Auteur/autrice : Emmanuel Vitus

  • Comment WhatsApp a redessiné le trafic internet au Zimbabwe

    Comment WhatsApp a redessiné le trafic internet au Zimbabwe

    WhatsApp est devenu depuis quelques années l’application la plus populaire dans certains États du continent. C’est le cas en Zimbabwe où près de 44 % de l’utilisation de l’internet mobile dans le pays est consacré à l’application de messagerie. Comparé à Facebook qui représente 1 % de l’utilisation de l’internet mobile. L’application est de plus en plus utilisée. Au point où plus de la moitié des données internet vont lui être consacrées. Selon l’autorité de régulation des postes et télécommunications du Zimbabwe (Potraz), les offres promotionnelles Whatsapp commercialisées par les opérateurs mobiles du pays font augmenter l’utilisation des plateformes.

    WhatsApp a changé la façon dont les Zimbabwéens communiquent et partagent des informations à travers des groupes et des listes de diffusion traitant de tout, de la politique et du gouvernement au football et à la musique. Mais les sociétés de télécommunications au Zimbabwe comme ailleurs en Afrique ne sont pas toujours aussi enthousiastes à l’égard de l’importance grandissante de WhatsApp, car elles ne reçoivent aucun revenu direct du service et cela « cannibalise » les revenus existants des SMS et de la voix.

    Ralentissement

    Il y a deux ans, les compagnies de téléphonie mobile du pays ont perdu de considérables revenus de voix au cours du premier trimestre, selon le Potraz. Les revenus de la téléphonie mobile ont représenté 53 % du chiffre d’affaires total au deuxième trimestre, contre 58 % au trimestre précédent. Les revenus de données mobiles sont restés stables autour de 21 %. Cependant, le chiffre d’affaires total des firmes mobiles pour la période était en hausse de 3,2 % à 185,6 millions de dollars. Bien que WhatsApp soit la plate-forme de messagerie texte la plus utilisée, il est également préféré pour sa fonction d’appel vocal, en particulier pour les appels internationaux.

    Les firmes mobiles zimbabwéennes ont déjà fait pression sur le gouvernement pour qu’il réglemente les meilleurs services du pays. Les taux de croissance des revenus mobiles ont ralenti en Afrique subsaharienne depuis 2013 et cette tendance devrait se poursuivre jusqu’à la fin de la décennie, malgré une base d’abonnés toujours en croissance rapide. Sur le continent, de plus en plus d’abonnés ont montré une préférence pour discuter et passer des appels vocaux via ces plateformes comme WhatsApp, Skype et FB Messenger. Cela a conduit à une « cannibalisation croissante des revenus traditionnels de la voix et de la messagerie », selon l’organisation mondiale du commerce, la GSMA.

     

  • Zimbabwe: des labos informatiques pour sauver l’école en milieu rural

    Zimbabwe: des labos informatiques pour sauver l’école en milieu rural

    En collaboration avec l’UNESCO, l’entreprise britannique Computer Aid International a mis en place à Chipinge au Zimbabwe un laboratoire informatique alimenté à l’énergie solaire. L’initiative qui s’est révélée être une grande réussite a déjà permis d’apprendre à des élèves d’écoles rurales l’utilisation d’un ordinateur. Au total 150 étudiants ont été premièrement formés après le lancement du laboratoire il y a moins d’un an.

    Pour Qelani Jiho , professeur d’informatique, « l’effectif a doublé ». « Nous attendons à ce qu’il continue d’augmenter », prévoit-elle. Plusieurs observateurs expliquent que ce laboratoire informatique permet de combler le fossé entre les élèves d’établissements ruraux et urbains. Autre avantage, ce laboratoire informatique peut être utilisé quotidiennement. Il s’agit en effet d’un système fonctionnant à l’énergie solaire. Le laboratoire ne souffre donc pas de problème de coupure de courant.

    Transformation

    L’installation de ce laboratoire participe aussi à la formation d’autres enseignants. Plus encore, l’école arrive désormais à imprimer ses propres documents d’examen. « C’est idéal pour une école rurale parce que nos membres du personnel et les étudiants font maintenant partie de la société technologique mondiale », se réjouit un membre de la direction.

    Les responsables du Réseau du système des écoles associées de l’UNESCO (RéSEAU), estiment de leur côté qu’il est temps pour le Zimbabwe d’installer des laboratoires solaires similaires dans tout le pays. « Il est vital que les communautés marginalisées adoptent les TIC », ajoute-t-il. L’UNESCO avait déjà invité l’État zimbabwéen à adopter des sources d’énergies renouvelables pour « transformer des vies dans les zones rurales » en matière d’éducation.

  • Afrique de l’Ouest : comment les économies se sont comportées en 2017?

    Afrique de l’Ouest : comment les économies se sont comportées en 2017?

    Durant l’année 2017, les États de la sous-région ont continué leur politique de développement pour renforcer leurs économies. Certains d’entre eux ont cependant rencontré des difficultés. D’autres par contre ont attiré l’attention d’investisseurs intéressés par les énergies renouvelables et le secteur manufacturier.

