Catégorie : Afrique de l’ouest

  • Un « Internet ouvert et digne de confiance », le Nigeria montre le chemin

    Un « Internet ouvert et digne de confiance », le Nigeria montre le chemin

    À l’heure où de nombreux Africains craignent pour leur liberté en ligne, la société civile nigériane se frotte les mains après l’adoption du code numérique qu’elle a introduit au parlement deux ans plus tôt.

    Entre lobbying classique de la société civile, guerre sempiternelle du secteur privé, prises de position des élus et participation citoyenne inédite, voilà presque huit mois que la loi texte du numérique qu’on disait mort-né a été adoptée à l’unanimité par les deux chambres du parlement nigérian. Retour sur les feuilletons ayant abouti à l’adoption de ce code au Nigeria qui compte aujourd’hui plus de 70 millions d’internautes.

    Aux origines du projet de loi

    C’est au quatrième étage de la très luxueuse Nusaiba Towers sur le boulevard Ahmadu Bellow à Abuja que la société civile sous les auspices de Paradigm Iniativate a posé les jalons de ce qui peut être appelé aujourd’hui, l’avenir des libertés numériques.

    L’ONG Paradigm Initiative a introduit la loi au parlement au lendemain du projet de loi « Contre les pétitions frivoles et l’expression sur les réseaux », proposé par le sénateur Bala Ibn Na’Allah.

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    Le projet de loi su Sénateur avait pour but d’empêcher la diffusion de « fausses informations » sur les réseaux sociaux. Ainsi, le texte stipule que « toute personne qui propage intentionnellement de fausses informations qui pourraient porter atteinte à la sécurité du pays » et toute « déclaration abusive qui voudrait mobiliser le public contre le gouvernement via des messages électroniques » tombera sous le coup de la loi. Les peines prévues pourront aller jusqu’à sept ans de prison, et une amende d’environ 23 000 euros.

    Dans ce pays où les réseaux sociaux deviennent souvent le canal de nombreuses revendications sociales et politiques, Gbenga Sesan l’un des Web activistes les plus actifs du Nigeria et son ONG ont jugé bon de trouver des contre-mesures notamment un projet de loi sur les droits numériques pouvant protéger les internautes nigérians et réguler le secteur.

    Genga, explique que l’adoption du Code du numérique résulte également du constat selon lequel l’arsenal juridique qui régit le numérique dans ce pays de 170 millions d’habitants est devenu obsolète et inadapté non seulement face aux exigences du développement, mais également face aux dynamiques des échanges et de l’information de l’heure.

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    La grande victoire de la société civile

    Le projet de loi a été introduit au parlement nigérian en avril 2016 après une consultation multi-acteurs. Sénateurs et députés réunis en petit comité ont étudié scrupuleusement le texte censé adapter le Nigeria aux enjeux d’Internet. Après un examen mené tambour battant durant l’été 2017 et des débats (parfois) très houleux, la société civile a gagné son bras de fer contre les élus extrêmes. La dernière version révisée de loi a finalement été votée par les deux chambres du parlement en 2018.

    Le projet de loi apporte un soutien législatif progressif au discours en ligne dans le pays et soutient également la liberté d’expression et le respect de la vie privée. Le Code du numérique modernise les régimes juridiques dans le secteur des télécommunications, améliore le mode de fonctionnement de l’Autorité de régulation des communications électroniques, et clarifie la régulation des sujets de concurrence.

    La Loi constitue une avancée décisive qui permettra au pays de mettre en œuvre son ambition de devenir le leader du continent en matière de libertés numérique. Elle donne le niveau de sécurité juridique requis aux partenaires publics et privés, pour accélérer le développement d’infrastructures très haut débit sur l’ensemble du territoire et déployer des services en ligne pour les citoyens. Le texte insiste également sur l’ouverture et la protection des données, cet or noir de l’économie numérique. En résumé, la nouvelle loi permettra de:


    • Garantir l’application des droits de l’homme qui s’appliquent hors ligne dans l’espace numérique et en ligne.
    • Fournir des garanties contre les abus et fournir des possibilités de réparation en cas d’infraction.
    • Assurer la confidentialité des données et protéger les données sensibles des citoyens détenus par le gouvernement et les institutions de protection de la vie privée.
    • Doter le pouvoir judiciaire du cadre nécessaire pour protéger les droits de l’homme en ligne.
    • Protéger la liberté numérique des Nigérians aujourd’hui et à l’avenir.
    • Garantir l’inviolabilité des communications, sauf par une ordonnance du tribunal obtenue conformément à la loi.

    Lorsque la loi sera finalement approuvée par le président Muhamadu Buhari, elle constituera une avancée dans l’espace CEDEAO puisqu’elle prend en compte l’essentiel des textes communautaires du secteur, a souligné Adeboye Adegoke, chercheur et chef de projets à Paradigm Initiative.

