Catégorie : Société

  • Afrique: comment les Universités combattent-elles la pénurie des enseignants?

    Afrique: comment les Universités combattent-elles la pénurie des enseignants?

    Sur le continent, plusieurs universités créent des cours en ligne. L’objectif pour ces établissements est de démocratiser l’accès à l’éducation. Mais c’est aussi un moyen de renforcer les collaborations et le réseautage entre les institutions ou les universités africaines. Depuis 2016, Wits University est devenue la première université africaine à offrir des MOOC (massivement ouverts en ligne) sur edX, une plateforme établie par le MIT et Harvard. L’Université du Cap propose une série de sessions sur Coursera, de l’écriture académique et du changement social, à l’éthique du don d’organes.

    Dans la sous-région ouest-africaine, l’accès des cours en ligne n’est pas encore totalement adopté dans les universités. Toutefois, le Nigéria a déjà expérimenté la création de MOOC spécifiquement pour les diplômés du secondaire qui ne sont pas allés à l’université lors de leur premier essai. Pour plusieurs experts en éducation, l’accès des cours en ligne pourrait être un des atouts pour les pays africains. Cela peut en effet permettre aux gouvernements de relever le défi de chômage des jeunes et une pénurie de compétences.

    Relever des défis

    Des cours en ligne pourraient aider à combler une lacune importante pour les employeurs africains, qui se sont plaints que les universités africaines ne dotent pas les étudiants des bonnes compétences nécessaires pour le marché. Pour Seth Trudeau et Keno Omu de l’African Leadership University, les employeurs recherchent maintenant des diplômés capables de penser par eux-mêmes, de s’intégrer dans des milieux de travail dynamiques, d’apprendre de nouvelles façons de travailler et de trouver des solutions créatives aux problèmes réels. « Les capacités dépendent plus de la façon dont elles ont été enseignées que de ce qu’elles ont appris », estiment les deux spécialistes.

    Pour le moment, différentes universités africaines s’apprêtent à lancer les cours en ligne. Mais certains Etats sont incapables de franchir le cap. Des problèmes tels que la vitesse d’Internet et le droit d’auteur ont rendu difficile l’adoption de cette idée par certains pays. Conséquence, les étudiants africains se tournent de plus en plus vers les universités étrangères pour continuer leur formation. Seule option pour eux d’affiner leurs compétences pour relever les défis qui les attendent en Afrique.

     

  • Qui est Arsène Tema Biwole,  le Camerounais  de 25 ans à la NASA?

    Qui est Arsène Tema Biwole,  le Camerounais  de 25 ans à la NASA?

    À moins de trente ans, ce jeune chercheur est l’un des plus brillants de sa génération. Le Camerounais pose ses pas de scientifique à la NASA.

    Il a le regard vif, le sourire captivant et à la dégaine de ces jeunes chercheurs que l’on rencontre dans les couloirs de laboratoires universitaires. Arsène Tema Biwole est un passionné de sciences physiques. Né en juin 1992 au Cameroun, c’est à Bafoussam que ce jeune brillant fait ses premiers pas. Sa naissance prématurée l’oblige tout de même à passer une enfance maladive. Au sein d’une famille sans grands moyens, Arsène Tema Biwole a grandi sous la protection de ses frères et de sa mère « pauvre et célibataire ». « Je me souviens encore d’elle, luttant pour nous nourrir tous les jours », explique-t-il.

    Au Cameroun, Arsène Tema Biwole confie avoir vécu dans des « conditions désastreuses ». Mais cela ne l’a pas empêché d’avoir des ambitions. « J’ai rêvé de devenir un jour physicien », se rappelle-t-il. Lui qui a passé des nuits à étudier la physique newtonienne près du feu de cuisine, à cause du manque d’électricité dans la maison. Ses efforts se sont révélés payants lorsque l’ambassade d’Italie au Cameroun le sélectionne pour étudier dans une université italienne. Ça a été le tournant dans sa vie et aussi une fierté pour toute la famille, témoigne l’un de ses proches. « J’avais promis à ma mère que je la rendrais fière de moi », se réjouit celui qui est diplômé en ingénierie nucléaire à l’Université Polytechnique de Turin.

    Partager avec la jeune génération

    En Italie, il a été le seul étudiant camerounais inscrit en science nucléaire. Son travail lui a permis d’avoir un brillant parcours dans la prestigieuse université turinoise. Au point où le jeune scientifique considère lui-même avoir réussi un pari. Celui « d’aller le plus loin possible et de prouver que n’importe qui peut faire de son rêve une réalité, quel que soit son parcours ».

    En avril dernier, Arsène Tema Biwole s’est installé aux États-Unis pour continuer ses études. Le jeune camerounais fait des recherches à General Atomics (GA) pour sa thèse de maîtrise parrainée par le ministère de l’Énergie des États-Unis. « J’ai vécu l’expérience la plus excitante et la plus satisfaisante de ma vie en travaillant avec le groupe de théorie de la fusion de GA », résume le chercheur.

    Fin octobre, Arsène Tema Biwole est devenu le premier camerounais à participer à la réunion annuelle de la Division de Physique Plasma.

