Auteur/autrice : Emmanuel Vitus

  • Liberté de presse en Afrique: une réalité à géométrie variable

    Liberté de presse en Afrique: une réalité à géométrie variable

    Est-on libre quand on est journaliste en Afrique ? Difficile de répondre de façon tranchée à l’heure où la liberté de presse est menacée sur le continent. Acquise de haute lutte dans certains pays, elle constitue un moyen de vitalisation des démocraties. Si plusieurs observateurs s’accordent à reconnaître une « évolution remarquable » pour les pays anglophones, ce n’est pas encore le cas pour certains États francophones.

    Des journalistes sont encore interpellés sur des prises de position. Des organisations de professionnels de presse des pays ouest-africains à l’instar du Bénin, de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal dénoncent parfois les pressions que subissent les journalistes.


    Nous n’avons jamais été inquiétés pour notre ligne éditoriale et les traitements que nous faisons des sujets


    Parmi les pays anglophones, la Namibie reste un exemple. Le pays a réalisé des progrès en quelques années. Pour expliquer cette avancée du pays, Naita Hishoono, directrice de l’Institut namibien de la démocratie, évoque la solidité du cadre constitutionnel.

    Le dernier classement de Reporter sans frontières le prouve. Classée premier pays africain en matière de liberté de la presse, la Namibie peut se targuer d’offrir à ses journalistes une bonne protection. « Nous n’avons jamais été inquiétés pour notre ligne éditoriale et les traitements que nous faisons des sujets », confirme un rédacteur en chef d’un quotidien.

    Agressions et lois liberticides

    Dans des pays comme l’Ouganda, les journalistes continuent de travailler dans « des conditions difficiles », selon l’Association des journalistes ougandais. Pareil en République démocratique du Congo et au Burundi où des journalistes sont parfois portés disparus et des radios privées fermées.

    En Guinée, des journalistes ont même été tabassés fin octobre par des forces de l’ordre dans un poste de police. Les syndicats ont condamné un acte malheureux qui montre la « fragilité de la liberté de presse au Guinée ». Au Niger, le climat est favorable pour les journalistes. Sauf que parfois, les règles sont contournées pour nuire, explique un présentateur de journal télévisé.


    Nous ne pouvons plus vivre un autre Norbert Zongo


    Contrairement à la Tunisie où des lois liberticides et des agressions sur les journalistes sont dénoncées par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), le délit de presse a même été dépénalisé dans certains pays. Le Burkina Faso qui s’est basé sur cet acquis majeur a fait de la liberté de la presse une réalité.

    « Nous ne pouvons plus vivre un autre Norbert Zongo », glisse un patron de presse en faisant allusion à l’assassinat du journaliste d’investigation. Au pluralisme s’est ajoutée une liberté de ton pour les journalistes qui profitent aussi, confie un éditorialiste, de la révolution d’octobre 2014 qui a mis fin à presque trente ans de gouvernance de Blaise Compaoré.

    Soulagement en Gambie

    Le constat est tout autre au Togo où la dépénalisation du délit de presse est pourtant une réalité. Même si les journalistes ne peuvent plus être emprisonnés, ils subissent régulièrement des pressions et même des menaces. Depuis 2005, plusieurs médias ont d’ailleurs été fermés dans le pays pour « des traitements tendancieux de l’information ».

    Alors que le pays traverse une crise politique depuis fin août, des journalistes ont été agressés dans l’exercice de leur travail. Une situation que dénonce la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) qui appelle « à la protection des journalistes ».


    C’est difficile de traiter ces sujets. Vous n’avez pas accès aux données. Mais on peut même vous demander d’arrêter votre enquête ou de modifier votre angle


    En début d’année, Reporters sans frontières a classé le pays 80e  sur 180 pays au plan mondial. En Gambie par contre, la chute de Yaya Jammeh a mis fin à de longues années de terreur pour les journalistes. Au moins sur la forme, l’étau s’est desserré, reconnaît l’un d’entre eux. Des acteurs travaillent cependant à l’adoption de nouvelles lois qui doivent encadrer la liberté de la presse dans le pays.

    La liberté de la presse fait face à de nouveaux défis. Outre la résistance qu’opposent les journalistes aux pressions, ils doivent désormais composer dans un univers médiatique avec des sujets portant sur le terrorisme. Dans les pays d’Afrique subsaharienne, les gouvernements sont de ce fait tentés d’influencer les traitements que réservent les rédactions aux questions de terrorisme.

    « C’est difficile de traiter ces sujets. Vous n’avez pas accès aux données. Mais on peut même vous demander d’arrêter votre enquête ou de modifier votre angle », affirme un journaliste malien. Au ministère burkinabé de la Communication, l’on estime que les sujets de terrorisme doivent être traités avec tact. « C’est presque normal de rappeler un journaliste à l’ordre. Il y va de la sécurité du pays », ajoute un membre du cabinet.

     

  • Togo: la difficile éclosion des startups du numérique

    Togo: la difficile éclosion des startups du numérique

    Les brises de l’entrepreneuriat qui soufflent sur les pays émergents asiatiques ont fini par avoir raison de l’Afrique. Exposé à un taux de chômage très élevé et qui ne cesse de croitre de manière exponentielle à cause d’un taux de natalité relativement fort face à des politiques d’emploi non efficaces et à des économies qui n’évoluent que lentement, les jeunes sont presque condamnés à une alternative d’auto-emploi.

