Catégorie : Politique

  • Libéria: des fantômes hantent le palais de la présidence

    Libéria: des fantômes hantent le palais de la présidence

    Au Libéria, les travaux pour le réaménagement du Manoir, la présidence du pays, vont bon train. Sauf que cette bâtisse qui accueille les Chefs d’États libériens semble hantée.

    Si au Libéria, la présidente Ellen Johnson Sirleaf semble finir son mandant indemne, elle est consciente que son cas est une exception. Selon bon nombre de citoyens, cette exception est justifiée par son refus de dormir au Manoir, excepté quelques nuits après son investiture en 2006.

    Ensuite, quelques jours plus tard, Mme Sirleaf s’était retournée chez elle sous prétexte que l’endroit devait être décoré à nouveau avant qu’elle puisse y emménager. En effet, compte tenu de l’histoire du bâtiment, peu de Libériens reprochent à Mme Sirleaf de n’y avoir pas vécu. Durant tout son mandat, elle s’était logée dans une villa au bord de la mer dans le quartier du marché aux poissons de Monrovia, où elle peut faire sa nage dans sa piscine en paix.

    Secret de polichinelle

    Monrovia, n’importe quel Libérien le sait et le dit. Le Manoir est hanté. Pour preuve, aucun président ayant séjourné dans ce bâtiment pendant une période prolongée n’en est ressorti sain et sauf. Si Charles Taylor y a emménagé sans y perdre la vie, il y fut tout de même attaqué en 1996. Selon les dire, les esprits errent dans les couloirs du bâtiment, tandis que les « applaudissements des fantômes » peuvent être entendus tard dans la nuit, comme à la fin d’un discours, rapportent les gardes de sécurité.

    Les proches amis et associés de Mme Sirleaf disent qu’elle était consternée par ce qui l’avait rencontrée lorsqu’elle est arrivée dans l’immeuble. Dans la chambre principale qui abritait ses prédécesseurs, les fenêtres avaient été peintes en noir. Idem pour les fenêtres de la petite salle familiale. Le long couloir effrayant où l’ancien président William Richard Tolbert a été tué était bien encore long et glauque.

    Les murs de la salle de bain principale étaient tous des miroirs. Un salon circulaire à l’étage inférieur des quartiers résidentiels était taché de sang sur les murs et le tapis. Le plafond de ce qui devait être le bureau de Mme Sirleaf était peint avec des anges au visage sombre de Jésus-Christ.

    Quand Mme Sirleaf a demandé que les anges et Jésus soient enlevés, les ouvriers superstitieux ont refusé. La première femme-chef d’État du Liberia a ensuite discrètement demandé à d’autres de repeindre le plafond une nuit. Lors d’une récente interview, elle a refusé d’entrer dans les détails. « Il y avait des anges volants au plafond dans le bureau », a-t-elle dit. « Bien sûr, nous l’avons enlevé. »

    Quelques mois plus tard, un incendie que les autorités ont jugé électrique, mais que la plupart des gens croient être un incendie criminel, ravage le bâtiment. Douze ans et deux mandats présidentiels plus tard, la rénovation n’est toujours pas terminée. Lorsque le président George W. Bush est venu en visite en 2008, et a secoué son butin aux côtés de Mme Sirleaf à de la musique libérienne, ils l’ont fait sur le terrain du manoir, mais pas à l’intérieur. Selon les informations, la rénovation sera terminée dans deux ans, soit environ un tiers du mandat du prochain président.

    Histoire répétée

    C’est le président William Vacanarat Shadrach Tubman qui a fait construire l’endroit au début des années 1960. En 1964, il a emménagé pour sept années relativement paisibles, avant de mourir en 1971 à l’âge de 75 ans. Au Libéria où peu de personnes croient aux causes naturelles de la mort, beaucoup ont attribué le décès de M. Tubman à une prophétie de Wilhelmina Bryant-Dukuly, connue sous le nom de Mère Dukuly. Celle-ci avait publiquement averti le président qu’il allait mourir le jour où il laisserait un couteau le toucher. Le président n’avait pas accordé du crédit à cette prophétie et a autorisé des médecins à Londres à opérer sur lui pour un cancer de la prostate. Il est mort.

    Ensuite, c’était le président William Richard Tolbert. Après un bref règne de neuf ans, William Tolbert a été attaqué dans l’obscurité par des soldats de sa propre armée, menés par le sergent-major. Les assaillants ont tiré trois balles sur William Tolbert, puis ont arraché son œil droit et, finalement, l’ont éventré. Ils ont arrêté sa première dame, Victoria Tolbert, et les enfants puis exécuté les membres du cabinet du président.

    Selon certaines rumeurs à Monrovia, Samuel Doe qui a assuré la présidence et a élu domicile au manoir aurait des alligators dans le sous-sol nourris à la chair humaine. Samuel Doe s’était enfermé dans le manoir pendant des mois alors que les combats pour renverser son régime faisaient rage. Le 9 septembre 1990, le jour où il est sorti du manoir pour rendre visite à certaines troupes internationales de maintien de la paix, les forces de Prince Yormie Johnson ont frappé. Ils ont capturé Samuel Doe pendant un échange de tirs et l’ont emmené dans leur repaire. Celui-ci fut tué, après avoir été torturé.

    Après plusieurs années de guerre civile, en 1997, le chef milice Taylor fut élu président. Il s’était installé dans le manoir avant même d’être élu. En octobre 1996, il a payé le prix quand les assaillants se sont présentés pour essayer de le tuer. Sept de ses gardes du corps ont perdu et la vie Charles Taylor sera finalement reconnue coupable de crimes de guerre. Il purge sa peine de 50 ans dans une prison britannique.

    Actuellement, les équipes de construction continuent à travailler pour réparer le manoir pour le prochain président. Reste à savoir si celui aura le courage d’y séjourner.

  • Wikileaks révèle comment les USA ont évincé Robert Mugabe

    Wikileaks révèle comment les USA ont évincé Robert Mugabe

    Après 37 ans de pouvoir, Robert Mugabé a démissionné, non sans pressions extérieures selon les révélations de Wikileaks. Le pays est repris en main par un de ses anciens fidèles. Une situation qui inquiète certains Zimbabwéens.

