Catégorie : Afrique de l’Est

  • Les huit élections africaines à surveiller en 2018

    Les huit élections africaines à surveiller en 2018

    En Afrique, 2017 a été l’année de grands changements. Des dirigeants décriés pour leur longévité ont quitté le pouvoir comme au Zimbabwe, en Angola et en Gambie. Par ailleurs, les scissions internes, les défis économiques et l’augmentation du taux de chômage ont fait pression sur de nombreux pays, dont l’Éthiopie et le Nigéria. En Afrique du Sud en outre, un parti au pouvoir divisé a montré un électorat déçu par les mouvements de libération.

    Toutefois, l’année 2017 n’est pas partie avec toutes les formes de frustrations. Certaines de ces pressions internes et externes seront éventuellement présentes dans les élections à travers le continent en 2018. En effet, une vingtaine de nations organiseront des élections présidentielles, législatives et municipales cette année, avec l’espoir que certains de ces résultats pourraient annoncer un changement politique pour les partis. Les campagnes présidentielles en Afrique du Sud et au Nigeria vont également prendre de l’ampleur avant les élections de 2019, le leader du Congrès national africain, Cyril Ramaphosa, et le président Muhammadu Buhari espérant gagner respectivement.

    Alors que des millions d’électeurs africains se rendent aux urnes au cours des 12 prochains mois, voici les élections à surveiller, dans l’ordre chronologique :

    1. Égypte : entre février et mai 2018

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    Même s’il n’a pas encore déclaré sa candidature, le président Abdel Fattah el-Sisi reste l’homme à battre lors de la prochaine élection présidentielle égyptienne. Tandis que l’ancien Premier ministre Ahmed Shafiq et l’éminent avocat des droits de l’homme Khaled Ali ont déclaré leur intention de se présenter, de nombreux candidats se heurteront à des obstacles pour se rendre au scrutin, et encore moins gagner

    Ces scrutins surviennent alors que l’Égypte est confrontée à un ralentissement économique brutal et à de nombreux attentats terroristes meurtriers qui continuent de compromettre son image de destination touristique favorite.

    1. Sierra Leone : 7 mars 2018

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    Ce pays d’Afrique de l’Ouest organisera des élections générales début mars, avec plus d’une douzaine de partis présentant des candidats aux élections présidentielles, parlementaires, municipales et municipales. Le Congrès des Peuples, au pouvoir, a nommé le ministre des Affaires étrangères, Samura Kamara, au poste de successeur du président Ernest Bai Koroma, qui quittera ses fonctions après dix ans au pouvoir. Le candidat de l’opposition Julius Maada Bio, qui s’est présenté contre Koroma en 2012 sur un billet du Parti populaire de la Sierra Leone, devrait participer aux prochaines élections.

    Les élections de 2018 interviennent à un moment crucial alors où la Sierra Leone se remet des effets dévastateurs d’Ebola et d’un glissement de terrain tragique qui a tué des centaines de personnes et déplacé davantage l’année dernière.

    1. Soudan du Sud : juillet 2018

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    La jeune nation devrait tenir des élections générales au milieu d’une guerre civile qui a déplacé des millions de personnes à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Les luttes intestines entre le gouvernement rival et les forces rebelles ont déchiré le pays, dévastant l’économie, en affectant les opérations humanitaires et les investissements étrangers alors que les dirigeants continuent d’amasser des millions de dollars en richesse illégale.

    Alors que le mandat du gouvernement s’achève en février, le président Salva Kiir veut organiser des élections. Cela s’avère difficile, étant donné que le gouvernement n’a pas les fonds et la sécurité nécessaires pour enregistrer les électeurs et mener les élections. L’ex-vice-président Riek Machar est également en exil en Afrique du Sud, certains rapports indiquant qu’il est en « résidence surveillée » dans une ferme à l’extérieur de Johannesburg. Au milieu de tout cela, la volonté du gouvernement de tenir le vote inquiète également les Nations Unies, qui ont déclaré que les élections risquaient « d’approfondir et d’étendre » le conflit.

    1. Mali : d’avril à novembre 2018

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    Le Mali organisera des élections régionales, présidentielles et nationales en plusieurs étapes, le tout entre avril et novembre. Les élections devaient débuter à la mi-décembre, mais elles ont été retardées pour des raisons de sécurité. L’opposition et les groupes rebelles à l’Accord d’Alger de 2015 pour stabiliser le vaste désert du Nord participeraient au processus.

    Fin décembre 2017, le Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maiga a démissionné avec son gouvernement, portant un coup dévastateur au président Ibrahim Boubacar Keita, 72 ans, qui cherche à se faire réélire. En septembre dernier, Kalifa Sanogo, le maire de Sikasso, la deuxième ville du Mali, s’est également déclaré candidat aux élections présidentielles de 2018.

    1. Zimbabwe : 31 juillet 2018

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    Avec Robert Mugabe éjecté de la course, le président Emmerson Mnangagwa devrait mener son parti ZANU-PF aux élections présidentielles fin juillet. Mnangagwa, 75 ans, a déjà déclaré que l’élection sera « crédible, libre, juste et transparente » et devrait aider à définir une nouvelle dynamique pour un Zimbabwe très appauvri. Mnangagwa fera donc face à la pénurie de carburant et de denrées alimentaires, à l’instabilité monétaire et à la hausse des taux de chômage.

    Le Royaume-Uni a également déclaré que le « progrès démocratique » était la clé pour aider le Zimbabwe à régler ses arriérés avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement et stabiliser sa monnaie.

    1. Cameroun : Octobre 2018

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    Après 36 ans de règne, le président Paul Biya est l’un des plus anciens dirigeants africains encore au pouvoir. À 84 ans, Biya devrait se présenter de nouveau aux élections du pays en octobre. Le célèbre avocat Akere Muna a également déclaré sa candidature et a exhorté l’opposition à s’unir afin de battre Paul Biya.

    Ces élections font suite à une crise dans ses régions anglophones, menant à des répressions violentes et à des protestations antigouvernementales. Les tensions latentes ont également amené le gouvernement à fermer Internet dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où les résidents se plaignent de discrimination politique et économique depuis des décennies. Les activistes ont également appelé les deux régions à se séparer de la nation majoritaire francophone et à créer une patrie indépendante appelée Ambazonia.

    1. République démocratique du Congo : 23 décembre 2018

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    Avec plus de deux ans de retard, les élections dans la République démocratique du Congo auront lieu à la fin du mois de décembre. Pourtant, la grande question qui se pose au cours du scrutin est de savoir si le président Joseph Kabila, qui a dirigé le pays depuis 2001 et qui a poussé à plusieurs reprises la date des élections, acceptera de démissionner. Fin décembre, le pays a été de nouveau secoué par des manifestations anti-gouvernementales, qui ont entraîné la mort d’au moins sept personnes et l’arrestation de 120 autres.