    Au Togo, après une longue période caractérisée par des cycles de stagnation et de récession liée à plus de quinze ans de crise sociopolitique, l’économie togolaise est marquée, durant les huit dernières années (2005 à 2012), par des signes d’une reprise progressive. Ainsi, le taux de croissance économique qui a été en moyenne de 2,4% sur la période 2005 à 2007 s’est progressivement et de manière régulière engagée sur une trajectoire ascendante jusqu’à atteindre 5,9 % en 2012.

    Si cette performance économique est louable, son impact sur les conditions économiques et sociales des populations est resté mitigé. Toutefois, cette situation globalement précaire est adossée un taux du chômage et de sous-emploi au Togo relativement très élevé. Au grand nombre de chômeurs, s’est ajouté le développement d’un secteur informel, laissé jusque-là à lui-même, dont le niveau de sous-emploi apparaît aujourd’hui comme une pesanteur quant à la création d’emplois décents et durables.

    Dès lors, des initiatives naissent sur le terrain. Le Togolais Dona Etchri a été primé à Paris au programme de Connexions Citoyennes 2017 organisé par CFI, avec sa nouvelle application dénommée Doomevi, « une application qui va améliorer la participation citoyenne dans la vie active de la nation togolaise en stimulant le sérieux et la promptitude dans la réparation et l’entretien des infrastructures publiques ». D’autres jeunes Togolais comme Sam Kodo s’illustre dans la robotique, comme Limpio Studio qui s’est fait connaitre avec le premier jeu vidéo togolais.

    Le grand assaut

    Au Togo, la situation n’est pas tout autre. Le marché de l’emploi consomme très peu de jeunes que les universités n’en produisent. Le chômage est galopant.

    Si le gouvernement s’aperçoit fébrile face aux politiques d’emplois des jeunes, il a néanmoins des approches de solution, en passant par la création d’un ministère du développement à la base, de l’artisanat, de la jeunesse et de l’emploi des jeunes. Depuis, des structures ont été créées ayant pour mission d’accompagner les jeunes à faire éclore leur leadership et à s’engager dans l’auto-emploi.

    Depuis la création du Fonds d’appui à l’initiative économique des jeunes (FAIEJ), le bilan est sans doute mitigé, mais l’Etat est tout de même satisfait de faire sortir de son laboratoire des jeunes entrepreneurs. Cette initiative qui forme des jeunes de 18 à 35 et finance leurs projets se veut un système de prêt permettant de financer à hauteur de 95% le coût total de projet. Le taux applicable est de 4,5% avec un différé maximum de 6 mois, et ce, selon la nature de l’activité, sur une durée maximale de 36 mois.

    Dispositif d’accompagnement technique et financier opérationnalisé en 2013, le FAIEJ dans le cadre de sa mission, soutient les jeunes porteurs d’initiatives d’entreprises. A ce jour, plus de 1 500 projets sont structurés dont un millier financé à hauteur de 1 700 000 000 F CFA, selon les responsables.

    Difficultés

    Au Togo, nombre sont les difficultés liées au secteur de l’entrepreneuriat. S’il est vrai que le Centre de formalités des entreprises est de plus en plus opérationnel et simplifier, d’autres contraintes subsistent encore.

    Le Togo mise en effet sur le secteur du numérique pour doper son économie. Depuis la mise en place du ministère des Postes et de l’Économie numérique, des initiatives dans le sens de l’innovation numérique intéressent et les occasions pour les primer ne font pas défaut.

    Toutefois, pour les startups spécialisées dans le numérique et dans la technologie, les coupures régulières et intempestives de l’électricité ajoutées aux censures sur internet que le pays a connu lors de la crise sociopolitique constituent un réel manque à gagner pour les jeunes entrepreneures. « Déjà que la qualité de la connexion internet est médiocre, mais chère, cela ne facilite pas les choses. Ensuite, les coupures de la connexion bouleversent les prévisions et nous mettent dans l’incertitude constante » a confié un jeune entrepreneur digital.

    En effet, ce problème est souvent relevé, mais pas que. D’autres pointent, sans être contre le principe au fond, le fonctionnement de l’Office togolais des Recettes qui ne favorise pas la bonne croissance des startups, mais plutôt les « étouffe ».

    Autre point souvent ressorti : le manque de financement. « Le Togo fait un effort, mais il reste beaucoup à faire. Pour un pays qui a besoin de compter sur les compétences locales pour, à la fois relever l’économie du pays et contribuer à la résolution des problèmes de chômages, c’est encore insuffisant », nous confie un entrepreneur. Conséquence, les jeunes cerveaux préfèrent aller se faire valoriser sur d’autres marchés comme en Europe, en Asie, en Amérique voire en Afrique de l’Est et australe, ces régions hautement fertiles aux innovateurs.

    Pour autant, bien de jeunes entrepreneurs ne désarment pas. Ils sont plus d’un à être persuadés, tout comme la ministre togolaise de l’Économie numérique, que le Togo représente une terre d’opportunité pour quiconque veut entreprendre en numérique, tant que le rêve de faire de Lomé un hub numérique n’est pas encore mort.