    Jusqu’à présent, la chute de Robert Mugabé est expliquée par plusieurs observateurs comme la conséquence des ambitions démesurées de sa femme Grâce. A cela s’ajoute, la destitution du vice-président Emmerson Mnangagwa qui a provoqué l’intervention de l’armée. Mais la démission de Mugabé pourrait être liée à une cause lointaine. Un plan fomenté pour pousser dehors le nonagénaire président zimbabwéen selon Wikileaks. Des informations font état d’hommes d’affaires zimbabwéens réfugiés en Afrique du Sud qui seraient liés d’amitiés depuis 2010 avec des chancelleries occidentales pour évincer Robert Mugabé.

    Parmi ces puissances étrangères, on peut retenir les États-Unis d’Amérique et même des personnalités des Nations-Unies. Des documents confidentiels le témoignent. Ils indiquent que dès 2007, les autorités américaines avaient approuvé le plan des hommes d’affaires zimbabwéens de forcer Mugabé à quitter ses fonctions pour rendre le pouvoir à son premier ministre. Expliquant qu’à Harare il y a avait déjà des volontés de voir Mugabé quitter le pouvoir.

    À l’ambassade des États-Unis en Afrique du Sud le déroulement de ce plan se trouvait dans un document nommé « plan de partage du pouvoir ». « Les quatre hommes d’affaires ont reconnu qu’il y a une opportunité pour apporter le changement positif au Zimbabwe, concerné par la situation économique détériorée du pays et l’avancée de l’âge de Mugabe et sa santé déclinante », souligne le plan.

    L’idée a été aussi approuvée par le Mouvement démocratique pour le Changement (MDC) parti politique de l’opposition qui estimait d’ailleurs qu’une action massive pouvait forcer le président à démissionner. La suite on la connait. Le Zimbabwe connaîtra en 2008 à sa tête une difficile cohabitation marquée par la nomination de Morgan Tsvangirai, leader du MDC, au poste de Premier ministre, après de violentes élections.

    Les hommes d’affaires et les puissances occidentales expliquaient qu’il fallait obtenir progressivement le départ de Robert Mugabé pour donner plus de pouvoir à une autre personne qui doit faire renaître l’économie du pays. Le secrétaire général de l’ONU d’alors le Sud-Coréen Ban Ki-Moon et l’ancien Premier ministre malaisien Mahathir avaient été recommandés comme médiateurs.

    Même si ce n’est qu’en 2017 que Mugabé est déchu, il semble que plusieurs événements ont été provoqués et que le plan ait fonctionné. D’autant plus que sept ans après, le scénario s’est déroulé comme annoncée : un coup d’Etat sans effusion de sang. Malgré l’euphorie constatée, l’après Mugabé reste une équation difficile à résoudre. « Nous ne sommes pas convaincus d’un profond changement. Le même système continue », justifie un habitant de Harare.

    Et après ?

    Le désormais homme fort du Zimbabwe est l’ancien vice-président démis de ses fonctions par Robert Mugabé. Emmerson Mnangagwa qui n’était pas apprécié par le clan de la femme du président succède à fondateur de ma Zanu-PF. Mais que pourra réaliser cet ancien compagnon de Mugabé ? En réalité, le nouveau président zimbabwéen est un ancien combattant de la lutte pour la libération du pays. Surnommé « le crocodile », il a déjà été plusieurs fois ministres et était souvent considéré comme le successeur légitime de Robert Mugabé.

    Pendant que l’on évoque une période transition qui devrait conduire le pays à l’organisation d’élections présidentielles, des questions sont soulevées sur le réel apport du crocodile. « C’était un intime de Mugabé. Il a pendant longtemps incarné le système de répression du pouvoir », commente un spécialiste du pays. Autant dire que ce n’est pas « un démocrate », ajoute-t-il. En 2008, plusieurs militants de l’opposition avaient subi la foudre de celui qui a déjà dirigé les services de renseignement du pays et occupé le portefeuille en charge de la Défense.

    Au MDC, même si le départ de Mugabé reste une bonne nouvelle, un responsable du parti confie que « le changement doit continuer ». « Monsieur Mnangagwa n’est pas différent de son prédécesseur. Nous comptons lutter pour être au pouvoir », rassure-t-il. Certaines analyses font aussi état de la possibilité de voir le nouveau président « entrer dans la danse du changement ». Pour le prouver, il devra composer avec l’opposition pour la rassurer de ses bonnes intentions. « Pourquoi ne pas former un gouvernement d’union nationale pour conduire la période de transition ? », s’interroge un ancien diplomate européen.

    De retour au pays après quelques jours d’exil en Afrique du Sud, Emmerson Mnangagwa a appelé ses compatriotes à œuvrer ensemble pour une nouvelle ère de démocratie au Zimbabwe. Cela devrait permettre au pays, de mieux faire face à son déclin économique. « Lutter contre le chômage, résoudre la question de la monnaie, réorganiser les secteurs économiques. Tout est à refaire », prévient un chercheur sud-africain. Mais le Zimbabwe peut compter sur certains pays qui l’ont déjà assuré de leur soutien. Comme le cas de la Grande-Bretagne qui compte travailler avec le pays dans son nouveau départ.

  • Coup d’État: ces 40 pays africains où la tradition est légion [Grand Angle]

    Coup d’État: ces 40 pays africains où la tradition est légion [Grand Angle]

    Ce 15 novembre, les Zimbabwéens se sont réveillés, face à une situation qui dans ce pays dirigé par le vieux Robert Mugabé (93 ans) depuis l’indépendance du pays en 1980, est la première : une prise de pouvoir par les militaires. Pourtant, sur le continent l’initiative est légion.

    La force de défense zimbabwéenne (ZDF) a pris le contrôle du radiodiffuseur d’Etat et a assigné à résidence le dirigeant Robert Mugabe et sa famille. Dans une allocution télévisée, la ZDF a pris soin de souligner qu’elle n’avait pas fait de coup d’État, mais qu’elle avait plutôt agi pour apaiser les tensions suite au limogeage du vice-président. Mais les camions militaires stationnés menaçants dans les rues de Harare laissent penser le contraire. L’opération se veut une purge, visant principalement, même si cela ne se dit pas, la première dame, Grace Mugabé.

    En réalité, cette séquence d’événements s’est déroulée plusieurs fois dans différents pays à travers le continent africain. En effet, depuis les années 1960, année des indépendances, l’Afrique a connu au moins 200 coups d’État réussis et ratés. Quelques-uns d’entre eux ont inspiré des films hollywoodiens comme Tears of the Sun qui mettait en vedette Bruce Willis et dépeignait un renversement sanglant d’un président nigérian.