    1. Libye : indéterminé

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    En l’absence de date précise, le gouvernement libyen, soutenu par les Nations unies, affirme qu’il va de l’avant avec les préparatifs des élections présidentielles et législatives de 2018. Selon la commission électorale, près d’un million d’électeurs se sont déjà inscrits aux prochaines élections.

    Parmi les candidats la présidence : Saif al-Islam Kadhafi, le fils de l’ancien dictateur libyen, Mouammar Kadhafi. Après des années de captivité dans la ville de Zintan, Saif, qui est recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, espère diriger et unifier les différentes factions qui contrôlent la nation nord-africaine. Depuis la chute de son père, la Libye a lutté pour faire une transition démocratique, avec des divisions politiques et des troubles dans le pays. La nation déchirée par la guerre a également lutté contre l’immigration clandestine, les migrants africains étant même vendus comme esclaves sur les marchés ouverts.

  • Top 10 des pays où investir en Afrique en 2018

    Top 10 des pays où investir en Afrique en 2018

    La septième édition de Où investir en Afrique de Rand Merchant Bank (RMB) a mis en évidence les pays qui ont compris la nécessité de s’adapter au ralentissement prolongé des prix des matières premières et à la faiblesse de la croissance de la production. Le rapport révèle les différents pôles où investir en Afrique en 2018.

    Le thème de « Où investir en Afrique 2018 » est «Money Talks» et cette édition «suit l’argent» sur le continent africain pour évaluer les aspects cruciaux pour la performance économique de chaque pays. Le rapport se concentre sur les principales sources de revenus en dollars en Afrique, permettant de mesurer les principaux générateurs de revenus et d’identifier les opportunités d’investissement.

    Dans ce numéro, l’Indice d’attractivité des investissements du RMB, qui équilibre l’activité économique et la relative facilité des affaires, illustre comment les niveaux d’activité économique modérés ont atténué plusieurs scores sur l’indice par rapport à l’année dernière.

    Top 10

    Les grandes omissions du top 10 cette année sont le Nigeria et l’Algérie, qui sont passés des rangs 6 et 10 aux 13 et 15 respectivement. En revanche, l’Éthiopie et le Rwanda ont respectivement gagné trois et quatre places.

    En effet, le changement le plus notable est la chute de l’Afrique du Sud, tombée de la première place pour la première fois depuis la création du rapport pour céder sa place à l’Égypte qui est maintenant la destination des investissements les  plus attrayants de l’Afrique. L’Égypte a progressé grâce à son score supérieur d’activité économique et les taux de croissance lents en Afrique du Sud, qui se sont nettement détériorés au cours des sept dernières années. L’État arc-en-ciel est également confronté à des préoccupations croissantes sur les questions de solidité institutionnelle et de gouvernance, bien que ses marchés des devises, des actions et des capitaux restent encore en bonne position.

    Le Maroc a conservé sa troisième position pour la troisième année consécutive après avoir bénéficié d’un environnement opérationnel grandement amélioré depuis le Printemps arabe qui a débuté en 2010.

    Surprenante, l’Éthiopie, pays marqué par l’instabilité sociopolitique, a déplacé le Ghana à la quatrième place, avec une croissance économique rapide, ayant dépassé le Kenya comme la plus grande économie en Afrique de l’Est. La chute du Ghana à la cinquième position était principalement due aux perceptions de l’aggravation de la corruption et de la faiblesse de la liberté économique.

    Quant au Kenya, il se maintient dans le top 10 au sixième rang. Les investisseurs sont toujours attirés par la structure économique diversifiée du pays, ses politiques favorables au marché et la croissance soutenue de ses dépenses de consommation. Une série de réformes favorables aux entreprises visant à éradiquer la corruption et une croissance économique soutenue ont permis à la Tanzanie de grimper de deux places au septième rang. En ce qui concerne le Rwanda, le pays est rentré dans le top 10 après avoir passé deux ans à la périphérie, boostée par l’une des économies les plus réformées au monde, les taux de croissance réels élevés et sa tentative continuelle de diversifier son économie.

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    Au numéro neuf, la Tunisie a fait de grands progrès dans la promotion de la transition politique, tandis que l’amélioration du climat des affaires a été réalisée par des réformes structurelles, une sécurité accrue et la stabilité sociale. La Côte d’Ivoire a trébuché de deux places pour prendre la dixième place. Bien que sa notation de l’environnement des affaires est encore relativement faible, son gouvernement a fait des progrès importants en invitant  des investisseurs dans le pays. Ce qui        a conduit à une forte augmentation des investissements étrangers directs au cours des années entraînant l’une des économies à la croissance la plus rapide en Afrique.

    Focus

    Pour la première fois, le Nigeria ne figure pas dans le top 10, son attrait d’investissement à court terme ayant été érodé par des conditions de récession. L’Ouganda se rapproche progressivement du top 10, bien que l’activité du marché devrait rester modérée après une année 2016 tumultueuse marquée par l’incertitude liée aux élections, une sécheresse débilitante et des taux d’emprunt commerciaux élevés. Bien que le Botswana, Maurice et la Namibie soient largement considérés comme des économies de premier ordre, ils ne figurent pas parmi les dix premiers en raison principalement de la taille relativement petite de leurs marchés, la taille du marché étant un facteur clé dans la méthodologie du rapport.

  • La Chine forme la prochaine génération d’élite africaine [Grand Angle]

    La Chine forme la prochaine génération d’élite africaine [Grand Angle]

    Dans les années 1970, la Chine a activement essayé d’exporter sa révolution communiste en Afrique, l’un des rares engagements diplomatiques de Pékin à l’époque. Aujourd’hui, Pékin promeut un mouvement plus subtil : le soutien à la Chine et à son modèle de développement.

    Au lieu de compter sur des émissaires chinois dans les pays africains, Pékin amène des milliers de dirigeants africains, de bureaucrates, d’étudiants et de gens d’affaires en Chine. Anthony Kpandu est l’un d’entre eux. Il est le responsable des travaux spéciaux au secrétariat général du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), parti gouvernemental qui a aidé le Soudan du Sud à devenir indépendant du Soudan en 2011. L’année dernière, Anthony Kpandu a emmené une délégation du parti en Chine pour des entretiens avec le Parti communiste chinois (PCC).

    Installé dans son bureau à Juba, l’homme politique se souvient en détail de son voyage. Sa délégation avait en effet visité l’école du Parti central à Beijing, des zones industrielles, bu de divers types de thé vert et marché sur une partie de la Grande Muraille. Les membres du SPLM ont surtout visité Shanghai et son quartier commercial Pudong, avant de prendre le train à grande vitesse Maglev. « C’était magnifique. Je n’ai jamais rien vu de tel », commente-t-il dressé dans une veste brune, cravate cachemire et bouton « J’adore le SPLM ».