  • Internet, le nouveau terrain de chasse des marabouts et pasteurs africains

    Internet, le nouveau terrain de chasse des marabouts et pasteurs africains

    Tout comme le christianisme qui demande à ses pratiquants de faire de toute la terre des fidèles, les marabouts et les charlatans ont également trouvé en l’internet, l’outil idéal pour répondre à ce même besoin. Le marketing religieux est intéressant.

    Facebook, Twitter, You Tube, Whatsapp… Quand la religion s’invite dans le digital, la bataille du marketing devient impressionnante. L’Église catholique en sait bien de choses. Preuve de l’intérêt de l’Église catholique pour les réseaux sociaux, le pape Benoît XVI leur consacre souvent, et ce depuis janvier 2011, des exhortations quotidiennes. Le souverain pontife profite de ces canaux pour inviter les chrétiens à être présents sur les réseaux sociaux et à y faire preuve d’une « créativité consciente et responsable ».

    En effet, depuis la «démocratisation» de l’internet, l’outil est devenu la proie de tout genre de marketeurs. Les entreprises ont trouvé l’élément clé, qui jusque-là manquait à leur plan de communication. Et le taux de pénétration des téléphones et de l’internet est à leur avantage. Depuis, créer une page Facebook, une chaîne sur YouTube, un compte Twitter, Instagram n’est plus qu’un élément de tendance. Au contraire. L’internet est désormais un vaste safari pour tout genre de recherches de clients


    Etre présents là où sont les gens


    À l’instar des communautés de l’Église catholique, « être présents là où sont les gens » est la raison principale des multiples pages de communautés de marabouts qui fleurissent. Véritable caisse de résonance, Facebook leur offre en effet l’opportunité de rejoindre des internautes qui ne fréquentent pas leurs domaines, d’être aux sous les yeux de ceux qui rejettent leurs pratiques, notamment les jeunes. Ces réseaux sociaux leur permettent d’aller à la rencontre des potentiels clients. Pour la fin de les transformer en fidèles, tous les moyens sont bons.

    Le digital au service de la foi

    Ils sont aussi, ces charlatans et les marabouts, des férus du marketing digital, parfois, un peu de trop. À la différence des pasteurs par exemple qui se taillent à chaque occasion leur part sur internet, et des églises qui ont parfois des communities managers, les charlatans et marabouts utilisent tous les moyens à leurs dispositions pour être présents. Des faux comptes, des canulars… tant, l’essentiel est de faire passer le message fondamental : le service, la localisation et les contacts.

    Au Togo par exemple, cette nouvelle forme de marketing religieux s’est démocratisée avec la restriction aux herboristes, charlatans ou des prêcheurs des sciences occultes de l’accès aux médias. Si en effet cette restriction n’est pas actuellement strictement appliquée, elle aura quand même participé à inciter ces acteurs à la recherche d’autres horizons pour la promotion de leurs services, ou leur self-promotions. Ils ont vraisemblablement trouvé en Internet, à la fois le média presque gratuit, et la plateforme rassemblant l’idée de cible.


     Les gens nous suivent de moins en moins à la radio ou à la télé. Ils en ont surement marre de nos exploits racontés pendant 1 h. Mais avec l’essentiel du message en annonce sur Internet, ça passe.


    Désormais, on assiste sur la toile, à la création des sites professionnels des charlatans, des chaines Youtube pour les vidéos de prêches, des Live sur Facebook et même des publicités Google. Nombreuses sont ces annonces qu’on retrouve sur le moteur de recherche en tête des requêtes, ou encore des displays sur des sites web. À savoir si cette nouvelle manière de faire est rentable, un marabout confie que depuis qu’il a décidé d’explorer la nouvelle option de l’internet, il a enregistré beaucoup plus de visiteurs ayant vu ses annonces sur Internet que quand il investissait chèrement dans les médias comme la télé et la radio. « Les gens nous suivent de moins en moins à la radio ou à la télé. Ils en ont surement marre de nos exploits racontés pendant 1 h. Mais avec l’essentiel du message en annonce sur Internet, ça passe ».

    De ce fait, la chasse et la concurrence entre les sauveurs d’âmes sont impressionnantes sur Internet. Mieux, la contre-offensive lancée par les prophètes traditionnels semble intéresser. Et même si les utilisateurs d’Internet ne manifestent clairement pas un engagement à l’endroit de ces genres d’annonces sponsorisées comme le fait-on avec des extraits de versets bibliques ou les vidéos de pasteurs, la réalité n’est pas tout à fait telle. « Quand je post mes annonces sur Facebook, je n’ai que très peu de likes. Mais ce n’est pas l’essentiel. Les gens hésitent à liker, commenter ou partager mes posts, par honte que Facebook ne le notifie à leurs amis. Mais ils viennent chez moi quand même quand ils ont des problèmes. C’est ça l’objectif » a confié un guérisseur traditionnel vivant dans une ville périphérique de Lomé.