    Organisée par la Société américaine de Physique, cette grande rencontre voit chaque année la participation de nombreux scientifiques. Arsène Tema Biwole y a fait une présentation d’une quinzaine de minutes sur la régression multivariée non linéaire par intelligence artificielle pour les applications de fusion nucléaire. « Je suis profondément honoré et heureux d’être le premier », affirme le Camerounais pour qui la mission est de « m’assurer que je ne serai pas le dernier ».

    À 25 ans, Arsène Tema Biwole fait désormais ses marques à la NASA où il a déjà réussi à trouver « une formule permettant de dévier les turbulences nucléaires ». Il espère surtout grâce à ses connaissances et son expérience « apporter de l’espoir aux jeunes du monde entier ». Mais son objectif ultime est de retourner dans son pays pour enseigner aux jeunes générations la physique. En attendant, le jeune chercheur se consacre aussi à sa famille, notamment sa fiancée qui le soutient avec amour. Arsène Tema Biwole appelle aussi régulièrement son frère aîné qui s’est engagé dans la lutte contre la secte islamiste Boko Haram au nord Cameroun.

  • En Afrique, Microsoft compte moderniser l’éducation avec le Cloud

    En Afrique, Microsoft compte moderniser l’éducation avec le Cloud

    Le continent africain est dans une belle dynamique en matière des nouvelles technologies et ses performances semblent plaire aux géants mondiaux. Au rang de ceux-ci, Microsoft, qui veut principalement s’intéresser au domaine de l’éducation.

    Au cours du premier semestre de l’année 2017, l’américain Microsoft a exprimé son intention d’utiliser pour la première fois des data centers situés en Afrique, et plus précisément à Johannesburg et au Cap pour se fournir des cloud, à l’horizon 2018. Ce n’est pas tout. Les nouveaux centres proposeront également la possibilité d’hébergement de données et ainsi faciliter l’accès aux services Internet et de cloud pour les populations et les organisations sur une bonne partie du continent africain. Selon le communiqué que l’entreprise fondée par Bill Gates et Paul Allen avait rendu public, « ce nouvel investissement est un symbole de reconnaissance des opportunités énormes qu’apportera la transformation numérique en Afrique ».

    Mais depuis peu, Microsoft s’intéresse à bien d’autres domaines, comme l’éducation. En effet, Microsoft travaille actuellement avec des ministères de l’éducation dans de nombreux pays africains comme le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, le Rwanda et le Kenya…, en fournissant des technologies pour assister les processus d’enseignement et d’apprentissage. De fait, lors d’une récente conférence, les responsables du groupe ont ajouté à cette liste, un nouveau partenariat avec le Mozambique pour « moderniser l’éducation dans le pays ».

    En janvier dernier, Microsoft avait aussi signé un protocole d’entente accord avec Ecobank Transnational Incorporated, société mère du groupe bancaire panafricain Ecobank. Une collaboration qui résulte de la pression croissante sur les agglomérations africaines due à l’urbanisation et à la nécessité de d’offrir des services qui assureront un environnement plus sûr, ouverte et durable. Objectif de cet accord, accompagner les efforts des gouvernements pour « moderniser et élever les standards des grandes villes du continent grâce à des solutions numériques de pointe ». Ce protocole d’accord se veut un vecteur de modernisation des secteurs qui auront l’impact le plus immédiat et le plus important pour le développement les pays africains.

    Les secteurs visés comprennent les décaissements de bourses et les frais de scolarité dans le secteur de l’éducation ; par ailleurs, la collecte par la municipalité auprès des vendeurs du marché et des petites boutiques, les règlements pour les licences des véhicules et de permis de conduire ainsi que pour les e-Visa et les e-Passeport. Mais l’initiative ne se limite pas là. Elle couvre également la mise en œuvre d’un programme complet d’e-compétences et de formations dans le domaine du digital.

    L’entreprise a également profité du sommet pour le lancement officiel en Afrique de sa solution Microsoft 365 Education, conçue pour « libérer la créativité », pour « promouvoir le travail d’équipe » et « offrir une expérience utilisateur simple et sûre ». Parmi les différentes fonctionnalités, le paquet comprend une version éducative du jeu populaire Minecraft (qui enseigne aux étudiants comment coder), une plate-forme de collaboration Microsoft Teams et le service Intune du géant du logiciel, qui aide les écoles à mettre en place et à gérer les appareils scolaires.

    En Afrique, le grand défi

    Un grand des grands obstacles auquel se heurtent les entreprises qui veulent s’implanter en Afrique pour œuvrer dans le domaine de l’éducation est qu’elles doivent souvent travailler avec les gouvernements, ce qui peut être un exercice lent et trop bureaucratique. L’attrait du sommet Innovation Africa est probablement sa capacité à attirer un grand nombre de responsables gouvernementaux à un même endroit.

    Un autre défi auquel Microsoft est confrontée selon ses responsables est la perception de la tarification de ses produits éducatifs. Bien de personnes ignorent que les écoliers n’ont pas à payer le même prix pour utiliser Word comme les entreprisse. « Je suis toujours surpris de voir combien d’institutions en Afrique ne savent pas que nous avons des licences pour l’éducation. Beaucoup d’institutions me disent que “votre logiciel est trop cher”, mais le fait est qu’elles achètent des logiciels à des prix compétitifs », a commenté Mark East, responsable régional de Microsoft pour l’éducation en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique.