    Selon lui, l’ONG espère encourager et assister d’autres pays africains à emboiter le pas pour un Internet ouvert et digne de confiance. Car, ajoute-t-il, des violations de données à une grande échelle, des incertitudes sur la façon, dont nos données, sont utilisées, la cybercriminalité, la surveillance et les autres menaces en ligne ont impacté la confiance des utilisateurs, la façon dont ils utilisent Internet, et leurs comportements en ligne.

  • Ajegunle: le Nigeria numérique bouillonne!

    Ajegunle: le Nigeria numérique bouillonne!

    Dans le premier article de notre série consacrée à la révolution 2.0 au Nigeria, nous avons dressé le portrait de Gbenga Sesan. Il est l’un des pionniers de l’inclusion numérique au Nigeria. De Lagos en passant par Kano, Abuja et Aba, Afrotribune revient sur les origines de Paradigm Initiative et les pas de géants que pose l’ONG dans ce pays de 170 millions d’habitants.

    En 2007, l’ingénieur Gbenga démissionne de l’une des plus grandes entreprises florissant du Nigeria pour entamer sa croisade à Ajegunle. Ce est le plus vaste et le plus peuplé des bidonvilles de la mégalopole. Ils sont près de 500 000 personnes entassés dans les maisons en brique ou les taudis en bois qui s’étalent en rangs serrés sur des dizaines de kilomètres. Coincé entre une bretelle d’autoroute et les infrastructures portuaires vieillissantes du port d’Apapa, Ajegunle représente le Nigeria en miniature.

    La seule évocation du nom de ce quartier rappelle l’histoire de Sodome et Gomorrhe. Un sauve-qui-peut pour la survie. Ce quartier d’habitats précaires, insalubre et pauvre, – désigné sous le terme générique de « slum » en anglais -, amasse les vices de la capitale.

    Au prime abord, on pense évidemment au célèbre ouvrage de Louis Chevalier (1958) et de sa thématique « classes laborieuses, classes dangereuses », devenue un lieu commun de la réflexion sociale et politique jusqu’à nos jours. Les élus locaux le reconnaissent à mots couverts : les efforts de modernisation d’Ajegunle se sont concentrés sur le centre des affaires et les ilots sécurisés pour riches Nigérians et expatriés fortunés. Le choix d’Ajegunle pour lancer les initiatives de Paradigm Initiative n’est pas anodin.

    Ce quartier vétuste accueille chaque semaine des centaines de nouveaux citadins débarqués du nord du pays ou des États voisins. C’est ici que se concentre la majorité des familles défavorisée de la capitale commerciale. Ils sont commerçants, vendeurs des rues, chauffeurs de taxi, vulgarisateurs, bricoleurs, débrouillards et chômeurs. Leurs enfants n’ont pas accès à une éducation et ce qui tente l’aventure lâche peu avant la fin du secondaire. Gbenga Sesan et son équipe ont doc misé sur ces jeunes.

    Redonner espoir aux familles pauvres grâce au numérique

    Ici et là, des programmes de formation ont été lancés. Plusieurs centaines de jeunes passent leurs journées et vacances à s’initier à la lecture, à l’informatique, à l’entrepreneuriat et des formations en développement personnel. Ce premier centre de Paradigm Initiative a contribué à former environ 40 étudiants chaque trimestre depuis son installation dans le quartier.

    En cette fin d’été 2018, notre équipe a eu l’occasion d’assister aux cours d’apprentissage d’une trentaine d’étudiants. Ils rêvent tous d’une vie meilleure après la formation et ne tarissent pas d’éloges sur les changements que le centre apporte déjà dans leurs vies.

    « Nos formateurs sont très pédagogues et leurs explications sont très claires. Nous faisons beaucoup de travaux pratiques. Cette formation m’a apporté une bonne pratique de l’outil informatique. La formation est bonne et je la recommanderai volontiers à d’autres personnes. J’ai trouvé, qu’on a beaucoup appris sans faire beaucoup d’efforts » confie Okafor Flavor, 17 ans.

    Avant d’ajouter « je compte informatiser et donner une visibilité à l’entreprise de ma mère sur internet. Je compte lui créer un site web, des emails-professionnelles et aussi lui donner une forte présence sur les réseaux sociaux pour augmenter sa clientèle et par ricochet ses revenus. »

    « Paradigm Initiative m’a donné espoir et je suis désormais convaincu que quand je serai à l’université l’année prochaine, je pourrais utiliser mes connaissances acquises dans ce centre pour décrocher des jobs étudiants dont les revenus serviront à financer mes études de Droit. Je rêve de devenir avocate pour défendre les centaines de “sans voix” qui croupissent dans les prisons nigérianes, » a-t-elle ajouté.