    Le socialement correct qui met les religions modernes tels le christianisme ou l’Islam dans la stricte catégorie de bienséance en est pour beaucoup de choses. Au Togo, fréquenter les couvents traditionnels ou être pratiquant d’une autre religion que les communs christianismes et l’islam est mal vu, voire condamné dans les sociétés. Dès lors, il n’est pas toute à fait facile de mesurer l’impact de leurs présences sur Internet. Car en matière de charlatanisme, l’hypocrisie n’est pas un péché.

  • Assurance maladie en Afrique: les partenariats public-privés foisonnent

    Assurance maladie en Afrique: les partenariats public-privés foisonnent

    Entre opportunités et contraintes, les systèmes d’assurance maladie ne couvrent pas encore une grande partie de la population africaine.

    Sur le continent le taux de couverture de l’assurance maladie est faible. La plupart des États peinent encore à instaurer un mécanisme d’assurance maladie universelle. On note ainsi l’absence d’une couverture des soins de santé. Les ménages sont obligés de supporter directement les charges financières. Il y a deux ans, le rapport « The decent Work agenda in Africa » indiquait que près de 90% de population subsaharienne ne bénéficie pas d’une assurance contre les risques de maladie et d’accident.

    S’assurer n’est pas encore entré dans les habitudes. Car en réalité, les soins de santé ont pendant longtemps été gratuits dans les pays. Les charges étaient supportées par les États. Mais il y a plus trente ans, les programmes d’ajustement structurel ont obligé les États à mettre fin à la protection sociale pour de nombreux citoyens.

    Depuis, les populations « se débrouillent ». En termes de chiffres, les ménages africains prennent eux-mêmes directement en charge près de 70% de leurs dépenses santé. Faute d’instaurer une couverture sanitaire pour tous les citoyens, certains États protègent tout de même leurs fonctionnaires ainsi que quelques travailleurs du secteur privé formel. Des mutuelles ont été créées pour prendre en charge les soins de santé des membres qui doivent cotiser de façon périodique. Mais depuis quelques années les États lancent des systèmes d’assurance maladie.

    Des systèmes de couverture encore faible

    Certains États africains font des efforts qui restent insuffisants. Ils ont mis en place des systèmes d’assurance maladie pour les fonctionnaires, les salariés d’entreprises privées et pour le secteur formel. Ces systèmes d’assurance maladie sont obligatoires. Les fonctionnaires en bénéficient moyennant des cotisations. C’est le cas du Togo où depuis 2011, l’Institut national d’assurance maladie (INAM) assure une couverture sanitaire à des fonctionnaires de l’État. Plus de cinq après sa création, l’INAM prend en charge plus de 260000 bénéficiaires avec plus de 1000 prestataires répartis sur le territoire.

    Mais au Togo comme dans d’autres pays africains, la portée de ces systèmes d’assurance maladie reste faible. L’État béninois quant à lui a créé en 2012 le Régime d’Assurance Maladie universelle (RAMU) destiné à toute la population moyennant le paiement d’une prime. Le RAMU est financé par l’État et les collectivités locales. Une dizaine de pays africains, dont le Sénégal, disposent également d’un système d’assurance maladie qui prend en charge les moins de cinq ans.

    Toutefois, les bénéficiaires de ces systèmes représentent à peine 30% de la population. Autant dire qu’environ 70% de la population, issue du secteur informel, n’est pas encore couvert pas le système d’assurance maladie des pays. Mais jusqu’à présent le Rwanda reste le premier sur le continent à fournir une assurance maladie universelle. Avec un taux de couverture de 91% de sa population, le système d’assurance maladie appelé Mutuelles de santé est financé par l’État et des partenaires. Pour la réussite de son système, le Rwanda forme régulièrement des agents de santé communautaire.

    Partenariat public-privé

    Pour étendre la couverture sanitaire, certains États comme le Ghana se sont liés avec des structures privées. En effet, le National Health Insurance Scheme (NHIS) du Ghana repose sur des mutuelles de santé communautaires préexistantes. Cela a permis au pays d’augmenter son taux de couverture maladie de 1 % dans les années 1990 à plus de 40 %. L’État a d’ailleurs voulu que son système soit financé « à plus de 70 % par une taxe de 2,5 % sur les biens et les services, et à plus de 20 % par les charges sociales ».

    Grâce à des partenariats public-privé, les populations sont ainsi encouragées à adhérer à l’assurance maladie à travers des offres de soins subventionnées. La gestion du système de l’assurance maladie est dans certains cas confiée à des structures privées. L’État se chargeant lui-même de superviser. Selon plusieurs observateurs, cette approche peut permettre à de nombreux pays d’augmenter leurs taux de couverture de l’assurance santé qui restent pour le moment très faibles.

  • Lévirat: les réalités d’une coutume de mariage décriée en Afrique

    Lévirat: les réalités d’une coutume de mariage décriée en Afrique

    Souvent décrié, le lévirat reste pratiqué et débouche dans la plupart des cas sur des mariages forcés ou consentis.

