Auteur/autrice : Emmanuel Vitus

  • Musique: le style Afrobeats  fait des millionnaires à Lagos

    Musique: le style Afrobeats  fait des millionnaires à Lagos

    Le Nigeria représente ces dernières années, le pays le plus attirant du point de vue musical. Sur la scène continentale, elles sont nombreuses, ces stars de musique nigériane à exporter leurs musiques aux quatre coins de l’Afrique et partout dans le monde. La musique a fabriqué plusieurs millionnaires dans le pays, avec une méthode de distribution des produits musicaux assez rare : les téléchargements mobiles.

    La musique, c’est l’un des business qui fait des millionnaires au Nigeria. Pour l’année 2015 par exemple, les revenus provenant des ventes de chansons dans ce pays ont atteint les 56 millions de dollars, selon Pricewaterhouse Coopers, un cabinet d’audit. Ce cabinet prévoit même une évolution atteignant le pic de 88 millions de dollars au cours des 3 prochaines années. Ce succès est imputable selon certains, à la montée du style Afrobeats devenu la marque culturelle du pays et porté par des artistes qui assure la « révolution » comme Yemi Alade. L’afrobeat, genre musical initié dans les années 1970 par Fela Kuti, se retrouve ainsi mêlé à la musique électronique, au rap, à la trap, pour un résultat que le Nigéria exporte sur tout le contient.

    Asa, l’artiste internationale d’origine nigériane s’est exprimée sur la production de son pays. Cette artiste reste convaincue que l’industrie musicale nigériane doit être beaucoup plus au service du développement du Nigéria. « Les artistes peuvent payer des impôts. Les taxes serviraient à aider à la construction de routes, la création de l‘électricité. Vous savez que vous devez établir une société de gestion collective, de sorte que lorsque les stations de radio jouent les chansons, elles paient. Lorsque les produits, les marques, utilisent votre musique pour leurs pubs, elles peuvent payer l’artiste, tout comme le gouvernement, pour aider à construire un bon pays, » a-t-elle déclaré.

    En effet, tout comme l’industrie cinématographie nigériane qui s’est finalement démocratisée pour devenir la deuxième plus grande production mondiale, la musique nigériane fait des exploits sur un continent où, en règle générale la vie des artistes ne ressemble en rien d’enviable. Au Nigéria, c’est le contraire. Et le pays s’invite même aux États-Unis, auprès des stars mondiales. En exemple, le chanteur Wizkid a collaboré sur le titre « One Dance » du Canadien Drake. Mais pas que. Il travaille aussi avec Tyga, l’un des patrons du gansta rap west coast. Tout comme, le duo de hip-hop P-Square qui s’est associé au rappeur Rick Ross, ou encore D’banj à Kanye West, alors que Davido s’est associé quant à lui à Meek Mill.

    Au-delà de la piraterie

    Au Nigéria, un problème persiste. Le manque de structures pose un réel problème de protection des œuvres. Comme dans la grande majorité des pays africains, les artistes sont depuis longtemps livrés à eux-mêmes faute de marché structuré, fébrile face à l’affluence des piratages devenus la mode. A Abuja ou à Lagos, les copies de CD piratés ne sont pas rares. Dans cette situation, les artistes nigérians se sont frayé des méthodes pour assurer des revenus de façon particulière : les revenus de l’industrie musicale proviennent beaucoup plus des téléchargements en ligne, des opérateurs de téléphonie, de la publicité de marque. Au Nigéria, les revenus issus de la musique sont dépendants des sonneries et des tonalités d’attente.

    En effet, les opérateurs de téléphonie donc principalement le géant sud-africain MTN, se sont intéressés au potentiel du Nigeria, pays de 190 millions d’habitants. Avec ses 60 millions d’abonnés dans le pays, l’opérateur MTN se veut le plus grand distributeur de musique au Nigeria, à travers la vente de sonneries (à 50 nairas, 0,25 dollar l’unité), et via sa plateforme de téléchargement MTN Music Plus, plateforme, même si elle n’est pas très réputée en dehors du pays, se présente comme un concurrent des leaders mondiaux de la musique en ligne comme iTunes en terme de nombre de téléchargements. « Il y a beaucoup de musiciens talentueux sur le marché — (…) qui peinaient à vendre leur musique. Nous leur avons permis de rentabiliser leur travail », a déclaré Richard Iweanoge, directeur général du marketing de MTN Nigeria.

    Aussi original et particulier que ça puisse paraître, cette méthode n’est pas utilisée que par des artistes en herbes. Au contraire. D’immenses stars de l’afropop au Nigeria ont largement profité de ce nouveau marché comme D’banj, ou encore Davido. Ce ne sont pas des miettes que les Nigérians tirent de cette nouvelle forme de distribution de leurs produits. Selon les chiffres de PWC, le seul téléchargement de sonneries peut leur rapporter jusqu’à 350.000 dollars par an. De quoi rêver faire des riches en quelques années.

  • Nigéria: voici les artistes les plus riches de l’année 2017

    Nigéria: voici les artistes les plus riches de l’année 2017

    En Afrique, l’hégémonie nigériane va au-delà de l’économie. En production cinématographie, le pays se positionne comme une masse mondiale et depuis quelques années, le Nigeria exporte sa musique sur tout le reste du continent, aux États unis et en Europe.

    Le Nigéria, ce n’est plus un secret : il est l’un des pays les plus dynamiques en matière de musiques urbaines sur le continent africain. De ce pays, émane une myriade de musiciens aussi concurrents entre eux, et dont les chansons font le tour du continent. Une industrie musicale assez importante, qui, à l’image de celle américaine, fabrique des millionnaires, dont voici le top 5 des plus riches.

    Don Jazzy

    De son vrai nom Michael Collins Ajereh, Don Jazzy mélange judicieusement sa carrière d’artiste avec la production, et ce statut presque particulier a fait de lui l’acteur musical le plus riche du Nigéria de l’année en cours. Don Jazzy est le patron de MAVIN, la maison de disques qui compte des vedettes comme Tiwa Savage, Korede Bello ou encore Iyanya. Pour l’année 2017, Don Jazzy devrait valoir 6,5 milliards de nairas.