    Quid des pays les plus touchés

    Contrairement à d’autres parties de l’Afrique, les coups d’État militaires ont été rares dans l’histoire postindépendance de l’Afrique australe. En réalité, seul le Lesotho en a eu deux. Les coups d’État sont généralement devenus rares à travers l’Afrique à mesure que la démocratie s’impose ces dernières années, avec une participation citoyenne bienveillante et des sociétés civiles garantes et actives.

    Depuis 1952, année du premier coup d’État en Afrique perpétrée en Égypte par Nasser contre le roi Farouk beaucoup de choses se sont passées. Sur le continent, c’est le Burkina Faso, terre de Thomas Sankara, qui bat les records. Après avoir été témoin de 10 tentatives, le pays enregistre le plus haut score en Afrique. Six d’entre eux sont survenus dans les années 1980 avec deux de ces tentatives menées par Blaise Compaoré qui, ayant pris le pouvoir en 1987, a régné pendant 27 ans jusqu’en octobre 2014, date à laquelle il a été renversé lui-même par un autre coup d’État. Selon bien de spécialistes, la fréquence des coups d’État signifie que le Burkina Faso n’a pas assisté à un transfert pacifique du pouvoir à travers des élections.

    De même en Guinée-Bissau, aucun président n’a achevé un mandat complet depuis l’indépendance du pays en 1974. Ces coups d’État sont souvent sanglants avec plus de trente premiers ministres et présidents en Afrique tués par des coups de force et des coups d’État.

    D’autres pays aussi ont connu cette situation. Le Nigeria, première puissance économique et démographiquement plus grand pays du continent a connu au total 8 reversements militaires. Le pays a passé plus de 57 ans d’indépendance sous un régime militaire. Des pays comme le Burundi, le Tchad, le Ghana, les Comores, le Mauritanie et le Soudan ont connu quant à eux 6 coups d’Etats depuis leurs indépendances. L’Ethiopie, la Libye, la République centrafricaine la sierra Leone ou encore le Bénin ont enregistré au moins 5 renversements militaires.

    Parmi les 40 pays africains ayant connu des coups d’État, le Maroc, le Kenya et le Cameroun sont les trois pays où aucun n’a réussi. Dans 12 de ces 40 pays, des coups d’État ont eu lieu dans les cinq ans suivant l’indépendance. Au total, 23 pays africains ont vu au moins trois coups d’État. En effet, seulement 14 pays sur les 54 que compte l’Afrique n’ont pas encore connu un coup d’État militaire. Toutefois, il faut préciser que l’absence de coup d’État réussi ne garantit pas toujours la paix. Le Soudan du Sud par exemple, l’un des pays les plus jeunes du monde, a été embourbé dans la violence pendant une grande partie de son existence, les groupes rebelles cherchant une plus grande part du pouvoir.

    Renversement militaire: une tradition ?

    À bien des égards, beaucoup de pays africains possèdent un cocktail d’ingrédients qui remuent les coups, avec des leaders qui s’accrochent dans la majorité des cas au pouvoir au détriment des institutions affaiblies. Les citoyens agités, qui sont souvent victimes d’injustices et d’inégalités sociales, sont probablement plus ouverts au changement de régime et prêts à croire aux promesses de l’armée de réparer les choses et de faire place à un gouvernement civil en un rien de temps. Cependant, l’histoire a montré que les dirigeants du coup d’État ne tiennent pas toujours cette promesse : le Nigeria, en est un exemple.

    Au-delà de la reprise probable des violations des Droits de l’Homme et des droits constitutionnels, les coups d’État tendent aussi à anéantir la croissance économique. Étant donné l’incertitude entourant les interventions militaires au sein du gouvernement, les investisseurs ont tendance à hésiter à investir de l’argent dans des économies dirigées par les caprices d’un dictateur. L’effet probable est souvent un manque de croissance économique, une inflation accrue et le chômage (comme au Zimbabwe), certains des choses que les militaires citent souvent comme la raison pour laquelle ils ont pris le pouvoir en premier lieu.

    Selon l’universitaire Ivoirien Kouassi Yao, spécialiste de l’Histoire contemporaine il y a une distinction importante à faire entre les coups d’État pro-démocratiques, les coups d’État antidémocratiques et les coups d’État à caractère subversif. Les premiers, explique-t-il, ont pour objectif de créer les conditions de l’essor de la démocratie, les deuxièmes ne favorisent pas l’épanouissement de la démocratie, au contraire mettent fin au processus démocratique en cours, les troisièmes étant le fait de pays voisins, de multinationales ou de grandes puissances. Selon celui-ci, les coups d’État et les guerres civiles favorisent toujours l’instabilité politique. « Le meilleur ami du développement, c’est la démocratie », est-il persuadé.

  • Grace Mugabe: la reine du shopping qui a voulu gouverner

    Grace Mugabe: la reine du shopping qui a voulu gouverner

    Les ambitions démesurées de la première dame zimbabwéenne, Grace Mugabe, ont précipité la fin du règne de son mari qui dure depuis 37 ans.

    A plus de cinquante ans, Grace Mugabe côtoie le plus haut sommet de l’État depuis plus de trente ans. En effet, c’est en jeune divorcée qu’elle découvre le palais présidentiel comme employée. Elle n’a que vingt ans. Secrétaire du chef de l’État elle finit par devenir sa maîtresse. Suite au décès en 1992 de la femme de Robert Mugabé, le président décide de prendre pour épouse celle qui était toujours considérée comme sa secrétaire. Lorsqu’ils se marient en 1996, le statut de Grace Mugabe change. Dans l’entourage de son mari, quelques proches remarquent les ambitions démesurées de celle qui est née en Afrique du Sud.

    Plus de vingt ans après, Grace Mugabe s’est imposée. D’abord par sa richesse incroyable. À elle seule, la première dame dispose d’une bonne fortune avec des entreprises et une douzaine de fermes dans le pays. Elle a également un train de vie hors norme. Passionnée de mode, la femme du président s’offre régulièrement des emplettes à plus de 100 000 dollars dans des boutiques de luxes. Dans un pays où le taux de pauvreté reste très élevé, Grace Mugabe peut aussi s’offrir une Rolls Royce. C’est ainsi qu’elle s’est construite malgré lui une mauvaise réputation. Si elle n’essuie pas les critiques de la presse, ce sont parfois des militants du parti présidentiel qui l’accusent. On lui a reproché d’avoir gagné plusieurs millions de dollars grâce à la vente illégale de diamants, extraits de la mine de Marange, dans l’est du Zimbabwe. L’affaire révélée par Wikileaks avait secoué le pays. D’autant plus que d’autres cadres zimbabwéens étaient également mis en cause.