    Bobo-Dioulasso. Mayi, 35 ans. « Il y a deux ans après la décès de mon mari j’ai épousé son petit frère. Nous venons d’avoir des jumeaux ». Comme elle, d’autres femmes subissent le lévirat sur le continent. Et dans plusieurs sociétés de la sous-région ouest-africaine, la pratique continue en fonction des ethnies. Dans certaines familles, le décès d’un mari polygame voit même des fils se marier aux coépouses de leurs mamans biologiques. Si cette situation peut choquer, elle est pourtant lue comme une manière noble de prendre soin des veuves. Au Burkina Faso en ethnie mossi, la veuve fait d’ailleurs partie de « l’héritage du défunt ». « Elle revient à l’homme que la famille aura désigné », indique Patrice Bahala, anthropologue burkinabé.


    Un moyen pour  ne pas perdre la dot versée par le mari à sa belle-famille


    La femme est donc considérée comme un bien, justifie-t-on dans certaines sociétés. Elle est comptée parmi les « biens du défunt » pour être partagée. En République centrafricaine, le lévirat est expliqué comme un moyen « de ne pas perdre la dot versée par le mari à sa belle-famille ». Les dénonciations sans cesse constatées n’ont pas encore éteint les flammes du phénomène qui se voit encouragé par des personnes, à priori capables d’y mettre fin. « Des hommes instruits s’adonnent aussi à cette pratique », regrette un membre de WILDAF/Togo (Women in Law and Development in Africa), un réseau de femmes togolaises.

    Menaces et spoliations

    Dans la plupart des sociétés concernées où la pauvreté reste présente, le lévirat est un moyen de soutenir une famille endeuillée qu’on ne veut pas laisser dans l’indigence. Il est donc demandé à la veuve de se remarier dans la même famille. Elle et ses fils sont censés désormais être pris en charge par son nouveau mari qui est le frère du défunt. « Mes beaux-parents ont estimé que je ne devrais pas rester seule après la mort de mon mari », relate, dépitée, une Togolaise. Trentenaire, elle s’est enfuie de son village pour s’installer à Lomé avec son enfant de 5 ans. Plus de cinq ans après, même si elle s’est remariée, elle dénonce « la honteuse proposition » de son ancienne belle famille.

    Les femmes subissent également des menaces. Quand elles refusent, les familles leur mettent la pression. Cela débouche souvent sur des situations inimaginables. Originaire du sud du Bénin, Adakou, 45 ans, qui s’est désormais installée à Djougou au nord du pays, a vécu il y a huit ans ce qu’elle qualifie « d’épisode douloureux ». Contrainte d’épouser l’un des fils de son mari que ce dernier a eu avec une autre épouse, cette mère de deux garçons a refusé. « Je ne pouvais pas », confie-t-elle. Mais, poursuit-elle, « j’ai été menacé, ma belle-famille m’a même envoûtée. J’étais tombée malade et mes enfants m’ont été retirées. Mes parents ont dû faire des cérémonies pour me sauver. »


    Derrière l’idée de «prendre soin de l’épouse de son frère »


    Pour Kouadio Houoyi sociologue ivoirien, auteur d’une étude sur la question, il existe une autre face négative de la pratique. Selon l’universitaire, le prétendant de la femme endeuillée est souvent intéressé par l’héritage de son frère défunt. Derrière l’idée de « prendre soin de l’épouse de son frère », l’homme en profite pour contrôler l’héritage du défunt. Conséquence, les veuves et les orphelins vivent souvent de conditions de vie difficiles. Au Ghana où la pratique existe, certaines veuves se sont retrouvées laissées à elle-même après avoir épousé les petits frères de leurs maris. « Les terrains et les deux taxis de mon défunt mari ont été vendus. Mes enfants et moi n’avons rien eu », témoigne l’une d’entre elles. Kouadio Houoyi souligne cependant que toutes les femmes ne sont pas contre la pratique. « Il y a des femmes qui acceptent sans pression le lévirat ».

    Dénonciation et sensibilisation

    Pour combattre la pratique, les associations de défense des droits des femmes organisent des campagnes de sensibilisation. Soutenues par des campagnes médiatiques, ces séances de sensibilisation sont intensifiées à l’endroit des populations analphabètes. Au Sénégal, l’Association pour la promotion de la femme sénégalaise (Aprofes) sensibilise régulièrement les veuves sur les voies dont elles disposent pour « se libérer ». « On leur explique qu’on ne peut pas les forcer à se marier et qu’elles peuvent porter leur affaire en justice », explique un membre de l’Aprofes. Il faut dire que dans les pays de la sous-région, les pressions légales existent et les femmes ont le droit de dire non au mariage forcé. Cependant on note une absence de répression du lévirat dans les législations nationales.

    Sur un autre plan, des associations féministes ont été créées. Elles axent leur lutte sur une violence des droits des femmes et évoquent également le risque pour les victimes de contracter des maladies sexuellement transmissibles comme le VIH/SIDA. Mais « le combat contre le lévirat » se mène aussi sur le terrain économique. Des ONG s’impliquent dans la lutte pour l’élargissement de la couverture sociale dans les États. L’absence d’une inclusion financière dans les pays favorise le phénomène, reconnaît une élue de la sous-région. Propos confirmé par la sociologue Isabelle Gillette-Faye. Selon elle, le lévirat persiste dans les pays où on note une absence de système de sécurité sociale « au sens large du terme ». Lorsque la veuve ne peut plus gagner sa vie après le décès de son mari, elle accepte malgré elle de rester dans le foyer, de peur « de mourir de faim elle et ses enfants ».