    Commentant ce dont les prestataires de services éducatifs ont besoin pour réussir sur le continent, East a mis en exergue des « victoires de tête de pont », des réussites avérées qui peuvent être utilisées pour décrocher de nouvelles affaires. Il a ajouté que ceux qui cherchent à entrer dans un pays particulier devraient s’associer avec de plus grandes entreprises technologiques déjà actives sur un marché. Ils devraient également s’aligner sur les plans de transformation numérique des gouvernements respectifs, a-t-il conseillé.

     

     

  • Sècheresse: le compte à rebours de l’apocalypse est lancé à Cape Town

    Sècheresse: le compte à rebours de l’apocalypse est lancé à Cape Town

    À Cape Town, en Afrique du Sud, tant pour le très grand nombre de touristes qu’il accueille chaque année que pour les habitants, les prochains mois s’annoncent dure. Et pour cause, la ville est en proie à la pire crise de l’eau de mémoire récente, avec un compte à rebours à Day Zero, 20 mai 2018.

    Les visiteurs entrant dans la ville de Cape Town cette année seront accueillis avec des signes avant-gardes qui virent entre doux mais fermes et positivement apocalyptiques.

    Cape Town est l’une des villes les plus convoitées par les touristes et une des plus riches en Afrique. L’an dernier, Cape Town était la deuxième ville la plus visitée d’Afrique après Johannesburg, qui est un important centre de voyages régional ainsi que la capitale commerciale de l’Afrique du Sud. Cette ville a eu la part la plus élevée avec les visiteurs du Royaume-Uni, les États-Unis et l’Allemagne en tête de son nombre.

    La ville, réputée pour sa beauté côtière, compte de nombreux sites touristiques populaires. Très appréciée pour son décor, une ville située entre la mer et les montagnes, ce luxe ne protège pour autant pas cette ville d’une catastrophe qui touche une large partie du continent africain qui est le manque d’eau.

    En mars dernier, les autorités du Cap ont alerté les populations de la nature de la menace. Et pour cause, une grande sécheresse qui qui s’abat depuis de longs mois sur l’Afrique australe et la province du Cap-Occidental. La réserve d’eau retenue derrière le principal barrage qui domine Cape Town avait déjà baissé de 28,6 % et on ne comptait plus qu’environ 100 jours de réserve d’eau potable. Pour faire face au fléau, la municipalité avait demandé aux habitants de limiter leur consommation d’eau. Depuis décembre 2016 d’ailleurs, restrictions ont été mises en place et la consommation avait été réduite de 27 %. Vers fin mai, une pluie d’été inattendue a aidé à repousser l’échéance.

    Apocalypse…

    Désormais, dans cette ville la date du 20 mai 2018 est retenue comme « le jour où les robinets seront fermés », selon les nouvelles estimations de la mairie de la ville. L’hôtel de ville met actuellement en œuvre des « restrictions d’eau de niveau cinq » qui, depuis septembre, interdisent l’utilisation de l’eau municipale à des fins non essentielles. Pour les maisons, cela signifie réduire la consommation d’eau à 87 litres par personne et par jour.

    L’utilisation commerciale de l’eau doit être réduite de 20 %, tandis que les quelque deux millions de touristes qui visitent la ville pendant la période des fêtes sont encouragés à « se comporter comme un local ». Le Maire de la ville, Patricia de Lille a personnellement visité les maisons des gros consommateurs d’eau la semaine dernière. Plus tôt cette année, le bureau du maire a publié la liste des 100 meilleurs « délinquants » en termes de consommation d’eau. Mais les projets de collecte d’eau actuellement en cours devraient fournir 240 millions de litres d’eau supplémentaires, ce qui est suffisant pour que le Cap traverse l’été et dépasse l’échéance, selon David Olivier, chercheur à l’Université du Witwatersrand.

    « Day zero »

    Les communications autour de la crise de l’eau du Cap ont réussi à sonner l’alarme dans cette ville habituellement décontractée. « Day Zero », une campagne de sensibilisation sur la menace évoque une image apocalyptique de longues queues de Capetoniens desséchées attendant une ration quotidienne d’eau, les sites touristiques de la ville étant réduits à un terrain aride.

    En effet, il semble également qu’il n’y ait pas assez de données pour soutenir l’idée que la ville devra fermer ses robinets. Actuellement, il est difficile de savoir combien de temps durera cette sécheresse et si elle apportera un nouveau modèle météorologique pour le Western Cape, selon Piotr Wolski du Climate System Analysis Group. Les scientifiques ne pouvant pas se prononcer sur un système de modélisation du climat à long terme pour la région, publient les prédictions aboutissant encore à une conclusion quelque peu ambiguë. Pour le moment, la population de Cape Town ne veut pas envisager le pire.

  • Malawi: BiliSpec, un appareil peu couteux pour lutter contre la jaunisse

    Malawi: BiliSpec, un appareil peu couteux pour lutter contre la jaunisse

    Affectant environ 60 % des nouveau-nés, la jaunisse peut causer des dommages au cerveau ou même la mort si elle n’est pas traitée. En Afrique subsaharienne où les médecins n’ont souvent pas accès à un équipement de diagnostic adapté, parce que trop coûteux, les bébés ont 100 fois plus de risques de mourir de la maladie que dans les pays développés.

