Catégorie : Société

  • Ouganda: la technologie réduit la mortalité infantile

    Ouganda: la technologie réduit la mortalité infantile

    En Afrique, la consultation prénatale est un processus souvent négligé par des femmes enceintes, surtout dans les zones rurales. Pour emmener les femmes à s’intéresser à cette pratique médicalement importante, Bridge to Health montre des images d’échographie aux femmes enceintes.

    Dans les zones rurales, certaines femmes ne mesurent pas l’importance de se rendre dans une clinique avant d’accoucher. Beaucoup estiment que la consultation des guérisseurs traditionnels est largement suffisante. Pendant la grossesse, les femmes devraient recevoir en moyenne des soins de santé 8 fois, selon l’OMS.

    Faire entrer les femmes dans les soins médicaux lorsqu’elles ne sont enceintes que de quelques mois est une priorité pour les responsables de la santé publique, car de simples interventions sauvent souvent la vie de la mère et de l’enfant.

    Bridge to Health au front

    Une étude de Bridge to Health Medical et Dental a mis en application le dispositif dans les hautes terres du sud-ouest de l’Ouganda en 2014. Cette étude, publiée par PLOS One cette année, a révélé que quand les médecins installent des cliniques temporaires dans les villages ruraux, six fois plus de femmes enceintes visitent lorsque des échosondeurs gratuits sont annoncés.

    Désormais, un groupe de médecins canadiens est à l’avant-garde de ce qui semble être un moyen très efficace d’inciter les femmes enceintes en zones rurales à visiter des cliniques bien avant leurs dates d’échéance. C’est ainsi que dans le sud-ouest de l’Ouganda, un technicien de Bridge to Health, une organisation caritative médicale canadienne, avec une échographe parcourent les villages.

    Ils offrent aux femmes enceintes des aperçus de leurs fœtus pour les encourager à se faire examiner. « C’est magique de pouvoir regarder votre bébé à naître », a déclaré le Dr Michael S. Silverman, spécialiste des maladies infectieuses à la Western University de London, au Canada, et coauteur de l’étude.

    Selon l’organisation Bridge to Health, le traitement précoce du VIH, de la syphilis et de l’hypertension artérielle, ainsi que des vaccins comme le tétanos et des vitamines comme l’acide folique, peuvent faire d’énormes différences dans la survie de la mère et du bébé à la naissance.

    Les dispositifs de l’étude ont coûté entre 2 500 et 10 000 dollars, a déclaré le Dr William Cherniak, directeur exécutif de Bridge to Health et autre co-auteur. Ils sont alimentés par batterie, font 40 balayages par charge. Le groupe espère tester de nouveaux des scanners peu coûteux qui se branchent directement sur les smartphones ; Ainsi, le technicien peut voir le fœtus sur le téléphone et transmettre l’image à un radiologue n’importe où dans le monde, a déclaré le Dr Cherniak. En réalité, jusqu’ici les femmes de l’étude ne pouvaient voir leurs fœtus que sur des moniteurs, mais Bridge to Health a depuis ajouté une imprimante pour que les femmes puissent prendre des photos à la maison.

    « Nous avons même diagnostiqué une appendicite aiguë chez une femme âgée qui est arrivée même si elle n’était pas enceinte », a déclaré le Dr Cherniak. « Ces machines ont beaucoup d’utilisations » se satisfait-il, en espérant ajouter très bientôt des améliorations.

  • Côte d’Ivoire: le business rentable des femmes pleureuses [Reportage]

    Côte d’Ivoire: le business rentable des femmes pleureuses [Reportage]

    Au Ghana ou en Côte d’Ivoire, il est possible de louer des femmes pour pleurer un être cher disparu. Rencontre avec des pleureuses qui évoquent leur métier.

    La pratique peut paraître bizarre. Elle est pourtant développée dans quelques pays de la sous-région ouest-africaine. Comme en Côte d’Ivoire où des femmes en font leur métier. Des pleureuses professionnelles rencontrées au centre du pays ne cachent pas leur pratique. Ces dernières peuvent même se livrer à des démonstrations pour convaincre de potentiels clients. « C’est mon métier. Je le fais parce que j’aime le faire », affirme l’une d’entre elles. Comment cela se passe-t-il ? Pour s’attacher leur service, une famille endeuillée peut directement prendre contact avec elles ou passer par leur manager. « On nous parle du défunt. Et nous savons après comment le pleurer », confie Delphine, 40 ans, pleureuse professionnelle depuis quinze ans.  Avec quatre prestations certains mois, elle peut se retrouver avec près de 500000 FCFA. Ce qui lui permet de payer son loyer et de s’occuper de ses enfants. Il faut dire que depuis le décès de son mari en 2010, Delphine ne vit que de son métier.

    A l’est de l’autre côté de la frontière, Doris, une de ses connaissances est également pleureuse. Dans ce pays où les enterrements sont très bien organisés et rythment parfois à des moments festifs, enterrer un mort avec la présence des pleureuses est entré dans les réflexes. Cette Ghanéenne excelle aussi dans son métier. Elle peut ainsi parcourir en un mois près de 1000 kilomètres, sillonnant les régions du pays, et pleurant aux funérailles auxquelles elle est invitée. « Chaque week-end je suis dans une localité pour faire mon travail. C’est parfois fatigant, mais j’aime faire ça », rappelle Doris. Avec ses amies, elles peuvent par prestation toucher jusqu’à 300000 FCFA avec d’autres avantages. On leur prépare à manger et elles sont parfois logées. Pour Doris qui est également commerçante, il s’agit de perpétuer une pratique familiale. « Ma maman était pleureuse professionnelle ».

    Pleurer comme il faut

    Dans l’autre bout de son quartier situé à la périphérie de la capitale, Doris voit son métier s’éteindre. Certaines de ses amies ont en effet choisi de raccrocher, de ne plus exercer le métier. Incapable de supporter les critiques et les interrogations au bout de quelques années. Certaines familles préférant aussi d’abandonner les grandes cérémonies funéraires pour des enterrements plus simples. Malgré sa longévité, la pratique n’est pas toujours considérée par certains comme un « métier normal ». « Il faut respecter les morts. On ne peut pas faire du faux avec eux », explique Enock qui s’est opposé, malgré son jeune âge, à la décision de sa famille d’engager des pleureuses après le décès de sa mère. « Je ne conçois pas qu’on puisse simuler. Elles n’avaient jamais connu ma mère. Elles ne peuvent pas la pleurer », ajoute-t-il. Avant de lâcher : « C’est devenu un jeu pour elles ».