    Mais dans les villes, la pratique est moins présente, certaines femmes ne cèdent pas non plus à la peur. A Lomé, une commerçante de 47 ans confie : « Une semaine après le décès de mon mari, mon beau-père m’a informé que je devrais aller vivre avec le petit frère de mon mari. J’étais abattue, quand deux jours après l’enterrement, le frère de mon mari exigeait de coucher avec moi. Nous avons déménagé mes enfants et moi pour louer dans un autre quartier. Pour moi c’était inacceptable. Aujourd’hui je suis libre. »

  • La Côte d’Ivoire injecte  900 millions  de $ dans ses infrastructures

    La Côte d’Ivoire injecte 900 millions de $ dans ses infrastructures

    En Côte d’Ivoire, les plaintes des passagers de la route sont presque les mêmes : le réseau routier est mauvais et ne cesse de se dégrader. Face la situation, le gouvernement veut s’attaquer au plus tôt au mal.

    Le premier ministre ivoirien vient d’annoncer un investissement de 475 milliards de francs CFA (près de 900 millions $) dans les infrastructures. Selon Amadou Gon Coulibaly, « l’ensemble de ces investissements contribuera à décongestionner le trafic à Abidjan, mais également son potentiel de développement économique. »


    Plus de 60 % du réseau routier a été dégradé suite à la décennie de crise sociopolitique survenue dans le pays.


    S’il y a quelques années en arrière la Côte d’Ivoire s’était engagée dans un vaste programme d’investissements dans les infrastructures rendant son réseau routier enviable, les choses ne sont plus exactement ça. Selon les autorités ivoiriennes, plus de 60 % du réseau routier a été dégradé suite à la décennie de crise sociopolitique survenue dans le pays. Mais selon Pierre Dimba, directeur général de l’Ageroute, l’Agence de gestion des routes, la dégradation de nombreuses voies à travers le pays est due à l’ancienneté des constructions.

    En effet, il n’y a pas qu’à Abidjan que l’on trouve des routes en piteux état. A Yamoussoukro, capitale politique et administrative du pays, la quasi-totalité des voies sont dégradées, comme dans la ville portuaire de San Pedro ou à Daloa dans le centre-ouest du pays.

    Ce nouvel important investissement servira entre autres, à la réhabilitation du pont Felix Houphouët Boigny, et à la construction de l’échangeur Akwaba.

    Pour précision, l’ensemble des chantiers couverts par ce financement s’inscrit dans la liste des projets prioritaires du Millennium Challenge Corporation (MCC) dont le pays est bénéficiaire.

    Négligence

    Le gouvernement ivoirien a été avare en financement des travaux liés aux infrastructures en général durant l’année 2006. Selon le rapport 2016 du Consortium pour les Infrastructures en Afrique (ICA) publié ce mois d’octobre, la première économie de l’UEMOA a injecté seulement 64,5 millions $ dans les infrastructures en 2016, soit moins de 0,5 % de son PIB. Selon le même rapport, des pays moins nantis ont investi doublement que le leader de l’économie de la CEDEAO. Le Togo a par exemple investi 297,5 millions $, 199,3 millions pour le Mali, 179,3 millions au Burkina Faso, ou encore le Sénégal qui chapeaute avec ses 575,4 millions.

    Pour une quasi-négligence de l’entretien et de la construction des nouvelles infrastructures et leur entretien, la conséquence a été claire.

    Pour rappel, l’annonce intervient au moment où la Côte d’Ivoire s’apprête à lancer la construction du métro d’Abidjan.

  • Sénégal: Aywajieune, une plateforme pour vendre les produits halieutiques

    Sénégal: Aywajieune, une plateforme pour vendre les produits halieutiques

    Depuis septembre 2015 la plateforme Aywajieune se propose de jouer les intermédiaires entre des vendeurs et des acheteurs de produits halieutiques.

    C’est certainement une bonne trouvaille pour les acteurs impliqués dans la commercialisation des produits halieutiques. Depuis plusieurs mois Aywajieune facilite les difficultés d’approvisionnement et d’écoulement du poisson frais au Sénégal. On retrouve sur cette plateforme des annonces et des ventes de produits halieutiques. Aywajieune offre également des services de livraison à domicile. Pour Malick Birane qui est à l’origine de cette initiative, jusqu’en 2015, les vendeurs rencontraient des difficultés qui les obligeaient à brader leurs produits. Il fallait donc trouver une solution pour « sauver » l’activité des vendeurs.


    En deux ans d’existence, la plateforme s’est engagée à accompagner spécialement plus de trente vendeurs.


    Des études ont ainsi été menées auprès des vendeurs et des acheteurs. Ces derniers manquaient à leur niveau d’informations sur la disponibilité des produits voulus. Selon Malick Birane, Aywajieune a une dimension sociale. « Notre but principal est d’aider les vendeurs à tirer profit de leur activité », ajoute-t-il. En deux ans d’existence, la plateforme s’est engagée à accompagner spécialement plus de trente vendeurs. Cet appui consiste à mettre à jour régulièrement sur aywajieune.com l’espace des vendeurs qui ne maîtrisent pas encore l’utilisation des outils en ligne. Ils devraient néanmoins bénéficier d’une série de formations pour prendre en charge leur espace.