    Jidenna

    Bien qu’étant un musicien très talentueux, Jidenna est beaucoup moins connu au Nigeria, encore moins en Afrique qu’aux États-Unis. Jidenna Theodore Mobinson Al Amin est un Nigérian né aux Etats-Unis. Tout comme Don Jazzy, il combine de façon habille son rôle d’artiste avec la production musicale. Depuis qu’il s’est mis dans le domaine musical en 2012, ses chansons connaissent beaucoup de succès aux États-Unis.

    Wizkid

    Ayodeji Ibrahim Balogoum, connu sous le nom de Wizkid, est un jeune homme aux potentiels musicaux inspirants. Consacré meilleur artiste africain de l’année 2017 au festival AFRIMA, sa réputation lui a donné sans aucun doute une position honorable à l’intérieur et à l’extérieur du Nigéria. En plus de son étiquette de meilleur artiste de la maison Starboy, Wizkid a raclé ces dernières années beaucoup de récompenses internationales. Selon les estimations, sa valeur actuelle se situe autour de 2,8 milliards de nairas.

    Davido

    David Adedeji Adeleke est le quatrième artiste le plus riche du Nigéria. Lui, il est l’exemple des rares artistes qui ont bâti leurs succès sur un temps relativement court. Fils de milliardaire et filleul du plus riche homme d’Afrique – Aliko Dangote —, Davido a réussi à s’imposer au Nigéria et même à exporter sa musique hors du continent. Au point où, l’artiste a publié en juillet dernier une vidéo sur les réseaux sociaux, en train de jubiler du fait que le joueur portugais Cristiano Ronaldo s’était abonné à son compte Instagram, après une chanson composée pour celui-ci. La super star a actuellement un contrat avec la maison Sony.

    P-Square :

    De manière fascinante, la combinaison de talents des jumeaux Peter et Paul Okoye a séduit toute l’Afrique et même les États-Unis. Après avoir remporté de nombreux prix de leurs albums les plus vendus au Nigéria et à l’étranger, les deux frères ont une base de fans assez considérable sur le continent. Ils détiennent également d’importants contrats.

     

  • Wikileaks révèle comment les USA ont évincé Robert Mugabe

    Wikileaks révèle comment les USA ont évincé Robert Mugabe

    Après 37 ans de pouvoir, Robert Mugabé a démissionné, non sans pressions extérieures selon les révélations de Wikileaks. Le pays est repris en main par un de ses anciens fidèles. Une situation qui inquiète certains Zimbabwéens.

    Jusqu’à présent, la chute de Robert Mugabé est expliquée par plusieurs observateurs comme la conséquence des ambitions démesurées de sa femme Grâce. A cela s’ajoute, la destitution du vice-président Emmerson Mnangagwa qui a provoqué l’intervention de l’armée. Mais la démission de Mugabé pourrait être liée à une cause lointaine. Un plan fomenté pour pousser dehors le nonagénaire président zimbabwéen selon Wikileaks. Des informations font état d’hommes d’affaires zimbabwéens réfugiés en Afrique du Sud qui seraient liés d’amitiés depuis 2010 avec des chancelleries occidentales pour évincer Robert Mugabé.

    Parmi ces puissances étrangères, on peut retenir les États-Unis d’Amérique et même des personnalités des Nations-Unies. Des documents confidentiels le témoignent. Ils indiquent que dès 2007, les autorités américaines avaient approuvé le plan des hommes d’affaires zimbabwéens de forcer Mugabé à quitter ses fonctions pour rendre le pouvoir à son premier ministre. Expliquant qu’à Harare il y a avait déjà des volontés de voir Mugabé quitter le pouvoir.

    À l’ambassade des États-Unis en Afrique du Sud le déroulement de ce plan se trouvait dans un document nommé « plan de partage du pouvoir ». « Les quatre hommes d’affaires ont reconnu qu’il y a une opportunité pour apporter le changement positif au Zimbabwe, concerné par la situation économique détériorée du pays et l’avancée de l’âge de Mugabe et sa santé déclinante », souligne le plan.

    L’idée a été aussi approuvée par le Mouvement démocratique pour le Changement (MDC) parti politique de l’opposition qui estimait d’ailleurs qu’une action massive pouvait forcer le président à démissionner. La suite on la connait. Le Zimbabwe connaîtra en 2008 à sa tête une difficile cohabitation marquée par la nomination de Morgan Tsvangirai, leader du MDC, au poste de Premier ministre, après de violentes élections.

    Les hommes d’affaires et les puissances occidentales expliquaient qu’il fallait obtenir progressivement le départ de Robert Mugabé pour donner plus de pouvoir à une autre personne qui doit faire renaître l’économie du pays. Le secrétaire général de l’ONU d’alors le Sud-Coréen Ban Ki-Moon et l’ancien Premier ministre malaisien Mahathir avaient été recommandés comme médiateurs.

    Même si ce n’est qu’en 2017 que Mugabé est déchu, il semble que plusieurs événements ont été provoqués et que le plan ait fonctionné. D’autant plus que sept ans après, le scénario s’est déroulé comme annoncée : un coup d’Etat sans effusion de sang. Malgré l’euphorie constatée, l’après Mugabé reste une équation difficile à résoudre. « Nous ne sommes pas convaincus d’un profond changement. Le même système continue », justifie un habitant de Harare.

    Et après ?

    Le désormais homme fort du Zimbabwe est l’ancien vice-président démis de ses fonctions par Robert Mugabé. Emmerson Mnangagwa qui n’était pas apprécié par le clan de la femme du président succède à fondateur de ma Zanu-PF. Mais que pourra réaliser cet ancien compagnon de Mugabé ? En réalité, le nouveau président zimbabwéen est un ancien combattant de la lutte pour la libération du pays. Surnommé « le crocodile », il a déjà été plusieurs fois ministres et était souvent considéré comme le successeur légitime de Robert Mugabé.