    Causée par une accumulation de bilirubines dans la circulation sanguine, la jaunisse est idéalement diagnostiquée par des analyses de laboratoire d’échantillons de sang, en utilisant des machines telles que des centrifugeuses ou des spectromètres. Dans les pays sous-développés, par manque de laboratoires bien équipés, les médecins jugent plutôt si le nouveau-né est atteint de la maladie simplement en évaluant la couleur de sa peau et le blanc de ses yeux. Des indicateurs sans doute non fiables.

    Désormais, une étude clinique d’un détecteur de jaunisse à bas prix inspire l’espoir qu’un nombre significatif des 1,16 million de bébés qui meurent dans leurs premiers mois en Afrique peut être sauvé.

    En effet, en général la jaunisse peut toucher « jusqu’à 60 % des bébés nés à terme ». Puisque les nouveau-nés n’ont souvent pas de foies complètement développés, leur corps est incapable de traiter l’excès de bilirubine, une substance créée par la dégradation des globules rouges. Une accumulation de la substance dans la circulation sanguine du nouveau-né entraîne une pigmentation jaune de la peau.

    Dans les cas où la jaunisse est détectée, le traitement peut inclure une photothérapie, une transfusion sanguine ou une alimentation fréquente (ceci encourage une excrétion fréquente qui aide également à éliminer la bilirubine du corps). Mais si elle n’est pas traitée, elle peut entraîner des lésions cérébrales et la mort.

    Fonctionnement de BiliSpec

    Si en Afrique, dans de nombreux hôpitaux du continent, les agents de santé ne diagnostiquent généralement la jaunisse qu’en évaluant la pigmentation de la peau d’un nouveau-né, il faut retenir qu’un diagnostic plus précis implique l’utilisation d’un équipement médical de pointe qui se révèle trop cher pour la plupart des centres hospitaliers.

    BiliSpec, le détecteur portatif alimenté par pile, inventé par une équipe, d’étudiants de Rice University, au Texas, permet de diagnostiquer la maladie en « quantifiant les niveaux sériques de bilirubine à partir d’une petite goutte de sang ». Pour de nombreux hôpitaux du continent, les tests BiliSpec coûtent beaucoup moins cher qu’un dollar et peuvent être effectués en deux minutes, ce qui rend le diagnostic d’ictère pour les nouveau-nés beaucoup plus efficace.

    L’étude clinique a été basée sur des tests effectués sur 68 patients dans l’hôpital central Queen Elizabeth à Blantyre au Malawi entre février et mars de cette année. Il a montré que BiliSpec a « une précision comparable aux tests de laboratoire plus coûteux trouvés dans les milieux à ressources élevées, comme dans les pays développés », affirme Pelham Keahey, coauteur de l’étude. Celui ajoute que la prochaine étape est « une plus grande étude de suivi de deux ans »

    Cette étude va maintenant être étendue à cinq hôpitaux au Malawi alors que l’équipe poursuit son objectif de réduire de moitié le nombre de décès de nouveau-nés dans les hôpitaux africains sur une échéance de 10 ans. L’équipe a déjà recueilli 750 000 dollars en financement pour développer « un appareil prêt pour le commerce ».

    BiliSpec est l’un des aspects de NEST360 °, un projet international visant à introduire des technologies vitales pour les nouveau-nés dans les hôpitaux africains.

  • Des vétérans américains  en Afrique pour traquer les braconniers

    Des vétérans américains  en Afrique pour traquer les braconniers

    La recrudescence du braconnage sur le continent oblige certains États à faire appel à des vétérans américains pour former leurs rangers. Désormais c’est avec des méthodes militaires que ces « soldats de la faute » luttent contre les braconniers.

    Depuis près de cinq ans, des voix s’élèvent pour dénoncer l’extinction de certaines espèces dans la savane africaine. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) continue d’exprimer sa préoccupation sur la menace de disparition qui plane sur le pangolin, le rhinocéros, la girafe et le guépard. Leur disparition est liée à des activités humaines, notamment le braconnage illégal. Mais depuis quatre ans, sur le continent, une bataille de longue haleine est en cours dans les faunes. Elle oppose des braconniers qui chassent des animaux dans les faunes et les rangers qui se donnent pour tâche de protéger les animaux.

    Mais la protection des rangers n’est pas toujours totale. Le braconnage illégal étant devenu une crise si grave que les braconniers passent souvent entre les mailles des rangers. Depuis plusieurs mois, des parcs animaliers sur le continent se tournent de plus en plus vers les soldats actifs. Les responsables en charge de la gestion des parcs font appel à des vétérans qui utilisent des technologies militaires pour protéger la faune. C’est le cas du Malawi. Pour la protection de ces parcs, le pays a fait appel à des soldats britanniques. Ces derniers enseignent aux rangers comment combattre les braconniers à kalachnikov. Cette aide des soldats britanniques s’inscrit dans le cadre d’un programme soutenu par le prince Harry.

    De leur côté, les rangers kényans utilisent du matériel de qualité militaire pour traquer les braconniers avec l’aide du Fonds mondial pour la nature. L’organisation a également essayé de déployer des drones en Namibie. Pour Ryan Tate, fondateur de VETPAW (Veterans Empowered to Protect African Wildlife), un organisme à but non lucratif américain lancé en 2013, le personnel militaire est bien équipé pour aider les gardes forestiers à faire face à la crise du braconnage. Le patron du VETPAW estime que les vétérans disposent de compétences pour dissuader les braconniers. Le VETPAW forme depuis quatre ans des équipes de vétérans américains qui doivent venir en appui aux rangers africains. La formation porte sur des tactiques militaires et sur comment patrouiller sur de vastes zones ou mener des opérations nocturnes.

