièce d’identité sécurisée en cours de validité, pour des séjours de moins de trois mois.

    Risque d’insécurité ?

    Par la suite, les autres pays de la Communauté décident eux aussi de supprimer les visas en conformité à l’accord sur la libre circulation en Afrique centrale signé en 2013. Il s’agit de « concilier la nécessité de libre circulation et l’exigence sécuritaire », ont expliqué de leur côté les autorités gabonaises. En réalité la Guinée Équatoriale et le Gabon avaient résisté à l’accord de libre circulation, craignant d’être « envahis » par de nombreux ressortissants de la zone. Mais les deux pays ont fini par céder. Ce qui facilite désormais la mise en œuvre de l’accord.

    Cependant, beaucoup craignent que cette décision des pays de la CEMAC augmente les risques d’une insécurité dans la zone. À l’heure où les pays font face à des défis sécuritaires, la suppression des visas pourrait « avoir des effets négatifs », considère un expert. Des voix s’élèvent pour contester cette suppression de visas qui ne rend pas encore effective la libre circulation des personnes et des biens. Malgré la décision des États, il y a encore sur les corridors des postes de péage qui obligent les camionneurs ou les commerçants à dépenser. Une situation que déplorent les usagers des routes de la Communauté.

    Intégration économique

    Les autorités en charge des transports routiers comptent veiller au respect de nouvelles directives. « La suppression des visas est déjà un pas vers l’intégration sous-régionale souhaitée », explique-t-on au ministère tchadien des Transports. La suppression des visas devrait aussi permettre aux pays de l’Afrique centrale de renforcer leur coopération économique. Dans ce cadre, fin octobre, le Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale a même décidé de consolider la décision des États de la zone d’ouvrir leur frontière.

    Concrètement, le Conseil a décidé de consacrer près de 1,7 milliard de FCFA à l’application de la libre circulation dans la CEMAC. Le financement sera prélevé sur le Fonds de développement de la CEMAC (Fodec) et servira au payement des équipements pour la sécurisation des frontières. Cette avancée constatée dans les États devrait être renforcée par la mise en place de passeports biométriques dans les pays de la zone.

  •  Monnaie unique dans la CEDEAO: la volonté faiblit, l’espoir se dissipe

     Monnaie unique dans la CEDEAO: la volonté faiblit, l’espoir se dissipe

    Annoncée de manière prophétique sur l’an 2020, les populations de la zone de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) devront encore espérer un peu avant de voir la monnaie unique. L’objectif 2020 vient d’être annoncé improbable.

    L’an 2000 : les pays d’Afrique de l’Ouest expriment leur volonté d’accélérer le processus d’intégration monétaire entamé au début des années 1980, qui s’est concrétisée par un projet prévoyant la création en deux phases d’une monnaie unique en Afrique de l’Ouest. Ce plan présageait, dans sa première phase, le lancement en janvier 2015 d’une monnaie unique, l’Eco, par les pays membres de la Zone monétaire d’Afrique de l’Ouest (ZMAO). Dans un deuxième temps, la ZMAO devait fusionner avec l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) pour créer, en 2020, une monnaie unique dans l’ensemble des quinze pays membres de la CEDEAO.

    Après trois premiers reports, en 2003, 2005 et 2009, les responsables ouest-africains ont finalement renoncé, en juillet 2014, à lancer l’Eco en janvier 2015, invoquant le niveau insuffisant de préparation et de convergence économique entre les États membres de la ZMAO. À cette occasion, ils ont également décidé de changer de stratégie en abandonnant l’étape intermédiaire de 2015 avec la monnaie unique de la ZMAO, et en reprogrammant la création d’une monnaie unique pour l’ensemble de la CEDEAO pour 2020.

    Selon l’agenda fixé, le lancement de la monnaie unique devait commencer par les pays qui disposent de leurs propres monnaies (Gambie, Ghana, Guinée, Nigeria et Sierra Leone) auxquels devront se greffer les 8 pays membres de l’UEMOA qui font partie de la zone franc qui ont en commun le CFA.

    Cependant, le non-respect de l’échéance 2015 pour le lancement de la monnaie unique dans la ZMAO et les trois reports successifs n’avaient déjà pas manqué d’alimenter les débats. La faute à une conjoncture économique compliquée pour plusieurs pays de la zone, notamment le Nigeria, le Ghana et même la Côte d’Ivoire.

    En effet, cette dernière date butoir de 2020 avait soulevé beaucoup d’espoirs du côté des populations. Ces dernières années, c’était même devenu une fierté pour nombre d’Africains qui voyaient dans la future monnaie unique une monnaie beaucoup plus stable et plus crédible que les monnaies actuellement en vigueur. L’objectif d’une monnaie africaine commune est depuis longtemps l’un des piliers de l’unité africaine, un symbole du dynamisme qui, l’espèrent ses partisans, devra faire émerger des efforts d’intégration du continent. Aujourd’hui, cette nouvelle du report tombe au plus mauvais moment, alors que le continent est en plein débat sur l’avenir du franc CFA.