    Pendant que l’on évoque une période transition qui devrait conduire le pays à l’organisation d’élections présidentielles, des questions sont soulevées sur le réel apport du crocodile. « C’était un intime de Mugabé. Il a pendant longtemps incarné le système de répression du pouvoir », commente un spécialiste du pays. Autant dire que ce n’est pas « un démocrate », ajoute-t-il. En 2008, plusieurs militants de l’opposition avaient subi la foudre de celui qui a déjà dirigé les services de renseignement du pays et occupé le portefeuille en charge de la Défense.

    Au MDC, même si le départ de Mugabé reste une bonne nouvelle, un responsable du parti confie que « le changement doit continuer ». « Monsieur Mnangagwa n’est pas différent de son prédécesseur. Nous comptons lutter pour être au pouvoir », rassure-t-il. Certaines analyses font aussi état de la possibilité de voir le nouveau président « entrer dans la danse du changement ». Pour le prouver, il devra composer avec l’opposition pour la rassurer de ses bonnes intentions. « Pourquoi ne pas former un gouvernement d’union nationale pour conduire la période de transition ? », s’interroge un ancien diplomate européen.

    De retour au pays après quelques jours d’exil en Afrique du Sud, Emmerson Mnangagwa a appelé ses compatriotes à œuvrer ensemble pour une nouvelle ère de démocratie au Zimbabwe. Cela devrait permettre au pays, de mieux faire face à son déclin économique. « Lutter contre le chômage, résoudre la question de la monnaie, réorganiser les secteurs économiques. Tout est à refaire », prévient un chercheur sud-africain. Mais le Zimbabwe peut compter sur certains pays qui l’ont déjà assuré de leur soutien. Comme le cas de la Grande-Bretagne qui compte travailler avec le pays dans son nouveau départ.

  • Canal+, Vivendi […] Bolloré à la conquête de l’Afrique 2.0  

    Canal+, Vivendi […] Bolloré à la conquête de l’Afrique 2.0  

    Bolloré, le groupe français dirigé par Vincent Bolloré entend poursuivre sa conquête du continent africain. Le groupe veut créer au moins 50 salles de spectacles sur le continent, déployer la fibre optique et poursuivre son implantation dans le vaste marché de la TNT. Grâce à ses diverses activités en Afrique, le groupe français affiche un chiffre d’affaires en hausse de 5 % au troisième trimestre 2017.

    A périmètre et taux de change constants, le chiffre d’affaires du groupe Bolloré (transport, logistique, médias, stockage d’électricité) progresse de 4,9 %, selon un communiqué diffusé jeudi soir. Cette évolution, le Groupe français la justifie par les résultats satisfaisants enregistrés dans divers domaines d’activités dans lesquels il intervient. Il s’agit principalement de la croissance de 10 % de l’activité transport et logistique qui bénéficie de la hausse des taux de fret et des volumes, et des bonnes performances des terminaux portuaires notamment en Afrique. A cela s’ajoute la progression de 10 % de l’activité logistique pétrolière consécutive à l’augmentation des prix des produits pétroliers, ainsi que la progression des activités communication (+2 %) et la hausse du stockage d’électricité et solutions (+2 %)

    En Afrique où le groupe français n’est plus à présenter, Bolloré affiche une santé de fer. Son PDG, Vincent Bolloré veut surfer sur la vague numérique qui inonde le continent africain. Depuis plusieurs mois, Vivendi et Canal+ multiplient les projets à destination d’une classe moyenne grandissante et de plus en plus connectée en Afrique, où la révolution numérique est constamment prometteuse. Cette forme du groupe français semble imputable à l’intégration de Vivendi dans ses comptes, et la stabilisation de l’activité de Canal+, qui était en recul l’an dernier.

    Dans cette « réforme » du groupe qui vise à conquérir le territoire africain de plus en plus démographiquement grand, la télévision payante. Depuis 2016, la chaîne cryptée propose des offres disponibles sur la télévision numérique terrestre (TNT) dans certains pays comme la République démocratique du Congo (Kinshasa et Lubumbashi) et au Congo Brazzaville (Pointe-Noire). Et en 2017, Canal+ vise la Côte d’Ivoire. « La TNT nous permet d’aller chercher des clients moins fortunés avec des tarifs d’abonnement de 4.000 francs CFA (environ 6 euros) pour 30 chaînes, précise David Mignot, le Directeur général de Canal+ Afrique. C’est une technologie de transition en attendant l’essor de l’ADSL, la fibre optique, la 4G et la 5G ». Et Canal+ compte bien accélérer cette transition.

    3 millions d’abonnés

    Autre projet impulsé depuis la reprise en main de Vincent Bolloré : la construction de 50 à 100 salles de cinéma et de spectacles en Afrique subsaharienne dans les prochaines années. La première a ouvert ses portes en juin 2016 à Yaoundé (Cameroun), s’en est suivies d’autres dans certaines capitales comme la salle de Lomé inaugurée octobre 2017. Accra (Ghana) et surtout Lagos (Nigeria), la plus grande ville du continent avec ses 22 millions d’habitants, sont dans la mire. Ce projet baptisé Canal Olympia est dédié à la projection de films, mais aussi à l’organisation de concerts d’artistes africains et étrangers, ainsi qu’à l’accueil de stand-up d’humoristes. « Chaque salle doit permettre de détecter des talents locaux, de les faire connaître et valoriser ainsi la culture africaine » selon David Mignot.

    Canal+, qui a aussi lancé en octobre 2014 la chaîne de divertissement 100 % africaine, A+, a fait depuis 2011 du continent un axe majeur de son développement à l’international. La branche du groupe en charge de l’Afrique est ainsi passée en six ans de 300 à environ 1.500 salariés. En 2011, le média avait 400.000 abonnés en Afrique, précise David Mignot. Aujourd’hui il ne compte pas moins de 2,5 millions d’abonnés actifs.

    Un succès qui s’explique notamment par la multiplication des offres proposées par Canal+. La chaîne a par exemple signé des accords de diffusion avec Walt Disney et la Fédération ivoirienne de football. Depuis, Canal+ dispose presque saine en Afrique. Des émissions dédiées au continent, à l’instar de The Voice, l’Afrique a un incroyable talent font les choux gras du groupe de médias.