    Ce n’est pourtant pas ce qu’estime Kwesi Adams. Pour ce sociologue qui s’intéresse depuis dix ans à la pratique, il est important de comprendre ce que c’est que pleurer un mort. « Les familles ne décident pas au hasard de faire appel aux pleureuses », justifie-t-il. Le chercheur explique que certains morts ont besoin d’être pleurés « comme le font ces femmes ». Selon lui, les chants, les pleurs sont destinés à vanter le défunt. Ce qui permet au disparu de « bien se reposer ». La pratique n’est pas constatée dans certains pays de la sous-région. Mais il n’est pas exclu qu’elle s’exporte et se généralise. Elle devra dans ce cas faire face à des obstacles avant de « définitivement s’installer ». Les pleureuses pour alors se faire remarquer.

  • Le richissime Ghanéen Patrick Awuah désigné lauréat du WISE Prize

    Le richissime Ghanéen Patrick Awuah désigné lauréat du WISE Prize

    Le Ghanéen Patrick Awuah, fondateur et président de l’université Ashesi, basée à Accra, a été désigné lauréat du prestigieux WISE Prize pour l’éducation 2017, en récompense pour son travail accompli pour la promotion de l’éducation dans son pays natal et sur tout le continent africain. Il est de fait le premier Africain à gagner ce prix.

    C’est Son Altesse Sheikha Moza bint Nasser, présidente de la Fondation du Qatar, qui a remis le WISE Prize pour l’éducation à Patrick Awuah, lors de la session plénière d’ouverture mercredi du Sommet mondial de l’innovation pour l’éducation (WISE) à Doha, au Qatar, devant quelque 2.000 participants venus de plus de 100 pays.

    Le directeur général de WISE, Stavros N. Yiannouka, a déclaré que Patrick Awuah, sixième lauréat du WISE Prize pour l’éducation, rejoignait un groupe de personnalités qui partagent une passion commune pour l’éducation comme moteur de l’émancipation.

    « Tous les Lauréats du WISE Prize ont identifié des besoins qui les ont poussés à agir. Et tous ont réussi à rassembler et fédérer autour de leur vision, » a ajoutee M. Yiannouka. L’histoire de Patrick Awuah est unique, par sa prise de conscience du rôle du leadership éthique dans la transformation sociale, notamment en Afrique.

    Sous sa direction, Ashesi a mis en place plusieurs programmes d’études reposant sur les piliers des arts libéraux. Il a compris que les outils pour acquérir et interpréter les connaissances sont tout aussi importants que les connaissances elles-mêmes. En plaçant le leadership au cœur de son engagement, Patrick Awuah est devenu un modèle dans la promotion de l’éducation comme moteur de l’émancipation.

    En effet, le grand le mérite de Patrick Awuah est que tous les diplômés de l’université Ashesi ont trouvé un emploi après leurs études et presque tous sont restés en Afrique où beaucoup ont créé les entreprises nécessaires au développement du continent.

    L’innovation de Patrick Awuah dans l’enseignement supérieur est exceptionnelle à plusieurs titres : non seulement elle donne aux étudiants les moyens pour réussir, mais elle a également le potentiel de transformer le Ghana et d’autres pays africains en créant une nouvelle génération de dirigeants et d’entrepreneurs.

    Le WISE Prize pour l’éducation est la distinction la plus importante récompensant un individu (ou une équipe de six personnes) pour sa contribution exceptionnelle et mondiale à l’éducation. Le lauréat reçoit une médaille en or, symbole du WISE Prize, ainsi que la somme de 500 mille dollars américains.

    Institué en 2009 par Son Altesse Sheikha Moza bint Nasser, WISE est une plate-forme internationale et multidisciplinaire destinée à encourager la réflexion, la créativité, le débat et l’action concrète. Cette année, l’évènement s’est tenu à Doha du 14 au16 novembre autour du thème « Co-exister, co-créer : Apprendre à travailler et vivre ensemble ».

    Qui est Patrick Awuah ?

    Patrick Awuah a quitté le Ghana en 1985 avec 50 dollars en poche et une bourse pour étudier au Swarthmore College, en Pennsylvanie, aux États-Unis. Ses quatre années d’études en arts libéraux lui ont prouvé le pouvoir de la pensée critique, ce qui contrastait grandement avec ce qu’il avait précédemment appris. Après l’obtention de son diplôme, il a fait une brillante carrière chez Microsoft, où il a notamment dirigé la conception de l’accès Internet par ligne commutée.

    Désireux de contribuer à donner un souffle nouveau à son pays, il est rentré au Ghana avec l’intention de créer une entreprise de logiciels. Au Ghana, il a vite compris que la mise en place d’un leadership éthique était fondamentale pour former une génération capable d’apporter des changements positifs en Afrique. Il a décidé de reprendre des études, à l’université de Berkeley cette fois, pour comprendre comment s’y prendre pour créer une université qui favorise le leadership et l’intégrité.

    Patrick Awuah a expliqué qu’il avait décidé de créer une nouvelle université au Ghana non parce qu’il manquait des universités, mais parce qu’il manquait des universités qui enseignent aux étudiants les compétences du 21e siècle. « On se focalisait trop sur l’apprentissage par cœur et la mémorisation, beaucoup moins sur la pensée critique ou autonome, sur l’éthique ou la coopération. J’ai donc décidé d’ouvrir une université qui offrirait aux jeunes ghanéens et africains l’opportunité d’exceller et de devenir les meilleurs pour résoudre les challenges de notre époque », a relevé M. Awuah.

    En 2002, l’université Ashesi (qui signifie « début » en akan, une langue parlée au Ghana) a ouvert ses portes dans une maison louée pour l’occasion, avec une première promotion de 30 étudiants. Actuellement, l’université Ashesi possède un campus de plus de 40 hectares à Berekuso, sur les hauteurs d’Accra, la capitale du Ghana, et accueille 900 étudiants.

    Elle propose des cursus de quatre ans en ingénierie, administration des affaires, informatique et gestion des systèmes d’informations. La formation repose sur un programme interdisciplinaire, en insistant sur le leadership, l’éthique et l’entrepreneuriat. Avant d’obtenir leur diplôme, tous les étudiants prennent part à des activités de services pour la communauté.

    L’université Ashesi accorde une place importante à la diversité culturelle, économique et du genre : 50 pour cent des étudiants bénéficient de bourses partielles ou complètes, la moitié des étudiants sont des femmes, et plus de 20 pays sont représentés sur le campus. Par ailleurs, en 2008, les étudiants d’Ashesi ont mis en place un Code d’honneur par lequel, ils s’engagent à faire preuve d’un comportement éthique, une première dans les universités africaines.