    Comme Okafor, la plupart des jeunes chassés par la misère des campagnes et attirés par les lumières de la mégalopole rêvent de continuer leurs études après cette formation. Pour ces derniers, la formation de Paradigm initiative est un éclairage et une fondation pour leurs métiers d’avenir. « Je rêve de devenir ingénieur de systèmes d’informations.

    Je veux marquer l’histoire comme l’ont fait Paul Allen, Bill Gates et Steve Jobs. Je veux régler les problèmes sociétaux du Nigeria à travers la technologie, » révèle Esego Chibueze, 18 ans. Le jeune garçon qui vient tenter sa chance en ville après ces études secondaires dans son village natal ajoute : « beaucoup de choses ont changé dans ma vie depuis que je suis ici [Paradigm Initiative, NDLR].

    J’ai touché à l’ordinateur pour la première fois dans ce centre. Je maitrise désormais l’outil informatique et la rédaction de projets. Je suis convaincu qu’après la formation, je trouverai un travail qui pourra me permettre de financer mes études. »

    Au-delà de l’informatique, changer les mentalités

    À Ajegunle, on y parle une centaine de langues différentes des 32 États du pays. On prie Dieu et Allah. On survit au quotidien grâce à son étal de poisson ou son salaire de transporteur, insensible au soleil accablant ou aux odeurs des eaux puantes. Ici, l’on trouve la vie très simple et toutes les situations comme une volonté des « dieux ». « Il n’est pas rare de voir des familles avec 10 enfants entassés dans des kiosques et taudis jusqu’à l’âge adulte.

    Pour la plupart de ces parents, c’est Dieu qui donne les enfants et on n’a pas besoin de mesures contraceptives pour empêcher les naissances, » regrette Abiodun Kelani, Pasteur pentecôtiste installé dans le quartier depuis bientôt de 40 ans. Pour ce leader religieux, il est très important que le gouvernement appuie les actions de l’ONG Paradigm Initiative dans le quartier.

    Selon Kelani, plusieurs centaines des jeunes que le centre a formés sont devenus des modèles de réussite pour les autres. Mais regrette que le nombre de bénéficiaires reste une goutte d’eau dans la mer, vu les milliers de jeunes oisifs qui vadrouillent à longueur de journée. « Ils sont exposés aux vices notamment la drogue, » déplore le Pasteur.

    Convaincu de l’impact du centre sur les jeunes, le pasteur sensibilise ses fidèles à envoyer leurs enfants. Plusieurs anciens étudiants du centre sont aujourd’hui entrepreneurs, formateurs et employés dans plusieurs entreprises locales et firmes multinationales. C’est le cas Iorah Miracle, formée dans le centre d’Ajegunle en 2015. Elle continue ses études en science politique à la prestigieuse Université d’Ibandan, au sud-ouest du Nigeria, après plusieurs stages à Lagos.

    Entre optimisme et espoir, Paradigm Initiative écrit les pages du Nigeria numérique. A suivre…

  • Inclusion numérique: le combat de Gbenga Sesan, figure de proue du Nigéria 2.0  [Acte 1]

    Inclusion numérique: le combat de Gbenga Sesan, figure de proue du Nigéria 2.0 [Acte 1]

    Elle est bien loin la prospérité dont rêvaient les pères de l’indépendance en octobre 1960. Cinquante-huit ans après son ascension à la souveraineté internationale, le pays le plus peuplé d’Afrique — et l’un des plus riches du continent africain peine à réussir le pari de la transition vers un modèle économique plus vertueux.

    Colosse aux pieds d’argile rongé par la corruption, les rivalités ethniques et les antagonismes politiques, le Nigéria s’essaie aujourd’hui à une révolution numérique à Yaba, un faubourg situé au cœur de la mégalopole.

    Gbenga, ténor de la Silicon Valley du Nigéria

    À première vue, Yaba ressemble à ces nombreux quartiers surpeuplés de la capitale commerciale du Nigéria. La seule différence est qu’à côté de la cacophonie des klaxons et les rues à la puanteur des eaux usées, se développent des jeunes « Tech entrepreneurs » et des centres d’incubations qui y déploient leurs génies pour davantage connecter le pays à l’innovation.

    Connu comme la Silicon Valley du Nigéria, c’est dans ce quartier vétuste de Lagos que Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook a posé ses valises en 30 août 2017 pour s’imprégner de l’univers de l’informatique du pays. L’un des plus importants centres de ce quartier colonial est Paradigm Initiative., un centre fondé en 2007.