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    La nouvelle politique de la Chine atteint plusieurs objectifs à la fois. Les voyages aident à consolider les liens politiques et commerciaux entre la Chine et ses partenaires sur le continent. Comme d’autres partenaires de développement, la Chine peut aider à renforcer les capacités dans les pays africains. Plus importants encore, ces échanges cultivent des partenariats sur le continent. La Chine accueille des formations et échanges en Afrique depuis les années 1950, date à laquelle elle a établi ses premiers contacts diplomatiques avec l’Égypte.

    Au cours de la dernière décennie, les formations ont augmenté en volume et en profil. Le parti jubilaire du Kenya, créé avant les élections controversées du pays cette année, a reçu des formations du Parti communiste chinois en Chine. Le Front démocratique révolutionnaire populaire éthiopien s’inspire également du PCC tandis que le Congrès national africain (ANC) d’Afrique du Sud assiste régulièrement à des ateliers en Chine et a modelé certaines de ses formations de parti sur le PCC.

    Le cas du Soudan du Sud

    La Chine est particulièrement intéressée par la prochaine génération d’élite africaine. L’année dernière, Beijing a annoncé qu’elle inviterait 1 000 jeunes politiciens africains pour des formations en Chine, après en avoir accueilli plus de 200 entre 2011 et 2015. Des milliers d’étudiants africains poursuivent des études de premier cycle en Chine sur des programmes de bourses financés par Pékin. À partir de cette année, plus d’étudiants africains anglophones étudient en Chine que les États-Unis ou le Royaume-Uni, leurs destinations traditionnelles de choix.

    Les responsables chinois n’hésitent pas à dire que ces bourses et formations ne sont pas une tentative de refaire l’Afrique à son image. Sur le thème de la politique de non-ingérence de la Chine, Pékin aime souligner qu’elle ne dit pas à ses partenaires quoi faire. « Nous ne disons pas que le modèle chinois devrait être copié, mais pour partager des leçons », explique Zhang Yi, attaché économique chinois à Juba. Il s’agit de leur « donner les concepts pour qu’ils puissent s’adapter et trouver leurs propres solutions », confie le diplomate au site d’information Quartz.

    Mais le Sud-Soudan, le plus jeune pays du monde, impressionne. Il continue de développer ses institutions gouvernementales et son système politique, au cours d’une guerre civile de quatre ans qui a divisé l’ancien parti de libération en plusieurs factions. La Chine, qui a d’importants intérêts pétroliers dans le pays, a été l’un des premiers pays à reconnaître le Soudan du Sud et reste engagé avec le pays, avec 2600 Casques bleus et plus de 100 entreprises et investisseurs chinois.

    « Le SPLM semble croire que vu l’expérience partagée dans la lutte historique contre l’impérialisme et le colonialisme, il y a beaucoup de similitude et de terrain d’entente entre le SPLM et les origines du Parti communiste chinois », dit Yun Sun, un membre de la Brookings Institution, auteur d’un livre sur les échanges de partis entre la Chine et les pays africains. Selon elle, la situation actuelle au Soudan du Sud pose la question de l’avenir politique du pays. « Si nous croyons en l’universalité et en la désirabilité du système démocratique, le modèle représenté par l’expérience chinoise et sa popularité n’est peut-être pas le plus encourageant », ajoute-t-elle.

    Formations

    Des centaines de fonctionnaires du gouvernement du Soudan du Sud, des gens d’affaires et des étudiants, assistent à la formation ou à la scolarité en Chine, chaque année. Des délégations du SPLM à Juba se rendent en Chine plusieurs fois par an pour étudier avec le parti communiste. Les bureaucrates des ministères de la Culture, des transports, de la Santé et autres vont tous les mois pour des formations. Avant même que le Soudan du Sud ne devienne un État officiel, des fonctionnaires ont été accueillis en Chine pour assister à des ateliers sur la réduction de la pauvreté, la gestion de l’opinion publique et la construction d’un parti.

    La Chine a donné au moins 4 100 bourses d’études et programmes de formation à des étudiants et des fonctionnaires sud-soudanais depuis 2011, lorsque le jeune pays a été créé. En août, la Chine s’est engagée à offrir au moins 240 autres bourses. L’Association d’amitié Chine-Soudan du Sud, dirigée par un ancien ministre des Affaires étrangères et partiellement sponsorisée par l’ambassade de Chine, intègre des hommes d’affaires sud-soudanais à des entreprises chinoises.

    Les responsables sud-soudanais et chinois aiment dire qu’ils apprennent les uns des autres, en partageant les expériences d’un ancien mouvement de libération à un autre. Le Parti communiste chinois et la SPLA sont tous deux issus de mouvements de guérilla armés. Le SPLM s’est battu pendant des décennies pour l’indépendance du nord. Le parti a également ses racines dans le socialisme, s’identifiant d’abord avec l’Union soviétique pendant la guerre froide. Après la chute de l’Union Soviétique, le SPLM s’est tourné vers les États-Unis en tant qu’allié, mais aujourd’hui encore, les responsables du SPLM utilisent encore le titre de « camarade».

    Mais c’est là que s’arrêtent les similitudes. Le parti communiste chinois s’est transformé en un gouvernement qui maintient le gouvernement à parti unique avec principalement une ethnie, les Han chinois. En revanche, le SPLM à Juba est enfermé dans une guerre civile avec des partis dissidents, divisés par régions et ethnies dans un pays qui abrite plus de 60 groupes ethniques.

    La Chine, un modèle ?

    Zhang Yi, l’attaché économique de la Chine à Juba, estime que certains aspects du modèle de gouvernement de la Chine pourraient aider le Soudan du Sud, par exemple, à renforcer le gouvernement central. « Il n’y a pas d’histoire d’un gouvernement centralisé dans le passé, ce qui signifie qu’il n’y a pas de processus de nationalisme. Donc les gens, ils restent groupés par tribu », justifie-t-il. Mais toutes les leçons de la Chine ne doivent pas être apprises. Sous Xi Jinping, la Chine a resserré sa mainmise sur la société civile. Le Soudan du Sud est déjà familier avec certaines de ces tactiques. Les journalistes locaux sont intimidés dans le silence ou tués. « Quand vous allez en Chine, ils ne seront pas parler de démocratie », affirme Samson Wasara, vice-chancelier de l’Université de Bahr el Ghazel dans l’état Wau dont près de 300 étudiants diplômés poursuivent des études en Chine. « Dans 10 ans, l’un de ces étudiants sera le chef du Sud-Soudan ».