    Après avoir reçu le Prix, Patrick Awuah a déclaré que celui-ci va lui permettre de poursuivre le travail initié au sein d’Ashesi, pour continuer à inspirer et à éduquer les nouvelles générations, afin de leur donner les moyens de naviguer dans la complexité de la croissance de l’Afrique et devenir un exemple pour le reste du monde.

  • RDC: qui est Denis Mukwege, le médecin qui a ‘réparé’ 50.000 femmes

    RDC: qui est Denis Mukwege, le médecin qui a ‘réparé’ 50.000 femmes

    Société, santé, politique celui qui est considéré au Congo comme le « réparateur des femmes » est un héros rare sur un continent hérissé d’injustices. Toujours menacé dans son pays, le docteur Denis Mukwege a reçu de multiples récompenses (prix Olof Palme et prix des Droits de l’homme des Nations Unies [ONU] en 2008, prix Sakharov en 2014) et son nom est régulièrement proposé pour le prix Nobel de la paix.

    Dans son Congo natal, il est très célèbre, surtout auprès des femmes. C’est celui qui essaie tant qu’il le peut, de redonner lueur d’espoir aux victimes « abimées » par le viol. À Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), plus de 50 000 femmes violées ont été soignées par lui depuis 1999. Dans ce pays où cette pratique est une arme de guerre et très répandue, le docteur Denis Mukwege est un symbole vivant pour les femmes ayant été des cibles de ce fléau. Ces quinze dernières années, on estime qu’un demi-million de femmes ont été violées en RDC.

    Inlassablement, Denis Mukwege, gynécologue, soigne, opère, répare. Des femmes violées et souvent aussi mutilées. Un travail à la mesure de l’horreur à laquelle il est confronté au quotidien. Denis Mukwege sait aussi, bien malgré lui, identifier cliniquement les auteurs de ces violences. Les bandes armées, miliciens ou soldats réguliers, qui ravagent cette région de l’est du Congo et qui rivalisent de cruauté.

    Des bourreaux qui laissent, dans la chair et le ventre des femmes suppliciées, la signature de leur torture. À coup de machettes, de pieux ou d’armes à feu. Depuis, ce médecin a un hymne : « Parce que le viol détruit tout autant, même s’il laisse les personnes en vie. Parce que c’est un déni d’humanité, un recul des acquis de la civilisation. Et parce qu’il faut tracer une ligne rouge absolue. »

    En octobre 1996, alors qu’il est médecin-chef à l’hôpital de Lemera, au Sud-Kivu. Des bandes armées venues du Rwanda voisin sèment la terreur dans la région. Le gynécologue part accompagner un expatrié occidental qui doit être évacué pour des raisons sanitaires. Leur convoi échappe de peu à une attaque. Le lendemain, son hôpital est pris d’assaut, les patients et le personnel massacrés.

    Ces victimes hantent encore Mukwege. « Ici, l’horreur se répète de génération en génération. » dit-il. Denis Mukwege s’est emparé de sa colère sourde de chirurgien pour la porter par-delà les frontières de son pays. Porter son indignation aux grands de ce monde : ONU, Parlement européen, France. Le docteur a saisi toutes les tribunes qui lui ont été offertes.

    « Si je n’étais pas gynécologue-obstétricien et n’avais donc un accès privilégié aux femmes qui me parlent en confiance et peuvent me montrer leurs blessures. C’est à ce titre que j’ai vu et entendu des choses qui dépassent l’entendement. Des souffrances inouïes causées par des viols massifs et organisés, des lésions corporelles souvent irréparables, des traumatismes profonds transmis aux enfants, toutes sortes d’abjections, » raconte-t-il souvent.

    « Mon père priera et moi je soignerai »

    Cette vocation d’aider son prochain, cette philanthropie, c’est de son père, pasteur, que Denis Mukwege, né à Bukavu en 1955, l’a héritée. « Quand il partait à la rencontre des malades, quand il prêchait en tant que pasteur, je l’accompagnais, car j’aimais le voir en action », explique le chirurgien dans Panzi, livre sorti en juin 2014. Dans ce livre, il raconte notamment ce jour où son père fut appelé au chevet d’un bébé mourant. Impuissant, le pasteur ne pût qu’offrir ses prières à la famille et à l’enfant tandis que son fils pensait : « Il faut que je sois médecin, ainsi mon père priera et moi je soignerai ». Sa vocation était née. Denis Mukwege avait alors huit ans.

    Après des études de médecine au Burundi, à Bujumbura, à partir de 1978, un premier poste à l’hôpital de Lemera, en RDC, il débarque en France, à Angers, pour se spécialiser en gynécologie. Il y apprendra une technique révolutionnaire à l’époque, la laparoscopie, modèle de chirurgie peu invasive qui se révélera précieuse, avec l’aide du spécialiste belge Guy-Bernard Cadière, dans le traitement des lésions chez ses patientes de Panzi.

    Il quitte Angers pour la RDC en 1989. Suivent des années de guerre, les conséquences du génocide au Rwanda, les conséquences au Kivu puis la fondation de sa clinique, avec l’aide d’associations suédoises et britanniques et de l’Union européenne. Quelques habitations en pisé d’abord, avant des locaux en dur. Puis la première victime de viol, en 1999. « Cette femme avait été violée à 500 mètres de l’hôpital », se souvient-il : « À l’époque, j’ignorais que ce serait le début d’une série de plus de 50 000 victimes. »

     « Notre pays est malade, mais nous allons le soigner »

     « Chaque femme violée, je l’identifie à ma femme ; chaque mère violée à ma mère et chaque enfant violé à mes enfants. Comment me taire quand nous savons que ces crimes contre l’humanité sont planifiés avec un mobile bassement économique ? », s’interrogeait Denis Mukwege, quand il recevait le prix Sakharov en novembre 2014, prix qui récompense une action exceptionnelle dans le domaine de la défense des droits de l’homme, la liberté d’expression, la défense du droit des minorités.

    « Quel est cet être humain doué de conscience qui se tairait quand on lui emmène un bébé de six mois dont le vagin a été détruit soit par la pénétration brutale, soit par des objets contondants, soit par des produits chimiques ? », avait-il dit devant les députés européens, en réclamant un règlement européen au sujet de l’approvisionnement en minerais.

    « Médecin dans le Kivu, en RDC, je suis donc devenu militant. Impossible de me taire et de me contenter de soigner ces femmes le mieux que je peux. Impossible de ne pas sortir de mon hôpital pour interpeller le monde, saisir toutes les tribunes possibles pour dénoncer ce qui est une arme de guerre au même titre que les autres, » a-t-il déclaré.

    Depuis qu’il a compris qu’il fallait s’attaquer aux causes de l’injustice plutôt que s’intéresser uniquement aux effets, sa vie est en danger au Congo. Selon lui, « derrière ces viols de guerre, derrière cette arme de destruction massive, il y a de l’argent sale ».