    En position d’attaque

    Lorsque Vincent Bolloré reprend en main la chaîne en 2015, il demande à ses équipes de favoriser les synergies entre Vivendi et Canal+. L’un de ces rapprochements vise à construire un réseau de fibres optiques en Afrique subsaharienne. L’idée est de déployer la fibre en aérien, le long des poteaux électriques.

    Une technique jugée moins coûteuse que le creusement de tranchées pour enfouir la fibre dans le sol. L’industriel breton s’appuie notamment sur le succès de GVT, l’ex-filiale de Vivendi revendue à prix d’or au groupe espagnol Telefonica (7,5 milliards d’euros) en 2015 et connu pour avoir bâti un réseau haut débit de qualité au Brésil.

    L’empire Bolloré en Afrique

    Vincent Bolloré a développé son empire comme personne d’autre. Françafrique, influence politique, propagande, censure, tout y passe. En Afrique et en France, l’influence du milliardaire est connue. Bolloré Africa Logistics est incontournable sur le continent. Il est présent dans une quarantaine de pays africains.

    Il contrôle la manutention, seul ou en partenariat avec d’autres sociétés, de 14 ports en Afrique ainsi que 23 ports secs. Parfois, Bolloré Africa Logistics contrôle également le réseau ferroviaire et routier. Dans certaines régions d’Afrique, on peut même parler d’omniprésence de Bolloré qui jouit par exemple d’un quasi-monopole sur les ports du golfe de Guinée.

    En 2016, les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption avaient soupçonné le groupe Bolloré d’avoir utilisé Havas, son bras publicitaire, pour obtenir des concessions. Deux ports avaient été pointés du doigt : Conakry et Lomé. En Guinée, Havas s’est occupée en 2010 de la campagne électorale d’Alpha Condé. En 2011, le président fraîchement élu débarquait Getma, la compagnie qui gérait le port depuis 2008 pour confier la concession à Bolloré.

    Même scénario au Togo. En 2010, le groupe Bolloré obtient la concession du terminal à conteneurs du port de Lomé pour 35 ans. La même année, Faure Gnassingbé, conseillé par Havas, était réélu.

    Bolloré est présent en Afrique dans les activités logistiques depuis les années 1980. Mais c’est dans les années 1990, quand la Banque mondiale et le FMI incitent les pays africains à privatiser les concessions portuaires, qu’il se taille la part du lion.

    Entre-temps, le groupe Bolloré a diversifié ses activités sur le continent. Outre le rail, Bolloré assure aussi la logistique pour des groupes pétroliers comme Total en Angola. Le groupe possède également des plantations d’hévéa et de palmiers à huile, à travers sa filiale Socfin présente au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Libéria ou encore en RDC.

    Le secret de la réussite du groupe, selon Olivier de Noray, directeur des ports et terminaux chez Bolloré Africa Logistics : une stratégie entièrement centrée sur l’Afrique.

     

     

     

     

  • Énergie éolienne: point sur les grands chantiers chinois en Afrique

    Énergie éolienne: point sur les grands chantiers chinois en Afrique

    En Afrique où les pays essaient de jouer leur partition face aux défis du changement climatique, les entreprises chinoises ont une position privilégiée en ce qui concerne les contrats en matière d’énergies.

    Autrefois considérées comme un luxe, la Chine a rendu abordable dans le monde les énergies éoliennes. Sur le continent africain, le pays investi une grande fortune pour fructifier cette technologie.

    En Afrique, les problèmes liés à l’électricité sont devenus des casse-têtes ces dernières années. Selon le PNUE, Programme des Nations unies pour l’environnement, l’Afrique est l’un des marchés les plus prometteurs pour les énergies renouvelables au cours des 10 à 20 prochaines années.

    Raisons évoquées : ses ressources potentielles abondantes en termes d’ensoleillement, d’énergie géothermique, de vent, etc. En 2015 par exemple, l’Afrique de l’Est était la zone de toutes les convoitises. Le Kenya avait attiré des investissements de 316 millions de dollars, l’Ouganda de 134 millions de dollars et l’Éthiopie n’avait pas moins de 100 millions de dollars.

    Sur le continent, nombre d’experts pensent que les pays doivent développer des politiques fortes permettant d’adopter l’énergie solaire. Un fait qui n’échappe pas à la Chine qui compte étendre son hégémonie sur le continent africain.

    En effet, depuis 2014, année où les capitaux engagés dans les énergies vertes ont augmenté de 16 % après deux années de baisse, la Chine s’est perchée en position du pionnier, en dépassant principalement les États-Unis. Poursuivant ses objectifs visant à se libérer d’une dépendance du charbon, l’empire du Milieu a consacré 89,5 milliards de dollars l’an dernier aux énergies vertes, enregistrant ainsi une hausse spectaculaire de 32 % sur un an. Et l’Afrique en a également bénéficié.

    Aujourd’hui, cinq des six plus grandes entreprises de fabrication de modules solaires à travers le monde sont chinoises. Ces entreprises ont de manière significative commencé par s’intéresser à l’Afrique, surtout sub-subsaharienne en 2012 via l’Afrique du Sud où JinkoSolar a investi dans une usine photovoltaïque d’une capacité annuelle de 120 MW.

    Depuis, les projets de ce genre sont légion dans ce pays ; en 2016, notamment en Afrique du Sud avec la centrale solaire de 150 MW réalisée par GCL-Poly, ou encore le projet de centrale solaire au Northern Cape remporté par JA Solar, ou celui annoncé au Sénégal en novembre dernier pour CGN, la Chine se prépare activement à renforcer sa présence dans le domaine de l’énergie en Afrique en particulier.

    En effet, ce 17 novembre encore, le projet d’énergie éolienne Longyuan Mulilo De Aar, centrale éolienne d’Afrique à investissements chinois ayant bénéficié d’un financement total de 2,5 milliards de Yuans (377 millions de dollars) a été mis en service. Construit par Longyuan South Africa, une entreprise dépendant de China Guodian Cooperation (CGC), ce projet en cours d’exécution prévoit construire une centrale en deux phases dans la région de Northern Cape, en Afrique du Sud.