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    Samson Wasara craint que le SPLM considère déjà le parti communiste chinois comme son modèle, une tendance qu’il voit se reproduire à travers le continent. « La plupart des Africains passent de l’Ouest à la Chine », dit-il. Il s’inquiète que la Chine devienne le principal modèle du Soudan du Sud. Les États-Unis et d’autres puissances occidentales ont soutenu la demande d’indépendance du Soudan du Sud et sont toujours impliqués dans les efforts d’aide et de médiation dans le pays aujourd’hui. « Ce sera un désastre pour nous, surtout pour ceux qui connaissent la valeur des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté d’expression », a déclaré M. Wasara.

    Cela peut déjà se produire. Le SPLM s’inspire au moins du PCC. Anthony Kpandu déclare qu’il lit tous les jours l‘ Histoire concise du Parti communiste chinois. Il veut établir une branche jeunesse du SPLM, sur le modèle de la Ligue de la jeunesse communiste de Chine. Après avoir lu la fameuse déclaration de Mao Zedong selon laquelle les femmes «tiennent la moitié du ciel», il s’est engagé à recruter plus de femmes dans le parti. « La Chine a été un exemple pour nous. Nous les respecterons toujours », explique-t-il dans son bureau au Secrétariat général du SPLM.

    Le secrétariat gère les opérations quotidiennes du parti et prépare une formation sur le code de conduite et la structure des partis. Mais Anthony Kpandu rassure. Il confie que le Soudan du Sud ne copiera pas tout de la Chine, affirmant que le Soudan du Sud ne sera pas un état à parti unique. Le président Silva Kir, chef du SPLM à Juba, veut organiser une élection en 2018 malgré les avertissements des Nations Unies selon lesquels une élection légitime est presque impossible et risque de causer plus de violence.

    Par ailleurs, d’autres observateurs estiment que c’est aux élites et aux étudiants africains de choisir quelle leçon tirer de l’exemple de la Chine. « Les jeunes Africains ne sont pas des robots et des tabula rasa tels que les Chinois vont les bourrer de tout ce qu’ils veulent. Les étudiants prendront le meilleur de la Chine et laisseront le mal en Chine et retourneront en Afrique », explique Adams Bodomo, directeur de la Plateforme de recherche sur les études de la diaspora africaine et professeur d’études africaines à l’Université de Vienne.

    Réussite chinoise

    Les échanges et les bourses se font parfois sur admiration et sympathie qu’émulation. Des personnes qui ont assisté à des formations diplomatiques disent que l’enseignement est fondamental – comment se serrer la main ou comment s’asseoir avec un haut dignitaire (Si vous êtes l’hôte, le dignitaire devrait être à votre droite).

    Un diplomate sud-soudanais qui a passé un mois en Chine pour une formation a déclaré que son voyage était principalement axé sur la démonstration des accomplissements de la Chine. Il a été emmené visiter des villages construits à partir de zéro, des hôpitaux ruraux bien gérés. « Quand nous sommes allés ils nous ont dit beaucoup de choses sur la Chine elle-même et l’industrialisation de la Chine. Il s’agit plus de relations publiques », ajoute-t-il sous couvert d’anonymat. Cette campagne de relations publiques fonctionne au moins en partie.

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    Malgré tout « le modèle chinois » gagne du terrain sur le continent africain. Selon un sondage Afrobaromètre réalisé l’année dernière auprès de 56 000 personnes dans 36 pays africains, 30% des personnes interrogées ont déclaré que les États-Unis constituaient un meilleur modèle de développement, contre 24% qui ont classé la Chine au premier rang. En Afrique australe, en Afrique du Nord et en Afrique centrale, la Chine était au même niveau ou en avance sur les États-Unis.

    Lors de son voyage en Chine, Anthony Kpandu a également été impressionné par la surveillance. Il a visité une salle de contrôle de la police à Nanjing et lorsque son groupe a été emmené dans une zone économique spéciale à l’extérieur de la ville du sud de la Chine, un drone a filmé tout son voyage. De retour à Juba, il a écrit un rapport recommandant à son gouvernement d’acheter certains de ces drones pour faire face à des « inconnus armés », un surnom qui inclut souvent des soldats gouvernementaux eux-mêmes connus pour avoir volé et attaqué des civils dans la capitale. « Nous avons beaucoup appris du PCC », conclut-il.

  • Somalie: construction du premier mémorial après la guerre

    Somalie: construction du premier mémorial après la guerre

    Deux mois se sont écoulés depuis l’attentat meurtrier qui a fait plus de 500 morts et plus de 300 blessés dans un carrefour achalandé dans la capitale somalienne de Mogadiscio. L’attentat à la bombe du 14 octobre, l’attaque la plus meurtrière de l’histoire de la Somalie a laissé les Somaliens et l’Afrique stupéfaits et frustrés. Le pays envisage maintenant de consacrer son premier mémorial depuis le début de la guerre civile somalienne en 1991 aux victimes de l’attentat.

    La conception proposée par l’architecte somalien d’origine italienne Omar Degan imagine un espace ouvert, rempli de gravier, marqué par de grandes formes rectangulaires représentant chaque victime. Entouré de plantes et de blocs de béton, l’élément central du monument serait deux murs portant les noms des 512 personnes décédées. Un troisième mur au milieu détaillerait ce qui s’est passé le jour de l’attaque. Omar Degan, 27 ans, se spécialise dans l’architecture d’urgence, qui traite de la reconstruction des communautés touchées par les catastrophes, les conflits et la pauvreté. Il a pensé à la conception d’un mémorial immédiatement après l’attaque. À l’époque, il était à Nairobi et sur le point d’entreprendre son premier voyage en Somalie depuis que ses parents ont quitté le pays.

    Reconstruction

    La vision de Omar Degan du mémorial, qu’il a appelé « Oct. 14 » est ancré dans l’apparence de paix qui a enveloppé la Somalie ces dernières années. Alors que les combats ouverts se sont calmés, les Somaliens de la diaspora reviennent, créent des entreprises et participent à de grands projets de développement. Après les attentats du 14 octobre, le secteur technologique naissant du pays est intervenu pour aider aux efforts de recherche et a financé des dizaines de milliers de dollars pour aider les familles des blessés et des morts. Ces efforts sont couronnés par la détermination des autorités de reconstruire le pays et de maintenir un climat de paix sur toute l’étendue du territoire.

    Au cours d’une récente visite, Omar Degan a déclaré qu’il voyait un pays qui se remettait encore des effets de la guerre avec des postes de contrôle tenus par des agents en détresse. L’architecte évoque avec enthousiasme la pittoresque plage du Lido et la détermination des Somaliens à changer le pays pour le mieux. Omar Degan dit que les fonctionnaires de l’administration régionale de Benadir qui supervise Mogadiscio l’ont approché après avoir vu son design et sont en train de revoir ses croquis. Il a également affiché les rendus du monument sur les médias sociaux afin de mesurer l’intérêt du public et de voir si les gens seraient intéressés par une campagne de financement. « Nous méritons mieux. Nous méritons de bonnes choses en Somalie », lâche-t-il avec détermination.