    Spécialisée dans l’accompagnement de jeunes Nigérians souhaitant acquérir des compétences techniques dans le domaine informatique, l’ONG dont le siège social est perché sur l’une des vieilles bâtisses de l’avenue Montgomery est dirigée par Gbenga Sesan, un ancien étudiant de l’université Obafemi Awolowo L’homme a fait de l’inclusion numérique son cheval de bataille depuis une décennie.

    Initialement formé en tant qu’ingénieur électricien et électrique, l’homme a suivi plusieurs programmes de formation au Lagos Business School, à l’université d’Oxford, à l’université de Stanford et d’autres universités américaines. Son expérience de consultant pour de nombreuses institutions, notamment Microsoft, l’Université de Harvard et le système des Nations unies à travers 30 pays, lui a permis de glaner des contacts viables pour accompagner l’éclosion numérique des jeunes de son pays, le Nigéria.

    Donner l’opportunité aux jeunes à travers la technologie

    Avec plusieurs centres de formation installés dans trois États du pays et accompagnés par une vingtaine d’experts, l’homme forme des centaines de jeunes nigérians par an et assiste plusieurs start-ups technologiques qui prennent racine.

    Les jeunes bénéficient d’un appui logistique de Paradigm Initiative et des formations axées sur des problèmes africains pour créer des opportunités dans des domaines tels que les paiements mobiles et le commerce électronique, l’éducation et la santé.

    « Nous donnons de l’opportunité aux jeunes pour bâtir leurs avenirs à travers la technologie. Nous avons été privés de ces opportunités quand nous étions jeunes et il est de notre devoir de donner la chance à nos jeunes frères et sœurs », explique l’ingénieur Gbenga.

    Il affirme avoir lui-même été à plusieurs reprises interdit d’accès à des salles informatiques alors qu’il était encore étudiant en ingénierie dans ce pays de 170 millions d’habitants. Ces « rejets ont boosté ma passion et ma curiosité pour les nouvelles technologies, » martèle l’homme confortablement installé au milieu d’une dizaine d’employés au siège de son organisation.

    « Nous savions que l’écosystème des start-ups et des entreprises était vraiment florissant à Yaba et d’autres localités du pays, nous nous sommes donc installés pour former les jeunes et leur ouvrir les portes de l’emploi, » renchérit Tope Ogundipe, directrice de programmes au sein de l’ONG. « Nous pensons que les nouvelles technologies ne sont pas un luxe inaccessible. C’est un droit », ajoute-t-elle.

    Revenant sur les initiatives de ce géant en faveur des jeunes à travers le pays, Tope a indiqué que Paradigm Initiative développe au niveau national une série de programmes destinés à la jeunesse et dont l’objectif est de lui donner plus de projection.

    « Nous voulons promouvoir et rendre les nouvelles technologies accessibles aux jeunes, notamment ceux en situation précaire dans les zones les moins développées et localités les plus éloignées », a-t-elle déclaré.

    L’avenir dans la technologie

    Avec ses 170 millions d’habitants, le Nigéria compte 75 millions d’abonnés mobiles, tandis qu’entre 20 et 40 % de sa population est reliée à l’internet. Avec son programme d’incubation et de formation et des clubs technologiques implantés dans les lycées et universités à travers le pays, Paradigm Initiative propose aux jeunes nigérians les plus motivés un coaching personnalisé, des facilités logistiques et l’accès à des réseaux d’investisseurs, d’entreprises et d’experts.

    Le centre a noué des partenariats avec plusieurs multinationales technologiques comme Google, Facebook, Intel ou Web Fondation pour accompagner ses projets.

    Les jeune diplômée des centres de Paradigm Initiative passent 3 mois à maîtriser les techniques de base de l’informatique, les langages de programmation, l’entrepreneuriat et des cours de développement personnel avant d’être affectés auprès d’entreprises technologiques, des PME locales pour des stages et quelquefois des emplois à plein temps.

    En cette fin d’été 2018, 105 étudiants âgés entre 12 et 28 ans sont enrôlés à travers le pays dans le programme dont la formation est entièrement gratuite. Entre espoir et optimisme, Gbenga et son équipe réussissent le pari d’un Nigeria 2.0. À suivre.

     

     

     

  • Domingo Té: ce prêtre qui voue sa vie à la lutte contre la toxicomanie en Guinée-Bissau

    Domingo Té: ce prêtre qui voue sa vie à la lutte contre la toxicomanie en Guinée-Bissau

    Il y a dix ans, les Nations Unies ont qualifié la Guinée-Bissau de premier narco-État africain. Un point d’entrée pratique en Afrique de l’Ouest avec un gouvernement chroniquement instable, le pays est devenu une terre fertile aux cartels de la drogue de l’Amérique latine fournissant le marché européen en pleine croissance. Dans le lot, Domingo Té, un prêtre catholique mène sa bataille.