    En 2012, il a été attaqué. Cette attaque s’est passé le soir du 25 octobre 2012, ses enfants étaient pris en otage. « Quand je suis arrivé, mon ami Joseph, qui a voulu me protéger quand ces messieurs voulaient tirer sur moi, malheureusement c’est lui qui a pris la balle. Nous sommes tous les deux tombés et ils sont partis. Il a perdu sa vie en essayant de me sauver, »  regrette-t-il.

    Et aujourd’hui, pour sa sécurité, l’homme vit l’hôpital, avec sa famille et les malades. Depuis, sa protection est assurée par les forces des Nations unies. En avril dernier, un autre gynécologue congolais, le docteur Gildo Byamungu, a été assassiné à son domicile d’Uvira, toujours au sud Kivu.

    Au Congo, la situation est restée comme celle qu’a vécu le « réparateur » en 2012 : rien n’est fait. Dans son livre Plaidoyer pour la vie paru l’an dernier, il a écrit : « Je sais que je suis plus que jamais exposé. Je ne quitte plus l’hôpital de Panzi. Combien de temps devrons-nous vivre ainsi comme dans une prison ? Mon seul espoir ce sont les prochaines élections présidentielles et parlementaires ».

    Toutefois, l’homme tient à éclairer : « je ne suis pas politicien ». Il ne se réclame qu’une chose : « sentinelle par rapport aux politiciens. » Et pour ça, l’homme se prononce en faveur d’une alternance politique chez lui au Congo, au plus vite. Comme un grand opposant.

  • La vie au Somaliland, le seul pays africain officiellement inexistant

    La vie au Somaliland, le seul pays africain officiellement inexistant

    Depuis près de trente ans, ce pays africain non reconnu par la Communauté internationale suscite la curiosité pour sa stabilité et sa démocratie exemplaire.

    Le Somaliland est un pays qui n’existe pas officiellement, mais qui dispose de toutes les caractéristiques d’un État. Cette région autonome du nord de la Somalie dispose en effet d’un drapeau, d’une monnaie et d’une constitution. Le pays qui s’est autoproclamé indépendant depuis plus de vingt ans vit dans un climat de paix à côté de la Somalie qui connaît depuis plusieurs années un climat instable marqué par de fréquents attentats terroristes. Avec une population de près de 4 millions d’habitants, le pays s’illustre dans la région comme un exemple.

    S’il n’est pas encore reconnu par la Communauté internationale, le Somaliland entretient malgré tout des relations de coopération et d’entretien avec des pays du Golfe. Ces derniers financent de nombreux projets de développement dans le pays. Le Koweït a par exemple financé la modernisation de l’aéroport d’Hargeisa. Quant à l’Arabie saoudite, elle a contribué à l’extension du port de Berbera, deuxième ville. Jusqu’à présent les autorités font plutôt preuve de « bonne gestion », considère un spécialiste de la région. Le 13 novembre dernier, les populations étaient dans les urnes pour élire un nouveau président. Le sortant Ahmed Mohamud Silaanyo qui terminait son premier mandat à préférer « respecter la constitution ». Laissant le champ libre à Muse Bihi du parti au pouvoir Kulmiye, aux opposants Abdirahman Iro et Feysal Ali Warabe de se représenter. Depuis son indépendance en 1991, Le pays a déjà connu trois présidents. Le vote électronique a été introduit durant les élections cette année.

    Exclu des circuits financiers

    Les populations vivent dans un strict respect de la loi. Dans une région où l’islam reste très influent. En attendant la proclamation des résultats des élections, les autorités ont par exemple décidé de fermer tous les réseaux sociaux pour éviter que de fausses informations soient partagées. Un membre de la commission électorale explique que la fermeture d’une dizaine de réseaux sociaux, dont Facebook, Twitter et WhatsApp, était réfléchie. « Il nous fallait contrer les forces extérieures qui relaient des informations tribales et haineuses », ajoute un autre représentant de la commission. Le Somaliland essuie donc des critiques de la part de quelques organisations internationales. Elles reprochent aux autorités somalilandaises de violer le droit des populations d’avoir accès à internet. Humant Right Watch craint que le pays qui s’est jusqu’à présent comporté en démocratie exemplaire ne tombe dans « la restriction des libertés individuelles ».

    Le pays est riche en ressources minières et pétrolières. L’exportation de bétail représente une part importante de l’économie. Malgré une croissance économique durable, le pays ne répond pas toujours aux besoins de la population composée majoritairement de jeunes. Ces derniers sont souvent en chômage. La création des emplois et l’amélioration des conditions de vie des habitants restent un défi pour l’État. Cela même si des infrastructures de base sont construites et que 60% des enfants ont accès à l’éducation. Il faut dire que l’absence d’aide internationale, l’exclusion du pays des circuits financiers mondiaux ne facilitent pas la tâche aux dirigeants.

     

  • Homosexualité: malgré les efforts, l’Afrique reste toujours inaccessible

    Homosexualité: malgré les efforts, l’Afrique reste toujours inaccessible

    Vouloir parler de l’homosexualité sur une terre qui se targue d’être fort attachée à la morale parait démesuré. Cependant, il est difficile de nier d’une manière ou d’une autre la présence de l’homosexualité en Afrique, même si on préfère en parler avec un mépris provocateur sur le continent.

    Le cliché d’un homme tenant la main d’un autre ou d’une femme trop collée à une autre est mal apprécié. Il est question d’une pratique qui n’est pas en odeur de sainteté en Afrique. Parler de l’homosexualité sur le continent comme une pratique de jouissance peut sembler en amont débile. Beaucoup la présente comme un mal à évincer du continent noir tel l’impérialisme. Le débat sur cette pratique qui consiste à sceller une union entre deux personnes du même sexe fait couler beaucoup d’encre et donc, suscite beaucoup d’émotions. En Afrique, quand on est homosexuel, on l’assume et on la subit, ou on le tait jusqu’à jamais. Au point où, l’homophobie est un sentiment partagé.

    Absence de virilité des hommes, sorcellerie, mauvais esprit, passage obligé pour devenir riche ou pour avoir beaucoup de pouvoirs, tous les stéréotypes y passent dans ces sociétés où, le moindre acte taché d’un strict minimum d’anormalité est souvent d’ordre spirituel. Chez certains chrétiens, du fait que les relations sexuelles entre deux hommes soient aussi considérées dans la Bible comme immorales incite les évangélistes à scruter l’homosexualité comme un comportement purement satanique.