     

     

     

  • Afrique: comment les Universités combattent-elles la pénurie des enseignants?

    Afrique: comment les Universités combattent-elles la pénurie des enseignants?

    Sur le continent, plusieurs universités créent des cours en ligne. L’objectif pour ces établissements est de démocratiser l’accès à l’éducation. Mais c’est aussi un moyen de renforcer les collaborations et le réseautage entre les institutions ou les universités africaines. Depuis 2016, Wits University est devenue la première université africaine à offrir des MOOC (massivement ouverts en ligne) sur edX, une plateforme établie par le MIT et Harvard. L’Université du Cap propose une série de sessions sur Coursera, de l’écriture académique et du changement social, à l’éthique du don d’organes.

    Dans la sous-région ouest-africaine, l’accès des cours en ligne n’est pas encore totalement adopté dans les universités. Toutefois, le Nigéria a déjà expérimenté la création de MOOC spécifiquement pour les diplômés du secondaire qui ne sont pas allés à l’université lors de leur premier essai. Pour plusieurs experts en éducation, l’accès des cours en ligne pourrait être un des atouts pour les pays africains. Cela peut en effet permettre aux gouvernements de relever le défi de chômage des jeunes et une pénurie de compétences.

    Relever des défis

    Des cours en ligne pourraient aider à combler une lacune importante pour les employeurs africains, qui se sont plaints que les universités africaines ne dotent pas les étudiants des bonnes compétences nécessaires pour le marché. Pour Seth Trudeau et Keno Omu de l’African Leadership University, les employeurs recherchent maintenant des diplômés capables de penser par eux-mêmes, de s’intégrer dans des milieux de travail dynamiques, d’apprendre de nouvelles façons de travailler et de trouver des solutions créatives aux problèmes réels. « Les capacités dépendent plus de la façon dont elles ont été enseignées que de ce qu’elles ont appris », estiment les deux spécialistes.

    Pour le moment, différentes universités africaines s’apprêtent à lancer les cours en ligne. Mais certains Etats sont incapables de franchir le cap. Des problèmes tels que la vitesse d’Internet et le droit d’auteur ont rendu difficile l’adoption de cette idée par certains pays. Conséquence, les étudiants africains se tournent de plus en plus vers les universités étrangères pour continuer leur formation. Seule option pour eux d’affiner leurs compétences pour relever les défis qui les attendent en Afrique.

     

  • L’avenir de l’Afrique s’annonce plus radieux en 2018

    L’avenir de l’Afrique s’annonce plus radieux en 2018

    L’aventure d’une Afrique positive continue. Il y a quelques mois, lorsque nous démarrions nous promettions de relever un défi de taille : celui de servir à nos lecteurs des informations sur une Afrique qui bouge, qui se transforme et qui se développe. Notre objectif n’a pas changé. À l’heure où la presse en ligne s’impose sur notre continent, la dynamique équipe d’Afrotribune juge important la production d’informations par les Africains et pour les Africains. Ce sont les succès d’Afrique que nous vous ferons souvent découvrir.

    L’année 2017 appartient désormais à l’histoire. Mais comment ne pas revenir sur des succès enregistrés sur notre continent pendant douze mois ? Ils sont légion. À Afrotribune nous avons particulièrement été séduits par quelques initiatives privées et l’évolution remarquable de certaines startups. La Nigériane Aerial Industries est l’une d’entre elles. Cette startup récemment créée s’est illustrée par la fabrication de drones de haute performance pour la pulvérisation des cultures. Son apport est déjà utile dans les exploitations agricoles sur le plan local. Aerial Industries a d’ailleurs été sélectionné par l’accélérateur de startup Airbus BizLab du géant de l’aéronautique pour bénéficier d’une formation dans le domaine de l’industrie aérospatiale.

    En Afrique de l’Est, vous aimerez certainement le projet Majik Water initié par la Kenyane Beth Koigi. Cette dernière a eu l’idée de mettre en place des générateurs d’eau atmosphériques alimentés par des panneaux solaires pour transformer l’humidité de l’air en eau. Quand on sait que l’accès à l’eau potable reste un grand défi pour nos États, on ne peut qu’encourager Beth Koigi qui sauve des vies en empêchant grâce à son projet la propagation de certaines maladies.

    La startup Lono de la Côte d’Ivoire a démontré que les déchets organiques sont une source d’énergie inépuisable encore négligée sur le continent. Lono transforme des déchets organiques en biogaz pour le combustible de cuisson et en biométhane pour la production d’électricité. Dans nos pays, la réduction de la fracture numérique traîne. Mais on peut déjà se réjouir qu’une entreprise comme Eduair du Cameroun décide de commercialiser des boxes numériques qui facilitent l’accès à du contenu digital sans connexion internet.

    Évolution

    L’Afrique se développe. Mais l’endettement reste encore un frein pour la prospérité de nos économies. En décembre, lors d’une tournée sur le continent, Christine Lagarde a expliqué ce qui pourrait faciliter « un développement sérieux » qui doit faire avancer les économies de nos États. Comme voie salutaire pour l’Afrique, la présidente du FMI a évoqué, le développement du secteur agricole, l’industrialisation, le financement des initiatives technologiques.

    Gageons que cela soit entendu et que de différents plans de développement élaborés par les dirigeants sont mis en œuvre pour le bien de nos pays. De la politique dépend la stabilité des pays. Et sur ce plan, l’Afrique a connu bien d’heureux rebondissements l’année écoulée. Les Gambiens se sont très tôt illustrés par un vote historique qui a fait tourner les pages sombres de Yaya Jammeh.

    Depuis, le président Adama Barrow continue tant bien que mal de poser les jalons d’une démocratie en Gambie. Il y a eu également « l’épisode zimbabwéen » qui a soldé la fin du règne de Robert Mugabé. Cela peut être salué dans la mesure où il s’est déroulé avec tact et sans morts. De 2017, peut-être devrons aussi nous réjouir de la réussite des scrutins au Libéria avec l’élection de George Weah, archétype d’une réussite africaine qui voudrait dire que l’on peut ne partir de rien pour devenir quelqu’un si on le veut.

    Osons et faisons confiance à George Weah. En espérant que l’ancien footballeur replace définitivement le Libéria sur les rails de la réconciliation et du développement.

    Attente

    Dans l’élan de positivité de l’Afrique, il y a encore des points noirs. Les récents morts enregistrés à Kinshasa durant une marche pacifique rappellent que certains États restent fidèles à leurs vieux démons. Le régime du président Joseph Kabila dont le mandat a expiré il y a un an commet l’erreur de braquer la population. Le président Kabila joue la montre en se maintenant au pouvoir. Différents scénarii peuvent se dessiner au cours des prochains mois, notamment le déclenchement d’une série de marches de protestation. À moins que le chef de l’État ne fasse une sortie médiatique pour tout calmer : convoquer une élection présidentielle à laquelle il ne peut plus participer. Le Cameroun est lui rongé par un mal auquel il faudra trouver un remède. Jusqu’à présent le pouvoir ne se donne pas tous les moyens pour régler le « problème anglophone ». Cela fragilise le pays qui s’est également lancé dans une guerre contre Boko Haram. Et même une réélection de Paul Biya qui semble garantie n’est pas la clé pour que le Cameroun retrouve sa stabilité.