    Approche critiquée

    « Au lieu de les envoyer chercher une aiguille dans une botte de foin, si nous pouvions leur apprendre à prendre des informations et à réduire les points de braconnage où les braconniers entrent et sortent des réserves, et comment ils le font, si nous pouvions apprenez-leur ces tactiques, nous pourrions réellement renverser la vapeur dans cette crise », résume Ryan Tate. Le VETPAW qui est financé par des dons compte actuellement sur le continent six vétérans.

    Outre la lutte contre le braconnage, les vétérans travaillent également avec des écologistes locaux pour comprendre comment gérer les animaux et le terrain. Cependant, la relation entre le personnel militaire, les anciens combattants et les rangers n’est pas sans reproche. Une équipe de chercheurs de l’université de Sheffield s’est récemment opposée à de telles tactiques. « Cette image d’une écoarmée bienveillante détourne l’attention de poser d’autres questions importantes comme ce qui motive le braconnage en premier lieu [et] quel rôle joue la pauvreté », ont écrit les chercheurs.

    L’article des chercheurs se rapportait à une déclaration publiée en avril par l’Association des Rangers d’Afrique sur l’utilisation de «personnel et tactiques militaires et de sécurité» pour entraîner les gardes-chasse. Parmi les préoccupations de l’association: le manque de coordination, le manque de contrôle approprié et le manque d’appréciation de l’environnement politique et culturel dans lequel évoluent les rangers. Selon les chercheurs de l’université de Sheffield, l’engagement de la communauté et le travail pour éradiquer la demande de produits de la faune sont une approche plus efficace.

    Ryan Tate affirme apprécier en partie la position des chercheurs. Il réitère toutefois que les rangers ont besoin de ce type de formation pour répondre aux tactiques sophistiquées des braconniers. Le fondateur de VETPAW critique également le fait que les chercheurs passent sous silence les efforts de la communauté et du renseignement déployés par les anciens soldats et les soldats actifs, efforts qu’il dit aider les gardes forestiers à trouver et à appréhender en toute sécurité les braconniers.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Afrique: que retenir, 50 ans après la première greffe cardiaque?

    Afrique: que retenir, 50 ans après la première greffe cardiaque?

    En 1967, précisément dans la nuit du 2 au 3 décembre, alors qu’on s’y attendait pour le moins, le Sud-Africain Christiaan Barnard réussit à l’hôpital Groote Schuur un exploit d’envergure mondiale : la transplantation cardiaque. Depuis, les recherches scientifiques aboutissant à des résultats autant impressionnants ne sont que rares sur le continent.

    Cette nuit-là, c’était Louis Washkansky, 53 ans, qui avait reçu le cœur d’une jeune femme de 25 ans, Denise Darvall. Celle-ci était en état de mort cérébrale suite à un accident. « Le samedi [d’avant l’opération, NDLR], j’étais un chirurgien anonyme dans mon pays, lundi, j’étais mondialement connu » racontait-il à qui veut l’entendre.

    Mais selon certains, Christiaan Barnard décédé en 2001 n’a fait rien d’extraordinaire. Il aurait volé la vedette à l’Américain Norman Shumway. Mais n’empêche, sur le continent qui compte encore peu de scientifiques de renom, Christiaan Barnard reste une figure loin d’être oubliée.

    En Afrique, la recherche scientifique encore loin

    Les pays développés donnent souvent l’exemple. Les recherches scientifiques constituent un facteur clé dans le développement d’un pays.

    En Afrique, même si en général, les capacités scientifiques et technologiques et innovatrices connaissent une amélioration, les efforts fournis pour dynamiser le domaine restent insuffisants. C’est en substance ce que rapporte l’African Capacity Report 2017, publié par The African Capacity Building Foundation, une organisation continentale fondée par les gouvernements africains et les partenaires de développement. Ce document qui classe en Afrique les pays selon un indice appelé African Capacity mesuré en rapport à une évaluation de divers éléments tels que l’environnement politique, la mise en œuvre des politiques encourageant l’innovation et la recherche scientifique…, seul le Maroc reste sans le maitre incontesté de l’Afrique, avec un score de 71,6. Suivent ensuite la Tanzanie 68,8, le Rwanda de 68,2 ; l’ile Maurice et le Cap-Vert ayant complété le podium des 5 majeurs à féliciter en Afrique.

    Cependant, les grandes universités se trouvent essentiellement en Afrique du Sud, au Nigeria, au Sénégal ou au Ghana et quelques pays commencent à mettre l’accent sur la recherche comme le Cameroun ou la Côte d’Ivoire. Toutefois, le constat général est frappant : les investissements dans le domaine sont faibles.

    En Afrique de l’Est et Centrale, le Kenya est parmi les pays africains avec les dépenses les plus élevées culminantes 0,79 % du produit intérieur brut (PIB) en 2010 en matière de recherches scientifiques. Si ce pourcentage reste considérablement faible, en le Kenya se présente tout de même comme un poids en la matière dans la région. Dans le pays, une évolution de 2 % du PIB devrait être effective avec la création du Fonds national pour la recherche. Les scores fluctuent entre 0,01 % au Lesotho et 1,06 % au Malawi.