    D’autres voient en l’homosexualité, un malaise introduit dans les sociétés africaines par les médias, surtout la télé. Mais pour nombre de chercheurs, l’origine de l’homosexualité en Afrique ou ailleurs, n’est pas un phénomène nouveau. Elle a toujours existé. Elle a pour autant connu une propension fulgurante dans les centres carcéraux et les couvents.

    « Pure Abomination »

    Dans beaucoup de pays africains, la loi contre l’homosexualité est rédigée presque avec les mêmes mots.

    Considérée alors comme résidu du colonialisme, l’homosexualité est traitée comme un délit voire un crime. Entre cause maléfique et biologique, les homosexuels sont parfois vus en Afrique en rapport avec une volonté des Occidentaux de réduire le taux de natalité.

    En effet, les gouvernements postcoloniaux se sont appuyés sur cet héritage pour consolider la criminalisation de l’homosexualité en Afrique. Ainsi, au Sénégal par exemple, l’article 319 du Code pénal adopté le 21 juillet 1965 condamne à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 100 000 à 1 000 000 de francs CFA (de 150 à 1 500 euros) les personnes présumées homosexuelles ; tant, il faut le préciser, si la vie privée peut être du ressort de la famille, la morale publique est du ressort de l’État. Cette interdiction s’exprime de façon explicite, soit par un biais plus implicite : la condamnation de la sodomie.

    Selon l’association Africagay, 38 des 84 pays ayant des législations interdisant des rapports sexuels entre personnes de mêmes sexes sont africains.

    Au Zimbabwe par exemple, un gay encourt une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 10 ans de travaux forcés. Même situation en Ouganda, où l’actuel Chef d’État, Yoweri Museveni a demandé publiquement en 1999 à la police l’emprisonnement de tous les gays. Au Nigeria, précisément dans les 12 États du Nord, la situation est encore plus difficile du fait de l’application de la loi coranique qui prévoit la peine de mort. Tout comme en Ouganda.

    Frein à l’aide publique des pays récalcitrants

    Entre homophobie et discrimination raciale qu’ont connue les États-Unis par le passé, l’ancien président américain, Barack Obama avait trouvé juste comparaison, quand son successeur, Donald Trump lui, parait de ce point de vue beaucoup plus « humaniste » aux yeux des Africains, en s’affichant contre le mariage pour tous.

    Mais, alors que l’homosexualité ne semble pas avoir un avenir clair en Afrique, légalement bien-sûr, la pression des puissances occidentales n’est pas à négliger. En effet, l’homosexualité reste un point de discorde entre les dirigeants africains et les puissances pourvoyeuses du continent noir. Alors que la majorité des pays africains répriment l’homosexualité, les États-Unis affirment toujours leur volonté de faire fléchir l’Afrique en utilisant comme arme, les incontournables institutions de Brettons Woods. De ce fait, associant la pénalisation de l’homosexualité au non-respect des Droits de l’homme, nombre d’aides se refusent aux pays africains.

    Homosexualité, halte ?

    Beaucoup de religions voient d’un mauvais œil le « mariage pour tous ». En juillet 2015, après la tournée du président américain Barack Obama au Kenya au cours de laquelle celui-ci a réclamé l’égalité des droits pour les homosexuels, l’épiscopat africain s’est montré rébarbatif face aux vœux d’Obama. Des camouflets et des semonces ont alimenté la riposte. Il y était allé de qualifier la proposition du président américain tantôt d’« anti-humain » ou encore « d’impérialisme culturel ».

    Si d’une part, les religions en Afrique condamnent à l’unisson l’homosexualité, d’autre part, il est aussi question des conséquences qui en découlent comme l’adoption d’enfants. En effet, l’église juge qu’il est quasi impossible aux homosexuels d’élever un enfant pour qu’il soit responsable dans la société.

    « Nous vivons dans un monde où ces choses sont maintenant devenues presque acceptables. Cependant, ce n’est pas parce qu’elles sont acceptables qu’elles sont justes. », a signifié le Cardinal John Onaiyekan, l’archevêque d’Abuja lors d’une interview accordée à la News Agency of Nigeria.

    Même son de cloche chez les prêtres traditionnels. Ceux-ci la prennent également comme non conforme aux valeurs religieuses et donc, passible de « courroux des dieux ». Un prêtre avait expliqué qu’en réalité, l’homosexualité affaiblit et « tue » les dieux de fécondité.

    Cependant, il n’y a pas que la morale religieuse qui attaque l’homosexualité. Barack Obama, au nom de la liberté, a clamé la situation des homosexuels en Afrique. « Quand vous commencez par traiter les gens différemment parce qu’ils sont différents, vous vous engagez sur un terrain où la liberté s’érode », avait-il déjà déclaré en 2015, lors de sa venue dans son Kenya natal. Mais ce postulat ne semble pas préoccuper les dirigeants africains.

    Lors de cette tournée, le président hôte Uhuru Kenyatta n’avait pas prêté attention à la proposition du président américain. Il n’en a guère fait un sujet, puisque selon lui, « il y a des choses que nous ne partageons pas, que nos cultures et nos sociétés n’acceptent pas. » Bien avant, le président zimbabwéen Robert Mugabe avait alors quant à lui ironisé la situation aux dépens de l’homosexualité en déclarant qu’il est nécessaire qu’il se rende à Washington, qu’il se mette à genou pour « demander la main » d’Obama.

    L’île Maurice et l’Afrique du Sud, les bons élèves

    Sur le continent, il n’y a pas que les institutions étrangères qui luttent pour la liberté des homosexuels. Contre vents et marées, des associations de défenses des droits des homosexuels naissent également, principalement à Maurice, en Afrique du Sud ou encore au Zimbabwe. En 2007, suite à un atelier à Ouagadougou, l’association française AIDES crée l’Africagay, une association visant à informer sur le droit des homos. Dans certains pays, ces genres d’associations sont légion. En Côte d’Ivoire, après la crise de septembre 2002, la capitale était devenue une ville où les homosexuels peuvent s’afficher sans grande crainte.

    Dans cet état d’interdiction presque généralisée, l’Afrique du Sud est l’un des rares pays du Sud, avec les îles Maurice, à célébrer la Gay pride, journée de la fierté homosexuelle. Toutefois, le chemin est encore long.

  • Afrique: le juteux business des ‘coaches motivateurs’ [Enquête]

    Afrique: le juteux business des ‘coaches motivateurs’ [Enquête]

    La présence de nombreux experts en développement personnel n’enchante pas toujours sur le continent. Les nouveaux maîtres du « potentiel et de l’optimisme » tentent malgré tout de convaincre leurs clients.