    Mauvaise réputation

    Les écarts de comportements de Grace Mugabe ont souvent été décriés. Comme en 2009 où elle a agressé un photoreporter à Hong Kong. Ce sera aussi le cas en 2014 à Singapour. Mais c’est surtout son agression en août dernier sur une jeune femme dans un hôtel de Johannesburg qui a défrayé la chronique. Il a manqué de peu que cet incident provoque une crise diplomatique entre le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. La justice sud-africaine exigeant l’arrestation de la première dame avant que cette dernière ne bénéficie d’une immunité diplomatique pour s’échapper de Johannesburg.

    Très écoutée par son mari, elle a provoqué la disgrâce de certains hommes du premier cercle du chef de l’État et fait même emprisonné de jeunes militants du parti au pouvoir hostile à la politique de Robert Mugabe. Ses ambitions ont aussi vite grandi ces dernières années. Grace Mugabe s’est fait élire présidente de la Zanu-PF et s’est entourée de fidèles dans son camp surnommé le G40. Depuis, elle a multiplié les meetings, vanté les mérites de son mari, et recherché aussi une popularité pour finalement déclarer son intention de succéder à Robert Mugabe. Avec d’autres femmes de la Zanu-PF, elle initie une campagne visant à amender la constitution en permettant qu’une femme puisse être nommée vice-présidente du pays. Dans l’idée de convaincre la population de ses aptitudes intellectuelles, Grâce Mugabé reçoit le diplôme de docteur à lui délivré par l’université de Harare. Ses travaux de thèse ont porté sur les bouleversements sociaux et leur impact sur la structure familiale, révèle une source de l’université.

    Femme pressée

    Les ambitions présidentielles de Grace Mugabe l’a emmené à tisser un réseau formé de fidèles. Au sein de la Zanu-PF, ses fidèles la décrivaient comme « la maman » ou encore « la future présidente ». Ce qui n’a jamais été du goût de ses détracteurs qui la trouvent « méprisante et prétentieuse ». Et la scission qu’elle a provoquée dans le parti présidentiel a irrité plus d’un. Contre lui s’est positionné le camp du vice-président déchu Emmerson Mnangagwa, longtemps considéré comme le successeur « légitime » de Robert Mugabe. Finalement déchu suite aux pressions de Grâce Mugabé sur son mari, Emmerson Mnangagwa très influent a provoqué la chute de son « compagnon de lutte ».

    Quelques jours avant la prise de pouvoir des militaires, un haut gradé s’est indigné du comportement hautain de Grace Mugabe. C’est « une assoiffée de pouvoir », considère-t-on dans le camp des vétérans. « Elle n’est pas née au Zimbabwe. Elle n’a même pas lutté pour la libération du pays », remarque un membre de la Zanu-PF. Introuvable depuis le placement en résidence surveillée de son mari, Grace Mugabe aurait quitté le pays pour l’exil, abandonnant tout rêve présidentiel. Triste fin !

  • Zimbabwe: comprendre le chaos en 5 points

    Zimbabwe: comprendre le chaos en 5 points

    Après 37 ans passés à la tête du pays, Robert Mugabe, 93 ans, est en train de connaitre ce qui pourrait être la fin de sa présidence. Hararé s’est réveillé ce 14 novembre sous le rythme des volontés dictées par l’armée, qui dit ne pas être en train de faire un « coup d’État ». Mais depuis, Robert Mugabé est assigné dans une villa dans la capitale, alors que sa femme reste introuvable. La guerre pour la succession de Robert Mugabe à la présidence du pays a pris un nouveau tournant. Retour sur cette crise en 5 points.

    Grace, la disgrâce de dame Mugabe

    La manœuvre Grace Mugabé pour arriver la tête du pays est un acte mal pris à Hararé, surtout par l’armée. Après avoir longtemps caché son appétit pour le pouvoir, elle l’a finalement et très clairement affiché. « Je dis à M. Mugabe : vous devriez […] me laisser prendre votre place. N’ayez pas peur ! Si vous voulez me donner votre poste, donnez-le-moi librement, » a-t-elle lancé, dimanche 5 novembre, face à des milliers de jeunes de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, réunis dans l’enceinte d’un stade de la capitale Harare. A 52 ans, elle apparaît de plus en plus pressée. En effet, tout a commencé par basculer quand elle a fait tomber un des plus sérieux potentiels successeurs à son époux, le vice-président Emmerson Mnangagwa, qu’elle accusait depuis des mois de tenter de déstabiliser le chef de l’État. Mais cette volonté de succéder à son mari lèse à Hararé.

    Grace Mugabe est loin d’avoir les faveurs de la majorité des Zimbabwéens. Elle a une très mauvaise réputation dans le pays. Elle est considérée comme égoïste, cruelle et pouvant se montrer violente. Elle n’inspire pas confiance, et multiplie les coups d’éclat comme cet été où, pour une raison encore obscure, elle s’en est violemment prise à un mannequin dans un hôtel sud-africain. Mettant à mal les relations entre les deux pays, elle avait invoqué l’immunité diplomatique pour échapper à la police, immunité qui lui avait été accordée. Quelques semaines plus tôt, elle avait invoqué cette même immunité, après avoir détruit le matériel de journalistes croisés à Singapour.

    Emmerson Mnangagwa, le « Crocodile » qu’il ne fallait pas menacer

    Fidèle au président Mugabe pendant des décennies, Emmerson Mnangagwa était le bras droit du chef de l’État autant que son exécuteur des basses œuvres. Le 6 novembre, si son limogeage avait surpris plus d’un, ce n’était que la confirmation que Grace Mugabé avait un plan élaboré. S’en est suivi, une vaste purge des soutiens de Mnangagwa au sein du gouvernement. Âgé de 75 ans, surnommé le « Crocodile » en raison de son caractère impitoyable, Emmerson Mnangagwa est l’ancien patron des services de renseignement. Il a joué un rôle-clé dans les violences qui ont ensanglanté la présidentielle de 2008, remportée par Robert Mugabe après le retrait de l’opposant, Morgan Tsvangirai. En octobre, il a perdu son portefeuille de ministre de la Justice. Il a toutefois été maintenu à la vice-présidence, dont il occupe un des deux postes depuis 2014.