    Cette nouvelle centrale aura une capacité installée totale de 244,5 MW. Selon Zhang Guohou, vice-président exécutif de la CGC, le projet permettra, tout en économisant 215 800 tonnes de charbon standard et en réduisant la quantité de dioxyde de carbone de 619 900 tonnes, de générer chaque année 644 millions de kWh d’énergie verte pour l’Afrique du Sud. Il devrait répondre à la demande d’électricité de 85 000 ménages de la région.

    L’Afrique, une terre fertile à la Chine

    S’il est vrai que le continent est absent des 5 premières destinations des investissements chinois à l’étranger dans le domaine des énergies renouvelables entre 2002 et 2015, l’Afrique devient de plus en plus présente à partir des années 2010 ; une période qui a coïncidé avec la multiplication des plans nationaux d’énergie renouvelable dans nombre de pays. Selon le dernier rapport publié par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), plus de 13 milliards de dollars de contrats ont été réalisés en Afrique l’année dernière et les entreprises chinoises construisent actuellement 30 % des nouvelles capacités électriques en Afrique subsaharienne, soit plus de deux cents projets entre 2010 et 2020.

    Les deux tiers de ces investissements sont dirigés vers le sud et l’est de l’Afrique, contre 26 % pour l’Afrique de l’Ouest et seulement 8 % pour l’Afrique centrale. Pour résumer, David Bénazéraf, responsable du programme Chine à l’IEA et auteur dudit rapport a déclaré qu’un mégawatt sur deux est chinois. « Si on met à part les investissements réalisés en Afrique du Sud, c’est même 46 % des nouvelles capacités électriques en Afrique subsaharienne qui sont construites par des entreprises chinoises avec une large place faite aux barrages », a-t-il ajouté.

    En effet, avec près de 90 milliards de dollars consacrés aux énergies renouvelables chaque année depuis 2014, la Chine domine le classement des plus gros investisseurs dans les filières renouvelables, et dirige une large part de ses fonds vers les pays africains. La majorité des projets en cours sont prévus pour alimenter le réseau électrique national. La Chine joue donc également un rôle important dans l’électrification des pays africains. Selon les statistiques, près de 635 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité. Avec ces projets réalisés par la Chine, ce sont 120 millions de personnes qui auront accès à l’énergie, selon les chiffres avancés par les responsables chinois.

    Aussi, depuis que le pays le plus peuplé au monde a débarqué en Afrique, près de 60 % de ses projets chinois sont financés par l’Exim bank of China. La banque chinoise apporte des prêts bonifiés et confessionnels et propose des offres intégrées avantageuses pour des pays en manque cruel de liquidités. Conséquence, les groupes publics chinois sont plus attrayants et remportent de nombreux contrats sur le continent.

    Cependant, la Chine n’est pas la seule puissance à investir en Afrique. D’autres pays comme la France, l’Italie ou la Suisse sont également présents, mais peinent à concurrencer la puissance asiatique, en raison de la taille des financements des entreprises chinoises dans des infrastructures hydrauliques généralement très onéreuses.

     

  • Ghana: deux adolescents produisent l’électricité grâce au manioc

    Ghana: deux adolescents produisent l’électricité grâce au manioc

    La nouvelle génération de jeunes entrepreneurs ghanéens s’illustre dans différents secteurs de développement avec des innovations remarquables.

    Au Ghana, un soutien proactif est apporté à l’entrepreneuriat depuis quelques années. Cela a facilité la naissance de nouvelles entreprises. Les inventions sont également constatées dans plusieurs secteurs. Parmi elles, on peut citer une voiture trois places ou un appareil qui génère de l’électricité grâce au manioc.

    Deux jeunes ont en effet mis en place un appareil d’une tension de 12 volts capable d’alimenter une dizaine d’ampoules à économie d’énergie et un poste de radio. Pour faire fonctionner l’appareil, du manioc mélangé est mis dans un réservoir d’un litre. « Les tuyaux dans le dispositif absorberont alors le manioc mélangé du réservoir et l’utiliseront ensuite pour produire de l’électricité », expliquent-ils.

    Ce prototype peut être mieux développé. Les jeunes inventeurs envisagent avoir du financement pour concevoir un appareil capable de générer une puissance élevée avec un plus grand réservoir. Sur ce plan, les autorités ghanéennes ont créé un environnement propice pour stimuler les investissements dans l’entrepreneuriat. L’État facilite ainsi l’accès au financement des micro — , petites et moyennes entreprises. L’initiative n’a pas encore comblé toutes les attentes. Cependant elle a déjà permis à des entrepreneurs de continuer la réalisation de leurs projets.

    Innovation

    Pour promouvoir la création d’entreprises, l’État a mis en place durant un an un programme universitaire appuyé par la Banque mondiale. Il s’agit du projet eGhana qui a permis à des jeunes entrepreneurs comme Peter Paul Akanko, PDG de la société Kente Master, qui fait du tissu traditionnel un produit chic et jeune.

    Sa société fabrique à partir du tissu Kente des cravates, des tongs, des chaussures, des cartables, mais aussi des étoles pour les cérémonies de remise de diplôme. D’autres programmes de pépinière d’entreprise sont aussi mis en place. Et le pays s’illustre par les réalisations de ses entrepreneurs.

    Sulley Amin Abubakar a par exemple créé Zaacoal qui produit du charbon à base de coques de noix de coco. Sa jeune compatriote Bernice Dapaah a réalisé un projet écologique impressionnant. L’entrepreneure a en effet fabriqué des bicyclettes en bambou. « Ces vélos n’ont pas besoin d’être remplacés tout le temps. Et s’il faut les réparer, les matériaux, les outils et les compétences sont sur place », explique la fondatrice de Ghana Bamboo Bikes qui a déjà créé des emplois.

    Dans le secteur du numérique, trois jeunes ont fondé il y a quatre ans MeQasa, un site d’immobilier et de petites annonces qui aide la population. Bright Simons a de son côté lancé MPedigree, une application mobile qui permet déceler les faux médicaments. D’autres espaces de travail comme Hub Accra ou ISpace Ghana encouragent également l’idée d’entrepreneuriat technologique.