    Domingo Té, âgé de 51 ans, est fondateur d’un centre de désintoxication. Il est à l’avant-garde de la crise de son pays, alors qu’un flot ininterrompu de drogues traversant l’Afrique de l’Ouest affecte les Guinéens à une échelle sans précédent.

    Si les responsables bissau-guinéens font désormais allusion à une diminution des drogues qui traversent le pays, une quantité significative ne s’en sortira jamais, et la toxicomanie est toujours à la hausse. Pourtant, il n’y a pas d’aide financée par l’État pour les jeunes ayant des problèmes de toxicomanie et le seul hôpital psychiatrique du pays, le centre de la Jeunesse de Quinhamel, ne garde pas les patients pendant plus de trois jours.

    Au cours des 15 dernières années, sur une population totale de 1,8 million d’habitants, plus de 3 800 Bissau-Guinéens sont passés dans ce centre, dont environ les trois quarts luttent contre la toxicomanie.

    De l’urgence

    « C’est une urgence. L’État ne fait rien, alors nous devons le faire », dit Té. L’ampleur du problème lui est apparue dans un « ordre de Dieu ». Fils de cultivateurs de riz et de haricots dans les campagnes bissau-guinéennes, il n’avait pas pu aller à l’université quand il était jeune: il n’y en avait tout simplement pas dans le pays à l’époque. Il a passé trois ans à étudier la toxicomanie et la psychiatrie dans un centre de formation technique au Portugal et obtient en fin de compte un diplôme en travail social dans son pays.

    Depuis, les connaissances de Té lui permettent d’aider avec le conseil et la thérapie de groupe, de jeunes sous dépendance de la drogue. Le travail de groupe aide les patients qui ont souvent été aliénés de leurs familles et de leurs amis à tisser des liens sociaux, premier pas vers la réinsertion dans la société. Le centre met également l’accent sur les enseignements chrétiens, avec l’étude de la Bible, la messe et les chants religieux.

    « Nous adaptons notre modèle de travail à la réalité ici en Guinée-Bissau », dit-il. Cela signifie un budget très serré: chaque patient doit débourser environ 2,50 dollars par jour, ce qui couvre la nourriture, l’hébergement et les déplacements hospitaliers si nécessaire. Cela signifie également plus de soutien de la part des familles » explique le pasteur.

    Mais alors qu’une approche sociale et spirituelle de la réadaptation a aidé beaucoup de gens à trouver leur emploi, Té n’est pas un psychiatre. Il accepte des personnes de tous les milieux et de toutes les religions, mais son but est clair: « Je suis pasteur, donc je dois amener les gens à Dieu.»

    Avec des fonds limités, il se concentre de plus en plus sur la spiritualité, plutôt que de la formation et de l’éducation. Avec plus d’argent, dit Té, il aimerait ouvrir une salle de classe pour offrir une formation professionnelle en charpenterie, en maçonnerie et en TIC afin de permettre à ses patients de commencer une carrière enrichissante et durable. Il aimerait également ouvrir deux ou trois autres centres dans l’est du pays pour répondre à la demande croissante.

  • Au Ghana, la startup Complete Farmer veut assurer la sécurité alimentaire du pays

    Au Ghana, la startup Complete Farmer veut assurer la sécurité alimentaire du pays

    La startup agri-technologique ghanéenne Complete Farmer a lancé sa plateforme de ‘web farming’, qui permet aux utilisateurs de parrainer des fermes en échange de retours sur investissement garantis après récolte.

    Lancé l’année dernière, Complete Farmer vise à assurer la sécurité alimentaire au Ghana tout en permettant aux utilisateurs de gagner de l’argent à partir de l’agriculture à distance.

    Les utilisateurs peuvent parrainer des gestionnaires de ferme, surveiller les progrès dans le confort de leur foyer, pour ainsi faire des bénéfices après la récolte, comme Complete Farmer vend des produits aux acheteurs.

    « Nous sommes ravis de lancer cette plateforme. Avec elle, les créateurs de mode, commerçants, employés d’entreprise, retraités et autres personnes de tous horizons peuvent posséder une ferme et profiter des avantages sans lever le petit doigt », a déclaré Andrew Quartey, directeur technologique de la startup. Et d’ajouter, « nous nous sommes engagés à assurer la sécurité alimentaire au Ghana et à créer des emplois pour les agriculteurs et les jeunes, en plus de faire croître la richesse de nos clients grâce à l’agriculture. »

    Il est prévu que les fermes d’ananas soient ouvertes à la commandite sous peu, tandis que l’on s’attend à ce que Complete Farmer fasse en sorte qu’au moins deux autres fermes de culture soient disponibles avant la fin de l’année.