    Ses partisans ont suggéré que cette tentative avait été ourdie par Grace Mugabe, qui a très vigoureusement démenti. Depuis son limogeage, l’armée est finalement convaincue des manœuvres de Grace Mugabé qui a beaucoup d’influences sur son mari. Cela fait des mois que le torchon brûle entre les deux camps : en août, Emmerson Mnangagwa avait affirmé avoir été victime d’une tentative d’empoisonnement. Il avait pris soin de ne pas avancer de possible commanditaire, mais ses partisans assuraient qu’il avait été délibérément intoxiqué par le biais d’une crème glacée fabriquée dans une laiterie appartenant à Grace Mugabe. Des accusations que la Première dame avait vivement démenties.

    Mercredi, après quelques jours d’exil, il a tweeté pour demander aux « Zimbabwéens de rester calmes et d’écouter les informations. Je suis de retour au Zimbabwe et serai occupé au cours des prochains jours. Je communiquerai avec vous à travers les moyens de communication officiels ».

    La lassitude Mugabé

    La tenue de l’élection présidentielle au Zimbabwe explique d’une part cet acharnement de Grace Mugabé. Mais d’autre part, la fébrilité de Mugabé devant cet état de confusion où tout semble dire qu’il a déjà cédé sa présidence est de trop. Même si à Hararé, il n’y a pas d’effusion de joie, et même pas d’expression d’une angoisse, la population s’était lassée de son président depuis. Principale cause, une économie qui ne cesse de détériorer.

    En effet, quand il arrive au pouvoir en 1980, Robert Mugabe, marxiste convaincu, mène d’abord une politique de réconciliation favorable à l’économie encore largement dominée par les anciens colons blancs. Très vite sous la pression des opposants, des déçus de l’indépendance, le régime se durcit, privilégie ses affidés et commence à casser méthodiquement le moteur de son économie, l’agriculture. Les fermes dirigées par des Blancs sont nationalisées puis confisquées pour être confiées à des Noirs bien souvent totalement dépourvus de compétence agricole. L’an dernier la production de blé est tombée à 20 000 tonnes, 16 fois moins que dans les années 90. Aujourd’hui un habitant sur quatre dépend de l’aide alimentaire. 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la principale activité, informelle, c’est le commerce à la sauvette où règne le troc, faute de disponibilité d’argent liquide.

    Ce que veut l’armée

    « La purge actuelle qui vise clairement les membres du parti qui ont été engagés dans la guerre d’indépendance doit cesser immédiatement », a lancé le général Constantino Chiwenga, le chef de l’armée zimbabwéenne, en lisant un communiqué devant la presse au quartier général de l’armée ce 13 novembre. « Nous devons rappeler à ceux qui sont derrière ces dangereuses manigances que lorsqu’il s’agit de protéger notre révolution, l’armée n’hésitera pas à intervenir », a rappelé le général.

    Mercredi matin, le général Sibusiso Moyo a expliqué que cette opération n’était pas « un coup d’État contre le gouvernement » et assuré que le chef de l’État et sa famille était « sains et saufs » et « en sécurité ». L’objet de l’opération militaire est d’abord de faire triompher, au sein de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, la faction des partisans du vice-président Emmerson Mnangagwa, contre celle de Grace Mugabe, dite la « Génération 40 ».

    Le cas Mugabe

    Entre sauver la face ou sauver l’avenir de sa femme, certains spécialistes estiment que le choix de Mugabe pencherait plutôt vers la première option : se retrouver enfermé chez lui par son cercle le plus proche, privé de tout pouvoir est assez infamant pour un homme comme lui, estime-t-on. Il est possible qu’il aille vers une solution de sortie de crise qui lui permette de se maintenir au pouvoir jusqu’au bout. Malgré son âge avancé, Robert Mugabe a toujours refusé de nommer un successeur et a même annoncé qu’il briguerait un nouveau mandat en 2018. Le jeu reste donc ouvert et les couteaux s’aiguisent.

  • Eduardo do Santos: le lourd passif de 38 ans de règne [Grand Angle]

    Eduardo do Santos: le lourd passif de 38 ans de règne [Grand Angle]

    L’ombre de Jose Eduardo do Santos plane toujours sur l’Angola qu’il a dirigé pendant près de quatre décennies.  Joao Lourenço.

    Le limogeage d’Isabel dos Santos à la tête de la compagnie pétrolière nationale le 15 novembre a surpris plus d’un. Annoncée par le nouveau chef de l’État, le départ de la fille aînée de l’ex-président Eduardo do Santos de la présidence du conseil d’administration de la Sonangol a suscité des commentaires dans les arcanes du pouvoir. « Il a fait partir la princesse, l’intouchable », lâche avec étonnement un étudiant en sciences politiques à Luanda. Accusée de népotisme et de corruption, Isabel do Santos subit la foudre de Joao Lourenço qui avait promis durant les campagnes relancer l’économie du pays à travers des « décisions fortes ». Mais beaucoup ne s’attendait pas à ce que le chef de l’État « touche » à celle qui est considérée comme la femme la plus riche du continent. Le plus surprenant, c’est que Joao Lourenço a nommé à la tête de Sonangol Carlos Saturnino, ancien secrétaire d’État au Pétrole, un personnage pas très aimé dans le cas do Santos.

    La décision était inattendue. D’autant plus que le nouveau chef de l’État est réputé être proche de Jose Eduardo do Santos qui a dirigé le pays pendant près de quarante ans. Général à la retraite, Joao Lourenço a été adoubé par l’ancien chef de l’État. « C’est un fidèle d’Eduardo do Santos. Il a toujours fait partie de ses hommes de confiance », fait savoir un spécialiste du pays. Ce dernier explique que pour cette raison le nouveau président dirige sous l’influence de son mentor. Il lui sera impossible de réaliser le « miracle économique » qu’il a promis et de lutter réellement contre la corruption. Pour Luaty Beirao, rappeur engagé, opposé au pouvoir depuis plusieurs années, « Joao Lourenço gouverne sous tutelle. Il ne peut pas se défaire d’Eduardo do Santos ».