    À côté de ce « Ghana qui bouge », l’État a décidé de conquérir l’espace. Le Ghana a lancé en juillet dernier son premier satellite, GhanaSat-1, qui va faciliter la surveillance dans la recherche scientifique et la surveillance des côtes du pays. Le satellite a été construit par des ingénieurs ghanéens de l’université All Nation de Koforidua. Un deuxième satellite devrait également être lancé pour contrôler l’exploitation illégale des minerais ou la déforestation dans le pays.

  • Ghana: 100 millions de dollars pour encourager les startups

    Ghana: 100 millions de dollars pour encourager les startups

    Pour redresser son économie, le nouvel exécutif mise sur le renforcement du secteur privé et un soutien aux entrepreneurs.

    Le Ghana veut améliorer la compétitivité et les niveaux d’emploi de ses micro — , petites et moyennes entreprises. « Nous sommes une économie portée par le secteur privé », explique Mohammed Awal, ministre du Développement des entreprises. Membre de l’équipe gouvernementale du président Nana Akufo-Addo, il est l’un des acteurs clés de la revitalisation de l’économie ghanéenne. Son rôle est de travailler à la consolidation des entreprises. En réalité, l’État mise sur une génération d’entrepreneurs ghanéens bien formés qui disposeraient surtout d’un soutien financier pour réussir. Selon une source proche de la présidence ghanéenne, l’Etat s’active à orienter l’investissement public vers le secteur privé pour stimuler l’esprit entrepreneurial au sein de la couche juvénile.

    L’appui financier au secteur privé constitue une priorité pour l’État, selon Mohamed Awal. Le ministre justifie que dans les quatre prochaines années, 100 millions de dollars seront investis dans la formation des entrepreneurs. « Il y a de l’argent au Ghana, nous devons simplement réorienter les dépenses. Nous colmatons les brèches pour mobiliser ces fonds et  nous allons les investir. La bonne volonté est là pour que le Ghana se développe. » En parallèle, l’État encourage les entrepreneurs à innover dans de nouveaux secteurs. Convaincu que cela va contribuer à la création de milliers d’emplois.

    Efforts soutenus

    Les efforts du gouvernement à l’endroit du secteur privé vont permettre de renforcer sa croissance économique. Ils sont soutenus par les acteurs de la finance qui veulent un secteur « plus solide et plus sophistiqué ». Ernest Addison explique que des mesures vont être prises pour soutenir l’intermédiation financière et l’offre de crédit pour renforcer la croissance. La Banque du Ghana a déjà déployé un plan de réforme du secteur financier afin de développer, de renforcer et de repositionner le secteur comme moteur essentiel de la croissance

    Le nouvel exécutif promeut aussi une inclusion financière. Un projet micro-finance vise à faciliter l’accès à de petits prêts financier à toute personne ou groupe souhaitant se lancer dans une activité génératrice de revenus ou une petite entreprise. Les mesures déjà prises visent à soutenir le secteur privé, mais également à faire entrer les PME dans le secteur formel.

    Mais le Ghana peut aussi compter sur l’appui de quelques partenaires, notamment la BAD avec laquelle il a finalisé un Document de stratégie par pays (CSP) pour la période 2017-2021. L’institution financière va aider le pays à développer ses filières de l’énergie pour faciliter l’industrialisation. Le CSP considère également l’agriculture comme un secteur clé dans la transformation de l’économie rurale et l’amélioration de la sécurité alimentaire.

     

     

  • Elle quitte son emploi chez Nike aux USA pour entreprendre à Kigali

    Elle quitte son emploi chez Nike aux USA pour entreprendre à Kigali

    Arrivé sur le continent en 2012 pour des obligations professionnelles, Lauren Russel a préféré quitter ses fonctions à la Fondation Nike pour entreprendre à Kigali.

    Quand elle a eu l’occasion de connaître l’Afrique, c’est au Rwanda qu’elle s’installe il y a cinq ans avec la Fondation Nike. Pour uniquement faire son métier et observer. « Je pensais que l’Afrique rimait avec la pauvreté, la maladie et la guerre », se rappelle-t-elle.

    Mais c’est toute surprise qu’elle retrouve le Rwanda en pleine transformation économique malgré les douloureuses conséquences du génocide. En 2014, deux ans après son installation à Kigali, elle assiste à l’accélération des changements que subit le pays. De nouvelles routes, de nouveaux bâtiments, de nouvelles entreprises, de nouveaux restaurants ou encore de nouveaux parcs nationaux. Selon elle, le Rwanda lui a fait oublier « ses clichés sur l’Afrique ».

    Lorsque son entreprise lui demande de retourner aux États-Unis, cette jeune entrepreneure décide de démissionner. Elle quitte son emploi et se fixer un objectif : rester au Rwanda et entreprendre. « J’avais un plan depuis mon arrivée en 2012. Créer une entreprise de distribution alimentaire », lâche-t-elle avec assurance.

    Lauren Russel saisit ainsi ce qu’elle appelle « la chance de sa vie ». L’Américaine crée en 2014 l’entreprise GET IT pour des services alimentaires à Kigali. Et c’est avec ses économies qu’elle se lance. Avec 5000 $ US, elle investit dans la réussite de son entreprise.

    Très tôt elle se convainc de la portée de son initiative dans une ville où des entreprises spécialisées dans des services alimentaires se comptaient sur les doigts. « Ce sont mes achats d’épicerie maison simples qui m’ont inspiré. Je devais aller dans cinq magasins pour trouver les ingrédients pour faire quelque chose de simple comme de la lasagne. J’ai pensé que si je ne pouvais pas trouver ce que je voulais, peut-être que d’autres ont aussi ce problème ».

    Lauren Russel parvient d’ailleurs à générer des revenus sans d’autres contributions financières. « Je voulais être sûr qu’avant de prendre l’argent d’autres personnes, j’avais démontré comment cet investissement allait croître et comment ils pourraient obtenir un rendement », affirme-t-elle.