    Plateforme de référence

    La plateforme est déjà installée à Saint-Louis, Ziguinchor et Dakar la capitale. Mais elle envisage être présente dans d’autres localités du pays. L’équipe d’Aywajieune compte proposer ses services dans des villes où l’on remarque de fortes activités d’achat et de vente des produits halieutiques. Malick Birane et son équipe misent sur le marché national pour s’imposer dans la sous-région.

    Ils comptent participer d’ailleurs participer au « renforcement des échanges de produits halieutiques entre le Sénégal et l’extérieur ». Pour l’heure, la plateforme fait un chiffre d’affaires mensuel de 4 millions de FCFA. L’équipe travaille à mobiliser de fonds pour mieux se déployer sur le territoire national. Des partenariats avec des organisations présentes dans les localités devraient permettre à Aywajieune de bénéficier d’un accompagnement technique et financier. Dans trois ans, Aywajieune veut se positionner comme une plateforme d’achat et de vente de produits halieutiques connue sur le plan mondial.

     

  • L’Éthiopie inaugure deux nouveaux parcs industriels

    L’Éthiopie inaugure deux nouveaux parcs industriels

    L’Éthiopie qui envisage se positionner comme un poids lourd industriel en Afrique de l’Est inaugure cette fin d’octobre deux nouveaux parcs industriels. Des infrastructures qui permettront au pays d’augmenter ses recettes économiques et de créer des emplois.

    Les deux nouveaux parcs industriels vont commencer par fonctionner en novembre. Les parcs d’Adama et de Dire Dawa vont être spécialisés dans l’habillement, le textile et l’agroalimentaire. Les travaux de construction de ces infrastructures ont duré plusieurs mois. Leur coût est estimé à 315 millions de dollars US.

    Les travaux de construction ont été effectués par China Civil Engineering Construction Company (CCECC). Selon Dr. Belachew Mekuria, commissaire adjoint en charge des parcs industriels, toutes les dispositions ont été prises pour doter les parcs « de tout ce qu’il faut ».


    Les parcs d’Adama et de Dire Dawa vont faciliter les échanges extérieurs du pays


    La construction stratégique des deux ports qui se situent non loin du port de Djibouti constitue un avantage pour l’Etat éthiopien. En effet les deux infrastructures vont désormais jouer un rôle essentiel dans le commerce extérieur du pays. « Les parcs d’Adama et de Dire Dawa vont faciliter les échanges extérieurs du pays », indique un économiste, spécialiste de la région.

    Améliorer les exportations et créer de l’emploi

    Les deux nouvelles infrastructures devraient aussi permettre à l’Éthiopie de créer de nombreux emplois. A Adama, l’Etat mise sur la création de plus de 15 000 emplois indirects et plus de 15 000 autres indirects, soit 30 000 emplois. Le parc de Dire qui participe aussi à l’amélioration de l’accès à l’emploi va permettre « au gouvernement de créer 10 000 emplois », selon Dr. Belachew Mekuria

    L’Éthiopie qui s’est lancée dans une industrialisation de ses villes dispose désormais de cinq parcs industriels. Ces derniers s’inscrivent dans le cadre d’un projet qui vise à faire du pays « centre de fabrication en Afrique ». Outre les parcs de Hawassa, Mekele, le gouvernement éthiopien avait inauguré récemment le parc industriel de Kombolcha après neuf mois de travaux estimés à 90 millions de dollars.

    « Les usines engagées dans des activités orientées vers l’exportation dans la ville de Kombolcha auront un cadre idéal pour exporter leurs produits via le port de Djibouti à 480 km », avait déclaré Hailemariam Desalegn, Premier ministre éthiopien.

  • Le méga-complexe gazier Djibouto-Éthiopien a du financement

    Le méga-complexe gazier Djibouto-Éthiopien a du financement

    En Djibouti, l’Etat vient de signer un protocole d’entente commercial portant sur le méga projet gazier djibouto-éthiopien de Damerjog avec le groupe chinois Poly-GCL.

    Les autorités djiboutiennes ont signé cette semaine avec le géant chinois Poly-GCL, un protocole d’entente commercial permettant aux deux partenaires de tirer profit de grand projet.

    Selon Yonis Ali Guedi, ministre djiboutien de l’Énergie, chargé des ressources naturelles et qui a paraphé les documents avec le vice-président de Poly-GCL, Li Wei, un grand pas vient d’être franchi dans le cadre du projet gazier. Ce financement est un grand pas vers la réalisation de ce projet. D’après les sources gouvernementales, les autorités djiboutiennes et le groupe chinois devront se retrouver dans six mois pour finaliser les contrats juridiques.

    En effet, le protocole fixe les termes clés du partenariat entre la République de Djibouti et Poly-GCL et servira de base pour la rédaction des contrats des concessions afférentes.