    Mainmise

    Dans la capitale angolaise, les avis se concordent sur l’absence d’une marge de manœuvre pour le nouveau président qui ne peut pas changer les choses. En réalité, malgré le départ de Jose Eduardo do Santos du pouvoir, son ombre plane toujours sur les grandes décisions du pays. Cela vient de ses trente-huit ans de règne. L’ancien chef de l’Etat reste très écouté au sein de l’armée et il est difficile que de grandes décisions se prennent sans son avis. Avant son départ, il a pris le soin de faire voter une loi réduisant les pouvoirs de son successeur. En exemple, ce dernier ne dispose pas de toute la latitude pour désigner les responsables des services de sécurité comme c’était le cas.

    Le parti au pouvoir le MPLA avait voté en juillet dernier au Parlement une loi garantissant le maintien à leur poste des dirigeants de l’armée, de la police et des services de renseignements jusqu’en 2025. Réputés tous proches de Jose Eduardo do Santos, ces derniers ne peuvent pas être inquiétés par le nouveau président. Sauf s’ils sont condamnés pour un crime ou s’ils dépassent la limite d’âge requise pour leur poste. Une autre loi accordant des privilèges à l’ancien chef de l’État a aussi été votée. Eduardo do Santos a depuis septembre droit à un chauffeur, des gardes du corps ainsi qu’une pension équivalente à 90 % de son salaire. La loi votée prévoit aussi que l’ancien président ne peut être poursuivi que pour des actes étrangers à l’exercice de sa fonction. « Il a géré l’Angola de façon opaque. Il s’est ensuite mis l’abri de la justice », regrette un député de l’UNITA, parti d’opposition.

    Affirmation

    Les détracteurs de Joao Lourenço, général à la retraite, estiment qu’il reste influencé par l’aura de l’ancien président. « Lourenço sait qu’il lui doit beaucoup. Il va souvent le consulter pour de grandes décisions », souligne un chercheur de l’université de Luanda. A ce titre le nouveau président a souvent lui-même rappelé durant les campagnes tout faire pour continuer « l’œuvre d’Agostinho Neto et du président do Santos ». Autre élément de l’influence de l’ancien président, la puissance économique des do Santos. Très fortunée, la famille de l’ancien homme fort de l’Angola contrôle plusieurs sociétés du pays qui brassent des millions. Si Isabel do Santos est limogé de la Sonangol, elle dirige malgré tout des entreprises qu’elle a créées. Son frère José Filomeno contrôle lui une partie des finances angolaises. Il dirige en effet le fonds souverain du pays.

    Depuis sa prise de fonction, des rumeurs ont fait état de mésentente entre Lourenço et do Santos. Elles ont été démenties par des proches du nouveau chef de l’État qui ont évoqué de bonnes relations entre les deux hommes. Mais le limogeage d’Isabel do Santos de la Sonangol peut-il être lu comme une déclaration de guerre de Lourenço à son mentor ? « Pas sûr », coupe court un journaliste de Radio Ecclesia basée à Luanda. Un de ses confrères renchérit : « Lourenço s’affirme, il cherche une légitimité, il veut s’imposer. Mais il connaît ses limites ».

     

     

     

  • Togo: les contours du dialogue se dessinent [Synthèse]

    Togo: les contours du dialogue se dessinent [Synthèse]

    Au Togo, le dialogue finalement annoncé par le gouvernement est attendu comme solution à la crise qui secoue le pays depuis trois mois. Ce mardi, l’opposition a rencontré un émissaire du Chef de l’État ghanéen, Albert Kan-Dapaah pour, dit-il, « discuter des contours du dialogue ».

    C’est au détour d’un conseil des ministres tenu ce 6 novembre que le gouvernement togolais a dû, par un communiqué annoncer des mesures prises visant à apaiser la tension palpable depuis presque 3 mois. Au rang de ces mesures prises et qui « pousseront les acteurs politiques à la retenue et au sens des responsabilités afin de sauvegarder la paix et la cohésion nationale », il y a la libération de 42 personnes interpellées jugées et condamnées par diverses juridictions du pays. De même que la restitution des motocyclettes saisies, la levée du contrôle judiciaire contre Jean-Pierre Fabre dans l’affaire des incendies des marchés de Lomé et de Kara.

    La principale décision saluée principalement par les chancelleries étrangères qui suivent de près cette crise est l’annonce de l’ouverture prochaine d’un dialogue inter togolais. Depuis ce mardi, si on ne connait toujours pas la date du dialogue, un pas vers ce dialogue a été fait. Pour le ministre ghanéen Albert Kan-Dapaah dépêché à Lomé pour amorcer les travaux, il est convaincu qu’après discussion avec le pouvoir, il trouvera un consensus sur le « quand, comment et où » du dialogue.

    Inévitable dialogue

    Ce dialogue réclamé de façon « immédiate » par la France à travers son ambassade peut en effet ne pas être proche. L’ambassadeur Marc Vizy avait pourtant salué l’acte qui devrait contribuer à une décrispation de la situation politique, alors que l’opposition en étant en général favorable au dialogue ne se désarme pas. « On a noté avec satisfaction le communiquer que le gouvernement. On espère que tout le monde saisira cette main tendue et que le dialogue s’instaurera pour sortir de cette crise. On espère qu’à l’issue du dialogue qui va s’instaurer, une solution sera trouvée pour mener à bien les révisions constitutionnelles de la manière la plus souple possible », avait déclaré le diplomate à l’issue d’une rencontre avec le premier ministre.

    Dans le camp du gouvernement, certaines sources annoncent que celui-ci opte pour un dialogue « inclusif et ouvert ». Un cadre qui pourrait donc être élargi aux autres partis qui ne sont directement pas impliqués dans la crise. Une stratégie qui pourrait permettre au parti au pouvoir de voir les partis de l’opposition se mordre entre elles.

    Quid des différentes positions

    D’un côté, depuis l’adoption par l’Assemblée nationale du projet de loi sur les réformes introduite par le gouvernement, le parti UNIR semble être inébranlable sur la tenue dans un bref délai du référendum à l’issu duquel le peuple devrait se prononcer sur les modifications apportées à la loi fondamentale du pays. Une position partagée par le gouvernement qui s’est activé pour la mise en place d’une CENI. Une position qui si elle n’est pas revue à la baisse peut frustrer l’opposition et être source de blocage du dialogue annoncé, étant donné que les 47 amendements faits par les députés de l’opposition lors de l’étude de ce projet de loi ont été simplement balayés du revers de la main.

    Toutefois, le ministre de la Communication, Guy Lorenzo s’est exprimé sur la question du dialogue. Il s’est montré fier à l’idée que l’opposition ait accepté la proposition du gouvernement pour la tenue du dialogue.