    Dans la sous-région ouest-africaine, le coaching a le vent en poupe. Les séminaires de formations en développement abondent. Et sur les médias des spécialistes en développement personnel tentent de faire adhérer un auditoire à leur « discours plein d’optimisme ». Au Togo et au Bénin, d’autres spécialistes ont choisi de sillonner des sociétés privées du Togo pour proposer ses formations aux responsables. « Réussir dans ses entreprises », « comment avoir confiance en soi », « comment créer son entreprise à partir de 0 F ».

    Les thèmes de formation sont légion. Et pour les formateurs, « tout individu a besoin d’un développement personnel ». Parmi eux, certains sont critiqués et il arrive que leurs propositions de formation soient refusées. « Y en a qui ne nous croient pas. Ils pensent que nous vendons de l’illusion », explique l’un d’entre eux. Mais pour ceux qui sont convaincants, ils animent des formations qui coûtent plus de 2000 FCFA. C’est le cas de Dodji Agbeko, expert en développement personnel, qui forme plus de vingt fonctionnaires au Bénin. Ces formations, il les « facture à 40 000 FCFA ».

    Le coaching pèse aujourd’hui de tout son poids. Il constitue une ouverture pour chaque personne qui se voit « bloqué dans son élan », justifie Dodji Agbeko. Pour une pratique qui rentre peu à peu dans les habitudes africaines, beaucoup s’interrogent sur ses réels impacts. Patrick Armand Pognon, président mondial des Ambassadeurs du développement — Président de l’Autorité du Coaching Africain, explique qu’il y a en tout être humain des talents qui sommeillent et qui peuvent être réveillés grâce au coaching. Pour lui, on peut « Passer de chercheur d’emploi au statut de chef d’entreprise en 6 mois ».

    Illusion

    Les nombreuses critiques sur le coaching indiquent que les habituelles formations s’apparentent à des séances où l’on bassine les oreilles des participants avec « les mêmes phrases ». « Il m’était impossible de suivre la dynamique. Au bout de trois jours, j’ai dû arrêter », nous confie, Gérard, diplômé sans emploi pour qui la plupart des séances de coaching s’apparente à de l’arnaque. « Nous étions 15 pour une formation de 5 jours qui coûtait 100 000 FCFA. Le coach ne faisait que nous répéter les mêmes choses. Croire en soi, persévérer, prononcer régulièrement certaines phrases. C’était décevant ».

    Des études ont aussi été menées sur la question. La sociologue Hélène Stevens explique que les techniques utilisées par les différents coaches sont un mélange de pratiques qui découlent de la programmation neurolinguistique ou de l’hypnose. Utilisées par les coaches pour décrypter les personnalités, pour améliorer les performances en négociation et pour développer la cohésion d’équipe, ces techniques ne garantissent pas un succès pour les personnes formées. D’où la question du coût parfois exorbitant de ces formations. « J’avais compris que malgré la somme payée, la garantie d’un bon résultat à la fin de ma formation n’était pas une chose acquise », explique Gérard. Le psychanalyste Roland Gori indique pour sa part que le coaching puise parfois dans les neurosciences pour expliquer les comportements, les motivations, les émotions. Ce qui peut aggraver les risques de mauvaises interprétations ».

    Aubaine

    Même si la pratique essuie des critiques, elle a malgré tout convaincu d’autres personnes. C’est le cas d’un jeune entrepreneur togolais qui se dit content des formations auxquelles il participe. « Mon coach m’a aidé à découvrir mes talents », résume-t-il. Avant d’ajouter que l’idée de se lancer dans l’entrepreneuriat lui est venue au cours d’une des formations. « Le coaching est la clé de plusieurs portes.

    Tout le monde a besoin d’être coaché à un moment donné », argumente Patrick Armand Pognon tout en citant en exemple la plupart de ses clients qui ont réussi grâce à ses formations. Sur les questions d’arnaque, un de ses collègues togolais, expert en développement personnel fait court. « Tous les coaches ne font pas de l’arnaque. Il y a des gens qui prétendent être coach et qui sont mal intentionnés », reconnait-il tout en lâchant : « les vrais coachs cherchent le bien de leur client. Nous formons entre nous un grand regroupement et nous obéissons à des règles pour éviter des abus ».

     

  • L’Algérie réclame 36 crânes de ses indépendantistes à la France

    L’Algérie réclame 36 crânes de ses indépendantistes à la France

    Redécouverts en 2011, les crânes d’une trentaine de combattants algériens, décapités pour avoir combattu la colonisation française au milieu du XIXe siècle, sont actuellement gardés dans les réserves anthropologiques du Musée de l’Homme à Paris. L’Algérie cherchant à rapatrier ses « réserves » n’a toujours pas encore un OK favorable du côté de l’ancienne colonie.

    Mercredi 1er novembre, l’Algérie a célébré son 63e anniversaire depuis la déclaration de la lutte pour l’indépendance de la France après 132 ans de domination coloniale. La guerre a duré près de huit ans, entraînant environ 1,5 million de morts d’Algériens. Après l’indépendance en 1962, les autorités françaises ont emporté un nombre inconnu de crânes appartenant à certains des martyrs algériens, dont beaucoup ont été exposés au Musée national français d’histoire nationale à Paris.

    En effet, en 1849, l’oasis de Zaâtcha avait été attaquée par les troupes du général Herbillon. La population et les chefs de la région sont sauvagement tués. Les Chioukh Bouziane, Moussa et Lahcène sont fait prisonniers par les zouaves du commandant Lavarande. Sur ordre du général Herbillon, ils sont exécutés et leurs têtes exposées sur la place de Biskra.

    Lorsqu’elles sont expédiées en France, chacune des têtes était accompagnée d’une étiquette, longue bande de parchemin, portant le nom du chef décapité, la date de sa mort, le cachet du bureau politique de Constantine et la signature du Colonel de Neveu et de M. Gresley. Ces crânes sont entreposés depuis 1880 dans les sous-sols du musée de l’homme à Paris.

    Ainsi, parmi les 36 crânes détenus de combattants algériens détenus par le musée de Paris, figurent d’importantes personnalités de l’armée algérienne de lors.

    Résurgence du débat

    Le gouvernement algérien veut que son homologue français rende les crânes des combattants de l’indépendance algérienne. Cet appel a été lancé par le ministre Mujahedeen algérien Tayeb Zitouni dans une interview. « Le travail de la commission algéro-française mise en place pour discuter de ces questions n’est pas encore achevé. L’Algérie n’abandonnera pas ces dossiers revendiqués en France dont celui relatif à la restitution des crânes des martyrs de la résistance populaire », a déclaré M. Zitouni au Middle East Monitor.