    Depuis le lancement de la plateforme en juin, Complete Farmer a mis en vente un total de 153 acres de fermes de piment, de manioc et de gingembre, dont les 53 acres de fermes de piment ont été vendues en quatre semaines.

  • Nigéria: Nnedi Okorafor publiera une nouvelle série de bandes dessinées sur Shuri dans Black Panther

    Nigéria: Nnedi Okorafor publiera une nouvelle série de bandes dessinées sur Shuri dans Black Panther

    L’écrivaine afrofuturiste nigériano-américaine Nnedi Okorafor va bientôt publier une nouvelle série de bandes dessinées autours de Shuri dans Black Panther de Marvel, a-t-elle annoncé.

    Shuri, qui est connue comme la petite sœur technicienne de T’Challa dans Black Panther, prendra la tête de la nouvelle série qui sera publiée en octobre 2018.

    Avec T’Challa à l’arrière, la nouvelle série lancera Shuri sur un parcours exigeant. Selon une note officielle de Marvel, la nouvelle série va plonger Shuri dans un voyage exigeant alors que Black Panther disparaît dans l’espace. Suivant dans la même optique pour prendre le trône de Wakanda, elle sort de sa zone de confort et dans un rôle beaucoup plus fort.

    Selon le synopsis officiel publié par Marvel, Shuri est la plus heureuse dans un laboratoire, entourée de gadgets de sa propre création, elle préfèrerait tester des gantelets plutôt que de les lancer, mais une nation sans leader est vulnérable, et Shuri pourrait devoir choisir entre le bien-être de Wakanda et le sien.

    Leadership féminin

    Nnedi Okorafor jouit déjà d’une réputation comme l’un des auteurs les plus passionnants dans le genre science-fiction. Elle est connue pour avoir écrit des histoires avec des personnages féminins forts dans des contextes néo-africains chargés de symbolisme. Elle a expliqué qu’elle aimait Shuri pour être un jeune génie africain qui aime la technologie.

    L’une de ses œuvres les plus louées à ce jour, ‘’Who Fears Death’’ a remporté le World Fantasy Award 2011 du meilleur roman. La romancière est actuellement dans les travaux d’une série dramatique HBO produite par le créateur de Game of Thrones, George RR Martin.

    Okorafor a également travaillé sur d’autres projets Marvel dans le passé, y compris une bande dessinée de huit pages à Lagos au sujet d’une jeune fille, Ngozi, intitulée «Blessing in Disguise» pour l’anthologie Venomverse de Marvel.

    Pour les illustrations de la bande dessinée, Leonardo Romero, artiste visuel renommé et récompensé aux Eisner Awards, s’en chargera.

  • Culture et Art: voici les 5 artistes qu’il faut désormais surveiller en Afrique

    Culture et Art: voici les 5 artistes qu’il faut désormais surveiller en Afrique

    Leurs arts s’étendent des films et installations sonores aux photographies et œuvres numériques. Certains s’intéressent à l’exploitation des histoires complexes tandis que d’autres imaginent de nouveaux avenirs pour le continent africain et le monde entier. Dans ce cliché de famille pour le moins bigarré, voici 5 artistes qu’il faut désormais surveiller.

    Heba Y. Amin

    Heba Y. Amin est née en 1980, au Caire, en Égypte. Elle est basée à Berlin, en Allemagne. En 2014, Heba Y. Amin a fait un voyage dans lequel elle a tracé une route commerciale séculaire du Nigeria à l’Europe. Dans le processus, elle s’est heurtée aux structures de pouvoir – le voyage a nécessité 12 visas de voyage différents – et s’est engagée dans ce qu’elle a appelé «l’intimité bureaucratique», ou l’acte forcé de donner des informations personnelles aux autorités. Ses voyages sont devenus la base de «La Terre est un ellipsoïde imparfait», un ensemble de photographies, de sculptures et de vidéos de 2016 qui médite sur la manière dont les personnes et les images sont transférées en Afrique et au Moyen-Orient.

    Parmi ses autres œuvres, il y a un intérêt particulier pour la façon dont les technologies de surveillance – numériques et autres – affectent le mouvement.

    Frances Bodomo

    Née en 1988 à Accra, au Ghana; Frances Bodomo est basée à New York, aux États-Unis.

    Dans Afronauts, un court métrage qu’il a produit en 2014, une adolescente zambienne albinos, se prépare à un voyage sur la lune à la fin des années 1960. La fille n’a jamais pu monter dans l’espace, mais le paysage aride semble étranger à la cinématographie noire et blanche du film. Comme dans beaucoup d’autres œuvres, la notion de voyage peut être une métaphore de la migration, et Bodomo connaît le transit: elle est née au Ghana, a grandi en Norvège et à Hong Kong, et est actuellement basée à New York.