    Quelques mois après la phase initiale du lancement de GET IT, Lauren Russel collecte 1 million de dollars en fonds propres pour soutenir son entreprise. Pour elle, il est plus facile de vendre une entreprise qui fonctionne comme un bon investissement qu’une idée d’entreprise. « Lorsque vous demandez des conseils, on vous offre de l’argent. Mais quand vous demandez de l’argent, on vous offre des conseils », ajoute-t-elle.

    CET IT certifié

    Les clients de GET IT sont de différentes catégories, notamment les ménages, les lodges haut gamme, les hotels et les restaurants. Ces derniers font leur commande par SMS et les reçoivent ensuite. Lauren Russel a surtout étendu son marché. Son entreprise s’est spécialisée dans les cuisines commerciales où il y a selon elle « plus d’opportunités ». Elle fournit et livre une variété de produits frais, congelés et secs — y compris des fruits et légumes, de la viande et des produits laitiers — ainsi que des fournitures de cuisine.

    Trois ans après sa création, GET IT a déjà servis de nombreux clients. Il y a quelques mois, l’entreprise s’est réorganisée. Elle a augmenté ses réserves de fonds de roulement et a même investi dans une grande chambre froide privée hors réseau au Rwanda. Depuis le début de l’année, GET IT a vu son chiffre d’affaires augmenter de 20 à 50 % sur un mois. Comme c’était le cas en septembre dernier où ses revenus ont augmenté de 100 %.

    Les efforts de Lauren Russel et ses employés sont d’ailleurs reconnus. « Nous avons obtenu notre certification de sécurité alimentaire ISO 22000, la première dans la région pour notre type d’activité », se réjouit la présidente de GET IT. Depuis, la base de vente de l’entreprise s’est diversifiée et aucun client ne représente plus de 5 % du chiffre d’affaires. Les clients deviennent nombreux. L’entreprise envisage d’ailleurs s’installer dans les autres régions du pays ainsi que dans les pays de la sous-région tels que l’Ouganda et la République démocratique du Congo.

    GET IT veut également construire des modèles pour « transformer la distribution alimentaire » lors des crises humanitaires. L’entreprise veut en effet incorporer des fruits et des légumes d’origine locale dans l’aide alimentaire dans les camps de réfugiés ou les régions frappées par la famine.

     

  • Côte d’Ivoire: le business rentable des femmes pleureuses [Reportage]

    Côte d’Ivoire: le business rentable des femmes pleureuses [Reportage]

    Au Ghana ou en Côte d’Ivoire, il est possible de louer des femmes pour pleurer un être cher disparu. Rencontre avec des pleureuses qui évoquent leur métier.

    La pratique peut paraître bizarre. Elle est pourtant développée dans quelques pays de la sous-région ouest-africaine. Comme en Côte d’Ivoire où des femmes en font leur métier. Des pleureuses professionnelles rencontrées au centre du pays ne cachent pas leur pratique. Ces dernières peuvent même se livrer à des démonstrations pour convaincre de potentiels clients. « C’est mon métier. Je le fais parce que j’aime le faire », affirme l’une d’entre elles. Comment cela se passe-t-il ? Pour s’attacher leur service, une famille endeuillée peut directement prendre contact avec elles ou passer par leur manager. « On nous parle du défunt. Et nous savons après comment le pleurer », confie Delphine, 40 ans, pleureuse professionnelle depuis quinze ans.  Avec quatre prestations certains mois, elle peut se retrouver avec près de 500000 FCFA. Ce qui lui permet de payer son loyer et de s’occuper de ses enfants. Il faut dire que depuis le décès de son mari en 2010, Delphine ne vit que de son métier.

    A l’est de l’autre côté de la frontière, Doris, une de ses connaissances est également pleureuse. Dans ce pays où les enterrements sont très bien organisés et rythment parfois à des moments festifs, enterrer un mort avec la présence des pleureuses est entré dans les réflexes. Cette Ghanéenne excelle aussi dans son métier. Elle peut ainsi parcourir en un mois près de 1000 kilomètres, sillonnant les régions du pays, et pleurant aux funérailles auxquelles elle est invitée. « Chaque week-end je suis dans une localité pour faire mon travail. C’est parfois fatigant, mais j’aime faire ça », rappelle Doris. Avec ses amies, elles peuvent par prestation toucher jusqu’à 300000 FCFA avec d’autres avantages. On leur prépare à manger et elles sont parfois logées. Pour Doris qui est également commerçante, il s’agit de perpétuer une pratique familiale. « Ma maman était pleureuse professionnelle ».

    Pleurer comme il faut

    Dans l’autre bout de son quartier situé à la périphérie de la capitale, Doris voit son métier s’éteindre. Certaines de ses amies ont en effet choisi de raccrocher, de ne plus exercer le métier. Incapable de supporter les critiques et les interrogations au bout de quelques années. Certaines familles préférant aussi d’abandonner les grandes cérémonies funéraires pour des enterrements plus simples. Malgré sa longévité, la pratique n’est pas toujours considérée par certains comme un « métier normal ». « Il faut respecter les morts. On ne peut pas faire du faux avec eux », explique Enock qui s’est opposé, malgré son jeune âge, à la décision de sa famille d’engager des pleureuses après le décès de sa mère. « Je ne conçois pas qu’on puisse simuler. Elles n’avaient jamais connu ma mère. Elles ne peuvent pas la pleurer », ajoute-t-il. Avant de lâcher : « C’est devenu un jeu pour elles ».

    Ce n’est pourtant pas ce qu’estime Kwesi Adams. Pour ce sociologue qui s’intéresse depuis dix ans à la pratique, il est important de comprendre ce que c’est que pleurer un mort. « Les familles ne décident pas au hasard de faire appel aux pleureuses », justifie-t-il. Le chercheur explique que certains morts ont besoin d’être pleurés « comme le font ces femmes ». Selon lui, les chants, les pleurs sont destinés à vanter le défunt. Ce qui permet au disparu de « bien se reposer ». La pratique n’est pas constatée dans certains pays de la sous-région. Mais il n’est pas exclu qu’elle s’exporte et se généralise. Elle devra dans ce cas faire face à des obstacles avant de « définitivement s’installer ». Les pleureuses pour alors se faire remarquer.