    En Afrique du Sud, une diminution a été constatée ces dernières années. Selon les rapports des dépenses relativement au PIB, les chiffres se situent entre 0,89 % en 2008 et 0,73 % en 2012.

    Dans le Maghreb, les dépenses sont généralement plus élevées qu’en Afrique subsaharienne. Si elle n’a pas encore atteint le seuil de 1 %, la moyenne de ces dépenses est de 0,76 %. Néanmoins, ce n’est pas parce que cette partie du continent dépense plus qu’elle fait mieux en terme de résultats. Comme dans le reste du continent, le manque de capacités en ressources humaines et matérielles porte un coup aux ambitions.

    Réformer en profondeur

    En effet, en janvier 2007, les dirigeants, réunis à Addis-Abeba (Éthiopie), ont proclamé 2017 années de la science et de la technologie en Afrique et se sont mis d’accord sur une série d’initiatives. Lors de ce sommet de l’Union africaine (UA), les chefs d’État ont (de nouveau) demandé à tous les pays de l’UA de consacrer, au moins 1 % de leur produit intérieur brut à la recherche et au développement à l’échéance 2020. Ils se sont aussi engagés à ranimer les universités africaines, et à soutenir l’étude de la science et de la technologie chez les jeunes.

    Ils se sont également mis d’accord sur la création d’une organisation africaine de la propriété intellectuelle dans le dessein de protéger les innovations locales et le lancement d’une stratégie planifiée sur 20 ans. Toutefois, sur le papier, la plupart des pays du continent disposent d’un programme gouvernemental pour la recherche et le développement, un climat politique favorable à l’innovation et aux recherches scientifiques. Mais les résultats tangibles font encore défaut.

    Les implants : la prouesse ghanéenne

    Au Ghana, les recherches scientifiques vont bon train. Ce pays est l’un des rares en Afrique qui finance les activités scientifiques. En septembre dernier, à Accra, cinq médecins conduits par le sexologue Dr Samuel Amanamah, ont opéré le premier implant de pénis à Kumasi (Région d’Ashanti), dans le Sud du pays. L’opération à succès portait sur un homme de 55 ans, qui, souffrant de dysfonctionnement érectile aigu, avait perdu tout espoir d’avoir des relations sexuelles.

    En effet, au Ghana comme dans d’autres pays africains, ces genres de réussites s’opèrent… Mais sans portée mondiale.

     

     

     

  • Sida: vers la fin de l’épidémie en Afrique de l’Ouest

    Sida: vers la fin de l’épidémie en Afrique de l’Ouest

    Près d’un million de morts sont enregistrés chaque année pour cause de VIH/Sida. En Afrique de l’Ouest, les États s’organisent pour prévenir l’épidémie et prendre en charge les séropositifs.

    Près de deux millions de personnes ont été infectées dans le monde en 2016 par le virus du Sida. L’Afrique reste le continent le plus touché. Mais certains États du continent poursuivent leurs efforts pour atteindre les objectifs fixés par l’ONUSIDA.

    Dans trois ans l’organisation onusienne voudrait que 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, que 90 % de toutes les personnes infectées par le VIH et dépistées reçoivent un traitement, et que 90 % des malades sous traitement présentent une charge virale indétectable. La plus grande réussite du continent reste pour le moment l’Afrique du Sud. Avec ses 17 millions de personnes vivants avec le VIH, le pays a annoncé que près de 86 % d’entre elles connaissent leur statut sérologique. A cela s’ajoute la mise sous traitement antirétroviral de plus de 4 millions de séropositifs.

    Dans la sous-région ouest-africaine, les évolutions sont aussi constatées. En dix ans, le nombre de décès a diminué et des dispositions sont prises pour faire « connaître la maladie et la prévenir ». La difficulté reste la stigmatisation dont sont victimes les personnes séropositives. Le Ghana a par exemple décidé de criminaliser toute forme de discrimination à l’encontre des malades. En juillet dernier, le pays a d’ailleurs voté près de 200 000 dollars US destinés à la lutte contre la maladie. Agyeman-Manu, ministre de la Santé, a expliqué la volonté du Ghana de soutenir l’ONUSIDA dans l’éradication du Sida d’ici à 2030.

    Réduction des infections

    Au Togo, une politique nationale de lutte contre le Sida a été développée. Le pays a élaboré et mis en œuvre trois plans stratégiques nationaux de lutte contre le Sida sous la coordination du Conseil national de lutte contre le Sida et qui lui ont permis d’obtenir des résultats significatifs dans lutte contre le VIH. Un nouveau plan devrait permettre au Togo d’améliorer ces résultats.

    Dans un pays où la prévalence de l’infection par le VIH est de 2,5 % dans la population générale âgée de 15 à 49 ans, les autorités envisagent amplifier la réduction de nouvelle infection et accélérer la prise en charge globale des Personnes  vivant avec le  VIH (PVVIH). Le nombre de PVVIH est de 110.000 dans le pays dont près de 81 % se retrouvent dans les régions Maritime (37,5 %), Lomé Commune (22,8 %) et des Plateaux (20,2 %). Le nouveau plan est estimé à près de 89 milliards FCFA et va contribuer à la prévention et à la réduction de nouvelle infection en 2020, selon Vincent Pitché, président du programme national de lutte contre le Sida.