    Les films naviguent dans ce flou. Après avoir fait ses débuts au Sundance Film Festival en 2014, Afronauts a tracé un parcours inhabituel dans le monde de l’art, notamment dans une exposition de cinéma immersif au Whitney Museum de New York. Bodomo travaille actuellement au financement d’une version du long métrage.

    Mahi Binebine

    Né à Marrakech, au Maroc en 1959, Mahi Binebine, connu dans son pays natal et au-delà en tant que romancier, produit régulièrement des tableaux et des dessins dans lesquels des personnages nus minces sont empilés les uns sur les autres, créant une cacophonie de membres et de visages vierges. Les œuvres sont minimes, avec des personnages qui semblent n’avoir ni genre ni émotion. Ce sont des visions étranges et séduisantes qui semblent concerner le confinement et le dépouillement de l’identité, bien que Binebine insiste sur le fait qu’elles sont simplement des «excuses pour raconter des histoires sur les humains».

    Lebohang Kganye    

    Lebohang Kganye, 28 ans, est une Sud-Africaine basée à Johannesburg, Afrique du Sud. Elle s’est embarquée dans ‘’Ke Lefa Laka’’ (My Inheritance), un projet photo en plusieurs parties, quand sa mère est morte. Dans une partie de la série, l’artiste a superposé sa propre image sur celle de sa mère, créant ce qui semble être des spectres du passé qui hantent le présent.

    Kganye a attribué « Ke Lefa Laka » en partie aux conséquences de l’apartheid et aussi comment les images peuvent être manipulées pour raconter de nouvelles histoires. D’autres de ses photographies et films ont combiné des histoires personnelles avec des événements politiques en Afrique du Sud. Son travail le plus récent implique des animations dans lesquelles des versions découpées de vieilles photos se déplacent.

    Mimi Cherono Ng’ok

    Mimi Cherono Ng’ok est une artiste née en 1983 à Nairobi où elle est toujours basée. Des jaunes dorés, des bleus laiteux et des rouges vifs apparaissent dans les photographies de Mimi Cherono Ng’ok, qui prennent souvent la forme de paysages et de portraits mystérieux et rêveurs. Ses images sont personnelles. « Les photographies sont comme écrire des lettres, journaliser », a-t-elle dit, alors que ses somptueuses compositions semblent avoir été soigneusement planifiées. « La plupart de ma préparation implique de longues promenades, m’acclimater à l’environnement, s’asseoir et regarder les espaces où je suis » explique l’artiste photographe.

  • Au Nigeria, la startup StartCredits simplifie l’accès aux prêts

    Au Nigeria, la startup StartCredits simplifie l’accès aux prêts

    La startup nigériane de fintech StartCredits compte plus de 10 000 utilisateurs mensuels qui économisent de l’argent sur les produits de prêt, tout en essayant de faciliter l’accès au financement.

    Fondé en 2016 et lancé officiellement l’année dernière, StartCredits propose une recherche gratuite de prêt qui aide les utilisateurs à identifier les meilleurs prêts et taux d’intérêt disponibles dans la catégorie de leur choix.

    La plateforme calcule les rendements attendus et fournit les taux d’intérêt des investissements, et construit des modèles de risque de crédit propriétaires utilisant l’analyse de données massives pour les institutions financières. Ce moteur de notation algorithmique émule l’intelligence humaine de souscripteurs expérimentés pour des prêts personnels non garantis à court terme.

    Ce système, croit Rahmon Ojukotola, promoteur de la startup, accroît la concurrence sur le marché afin de réduire les taux d’intérêt pour les emprunteurs qualifiés. « Nos modèles de risque de crédit aident les banques, les établissements de crédit et les institutions de microfinance à mieux évaluer les risques et, espérons-le, à distribuer davantage de prêts à des personnes qualifiées », a-t-il déclaré.

    Depuis son lancement, les Nigérians ont adopté le produit et StartCredits compte désormais plus de 10 000 utilisateurs par mois. Ojukotola a déclaré que cela avait aidé des milliers de Nigérians à économiser des millions de nairas dans leurs démarches de prêts. « Nous avons repéré une énorme lacune sur le marché pour un moteur de recherche de prêt indépendant pour les Nigérians. Nous avons également identifié une opportunité d’améliorer le domaine de l’analyse de crédit parmi les organisations de microfinance grâce à nos modèles de risque de crédit », a-t-il confié.

    La startup, qui propose des produits de prêt à la plupart des grandes institutions bancaires nigérianes, a levé l’année dernière un financement de plusieurs millions de nairas pour lui permettre de croître et est actuellement en pourparlers avec les investisseurs en Afrique et en Europe.