    Mais en réalité, selon les les cadres du parti présidentiel campent sur leur décision de voir celui qu’ils appellent leur « Champion » briguer à nouveau deux mandats après l’adoption du nouveau texte constitutionnel, sur fond du principe juridique qui stipule que « la loi dispose pour l’avenir ». Des prises de position qui irritent certains leaders de l’opposition et qui pourraient plomber les ailes des discussions.

    De l’autre côté, des préalables qui ont l’allure des injonctions ne sont pas de nature à faciliter les choses. Jean-Pierre Fabre a exigé entre autres avant l’ouverture d’un dialogue qu’il veut « sincère », la libération des militants de l’opposition arrêtés « injustement » dans l’affaire des incendies des marchés et lors des manifestations récentes avant qu’il y ait un dialogue.

    Pour le Chef de file de l’opposition, le dialogue qui s’ouvrira dans les prochains jours sera une occasion pour négocier avec le pouvoir en place les conditions de son départ. Une question sur laquelle le leader du PNP, Tchikpi Atchadam ne s’est ouvertement pas encore prononcé. Mais Jean-Pierre Fabre tient toujours le même langage ? Les prochains jours en diront davantage.

  • Maroc: ce qu’il faut retenir de la mise en orbite des satellites ‘espions’

    Maroc: ce qu’il faut retenir de la mise en orbite des satellites ‘espions’

    Dans la nuit du 7 au 8 novembre, à 1 h 42 heure de Rabat, la société française Arianespace a mis en orbite le premier satellite marocain, baptisé Mohammed VI-A. La durée de la mission, du décollage à la séparation du satellite, a été de 55 minutes et 33 secondes.

    Le satellite Mohammed VI-A a été lancé avec succès mardi nuit en Guyane française, ville qui abrite une base spatiale. Ce mercredi 8 novembre, le satellite marocain de télédétection a quitté le Centre spatial de Kourou accroché à une fusée italienne, Vega. C’est l’opérateur français Arianespace qui a coordonné les opérations. Un envol qui a été visible sur les écrans au Maroc.

    Mohammed VI-A, qui pèse plus d’une tonne, doit être placé en orbite à environ 700 kilomètres de la terre. Il sera rejoint en 2018 par un deuxième satellite. Ces deux satellites d’observation ont été construits en France à la suite d’un contrat conclu en 2013 entre Rabat et Paris.

    Le contrat avait été signé en toute discrétion en avril 2013 lors de la visite de l’ancien président français François Hollande à Rabat. Le montant du contrat des deux satellites révélé en 2014, fait mention de 500 millions d’euros.

    Ces stellites ont vocation à fonctionner en binôme, pour former le système dit « Pléiades », qui peut avoir un usage civil ou militaire. Pléiades, projet conjoint d’Airbus Defence & Space et Thales Alenia Space, peut fournir environ 1 000 photos par jour aux équipes du Centre royal de télédétection spatiale (CRTS) et du Centre royal d’études et de recherches spatiales (CRERS), via une antenne qui serait installée non loin de Rabat.

    Utilités

    Ces nouveaux satellites « espions » permettront au Maroc une meilleure observation du territoire, notamment aux frontières, pour lutter contre l’immigration clandestine et les trafics de contrebande, suivre les groupes djihadistes opérant dans le Sahel, comme AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), et les pirates qui sévissent dans le Golfe de Guinée.

    Côté civil, ces satellites auront pour missions d’obtenir les tracés extrêmement précis des routes, autoroutes et voies ferrées. Ils serviront indirectement à la protection des côtes marocaines des pilleurs de sable. Sur le plan militaire, le Maroc pourra désormais localiser avec une précision infinie les centres d’armement. Il pourra surveiller les mouvements de troupes et le déplacement des équipements militaires.

    Une nouvelle qui fait rougir

    La nouvelle de ce lancement a fait trembler l’Espagne et l’Algérie. Les autorités espagnoles s’inquiètent de l’usage que veut en faire le Maroc. Considérant le Maroc comme un pays ami, elles voient néanmoins d’un mauvais œil qu’il soit à même de passer au peigne fin la surface de n’importe quel pays de la planète.

    Sur le terrain des satellites-espions, l’Espagne dispose depuis plus de deux décennies d’images fournies par le programme Helios, partagé avec la France, la Belgique, l’Italie et la Grèce. Toutefois, la participation financière espagnole à ce satellite optique et infrarouge de grande capacité étant limitée à 2,5 %, le pourcentage d’images que l’Espagne est en droit d’exiger n’est pas plus élevé.

    Fort de deux satellites, le royaume prend ainsi un avantage certain sur son voisin espagnol, en étant en mesure d’obtenir des informations détaillées sur les installations militaires et les mouvements de troupes de l’Espagne, mais aussi de l’Algérie et du Polisario au Sahara.

    L’Algérie, pour sa part, est très inquiète de cet avantage stratégique que vient d’acquérir le Maroc qui met à nu toutes les installations militaires et les centres de stocks d’armes du pays. Les manœuvres militaires du Polisario sont elles aussi surveillées de très près.

    Ces satellites seront commandés depuis le Maroc, à partir d’une salle d’opérations spatiales installée à l’est de l’aéroport de Rabat dépendant du Centre royal de télédétection spatiale (CRTS). Et c’est le Général Hosni Benslimane qui sera à la tête de ce centre.

    Le Maroc devient le troisième pays d’Afrique, après l’Égypte et l’Afrique du Sud, à avoir son propre satellite d’observation.

  • Liberté de presse en Afrique: une réalité à géométrie variable

    Liberté de presse en Afrique: une réalité à géométrie variable

    Est-on libre quand on est journaliste en Afrique ? Difficile de répondre de façon tranchée à l’heure où la liberté de presse est menacée sur le continent. Acquise de haute lutte dans certains pays, elle constitue un moyen de vitalisation des démocraties. Si plusieurs observateurs s’accordent à reconnaître une « évolution remarquable » pour les pays anglophones, ce n’est pas encore le cas pour certains États francophones.

    Des journalistes sont encore interpellés sur des prises de position. Des organisations de professionnels de presse des pays ouest-africains à l’instar du Bénin, de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal dénoncent parfois les pressions que subissent les journalistes.