    Au Togo, depuis août, de milliers de manifestants, de l’opposition réclame le retour à la constitution de 1992 et le départ de Faure Gnassingbé du pouvoir. Alors qu’un dialogue n’est toujours pas convoqué, il serait difficile de prédire le dénouement de cette crise. Mais comme toujours, il appartient à celui qui gouverne de prendre ses responsabilités. Les cartes ont été redistribuées sur l’échiquier togolais et l’année 2018 pourrait être remplie d’incertitudes pour le régime togolais. Quant à nous, nous publierons des articles pour tout faire comprendre. Telle est la mission d’Afrotribune. En attendant, nous souhaitons à tous nos lecteurs une bonne et heureuse année 2018.

  • Mercy Kitomari quitte la banque pour se lancer dans la production de crèmes

    Mercy Kitomari quitte la banque pour se lancer dans la production de crèmes

    Elle s’appelle Mercy Kitomari, tanzanienne. En 2013, elle a quitté son emploi bancaire pour poursuivre sa vision de faire des déserts de glaces. Aujourd’hui, elle est la fondatrice et PDG de Gelato, une entreprise de crème glacée opérant à Dar es-Salaam, la capitale de la Tanzanie.

    Son intérêt pour la crème glacée a commencé pendant qu’elle étudiait pour un MBA au Royaume-Uni. Elle travaillait à temps partiel comme guide touristique, et après chaque visite touristique, elle emmenait des visiteurs dans des salons de crème glacée à Leicester Square, au cœur de Londres. « Il y avait des glaciers partout », se souvient-elle. « En Tanzanie, nous buvons beaucoup de thé et d’alcool. Mais ma vision est d’influencer une culture de desserts glacés. Je veux que les desserts glacés soient une indulgence normale, pas un luxe. Et je veux voir des glaciers partout » ajoute la jeune entrepreneure.

    Après avoir terminé ses études, Kitomari a trouvé un emploi dans une banque en Tanzanie. En 2012, elle a commencé à faire de la crème glacée dans la cuisine de sa mère et a finalement quitté son emploi pour gérer son entreprise à temps plein.

    Aujourd’hui, elle a un point de vente à Dar es-Salaam. Elle fournit ses produits aux hôtels et restaurants, et effectue également des livraisons à domicile. Mais vu que Kitomari ne peut actuellement se permettre d’ouvrir de nombreux points de vente, elle s’est aussi associée à des boulangeries pour élargir sa portée. Elle fournit des congélateurs à des boulangeries indépendantes, qui lui achètent ensuite de la crème glacée.

    « Si je vois que l’endroit a un bon trafic, je leur donne juste mon congélateur de marque et je leur apprends à faire des gaufres et des milkshakes, et à faire de la crème glacée. C’est la plus grande image. Lorsque nous atteindrons le niveau d’usine, nous approvisionnerons uniquement ces entreprises. Cela me permettrait d’avoir une plus grande portée géographique en Tanzanie et en Afrique. Cela correspond bien à mon objectif d’avoir des glaciers partout — exactement comme je les ai vus à Leicester Square », explique-t-elle.

    Changer le comportement du client 

    Kitomari note qu’il y a plusieurs facteurs qui font de Dar es-Salaam un bon endroit pour construire une entreprise de crème glacée. Pour commencer, la ville côtière a un temps chaud et humide pendant la majeure partie de l’année. En outre, elle remarque que la capitale tanzanienne connaît une croissance économique rapide et que de nombreux consommateurs peuvent désormais se permettre d’acheter plus que leurs besoins élémentaires. Pour cela, chez Gelato, une tasse de crème glacée est vendue pour un peu moins de 2 dollars, et Kitomari affirme que des clients en achètent tous les jours. « La Tanzanie produit également beaucoup de fruits de différentes variétés. Au lieu de simplement faire des jus, nous avons aussi la possibilité de faire de beaux desserts. Nous fabriquons même des glaces aromatisées à la vigne et au jacquier — qui ne sont pas des arômes communs ailleurs. »

     Concurrencer les grandes marques 

    Toutefois, pénétrer le marché de la crème glacée de la Tanzanie n’est pas chose aisée. Pour cause, les concurrents étrangers sont de taille. « Il existe de grandes marques telles que Azam et Fairy Delights. Il y a aussi d’autres entreprises qui sont installées dans des centres commerciaux où je ne peux pas me permettre de louer de l’espace pour le moment », dit Kitomari. Parmi ses concurrents, Kitomari craint beaucoup plus Azam. « En Tanzanie, les gens disent Azam quand ils veulent des glaces. C’est une marque très forte. Pour percer dans un tel marché, vous devez vraiment engager les consommateurs », confie-t-elle.

    L’entreprise est également confrontée à des difficultés d’accès aux matières premières en raison d’une pénurie de produits tels que le lait écrémé, la saisonnalité des fruits et les faiblesses générales de la chaîne d’approvisionnement. « Je ne suis pas ce que je veux être à l’avenir, mais j’ai appris à travailler avec ce que je dois faire pour atteindre ma vision », explique Kitomari.

    Pour cette dernière, le conseil envers ses compatriotes est clair. « N’attendez pas que les investisseurs viennent vous donner de l’argent pour que vous puissiez commencer votre rêve », lance-t-elle.

     

  • Elle quitte l’UNICEF au Canada pour entreprendre chez elle en Ouganda

    Elle quitte l’UNICEF au Canada pour entreprendre chez elle en Ouganda

    Il y a sept ans, alors qu’elle rendait visite à sa famille dans la ville de Gayaza, dans le centre de l’Ouganda, Lucia Bakulumpagi-Wamala ne pouvait s’empêcher de remarquer les déchets dans les rues. Ayant grandi au Canada, c’était un spectacle inhabituel pour elle.

    Dans une première vie, Lucia Bakulumpagi-Wamala avait été employée chez UNICEF Canada et a également travaillé comme agent dans l’industrie de la mode et du divertissement pendant plusieurs années, avant que l’idée de l’entrepreneuriat ne survienne.