    Difficultés

    La CEDEAO est la principale organisation intergouvernementale de la région, créée en 1975 à la suite de la signature du traité de Lagos. Depuis sa création, son objectif est de promouvoir la coopération et l’intégration avec pour but de créer une union économique et monétaire ouest-africaine.

    Dernière étape-clé : le 1er janvier 2015, neuf pays de la Cedeao ont adopté un « tarif extérieur commun », c’est-à-dire des droits de douane unifiés. Toutefois, sur la question de la création de la monnaie unique, nombre de difficultés subsistent : notamment, la valse-hésitation du leader Nigeria.

    Le président nigérian a manifesté son avis de voir la monnaie de la Cedeao sortir certes, mais au bout d’un processus exempté de toute précipitation (faisant allusion à l’échéance 2020). Selon plusieurs experts, la création d’une telle monnaie nécessite le poids d’une puissance économique. Un Nigeria devra être à cette nouvelle monnaie, ce qu’a été l’Allemagne à la création de l’euro.   Le PIB du Nigeria représente à lui seul les deux tiers du PIB de toute la région Cédéao.

    Cependant, si la Cedeao, et plus particulièrement l’UEMOA, sont d’importants marchés pour ce pays, absorbant près de 2 milliards $ de ses exportations, ce volume des échanges n’est pas loin de la relation économique avec l’Afrique du Sud toute seul (1,9 milliard $) et très faible en comparaison aux exportations globales du Nigéria en 2016 (35,8 milliards $). L’économie nigériane n’est pas concentrée dans la zone Cedeao.

    Par ailleurs, la Côte d’Ivoire, deuxième leader de l’espace exporte plus dans la CEDEAO (2,8 milliards $ en 2016) qui est son principal marché africain, mais avec des exportations totales qui, à la fin 2016, ont représenté seulement 11,3 milliards $. L’économie ivoirienne reste assez modeste, comparée à celle du Nigéria, pour porter la communauté.

    Peut-être un espoir pourrait venir du Maroc. Le royaume chérifien est fortement ancré dans les économies, notamment de l’UEMOA, et pourrait en tandem avec la Côte d’Ivoire, constituer le binôme moteur, compensant les hésitations du Nigéria. Le Maroc a d’ailleurs manifesté son envie d’opter pour la monnaie de la Cedeao, au cas où l’opération devenait effective.

    Toutefois, les récents chiffres de l’excédent commercial du Maroc sur les pays de la Cedeao montrent bien que son intérêt est d’abord économique, alors que l’Eco est avant tout un projet politique.

    Scepticisme

    Pour le président de la commission, M. Marcel de Souza : « l’analyse des critères de convergence et de stabilité montre que le pari de créer une monnaie unique en 2020 ne pourra pas être tenu, surtout dans la précipitation. »

    En cause, il a évoqué l’entrée du Nigeria en récession avec un taux d’inflation, en fin décembre, de 18 %, le cas du Ghana également avec un taux moyen de 15 %. « Deux grandes économies de l’Afrique de l’Ouest face auxquelles les 8 pays de l’UEMOA réuni et même en bonne santé économique ne représentent, en termes de PIB, qu’un peu au-dessus de 10 % ».


    On ne peut plus aller à la monnaie unique en 2020


    A en croire ce dernier, la feuille de route visant à aboutir à cette monnaie n’a pas été mise en œuvre vigoureusement. Sur les quatre objectifs fixés, les résultats ne sont pas au rendez-vous. De 2012 à 2016, aucun pays n’a pu respecter de manière continue les critères de premier ordre du programme de convergence macro-économique.

    L’harmonisation des politiques monétaires entre les huit monnaies de la Cedeao, qui devait précéder la monnaie unique, n’a pas été effective. Et l’institut monétaire, prélude à une Banque centrale commune, n’a pas vu le jour.

    Pour conclure, comme le Président nigérien, que « face à cette situation, on ne peut plus aller à la monnaie unique en 2020 ».

    Monnaie unique : une nécessité

    Sur les 15 pays membres de la Cedeao, 8 ont en commun le franc CFA, arrimé à l’euro, rassemblé au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), et chacun des sept autres a sa propre monnaie : l’escudo pour le Cap-Vert, le dalasi pour la Gambie, le cédi pour le Ghana, le franc guinéen pour la Guinée, le dollar libérien pour le Liberia, le naira pour le Nigeria et le leone pour la Sierra Leone. Des monnaies qui ne sont pas convertibles entre elles.