    Désormais, les promoteurs envisagent d’étendre leur produit dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et de promouvoir davantage la transparence dans les prêts.

  • Nigeria : Aliko Dangote mise sur une nouvelle raffinerie de pétrole

    Nigeria : Aliko Dangote mise sur une nouvelle raffinerie de pétrole

    Au Nigeria, une raffinerie de pétrole construite par le milliardaire Aliko Dangote représentera la moitié des actifs de son conglomérat lorsqu’elle sera achevée en 2019.

    Aliko Dangote a bâti sa fortune sur le ciment, bien que son vaste empire commercial englobe aussi la minoterie, l’agriculture et l’immobilier. Aujourd’hui, il construit la plus grande raffinerie de pétrole au monde et se développe également en engrais, dans le but de résoudre les problèmes de longue date sur les marchés de l’énergie au Nigeria.

    Répondre aux attentes

    Bien que le Nigeria soit le premier producteur de pétrole brut d’Afrique, il importe la quasi-totalité de son pétrole en raison du mauvais entretien de ses quatre raffineries publiques. Dangote espère répondre aux besoins en carburant de l’ensemble du pays.

    Le directeur général du groupe Dangote, Devakumar Edwin, a déclaré que la raffinerie de 10 milliards de dollars devrait être achevée en décembre 2019. « À l’heure actuelle, le ciment est la plus grande partie du groupe, d’ici 2020, la raffinerie sera la plus grande en termes d’actifs », a-t-il déclaré.

    Dangote Cement, la plus grande société cotée au Nigeria, a attiré des investissements de Dubaï et des fonds d’investissement sud-africains. Il a dégagé en 2017 un bénéfice de 920,8 millions de dollars, sois une hausse de 60% par rapport à 2016, et est évalué à 4 milliards de dollars.

    Selon les informations, la raffinerie de pétrole, qui sera d’une capacité de 650 000 barils par jour, ciblerait également les marchés d’exportation. Elle sera en mesure de traiter différentes qualités de brut, y compris l’huile de schiste. En effet, la société avait eu des entretiens avec des entreprises, notamment Vitol et Shell, au sujet de la fourniture de pétrole brut et de la levée de produits pétroliers destinés à la vente à l’étranger.

    La société a emprunté 3,3 milliards de dollars pour le projet, organisé par Standard Chartered Bank. Le reste sera financé par des capitaux propres et par des agences d’exportation.

  • Le Nigeria relance sa compagnie aérienne nationale à la fin de l’année

    Le Nigeria relance sa compagnie aérienne nationale à la fin de l’année

    Le Nigeria a dévoilé un nouveau transporteur national mercredi, près de 15 ans après que la compagnie aérienne nationale précédente, Nigerian Airways a cessé ses opérations. La nouvelle compagnie aérienne sera connue sous le nom de Nigeria Air.

    Le ministre d’État nigérian de l’aviation, Hadi Sirika, a fait cette annonce et a dévoilé la nouvelle image de marque de la compagnie aérienne au salon aéronautique international de Farnborough au Royaume-Uni.
    Le nom a été choisi après que le ministère nigérian de l’Aviation a invité les jeunes et les étudiants nigérians à contribuer « de leurs idées à la créativité dans le développement du nouveau porte-drapeau nigérian», selon le site web nameyourairlinenigeria.com, dédié à l’initiative.

    Selon Sirika, le gouvernement fédéral espère lancer ses opérations d’ici la fin de l’année.
    Les Nigérians ont accueilli l’annonce avec scepticisme en exprimant leur incertitude quant à la capacité du gouvernement fédéral à soutenir une compagnie aérienne nationale, surtout compte tenu de ses antécédents avec les transporteurs nationaux précédents.

    Leurs craintes peuvent être apaisées par des rapports selon lesquels la compagnie aérienne sera principalement détenue et gérée par un groupe d’investisseurs privés encore non identifiés. Le gouvernement nigérian ne détiendra pas plus de 5% (maximum) du nouveau transporteur national et ne participera pas à la gestion du nouveau transporteur national, a déclaré Sirika lors d’une conférence de presse à Farnborough.
    Aucun investisseur privé n’a été nommé, mais le gouvernement dirige les négociations pour l’achat d’avions et le dessin du logo.

    Le gouvernement fédéral nigérian a subi de nombreux revers dans ses nombreuses tentatives de création d’un nouveau transporteur national depuis la fin des opérations de Nigerian Airways en 2003.
    Décrite comme la «compagnie aérienne à la croissance la plus rapide d’Afrique» à son apogée dans les années 1980, Nigeria Airways a été minée par la mauvaise gestion, amassant des millions de dollars de dettes à sa fermeture.