    Bakulu Power a surgi dans l’esprit de l’entrepreneure il y a des années, mais l’idée a pris forme en novembre 2015. « Quand je suis allé en Ouganda il y a sept ans, j’étais enceinte. Il est très commun pour les femmes dans cette condition de regarder les choses différemment. Je pense que cela a également contribué à la création de l’entreprise. »

    En effet, au départ, Lucia voulait se concentrer uniquement sur la production d’énergie à partir de déchets, mais après avoir parlé à un ami, elle a commencé à penser à l’énergie solaire. « Quand j’ai remarqué l’abondance de ces ordures, je suis devenue curieuse. Quelque chose à propos de tous ces déchets m’a vraiment frappé. C’est ainsi que j’ai démarré Bakulu Power », explique Lucia. Bakulu Power qui est une société d’énergie renouvelable basée en Ouganda conçoit, installe et exploite des systèmes pour les clients résidentiels et commerciaux.

    Selon la fondatrice, son entreprise opère pour le moment au niveau micro et macro. « Au niveau micro, nous concevons des systèmes pour les maisons, les hôtels ou les entreprises manufacturières afin de réduire leur dépendance au carburant ou au réseau, ce qui est techniquement peu fiable dans notre pays. Au niveau macro, nous développons des mini-réseaux et vendons l’électricité à l’ensemble de la communauté par unité » explique Lucia.

    Bakulu Power, parce que l’énergie précède le développement

    Bakulu Power développe actuellement trois mini-réseaux solaires dans le district de Buvuma en Ouganda qui apporteront de l’électricité à plus de 8 000 personnes. L’entreprise coopère également avec une usine de production de combustible de cuisine propre (biomasse) dans un camp de réfugiés dans l’ouest du pays.

    Pour démarrer l’entreprise Bakulu Power, Lucia a dû faire dans un premier temps avec ses propres économies et quelques soutiens de la famille. Aujourd’hui, la société n’a pas encore d’investisseurs externes. Selon la fondatrice, la moitié de son temps est désormais consacrée à des actions visant à courtiser ses bailleurs de fonds afin de « croire en son rêve entrepreneurial ».

    « Dans le monde que nous sommes maintenant, les gens comprennent le besoin d’électrification rurale. Ce n’est pas comme si je proposais quelque chose qui n’existe pas déjà. Mais, c’est toujours un défi quand vous êtes nouveau. Nous sommes tous très jeunes dans mon équipe et nous sommes une entreprise locale. C’est un grand défi pour certains investisseurs » explique Lucia. Pour elle, ce n’est pas aisé de faire affaire avec de grandes sociétés multinationales ou des donateurs qui peuvent considérer la nouveauté comme une lacune.

    Mais toute la difficulté ne se résume pas là. Un autre défi consiste à maintenir un équilibre entre vie professionnelle et vie privée de l’entrepreneure. « Je suis une mère et mon rôle de PDG et de fondatrice prendra un certain temps pour que je m’y habitue », dit-elle.

    « J’apprends de l’expérience »

    Ayant grandi au Canada, Lucia a été habituée à la façon dont les choses se passent en Occident. Cependant, elle a dû modifier son approche pour l’aligner sur l’environnement opérationnel en Ouganda. « Au début, j’ai essayé de faire les choses comme je le faisais en Occident, mais j’en ai souffert. Maintenant, j’essaie consciemment de ne pas négliger la façon dont les choses sont faites localement », confie-t-elle.

    Lucia pense que cela peut arriver à tous ceux qui ont vécu en dehors du continent pendant une longue période. « Quand nous avons grandi dans le monde occidental, nous supposons que… c’est comme ça que les choses devraient être et que c’est ce que tout le monde veut ».

    Bien que Bakulu Power ait moins de deux ans, l’entreprise attire déjà l’attention. Cette année, Lucia a été sélectionnée comme l’un des 30 entrepreneurs africains à surveiller par le magazine Forbes. Son directeur technique a également été sélectionné pour le programme d’entrepreneuriat de la Fondation Tony Elumelu.

    Pour les entrepreneurs en herbe, Lucia conseille : « suis ton cœur. Apprenez tout ce que vous pouvez et restez ouvert à l’apprentissage. Ne pense jamais que tu sais tout parce que tu ne le sais pas. »

     

  • En Tanzanie, Fahad Awadh se fait champion de la noix de cajou

    En Tanzanie, Fahad Awadh se fait champion de la noix de cajou

    Deux ans après le début de son activité, Fahad Awadh a été nommé l’un des 30 entrepreneurs à surveiller en Afrique par le magazine Forbes, et a également reçu une subvention de 500.000 USD du Africa Enterprise Challenge Fund. En Tanzanie où il est connu pour son intérêt pour les noix cajou, le jeune a une entreprise plutôt prospère.

    En 2014, Awadh a commencé à rechercher une activité dans laquelle il pourrait investir. « Je suis tombé sur la noix de cajou en constatant que la Tanzanie en produit beaucoup et de bonnes qualités », dit Awadh, dont la première grande initiative privée, étaient une entreprise de vêtements qu’il a fondée avec des amis. En effet, la Tanzanie est l’un des plus grands producteurs de noix de cajou au monde. Environ 90 % de ses noix de cajou sont exportées en Inde et au Vietnam et réexportées vers les marchés développés.

    Pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette industrie, Awadh a quitté le Canada pour la Tanzanie afin d’y mener des recherches. Il voulait, selon ses dires, comprendre l’offre sur le marché intérieur et le commerce mondial de la noix de cajou. Awadh s’est également rendu au Vietnam, l’un des plus gros exportateurs de noix de cajou au monde. Dans ce pays, il a visité des fabricants d’équipements de traitement et l’usine d’un producteur de noix de cajou de réputation. Ces visites l’ont exposé aux meilleures pratiques mondiales, qu’il a plus tard mises en œuvre dans sa propre entreprise.

    Pour Awadh, comprendre le marché mondial et ce que veulent les consommateurs a été important pour prendre des décisions éclairer sur la façon dont il devrait traiter ces noix de cajou. « Je savais que si je devais traiter en Tanzanie, il fallait qu’il soit mécanisé, automatisé et efficace. Je me suis rendu compte que si je voulais être le meilleur transformateur, je devais mécaniser le processus et opérer selon les normes les plus rigoureuses en assurant la salubrité et la traçabilité des aliments et en donnant de la valeur à l’agriculteur » rassure l’entrepreneur.

    C’est au bout de ces différentes étapes que Awadh décide enfin de créer YYTZ Agro-Processing, une société de production de noix de cajou qui se concentre sur l’exportation de noix de qualité supérieure de Tanzanie, tout en travaillant étroitement avec les agriculteurs locaux pour s’assurer qu’ils sont suffisamment inclus dans la chaîne de valeur.

    Défis de financement

    Alors qu’il était finalement satisfait des connaissances qu’il avait acquises, Awadh écrit un plan d’affaires complet et a commencé à demander des prêts auprès de banques en Tanzanie pour financer l’équipement de traitement. Malheureusement, la réponse par défaut à ses demandes était : « Non, nous ne soutenons pas les nouvelles entreprises ». « Les banques ont toujours été négatives parce qu’elles pensaient que c’était impossible. Ils ne posaient pas les bonnes questions et les mois passaient », se souvient-il.