    Zitouni a révélé que son bureau négocie actuellement avec le ministère français des Affaires étrangères pour le retour des crânes. Il veut que la commission précédemment mandatée pour examiner et surveiller l’affaire soit reconstituée immédiatement. « Les négociations sur ce dossier, suspendues à volonté par les Français, ont été retardées à cause des élections présidentielles françaises », a déclaré le ministre algérien.

    Il a réitéré que la France doit admettre les crimes perpétrés contre les Algériens pendant la domination coloniale afin de favoriser de meilleures relations avec l’Algérie.

    Beaucoup d’Algériens attendent avec impatience de voir si le nouveau président français Emmanuel Macron, qui a récemment qualifié l’impérialisme français en Algérie de « crime contre l’humanité », rendra les crânes et indemnisera les victimes des essais nucléaires.

    Tentatives échouées

    En 2011, l’historien Ali Farid Belkadi a lancé une première pétition demandant le retour en Algérie de ces restes humains. En mai 2016, l’universitaire Brahim Senouci a lancé une nouvelle pétition afin que ces dépouilles mortuaires soient remises à l’Algérie.

    L’idée de cette dernière pétition est partie d’une seule et unique signature : celle du téméraire Brahim Senouci, écrivain et militant algérien, résidant en France. Le 18 mai 2016, il diffusait sur Change.org un texte pour le moins engagé, appelant à la restitution des crânes des insurgés algériens de Zaâtcha.

    Cependant, la situation semble bloquée. En témoigne le courriel du 29 juin 2016 adressé à Brahim Senouci par Michel Guiraud, directeur du musée de l’Homme. Dans ce courrier, Michel Guiraud, indique que son institution muséale était « prête » à examiner « favorablement » la demande de restitution des crânes des Algériens, conservés au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, avertissant néanmoins que « pour leur restitution, il y a un chemin à prendre. Nous reconnaissons le droit de la famille et celui des descendants relayés par leur État », a-t-il dit. Il a par ailleurs souligné que les demandes « doivent passer par le canal diplomatique et non pas par une association qui n’a pas un droit particulier par rapport aux restes humains ».

    Relent colonialiste

    Le professeur en histoire à l’Université d’Alger 2, Mohamed Lahcen Zeghidi, considère que contrairement à la Tunisie et au Maroc, la France n’a toujours pas soldé son contentieux historique avec l’Algérie, et ce, en raison de « la perception de conquérant » qu’elle continue d’entretenir, de génération en génération. Celui-ci estime, s’agissant de la question des archives, que si la France a consenti, depuis 2012, à ouvrir ses archives et à les mettre à la disposition des Algériens, elle ne le fait que pour les documents « non compromettants » pour elle, à savoir administratifs, diplomatiques, divers rapports, etc.

    L’historien est convaincu que l’ancien colonisateur « ne pourra pas remettre de ses propres mains ce qui pourra le condamner, ce qui l’obligera à réécrire l’histoire qu’il a enseignée à ses générations depuis plus d’un demi-siècle laquelle met en relief les valeurs de l’humanité ».

    Dans une récente déclaration, des historiens algériens ont également souligné l’importance de la restitution des archives de l’Algérie pour l’écriture de l’histoire et la sauvegarde de la mémoire collective du peuple algérien. Qualifiant cet épisode de « grave préjudice » et de « crime contre l’humanité », le spécialiste insiste sur l’obligation de « reconnaissance » par l’ex-empire colonial des atrocités commises dans ses anciennes colonies, dont l’Algérie.

    Ceux-ci déplorent le fait d’exposer ainsi des crânes humains comme s’il s’agissait de « trophées de guerre », renseignant sur des « traditions coloniales » et un esprit esclavagiste visant à montrer que les colonisés sont des personnes « différentes », de même qu’à afficher une certaine « supériorité » du colonisateur.

    Jusqu’ici, les divers appels lancés depuis Alger restent sans grand échos à Paris.

  • Internet, le nouveau terrain de chasse des marabouts et pasteurs africains

    Internet, le nouveau terrain de chasse des marabouts et pasteurs africains

    Tout comme le christianisme qui demande à ses pratiquants de faire de toute la terre des fidèles, les marabouts et les charlatans ont également trouvé en l’internet, l’outil idéal pour répondre à ce même besoin. Le marketing religieux est intéressant.

    Facebook, Twitter, You Tube, Whatsapp… Quand la religion s’invite dans le digital, la bataille du marketing devient impressionnante. L’Église catholique en sait bien de choses. Preuve de l’intérêt de l’Église catholique pour les réseaux sociaux, le pape Benoît XVI leur consacre souvent, et ce depuis janvier 2011, des exhortations quotidiennes. Le souverain pontife profite de ces canaux pour inviter les chrétiens à être présents sur les réseaux sociaux et à y faire preuve d’une « créativité consciente et responsable ».

    En effet, depuis la «démocratisation» de l’internet, l’outil est devenu la proie de tout genre de marketeurs. Les entreprises ont trouvé l’élément clé, qui jusque-là manquait à leur plan de communication. Et le taux de pénétration des téléphones et de l’internet est à leur avantage. Depuis, créer une page Facebook, une chaîne sur YouTube, un compte Twitter, Instagram n’est plus qu’un élément de tendance. Au contraire. L’internet est désormais un vaste safari pour tout genre de recherches de clients


    Etre présents là où sont les gens


    À l’instar des communautés de l’Église catholique, « être présents là où sont les gens » est la raison principale des multiples pages de communautés de marabouts qui fleurissent. Véritable caisse de résonance, Facebook leur offre en effet l’opportunité de rejoindre des internautes qui ne fréquentent pas leurs domaines, d’être aux sous les yeux de ceux qui rejettent leurs pratiques, notamment les jeunes. Ces réseaux sociaux leur permettent d’aller à la rencontre des potentiels clients. Pour la fin de les transformer en fidèles, tous les moyens sont bons.

    Le digital au service de la foi

    Ils sont aussi, ces charlatans et les marabouts, des férus du marketing digital, parfois, un peu de trop. À la différence des pasteurs par exemple qui se taillent à chaque occasion leur part sur internet, et des églises qui ont parfois des communities managers, les charlatans et marabouts utilisent tous les moyens à leurs dispositions pour être présents. Des faux comptes, des canulars… tant, l’essentiel est de faire passer le message fondamental : le service, la localisation et les contacts.

    Au Togo par exemple, cette nouvelle forme de marketing religieux s’est démocratisée avec la restriction aux herboristes, charlatans ou des prêcheurs des sciences occultes de l’accès aux médias. Si en effet cette restriction n’est pas actuellement strictement appliquée, elle aura quand même participé à inciter ces acteurs à la recherche d’autres horizons pour la promotion de leurs services, ou leur self-promotions. Ils ont vraisemblablement trouvé en Internet, à la fois le média presque gratuit, et la plateforme rassemblant l’idée de cible.