    « Les avantages d’une monnaie unique, c’est d’abord la stabilité financière de la sous-région, la mise en commun de nos réserves, cela augmente notre force, et les avantages actuels de l’UEMOA » estime Hassoumi Massaoudou, ministre nigérien des Finances.

    Dans l’environnement monétaire international actuel, caractérisé notamment par l’absence de règles de bonne conduite monétaire unanimement acceptées, les pays d’Afrique de l’Ouest – comme la plupart des autres pays en développement – ne sont pas à l’abri des secousses monétaires résultant des politiques mises en œuvre dans le reste du monde.

    « Dans une telle situation, seule la monnaie unique peut offrir aux pays d’Afrique de l’Ouest l’opportunité de faire face collectivement, et donc plus efficacement, à ces bouleversements, et permettre notamment à chaque pays de disposer d’une monnaie unique, dont la valeur par rapport aux autres monnaies du monde pourrait mieux soutenir ses objectifs de croissance économique et de création d’emplois » a estimé la Banque africaine pour le Développement qui espère que la monnaie de la Cedeao pour donner un exemple aux autres communautés africaines.

    Le président nigérien Mahamadou Issoufou a cependant suggéré la mise en « circulation à partir de 2020 » d’une monnaie unique au sein des pays de la Cedeao « qui sont techniquement prêts », suivant le modèle européen avec l’euro. « L’adhésion » des autres États pourrait se faire au fur et à mesure », a-t-il dit, redoutant que les remises en question répétitives des dates de l’avènement de cette monnaie unique puissent finir par installer un scepticisme dans l’esprit des populations ouest-africaines. Avant qu’il ne soit trop tard.

     

  • Réseaux sociaux: sont-ils présents, les chefs d’État francophone?

    Réseaux sociaux: sont-ils présents, les chefs d’État francophone?

    Sur la toile, les leaders d’opinion, les chefs d’entreprise et les stars africains s’imposent. Ils se sont approprié l’outil web. Ils sont présents partout, principalement sur Facebook et Twitter. À coups de messages laconiques, de longs posts et de contenus audiovisuels, ils fidélisent leurs abonnés. C’est aussi le cas pour certains présidents de la République. Mais que dire concrètement de la communication digitale de ces derniers ?


    Très présent…


    Paul Kagamé

    En termes de présence sur la toile, Paul Kagamé reste également un leader incontesté comparé à ses pairs. Son compte Twittter est très actif. Paul Kagamé poste de courts messages sur ses activités, sa vision du monde et parfois des conseils à la jeunesse africaine.

    Il lui arrive surtout d’adresser des messages particuliers à ses compatriotes lors des jours historiques pour le Rwanda. Ne soyez pas surpris de voir des tweets de Paul Kagamé sur des matches du Premier League anglais et sur Arsenal un club qu’il suit particulièrement. Le chef de l’État aime le sport. Il lui arrive aussi de tweeter sur la NBA. Chose importante, Paul Kagamé n’hésite pas à interagir avec les internautes. Ces derniers suivent le président sur Facebook, Google+, Flickr ou encore YouTube.

    Les discours de Paul Kagamé sont très écoutés. Pour faciliter la tâche aux internautes, toutes les interventions du chef de l’État sont mises en ligne sur paulkagame.tv. Mais également sur un site web dédié à l’homme fort du Rwanda. Tous les clichés de Paul Kagamé sont aussi publiés sur Instagram. Au grand bonheur des milliers d’abonnés au compte du président.

     Alassane Ouattara 

    Le chef de l’État se sert comme il faut de la toile. Il 0tweete, informe sur Facebook et est présent sur Hi5 et MySpace. Mais comme ses pairs ses comptes sont à la charge d’une équipe spéciale. Les plus de 274 000 followers peuvent quand même se permettre parfois d’interagir avec ADO. D’autant plus que le chef de l’État dispose d’un site web qui porte sur sa dernière campagne électorale et d’un autre qui évoque son parcours, ses idées et les actions qu’il a réalisées. L’Ivoirien reste malgré tout absent sur Instagram.

    Roch Marc Christian Kaboré 

    Très actif sur les réseaux sociaux, ses followers ont par exemple très vite augmenté sur Twitter et le président du Burkina Faso a vu son compte être certifié. Roch Marc Christian Kaboré twette sur toutes ses activités quotidiennes. Également présent sur Facebook ou sur Périscope le chef de l’État entretient une relation particulière avec ses abonnés. Roch Marc Christian Kaboré interagit souvent avec ces derniers. Plusieurs clichés du président du Faso sont également publiés sur Instagram.