    Pour donc éviter les retards, Awadh s’est associé avec son père, un pilote commercial retraité, pour acheter l’équipement initial pour installer YYTZ sur l’île de Zanzibar (une région semi-autonome de Tanzanie), avec l’espoir qu’une fois que les banques verront une usine pour se lancer dans les affaires, ils auront plus de confiance pour le soutenir. Mais alors que cette lutte se poursuivait, YYTZ a obtenu un coup de pouce important en remportant une subvention de l’Africa Enterprise Challenge Fund en 2016, un an après l’enregistrement de l’entreprise par Awadh.

    Des partenariats gagnant-gagnant

    L’entreprise construit déjà une autre usine à Mtwara (sud de la Tanzanie) qui permettra aux agriculteurs d’avoir accès à des installations de stockage, à une machine à décorticage automatique et à des équipements de vaporisation qui leur permettront d’enlever leurs coquilles. De cette façon, l’entreprise peut acheter le produit à un prix plus élevé auprès des agriculteurs.

    « À l’heure actuelle, les noix de cajou de Tanzanie sont exportées en Inde et au Vietnam en tant que produit brut. En aidant les agriculteurs à ajouter de la valeur à leur récolte, nous sommes non seulement en mesure de leur payer plus d’argent et de les aider à obtenir plus de revenus, nous allons également augmenter les revenus du pays », rassure Awadh.

    Dans la logique de celui-ci, les agriculteurs sont des clients importants. « Vous constaterez que dans de nombreux pays comme la Tanzanie, les agriculteurs sont souvent exploités et ils n’ont rien à montrer pour le travail qu’ils ont fait. Nous, nous voulons nous assurer que toute activité que nous menons avec les agriculteurs est en mesure d’augmenter leurs moyens de subsistance. C’est important pour nous parce que sans les agriculteurs, il n’y a pas de commerce, » croit-il.

  • Nairobi: une jeune Kenyanne rivalise les géants du cosmétique

    Nairobi: une jeune Kenyanne rivalise les géants du cosmétique

    « Je suis fière d’avoir construit une marque de cosmétiques locale qui est en concurrence avec des sociétés internationales sur le marché. En ce moment, je peux entrer dans un magasin de beauté et mon stand est juste à côté des géants, tels que Revlon et Maybelline. C’est tellement incroyable. » Ces mots, quand Nelly Tuikong les prononce, ce n’est pas sans émotion. Cette dernière est fondatrice et directrice exécutive de la ligne de beauté basée au Kenya, Pauline Cosmetics. La société, baptisée du nom de la mère de Tuikong, fabrique une gamme de produits qui se vendent partout au Kenya, en gagnant lentement du terrain en Ouganda et au Rwanda.

    En revenant sur son voyage jusqu’à présent, Tuikong, maintenant dans la trentaine, dit qu’elle a dû tout apprendre d’être une femme d’affaires à partir de zéro. « L’esprit d’entreprise, c’est comme avoir un enfant pour la première fois. Vous avez tous ces gens et ces livres qui vous disent quoi faire, mais quand ce bébé apparaît, vous n’avez aucune idée de ce qu’il faut faire » caricature-t-elle son aventure en entrepreneuriat.

    En effet, Tuikong a grandi dans la partie ouest du pays, avec un mode de vie typique de la classe moyenne du Kenya. Mais vers l’âge de 10 ans, sa situation a soudainement empiré après que son père ait perdu son emploi, forçant la famille à compter sur le revenu de sa mère, qui travaillait comme infirmière. C’est plus tard qu’un couple américain l’aiderait à continuer ses études aux États-Unis.

    « La nouvelle entreprise allait toujours être un succès »

    En réalité, c’est dans sa dernière année d’études aux États-Unis qu’elle s’est découverte passionnée par l’entrepreneuriat et elle a commencé à penser à développer sa propre marque de beauté. « J’ai vu quelqu’un lancer une ligne de cosmétiques aux États-Unis et j’ai pensé… qui a besoin d’un autre produit sur ce marché ?

    Il y a des centaines de marques de maquillage aux États-Unis, mais je savais que la nouvelle entreprise allait toujours être un succès. Puis je me suis dit : et l’Afrique ? Il y avait un écart dans la division des couleurs et des cosmétiques. J’ai commencé à mûrir l’idée et bientôt je ne pouvais plus m’en débarrasser », raconte Tuikong.

    Il lui a fallu quatre ans (de 2009 à 2013) pour lancer sa marque. Elle a déclaré avoir fait face à des « luttes internes » en abandonnant une carrière en soins infirmiers pour devenir entrepreneure. D’ailleurs après son retour au Kenya en 2011, elle a trouvé un travail dans la recherche clinique, en s’occupant de son entreprise de cosmétiques dans son temps libre. En réalité, elle a gardé l’entreprise secrète de la plupart de ceux qui l’entouraient à ses débuts.

    En 2013, elle a importé sa première livraison de produits d’Asie. À ce moment-là, Pauline Cosmetics était inconnue sur le marché kenyan. Elle a reconnu plus tard que c’était une erreur d’importer des produits avant même de savoir comment et à qui elle allait les vendre. Bien qu’elle pensait que l’industrie de la beauté et des cosmétiques au Kenya allait connaître un changement majeur, à ce stade, le marché n’était tout simplement pas encore prêt pour ses produits.

    Une courbe d’apprentissage abrupte

    Tous les produits Pauline Cosmetics sont actuellement fabriqués à l’étranger, principalement en Chine et à Taïwan. Les produits de Pauline Cosmetics sont principalement stockés dans les magasins de beauté et les pharmacies. En raison de leurs conditions de paiement défavorables, Tuikong ne dessert pas actuellement de supermarchés traditionnels. Mais contrairement aux pays développés, le secteur du commerce de détail au Kenya est très fragmenté et comprend beaucoup de magasins indépendants. Les marques ne peuvent donc pas compter uniquement sur quelques chaînes de magasins.

    L’une des premières erreurs que Tuikong a commises en traitant avec les détaillants était de trop se concentrer sur l’expansion vers de nouveaux points de vente, et de négliger certains de ses revendeurs existants. Étant donné que de nombreux propriétaires de magasins de beauté sont eux-mêmes des entrepreneurs inexpérimentés, ils ont souvent besoin de soutien en termes de choses telles que les promotions en magasin.

    Aujourd’hui, Tuikong n’a aucun regret d’abandonner une carrière stable en soins infirmiers pour l’entrepreneuriat, mais il conseille ceux qui sont seulement intéressés à faire de l’argent qu’il est mieux de gravir les échelons de l’entreprise que de se jeter d’un coup.