     Les gens nous suivent de moins en moins à la radio ou à la télé. Ils en ont surement marre de nos exploits racontés pendant 1 h. Mais avec l’essentiel du message en annonce sur Internet, ça passe.


    Désormais, on assiste sur la toile, à la création des sites professionnels des charlatans, des chaines Youtube pour les vidéos de prêches, des Live sur Facebook et même des publicités Google. Nombreuses sont ces annonces qu’on retrouve sur le moteur de recherche en tête des requêtes, ou encore des displays sur des sites web. À savoir si cette nouvelle manière de faire est rentable, un marabout confie que depuis qu’il a décidé d’explorer la nouvelle option de l’internet, il a enregistré beaucoup plus de visiteurs ayant vu ses annonces sur Internet que quand il investissait chèrement dans les médias comme la télé et la radio. « Les gens nous suivent de moins en moins à la radio ou à la télé. Ils en ont surement marre de nos exploits racontés pendant 1 h. Mais avec l’essentiel du message en annonce sur Internet, ça passe ».

    De ce fait, la chasse et la concurrence entre les sauveurs d’âmes sont impressionnantes sur Internet. Mieux, la contre-offensive lancée par les prophètes traditionnels semble intéresser. Et même si les utilisateurs d’Internet ne manifestent clairement pas un engagement à l’endroit de ces genres d’annonces sponsorisées comme le fait-on avec des extraits de versets bibliques ou les vidéos de pasteurs, la réalité n’est pas tout à fait telle. « Quand je post mes annonces sur Facebook, je n’ai que très peu de likes. Mais ce n’est pas l’essentiel. Les gens hésitent à liker, commenter ou partager mes posts, par honte que Facebook ne le notifie à leurs amis. Mais ils viennent chez moi quand même quand ils ont des problèmes. C’est ça l’objectif » a confié un guérisseur traditionnel vivant dans une ville périphérique de Lomé.

    Le socialement correct qui met les religions modernes tels le christianisme ou l’Islam dans la stricte catégorie de bienséance en est pour beaucoup de choses. Au Togo, fréquenter les couvents traditionnels ou être pratiquant d’une autre religion que les communs christianismes et l’islam est mal vu, voire condamné dans les sociétés. Dès lors, il n’est pas toute à fait facile de mesurer l’impact de leurs présences sur Internet. Car en matière de charlatanisme, l’hypocrisie n’est pas un péché.

  • Assurance maladie en Afrique: les partenariats public-privés foisonnent

    Assurance maladie en Afrique: les partenariats public-privés foisonnent

    Entre opportunités et contraintes, les systèmes d’assurance maladie ne couvrent pas encore une grande partie de la population africaine.

    Sur le continent le taux de couverture de l’assurance maladie est faible. La plupart des États peinent encore à instaurer un mécanisme d’assurance maladie universelle. On note ainsi l’absence d’une couverture des soins de santé. Les ménages sont obligés de supporter directement les charges financières. Il y a deux ans, le rapport « The decent Work agenda in Africa » indiquait que près de 90% de population subsaharienne ne bénéficie pas d’une assurance contre les risques de maladie et d’accident.

    S’assurer n’est pas encore entré dans les habitudes. Car en réalité, les soins de santé ont pendant longtemps été gratuits dans les pays. Les charges étaient supportées par les États. Mais il y a plus trente ans, les programmes d’ajustement structurel ont obligé les États à mettre fin à la protection sociale pour de nombreux citoyens.

    Depuis, les populations « se débrouillent ». En termes de chiffres, les ménages africains prennent eux-mêmes directement en charge près de 70% de leurs dépenses santé. Faute d’instaurer une couverture sanitaire pour tous les citoyens, certains États protègent tout de même leurs fonctionnaires ainsi que quelques travailleurs du secteur privé formel. Des mutuelles ont été créées pour prendre en charge les soins de santé des membres qui doivent cotiser de façon périodique. Mais depuis quelques années les États lancent des systèmes d’assurance maladie.

    Des systèmes de couverture encore faible

    Certains États africains font des efforts qui restent insuffisants. Ils ont mis en place des systèmes d’assurance maladie pour les fonctionnaires, les salariés d’entreprises privées et pour le secteur formel. Ces systèmes d’assurance maladie sont obligatoires. Les fonctionnaires en bénéficient moyennant des cotisations. C’est le cas du Togo où depuis 2011, l’Institut national d’assurance maladie (INAM) assure une couverture sanitaire à des fonctionnaires de l’État. Plus de cinq après sa création, l’INAM prend en charge plus de 260000 bénéficiaires avec plus de 1000 prestataires répartis sur le territoire.

    Mais au Togo comme dans d’autres pays africains, la portée de ces systèmes d’assurance maladie reste faible. L’État béninois quant à lui a créé en 2012 le Régime d’Assurance Maladie universelle (RAMU) destiné à toute la population moyennant le paiement d’une prime. Le RAMU est financé par l’État et les collectivités locales. Une dizaine de pays africains, dont le Sénégal, disposent également d’un système d’assurance maladie qui prend en charge les moins de cinq ans.

    Toutefois, les bénéficiaires de ces systèmes représentent à peine 30% de la population. Autant dire qu’environ 70% de la population, issue du secteur informel, n’est pas encore couvert pas le système d’assurance maladie des pays. Mais jusqu’à présent le Rwanda reste le premier sur le continent à fournir une assurance maladie universelle. Avec un taux de couverture de 91% de sa population, le système d’assurance maladie appelé Mutuelles de santé est financé par l’État et des partenaires. Pour la réussite de son système, le Rwanda forme régulièrement des agents de santé communautaire.

    Partenariat public-privé

    Pour étendre la couverture sanitaire, certains États comme le Ghana se sont liés avec des structures privées. En effet, le National Health Insurance Scheme (NHIS) du Ghana repose sur des mutuelles de santé communautaires préexistantes. Cela a permis au pays d’augmenter son taux de couverture maladie de 1 % dans les années 1990 à plus de 40 %. L’État a d’ailleurs voulu que son système soit financé « à plus de 70 % par une taxe de 2,5 % sur les biens et les services, et à plus de 20 % par les charges sociales ».

    Grâce à des partenariats public-privé, les populations sont ainsi encouragées à adhérer à l’assurance maladie à travers des offres de soins subventionnées. La gestion du système de l’assurance maladie est dans certains cas confiée à des structures privées. L’État se chargeant lui-même de superviser. Selon plusieurs observateurs, cette approche peut permettre à de nombreux pays d’augmenter leurs taux de couverture de l’assurance santé qui restent pour le moment très faibles.