    Faure Gnassingbé

    Avec un compte Twitter Facebook pas encore certifié, le président togolais informe ses plus de 24 000 followers sur ses déplacements, ses voyages. Faure Gnassingbé  tweete également à propos des rencontres qu’il préside, de ses audiences et des infrastructures qu’il inaugure. Comme ce 24 où il informe sur « l’inauguration de la nouvelle salle de spectacle Canal Olympia de Vivendi » qu’il inaugure aux côtés de Vincent Bolloré. Faure Gnassingbé est également présent sur Facebook. Le Togolais qui ne publie pas de photos sur Instagram a quand même ses clichés disponibles sur Flickr.

    Ali Bongo

    C’est sur Facebook que le chef de l’État gabonais rassemble le plus ses fans. Celui qui dispose d’un compte certifié sur Twitter n’est pourtant très actif sur « l’oiseau bleu ». Ali Bongo tweete néanmoins quelques messages à ses plus de 71 000 followers. Ali Bongo est aussi présent sur YouTube ou Dailymotion. Il dispose surtout d’un site web personnel qui informe les visiteurs sur les activités du président de la République. Ali Bongo a également un compte Instagram. Depuis mai 2016, le chef de l’État gabonais partage ses photos et de courtes vidéos avec ses abonnés. Chose importante à souligner le numéro 1 gabonais est aussi présent sur le réseau social chinois Weibo.

    Patrice Talon

    Durant sa campagne électorale, Patrice Talon avait créé un compte Twitter. Mais il n’y est pas actif. Le chef de l’État s’est rabattu sur Facebook où il est très présent. Le Béninois publie ses messages à la nation, partage les images de ses déplacements et poste des vidéos dans lesquels il s’adresse directement à ses abonnés. Il pourrait bientôt « débarquer » sur Instagram où il n’a pas encore un compte officiel.

    Macky Sall

    Un compte Twitter certifié et plus de 400 000 followers. Le président sénégalais est présent sur la toile. Comme la plupart de ses pairs africains, c’est essentiellement sur ses activités qu’il informe ses « suiveurs ». Pareil sur Facebook où le successeur d’Abdoulaye Wade informe sur tous ses déplacements, recueille l’avis de ses abonnés et publie le contenu de ses discours. Certains clichés du chef de l’État sont aussi publiés sur un compte Instagram auquel se sont abonnés près de 13 000 followers.


    … Pas très actif


     Paul Biya

    Paul Biya est de son côté présent sur les réseaux sociaux. Celui qui est en Afrique centrale le chef d’État le plus suivi sur Twitter informe ses nombreux followers sur ses activités. Pas toujours régulièrement. Surtout sur Facebook où ses abonnés sont parfois informés des jours après la tenue d’une activité du chef de l’État. Mais depuis quelques mois, tout se régularise. Le président camerounais a même fait son apparition sur Instagram où ses photos sont publiées. Visite de travail à l’étranger, cérémonies d’hommage, rencontres avec des personnalités de ce monde, les clichés de Paul Biya pullulent sur Instagram.

    Pierre Nkurunziza

    Il a son compte certifié sur Twitter. Mais malgré ses plus de 83 000 abonnés, Pierre Nkurunziza tweete rarement. Quand il le fait, c’est pour informer ses followers sur ses déplacements dans le pays, ses audiences et pour féliciter certains de ses pairs africains. Le Burundais publie aussi parfois quelques photos sur Instagram.

    Alpha Condé

    C’est sur Facebook que l’actuel président en exercice de l’Union africaine se plaît le plus. À ses plus de 700 000 abonnés, le professeur Alpha Condé publie entre autres des images de ses visites ou encore les audiences qu’il accorde à ses hôtes. Certains de ses posts sont aimés plus de 5000 fois, commentés et partagés par des centaines d’abonnés. Alpha Condé n’est pourtant pas très actif sur Twitter. Le chef de l’État est également absent sur Instagram.

    Joseph Kabila

    Le président de la RDC n’est pas actif sur la toile. Il n’a pas un compte Twitter officiel. Difficile également de considérer la page Facebook en son nom aux milliers d’abonnées comme officielle. D’autant plus que les abonnés sont informés de façons irrégulières sur les activités du chef de l’État. Pareil sur Instagram où il n’a pas de compte officiel. Sa communication sur le web est peut-être à son image. Discret, taciturne, introverti.

     Mahamadou Issoufou

    Sa présence sur la toile n’est pas si remarquée. Le président nigérien a un compte Twitter avec lequel il twette de temps en temps. S’il n’a pas de compte Instagram, les photos du chef de l’Etat ainsi que ses activités sont néanmoins relayées sur sa page Facebook et celle de la présidence du Niger.

     Denis Sassou Nguesso

    Le président congolais n’est pas actif sur Twitter. Son dernier tweet pour ses followers remonte à janvier 2017. Sur sa page Facebook, les posts sont rares. Le président Sassou Nguesso n’a d’ailleurs pas de compte Instagram officiel.