    Au Bénin, outre les sensibilisations, Patrice Talon a décidé de s’impliquer personnellement dans la lutte contre le Sida. Le chef de l’État a réorganisé le Conseil national de lutte contre le Sida installé en mars dernier. Le pays ne compte pas un grand nombre de séropositifs. Les responsables du Cnls veulent donc mettre en œuvre une nouvelle politique pour « maîtriser des données sur le plan sanitaire ». En Côte d’Ivoire près de 150 000 personnes vivent avec le virus. La transmission du virus mère-enfant a baissé en cinq ans et est de 1,4 % avec près de 8000 enfants infectés qui suivent un traitement antiviral. Les autorités ont maintenu leurs efforts. En deux ans, la Côte d’Ivoire a considérablement augmenté son budget consacré à la lutte contre le sida.

    Il est passé de 4 à 21 milliards de FCFA. Jusqu’en 2020, le pays va mettre en œuvre un plan stratégique estimé à 556 milliards de FCFA. Il faut dire que la Côte d’Ivoire s’est donné les moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs. Le pays compte à ce jour plus de 100 laboratoires consacrés à la lutte contre le VIH/Sida. Mais également 1743 centres de dépistage sur toute l’étendue du territoire et près de 100 centres de distributions des antiviraux (ARV). Pour Raymonde Goudou, ministre de la Santé, tout est mis en place pour lutter contre la maladie et une prise en charge des personnes déjà infectées. Selon un expert de l’ONUSIDA, l’Afrique de l’Ouest réalise des efforts malgré quelques insuffisances. « La sensibilisation doit être renforcée avec l’adoption de plans stratégiques bien définis », conseille-t-il.

     

  • Ghana: la nouvelle terre promise des homosexuels?

    Ghana: la nouvelle terre promise des homosexuels?

    Fin novembre, les déclarations de Nana Akufo-Addo sur une possible dépénalisation de l’homosexualité ont ravivé le débat sur la question.

    Se dirige-t-on vers une reconnaissance des droits des homosexuels au Ghana ? La réponse reste floue. D’autant plus que Nana Akufo-Addo lors d’une interview à Al Jazeera n’a pas dit non à toutes les éventualités. Le chef de l’État a déclaré que le Ghana n’est pas encore prêt pour légaliser l’homosexualité. Durant son interview le président de la République a indiqué que la légalisation de l’homosexualité n’était pas à l’ordre du jour dans son pays. Cependant, le numéro 1 ghanéen s’est justifié en estimant qu’il n’y a pas encore des revendications sur la question qui puissent impacter l’opinion publique. Élu en début d’année, celui qui est avocat de formation n’a donc pas dit non à une légalisation de l’homosexualité dans le futur, rappelant que les réponses à certaines questions sont évolutives dans toutes les sociétés. Dans le pays, la déclaration non tranchée du président inquiet. Beaucoup lui reprochent d’être resté vague sur la question.

    Dans le pays, les questions liées à l’homosexualité ne sont pas souvent abordées. La pratique est considérée par une grande majorité de la population comme étrangère à la société ghanéenne. Les partisans de la non-légalisation de l’homosexualité évoquent une pratique qui va à l’encontre des « enseignements socioculturels, communautaires et religieux ». Les rares voies qui se sont déjà élevées pour appeler à une protection des homosexuels ont été critiquées. Il y a cinq ans, l’ancien président John Evans Atta Mills avait sèchement répondu à David Cameroun qui invitait les pays africains à reconnaître les droits des homosexuels au risque de voir leurs aides réduites. John Atta Mills avait déclaré que le Royaume-Uni n’avait pas à imposer ses « valeurs au Ghana ».

    Vif débat

    Suite aux déclarations du président de la République, le Conseil chrétien a appelé Nana Akufo-Addo à ne pas faire bouger les lignes sur la question. Il a expliqué que le chef de l’État ne devrait pas céder aux pressions pour dépénaliser l’homosexualité. Opuni Frimpong, secrétaire général du Conseil, a affirmé que les déclarations du président de la République étaient de nature à encourager les homosexuels à s’organiser pour faire du lobbying. « Les homosexuels pourraient faire pression sur l’État pour obtenir une légalisation », a-t-il prévenu. Avant d’affirmer que Nana Akufo-Addo aurait dû être catégorique sur le sujet. Un autre membre du Conseil a estimé pour sa part qu’il n’est pas tard que le chef de l’État déclare que le Ghana ne légalisera jamais l’homosexualité.

    Le Conseil national des gays a de son côté indiqué qu’une légalisation rapide de l’homosexualité n’était pas souhaitable. Le porte-parole de la communauté gay, Philcollins Agbedanu-Kröger, a fait savoir que les homosexuels ne sont pas encore prêts à assumer les conséquences. Les gays se plaisent dans l’état actuel du statu quo juridique, a-t-il insisté. Pour Kwesi Ohene, sociologue, les déclarations du Conseil national des gays ne sont pas surprenantes. Selon le chercheur, la légalisation de l’homosexualité devrait d’abord commencer par « un changement de mentalité ». « La société ghanéenne n’est pas pour le moment prête à accepter une dépénalisation de l’homosexualité », diagnostique Kwesi Ohene. Une précipitation de l’État pourrait exposer les homosexuels à des représailles.