    Nous n’avons jamais été inquiétés pour notre ligne éditoriale et les traitements que nous faisons des sujets


    Parmi les pays anglophones, la Namibie reste un exemple. Le pays a réalisé des progrès en quelques années. Pour expliquer cette avancée du pays, Naita Hishoono, directrice de l’Institut namibien de la démocratie, évoque la solidité du cadre constitutionnel.

    Le dernier classement de Reporter sans frontières le prouve. Classée premier pays africain en matière de liberté de la presse, la Namibie peut se targuer d’offrir à ses journalistes une bonne protection. « Nous n’avons jamais été inquiétés pour notre ligne éditoriale et les traitements que nous faisons des sujets », confirme un rédacteur en chef d’un quotidien.

    Agressions et lois liberticides

    Dans des pays comme l’Ouganda, les journalistes continuent de travailler dans « des conditions difficiles », selon l’Association des journalistes ougandais. Pareil en République démocratique du Congo et au Burundi où des journalistes sont parfois portés disparus et des radios privées fermées.

    En Guinée, des journalistes ont même été tabassés fin octobre par des forces de l’ordre dans un poste de police. Les syndicats ont condamné un acte malheureux qui montre la « fragilité de la liberté de presse au Guinée ». Au Niger, le climat est favorable pour les journalistes. Sauf que parfois, les règles sont contournées pour nuire, explique un présentateur de journal télévisé.


    Nous ne pouvons plus vivre un autre Norbert Zongo


    Contrairement à la Tunisie où des lois liberticides et des agressions sur les journalistes sont dénoncées par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), le délit de presse a même été dépénalisé dans certains pays. Le Burkina Faso qui s’est basé sur cet acquis majeur a fait de la liberté de la presse une réalité.

    « Nous ne pouvons plus vivre un autre Norbert Zongo », glisse un patron de presse en faisant allusion à l’assassinat du journaliste d’investigation. Au pluralisme s’est ajoutée une liberté de ton pour les journalistes qui profitent aussi, confie un éditorialiste, de la révolution d’octobre 2014 qui a mis fin à presque trente ans de gouvernance de Blaise Compaoré.

    Soulagement en Gambie

    Le constat est tout autre au Togo où la dépénalisation du délit de presse est pourtant une réalité. Même si les journalistes ne peuvent plus être emprisonnés, ils subissent régulièrement des pressions et même des menaces. Depuis 2005, plusieurs médias ont d’ailleurs été fermés dans le pays pour « des traitements tendancieux de l’information ».

    Alors que le pays traverse une crise politique depuis fin août, des journalistes ont été agressés dans l’exercice de leur travail. Une situation que dénonce la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) qui appelle « à la protection des journalistes ».


    C’est difficile de traiter ces sujets. Vous n’avez pas accès aux données. Mais on peut même vous demander d’arrêter votre enquête ou de modifier votre angle


    En début d’année, Reporters sans frontières a classé le pays 80e  sur 180 pays au plan mondial. En Gambie par contre, la chute de Yaya Jammeh a mis fin à de longues années de terreur pour les journalistes. Au moins sur la forme, l’étau s’est desserré, reconnaît l’un d’entre eux. Des acteurs travaillent cependant à l’adoption de nouvelles lois qui doivent encadrer la liberté de la presse dans le pays.

    La liberté de la presse fait face à de nouveaux défis. Outre la résistance qu’opposent les journalistes aux pressions, ils doivent désormais composer dans un univers médiatique avec des sujets portant sur le terrorisme. Dans les pays d’Afrique subsaharienne, les gouvernements sont de ce fait tentés d’influencer les traitements que réservent les rédactions aux questions de terrorisme.

    « C’est difficile de traiter ces sujets. Vous n’avez pas accès aux données. Mais on peut même vous demander d’arrêter votre enquête ou de modifier votre angle », affirme un journaliste malien. Au ministère burkinabé de la Communication, l’on estime que les sujets de terrorisme doivent être traités avec tact. « C’est presque normal de rappeler un journaliste à l’ordre. Il y va de la sécurité du pays », ajoute un membre du cabinet.

     

  • Nigéria: qui est Nnamdi Kanu le leader du Biafra

    Nigéria: qui est Nnamdi Kanu le leader du Biafra

    Leader incontesté du Biafra, l’indépendantiste qui a été libéré en avril dernier après plus d’un an de prison est poursuivi par la justice nigériane pour trahison et atteinte à la sécurité de l’État. Mais depuis un mois Nnamdi Kanu n’est plus apparu en public.

    Leader de l’IPOB

    Âgé de 50 ans, Nnmadi Kanu est né à Asiama Afara. Activiste peu connu au départ, c’est grâce à Radio Biafra qu’il a lancé en 2009 qu’il tient ses premiers discours sur le Biafra. Mais ce diplômé du London Metroplitan University (LMU) est devenu depuis 2015 un leader charismatique. Son objectif, obtenir l’indépendance du Biafra. Il dirige à cet effet l’Indigenous People of Bifra (IPOB), un mouvement sécessionniste.

    Radical

    Son discours à l’endroit du pouvoir du président s’est radicalisé depuis 2015. Le leader indépendantiste a déjà déclaré que sans la création du Biafra « tout le monde devra mourir ». L’actuel chef d’État qu’il a souvent accusé de vouloir sa mort n’a pas hésité de le jeter en prison. Le gouvernement nigérian considère son mouvement l’IPOB comme « une organisation terroriste ». Arrêté en octobre 2015 à Lagos, Nnamdi Kanu a passé plus d’un an en prison sans jugement. Depuis sa libération, il a interdiction de s’exprimer dans les médias. Une interdiction qu’il a violée à plusieurs reprises.

    Adulé

    En trois ans, sa popularité a augmenté. Son emprisonnement par le pouvoir d’Abuja a fait de lui « le leader charismatique » de la cause biafraise. Très écouté, il se considère comme un chef spirituel. Nnamdi Kanu se dit juif et affirmé que le Biafra est « la terre promise ». Da revendication d’un referendum sur l’indépendance du Biafra reçoit auprès de la population un assentiment.

    Le 17 octobre dernier, le leader de l’IPOB n’a pas comparu devant les juges à Abuja. Introuvable, son avocat a d’ailleurs indiqué que l’armée seule sait om se trouve son client. Même si les autorités nigérianes ont rejeté les déclarations de l’avocat, dans la plupart des États au sud du Nigéria, les populations accusent l’armée d’avoir fait disparaître leur leader. Au point où beaucoup craignent une nouvelle montée de violences. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont appelé le gouvernement nigérian à traiter le problème biafrais avec tact.