  • Crise au Cameroun: au-delà de la fracture linguistique, l’économie

    Crise au Cameroun: au-delà de la fracture linguistique, l’économie

    Au Cameroun, l’escalade de la crise politique dans les provinces anglophones de l’ouest du pays risque de faire dérailler l’économie du pays, considérée comme l’une des plus dynamiques de l’Afrique subsaharienne.

    La crise prolongée dans les régions anglophones du Cameroun, qui a largement impacté les écoles et les tribunaux dans les zones touchées depuis novembre 2016 et menaçant de basculer dans un conflit à grande échelle, semble n’avoir aucune fin en vue. Au cours des dernières semaines, il y a eu des affrontements meurtriers entre les forces gouvernementales et les manifestants locaux. Des arrestations massives dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont également été enregistrées, laissant les centres de détention submergés par les détenus.

    Depuis, le gouvernement et les activistes ont appelé au dialogue pour résoudre la crise. Mais aucune des deux parties n’a pris les mesures nécessaires pour en lancer une. En effet, cette crise qui a éclaté l’année dernière à la suite des grèves industrielles des avocats et des enseignants contre l’imposition de la langue française dans les cours et les écoles anglaises trouve son origine dans l’histoire coloniale du pays.

    Mais en réalité, la grève des militants, qui s’est vite transformée en un soulèvement populaire, va bien au-delà de la fracture linguistique. D’une part, la division des langues coloniales coupe les groupes ethniques.

    Les anglophones qui représentent 20 % des 23 millions d’habitants du Cameroun se sont sentis marginalisés au fil du temps par le gouvernement majoritairement francophone dans les domaines socioculturel, politique et économique. Les dernières manifestations de masse ont simplement été une manifestation de la frustration découlant de la privation à long terme ainsi que de la discrimination réelle et perçue.

    Inégalités

    Il existe une disparité économique significative en ce qui concerne l’attribution de projets d’investissement par l’État aux deux régions anglophones, par rapport aux huit autres régions francophones.

    Dans le budget d’investissement public du Cameroun pour 2017, la région d’origine du président Paul Biya, dans le Sud, s’est vue allouer bien plus de ressources que les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest réunies. En passant par le journal de bord du projet gouvernemental du pays pour l’année, la région du Sud a bénéficié de plus de 570 projets pour un montant total de plus de 225 millions de dollars. Pour sa part, la région Nord-Ouest ne comptait pas plus de 500 projets à plus de 76 millions de dollars, alors que la région Sud-Ouest avait un peu plus de 77 millions pour plus de 500 projets.

    Autre chose, les projets alloués aux régions anglophones pour 2017 accordent peu d’attention aux domaines cruciaux tels que la construction et la réhabilitation des routes qui constitue une préoccupation majeure dans cette partie du pays. Pour replacer cela dans le contexte de la taille de la population, selon le recensement de 2008, la région du Sud comptait environ 761 000 personnes, tandis que le Sud-Ouest en comptait 1,4 million et le Nord-Ouest 1,7 million.

    Sur le plan politique, peu d’anglophones occupent des postes ministériels et d’autres postes clés dans le gouvernement pléthorique de Biya. Premier ministre du pays, le chef du gouvernement, Philemon Yang (un anglophone) occupe une quatrième place insignifiante dans le protocole d’État, après le chef de l’État, président du sénat et président de l’Assemblée nationale (tous les francophones).

    Impact économique

    La crise de longue date menace de faire encore plus de dégâts à l’économie déjà malmenée du Cameroun. L’approche musclée du gouvernement n’a que probablement exacerbé cet impact. La poursuite de la violence politique est susceptible de porter un effet de ralentissement de l’économie camerounaise. Selon les analystes, le PIB réel a reculé de 1,3 % en termes trimestriels, après avoir progressé en moyenne de 5,3 % en 2012-2016. La contraction de la demande intérieure, entraînée par une baisse des dépenses publiques et un prélèvement sur les stocks, a été responsable du ralentissement du premier trimestre, qui n’a été que partiellement compensé par une contribution accrue du commerce net.

    Selon Mark Bohlund, économiste spécialiste de l’Afrique et du Moyen-Orient, en regardant les courbes dans l’industrie, le secteur des services s’est contracté de 1,3 %, abaissant le PIB de 0,7 point de pourcentage. Cela indique un impact étonnamment limité d’une fermeture d’Internet dans les régions anglophones de la mi-janvier à avril. Avec la détérioration de la crise, les risques pour la croissance du secteur des services sont sans doute à la baisse. Un ralentissement soutenu rendrait probablement la réduction prévue du déficit budgétaire à 3,4 % du PIB plus difficile. Le déficit a atteint environ 6,5 % l’année dernière. Mais les chiffres du PIB pour le premier trimestre indiquent que ces mesures fiscales ont peut-être été pré-alimentées.

    Un ralentissement économique aurait également des répercussions régionales. Le Cameroun est la plaque tournante de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, mieux connue sous son sigle français CEMAC, qui comprend également la République centrafricaine, le Tchad, la Guinée équatoriale, le Gabon et la République du Congo. Le Cameroun et la République centrafricaine sont les seuls pays de la CEMAC qui ne dépendent pas fortement de la production de pétrole pour leurs exportations et leurs recettes publiques. En conséquence, le Cameroun s’en sort nettement mieux que ses voisins, où la croissance s’est fortement ralentie depuis l’effondrement des cours du pétrole fin 2014. L’absence d’ajustement monétaire, liée à l’arrimage régional du franc CFA par rapport à l’euro, a vu tous les pays de la CEMAC sauf au Cameroun, les limites de prêt ont été atteintes avec la banque centrale régionale.

    A en croire Mark Bohlund, une baisse de l’économie camerounaise contribuerait également à réduire les réserves de change et exercerait une pression sur le régime de change. Une quantité et une qualité de données économiques plus élevées devraient rendre la région plus attrayante pour les investisseurs en offrant une plus grande transparence, qui à son tour permettra une meilleure évaluation de la valeur des actifs. La crise anglophone n’affecterait économiquement pas le Cameroun seul.