  • Zanzibar: des drones pour localiser les foyers de moustiques

    Zanzibar: des drones pour localiser les foyers de moustiques

    Zanzibar est un archipel tanzanien au large des côtes de l’Afrique de l’Est souvent menacé par le paludisme. À l’échelle mondiale, la maladie infecte plus de 200 millions de personnes chaque année et est responsable de la mort d’environ 500 000 personnes chaque année. Pour combattre ce fléau, des scientifiques utilisent des drones pour localiser les forts foyers de moustiques.

    Au Zanzibar, les agences de voyages n’hésitent en tout cas pas de prévenir les touristes. Sur cet archipel de deux îles situé en Tanzanie, dans l’océan Indien, à une quarantaine de kilomètres au large de la Tanzanie continentale, les moustiques ne pardonnent pas. Au Zanzibar comme en Afrique, le paludisme reste la première cause de décès chez les enfants de moins de 5 ans.

    De par son climat et ses nombreuses zones d’eau stagnante, le Zanzibar présente les conditions favorables à la reproduction des moustiques. En effet, dès les années 1920, des études ont état d’un taux de prévalence de 68 % parmi la population zanzibarite et surtout de 14 % parmi les enfants de 1 à 6 ans. Les programmes d’éradication de la malaria à base d’insecticides lancés par l’Unicef et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1958 n’auront pas réglé le problème, de même que de nombreuses d’autres tentatives, mais le taux de prévalence ne faiblit pas.

    Paludisme, la difficile lutte

    Les objectifs du Millénaire pour le développement ont suscité un certain nombre de campagnes à grande échelle en Afrique subsaharienne pour lutter contre le paludisme. Des millions de moustiquaires ont été distribuées. L’insecticide a été fourni pour pulvériser dans les maisons des collectivités. L’objectif était d’empêcher les gens de se faire piquer, interrompant ainsi le cycle de transmission. Une initiative qui a connu une réussite, conduisant à une diminution notable de la prévalence de la maladie. Certaines zones de Zanzibar ont vu les niveaux de prévalence tomber de 40 % de la population ayant le paludisme à moins de 1 %.

    Depuis quelque temps, à Stonetown, la capitale de Zanzibar, on peut désormais apercevoir des drones planer sur la ville. Objectif : cartographier les habitats du paludisme aquatique. Ces masses d’eaux peu profondes éclairées par le soleil abondent en larves de moustiques. En quelques jours, les larves émergent en tant que moustiques adultes à la recherche d’un repas de sang.

    Des drones pour géo localiser les moustiques

    Aujourd’hui, les épidémiologistes et les responsables de la santé publique cherchent à compléter les moustiquaires d’intérieur et à pulvériser des solutions extérieures. En effet, ils prennent la bataille contre les moustiques. Et les drones constituent des outils importants de leur arsenal. L’un des principaux défis pour les gestionnaires de la maladie est de trouver de petits plans d’eau que les moustiques utilisent pour se reproduire. C’est là que les drones entrent en jeu. Des images de drones capturées sur de grandes surfaces sont alors utilisées pour créer des cartes précises

    « Les autorités de santé publique doivent être en mesure de localiser et de cartographier ces plans d’eau afin qu’ils puissent être traités à l’aide d’un larvicide comme le DDT » a déclaré un membre de l’équipe de pilotage de drones. Ce processus est connu sous le nom de gestion des sources larvaires et a été utilisé avec succès au Brésil et en Italie il y a plusieurs décennies.

    Aujourd’hui, des substituts beaucoup plus sûrs et à faible toxicité ont été développés. Le problème est qu’ils ont un coût. Des ressources sont également nécessaires pour disséminer le larvicide et localiser les plans d’eau qui abritent les œufs et les larves de moustiques. Certains de ces refuges sont difficiles à trouver à pied, et si les plans d’eau sont cartographiés avec précision, une campagne de larvicide pourrait finir par être une perte de temps.

    Déroulement

    En 20 minutes, un seul drone peut arpenter une rizière de 30 hectares. Cette imagerie peut être traitée et analyser le même juste après pour localiser et cartographier les plans d’eau. Cela s’est révélé très précis et efficace. Tout cela en utilisant l’un des drones les plus populaires, le Phantom 3 de DJI.

    « Nous avons commencé à travailler sur des sites de test à travers Zanzibar, mais maintenant, avec le soutien du Innovative Vector Control Consortium, un partenariat sans but lucratif visant à créer de nouvelles solutions pour prévenir la transmission de maladies, nous élargissons notre gamme pour explorer cette technologie. Cela ne s’arrête pas là. Nous prévoyons d’intégrer l’imagerie des drones dans la technologie des téléphones intelligents afin de guider les équipes de pulvérisation de larvicides vers les plans d’eau au sol et de suivre leurs progrès et leur couverture. Il y a aussi une tendance passionnante à diffuser automatiquement le larvicide des drones eux-mêmes. » a déclaré Andy Hardy, chargé de cours en télédétection à Aberystwyth University.

    Toutefois, les opérateurs sont conscients du côté négatif de leur opération à base des drones : invasion de la vie privée ; les collisions avec des aéronefs et des oiseaux ; ou encore problèmes de sécurité.