Accueil Politique Défense Maroc: ce qu’il faut retenir de la mise en orbite des satellites ‘espions’

Maroc: ce qu’il faut retenir de la mise en orbite des satellites ‘espions’

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Dans la nuit du 7 au 8 novembre, à 1 h 42 heure de Rabat, la société française Arianespace a mis en orbite le premier satellite marocain, baptisé Mohammed VI-A. La durée de la mission, du décollage à la séparation du satellite, a été de 55 minutes et 33 secondes.

Le satellite Mohammed VI-A a été lancé avec succès mardi nuit en Guyane française, ville qui abrite une base spatiale. Ce mercredi 8 novembre, le satellite marocain de télédétection a quitté le Centre spatial de Kourou accroché à une fusée italienne, Vega. C’est l’opérateur français Arianespace qui a coordonné les opérations. Un envol qui a été visible sur les écrans au Maroc.

Mohammed VI-A, qui pèse plus d’une tonne, doit être placé en orbite à environ 700 kilomètres de la terre. Il sera rejoint en 2018 par un deuxième satellite. Ces deux satellites d’observation ont été construits en France à la suite d’un contrat conclu en 2013 entre Rabat et Paris.

Le contrat avait été signé en toute discrétion en avril 2013 lors de la visite de l’ancien président français François Hollande à Rabat. Le montant du contrat des deux satellites révélé en 2014, fait mention de 500 millions d’euros.

Ces stellites ont vocation à fonctionner en binôme, pour former le système dit « Pléiades », qui peut avoir un usage civil ou militaire. Pléiades, projet conjoint d’Airbus Defence & Space et Thales Alenia Space, peut fournir environ 1 000 photos par jour aux équipes du Centre royal de télédétection spatiale (CRTS) et du Centre royal d’études et de recherches spatiales (CRERS), via une antenne qui serait installée non loin de Rabat.

Utilités

Ces nouveaux satellites « espions » permettront au Maroc une meilleure observation du territoire, notamment aux frontières, pour lutter contre l’immigration clandestine et les trafics de contrebande, suivre les groupes djihadistes opérant dans le Sahel, comme AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), et les pirates qui sévissent dans le Golfe de Guinée.

Côté civil, ces satellites auront pour missions d’obtenir les tracés extrêmement précis des routes, autoroutes et voies ferrées. Ils serviront indirectement à la protection des côtes marocaines des pilleurs de sable. Sur le plan militaire, le Maroc pourra désormais localiser avec une précision infinie les centres d’armement. Il pourra surveiller les mouvements de troupes et le déplacement des équipements militaires.

Une nouvelle qui fait rougir

La nouvelle de ce lancement a fait trembler l’Espagne et l’Algérie. Les autorités espagnoles s’inquiètent de l’usage que veut en faire le Maroc. Considérant le Maroc comme un pays ami, elles voient néanmoins d’un mauvais œil qu’il soit à même de passer au peigne fin la surface de n’importe quel pays de la planète.

Sur le terrain des satellites-espions, l’Espagne dispose depuis plus de deux décennies d’images fournies par le programme Helios, partagé avec la France, la Belgique, l’Italie et la Grèce. Toutefois, la participation financière espagnole à ce satellite optique et infrarouge de grande capacité étant limitée à 2,5 %, le pourcentage d’images que l’Espagne est en droit d’exiger n’est pas plus élevé.

Fort de deux satellites, le royaume prend ainsi un avantage certain sur son voisin espagnol, en étant en mesure d’obtenir des informations détaillées sur les installations militaires et les mouvements de troupes de l’Espagne, mais aussi de l’Algérie et du Polisario au Sahara.

L’Algérie, pour sa part, est très inquiète de cet avantage stratégique que vient d’acquérir le Maroc qui met à nu toutes les installations militaires et les centres de stocks d’armes du pays. Les manœuvres militaires du Polisario sont elles aussi surveillées de très près.

Ces satellites seront commandés depuis le Maroc, à partir d’une salle d’opérations spatiales installée à l’est de l’aéroport de Rabat dépendant du Centre royal de télédétection spatiale (CRTS). Et c’est le Général Hosni Benslimane qui sera à la tête de ce centre.

Le Maroc devient le troisième pays d’Afrique, après l’Égypte et l’Afrique du Sud, à avoir son propre satellite d’observation.

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