    « Le nouveau pipeline et ses installations associées font partie du plan du gouvernement visant à développer l’infrastructure à travers tout le pays et conduira à créer des liens économiques plus étroits avec l’Éthiopie », avait déclaré en mars 2016 Ali Mahmoud Yacoub, quand il était ministre de l’Énergie, lors de la cérémonie de pose de la première pierre du projet. Et d’ajouter que « ce projet renforce la position de Djibouti en tant que centre économique commercial et régional et augmentera la capacité de ses ports. Il est également une excellente occasion de renforcer la politique d’intégration régionale. En effet, à la fois Djibouti et l’Éthiopie cherchent à étendre cette politique au secteur de l’énergie ».

    D’un coût prévisionnel de 4 milliards de dollars, devra être prêt trois ans après le démarrage des travaux.

    En quoi consiste le projet?

    Le projet prévoit un pipeline de gaz naturel, une usine de liquéfaction et un terminal d’exportation qui seront localisés à Damerjog dans la région d’Arta, 30 km au sud-est de la capitale Djibouti.

    Le futur gazoduc, long d’environ 700 km, transportera jusqu’à 12 milliards de mètres cubes de gaz naturel chaque année depuis l’Éthiopie vers Djibouti. Quant à l’usine de liquéfaction, elle aura la capacité de produire jusqu’à 10 millions de tonnes par an de gaz naturel liquéfié (GNL) après la finalisation des phases d’extension du projet.

    A en croire le ministère djiboutien de l’Énergie, si le chantier aboutit, il permettra non seulement au voisin éthiopien d’exporter du gaz vers la Chine et bien d’autres pays, mais aussi de soutenir le développement socio-économique dans le pays.

    Pour rappel, le Djibouti a une position géographique impressionnante. Le pays est au carrefour de l’une des routes maritimes les plus fréquentées au monde, reliant l’Europe, l’Extrême-Orient, la Corne de l’Afrique et le Golfe.

     

     

  • Cacao: l’Afrique s’attaque au défi de la transformation

    Cacao: l’Afrique s’attaque au défi de la transformation

    Fort de la forte production du cacao qu’il enregistre, le continent veut s’imposer également sur le terrain de la transformation. Un moyen pour les pays africains de réduire l’écart sur les pays occidentaux.

    Des millions de tonnes de cacao sont produits chaque année dans le monde. En tête de pays producteurs figurent des pays africains tels que la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigéria ou encore le Cameroun. La production du cacao augmente chaque année pendant que la demande ne cesse d’accroître. L’Afrique représente une part importante de cette production avec la Côte d’Ivoire comme premier producteur. « C’est l’Afrique qui produit », résume un expert.

    En dehors du Ghana et le Nigéria qui s’attèlent à augmenter leur production, le Cameroun s’est également lancé dans la relance de sa filière avec un appui conséquent aux planteurs. Jusqu’en 2020 le pays envisage produire près de 600 000 tonnes de cacao par an. Malgré la forte production enregistrée sur le continent, les pays doivent encore faire face à différents défis, notamment celui de la transformation. « L’Afrique est inexistante sur ce plan. C’est un vide qu’il faut combler », reconnaît l’organisation internationale du cacao (ICCO).

    Transformer sur le continent

    La part non négligeable de l’Afrique dans la production mondiale du cacao est complétée par des pays étrangers qui eux produisent et transforment. Les pays africains œuvrent depuis quelques années à « rattraper leur retard ». Ils envisagent à la fois augmenter leur production et bénéficier de l’importante manne financière qu’offre la transformation du cacao. Il y a trois ans, le continent n’avait gagné que 800 millions de dollars US sur 110 milliards de dollars US qu’a générés la transformation du cacao sur le plan mondial.

    A ce jour, les pays africains représentent 20 % des revenus que rapporte la première étape de transformation du cacao (la production de liqueurs, poudre et autres beurres de cacao). Le continent qui ne gagne pas assez en termes de revenus à la deuxième étape de transformation du cacao compte s’illustrer dans la production du chocolat qui constitue la troisième étape de transformation. Pour combler le vide et s’imposer dans la transformation du cacao, ces pays ont défini des chronogrammes avec des objectifs précis.

    Limiter l’exportation des fèves brutes

    Il s’agit de réussir à « produire local et à transformer local ». « En s’organisant, les pays africains peuvent augmenter cette transformation », estime un membre de l’organisation internationale du cacao. Cela leur permettra de réduire l’exportation des fèves brutes et des semi-transformés. Pour y parvenir, des infrastructures de transformations du cacao sont en train d’être mises en place dans certains de ces pays. La Côte d’Ivoire dispose déjà d’une usine de transformation du beurre de cacao en pâte à tartiner ou en poudre pour le petit déjeuner à Abidjan. Le pays qui espère créer d’autres usines a vu s’installer sur son territoire le géant singapourien Olam qui a ouvert une usine d’une capacité de 75 000 tonnes à San Pedro.

    La Côte d’Ivoire devrait ainsi jusqu’en 2020 être capable de transformer 50 % de sa production. Elle ne transforme pour le moment que 30 %. En attendant des acteurs privés s’impliquent également dans la transformation du cacao au Ghana et au Nigéria. Au Togo, « Choco Togo », une structure mise en place par de jeunes Togolais, produit du chocolat bio avec des ingrédients naturels et locaux. « Choco Ouak » quant à lui se fait remarquer au Congo comme la première usine de fabrication du chocolat.