    La Côte d’Ivoire par exemple n’a pas pu conserver son avance en tant qu’économie connaissant la croissance la plus rapide après avoir été dépassée par le boom de l’Éthiopie. En 2017, les estimations de croissance annuelle du pays ont oscillé autour de 8 %, mais la confiance des investisseurs a été ébranlée par la menace de la mutinerie des soldats.

    Les autorités n’ont pas eu toute la latitude de mettre en œuvre le plan national de développement qui devait aider le pays à achever de grands projets d’infrastructure et à diversifier son économie. Une grande partie du plan était l’ambition d’aller du plus grand exportateur mondial de cacao cru à la fabrication et à la commercialisation de son propre chocolat. Alors que certains progrès ont été réalisés, les prix du cacao ont chuté et les agriculteurs craignent des mois de décembre et janvier exceptionnellement chauds qui pourraient nuire à leurs récoltes, montrant que la Côte d’Ivoire ne s’est pas encore sevrée d’être un exportateur de matières premières.

    Le Sénégal a quant à lui vu son économie progresser de 7,1 % durant le troisième trimestre de l’année écoulée. En fin d’année, le pays a même inauguré un nouvel aéroport qui doit lui permettre de desservir près de trois millions de passagers. Avec le Plan Sénégal émergent, le pays devrait atteindre une croissance de 7 % durant l’année 2018. Avec Patrice Talon, l’économie s’est consolidée durant 2017 avec le plan « Révéler le Bénin ».

    Ce vaste programme devra permettre au pays de développer le secteur de l’agriculture, les infrastructures et l’industrie touristique. Les efforts du Bénin ont été renforcés par le FMI qui a accordé au pays en avril 2017 plus de 150 millions de dollars. L’année précédente, le Bénin a enregistré une croissance économique de 5,4 % (une progression de 1,4 %)/En visite dans le pays en décembre dernier, Christine Lagarde a annoncé une croissance de 6 % pour 2018.

    Du Togo et du Nigéria

    Le Togo avait commencé l’année 2017 avec un plan clair pour stimuler son économie. Il s’agissait pour les autorités de renforcer le développement du pays avec de grandes réalisations. Au cœur de ces réalisations se trouve le port de Lomé, un port naturel en eau profonde qui pourrait desservir l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

    Mais fin août les manifestations contre Faure Gnassingbé ont troublé l’élan économique du pays. Elles ont conduit à des affrontements meurtriers et à des coupures d’internet. Une issue n’est toujours pas trouvée à la crise. Les partis d’opposition continuent de protester. Difficile de faire une prédiction économique pour le pays. L’incertitude qui plane sur le Togo peut « chasser » des investisseurs.

    Après une année pleine de croissance négative en 2016, le Nigeria a commencé l’année 2017 avec une économie agitée. La chute du prix du pétrole, principale exportation nigériane, ainsi que le sabotage des principales installations pétrolières ont été largement imputés à l’effondrement de l’économie du pays. La crise du dollar a frappé durement les entreprises locales et la classe moyenne du pays.

    Le premier trimestre de 2017 a donné le ton pour le reste de l’année. L’économie a terminé sa première récession en plus de deux décennies et a commencé à rebondir grâce à une augmentation de la production et des revenus pétroliers. Le maintien de cette croissance en 2018 dépendra à nouveau de la production et des prix du pétrole alors que la Banque mondiale prévoit pour le pays une croissance maigre de 1 % en 2018.

  • Jamii Forums: le Wikileaks Tanzanien aux millions de lecteurs!

    Jamii Forums: le Wikileaks Tanzanien aux millions de lecteurs!

    Depuis plus de dix ans, le site d’informations Jamii Forums (JF) bouscule le paysage sociopolitique en Tanzanie. L’un de ses fondateurs, souvent arrêté, est même un habitué des prétoires du pays.

    En 2017 seulement, il a comparu devant le tribunal environ 51 fois, a-t-il dit, accusées d’entrave à la justice, exploitant un site web non enregistré, et refusant de révéler l’identité des utilisateurs qui partageaient des informations sensibles. Maxence Melo, 38 ans, est co-fondateur de Jamii Forums, un site de réseautage de médias sociaux swahili populaire qui fait partie de la plate-forme de dénonciation et d’un organe de journalisme citoyen. Depuis sa création en 2006, Maxence Melo a été harcelé, menacé, détenu, interrogé et, à un moment donné, interdit de voyager à l’étranger.

    Au cours des deux dernières années, alors que le gouvernement du président John Magufuli a resserré son emprise sur les médias numériques et traditionnels, Melo est devenu le porte-parole de la répression.
    La répression a pris une nouvelle signification alors que le gouvernement a récemment présenté une loi qui lui donnerait des pouvoirs illimités pour surveiller le web. Le Règlement proposé 2017 sur les communications électroniques et postales (contenu en ligne) prévoit l’enregistrement de blogs et de forums en ligne, ordonne aux cybercafés d’installer des caméras de surveillance, interdit les contenus jugés « offensants, moralement répréhensibles » ou « gênants », et recommande une amende de 5 millions de shillings tanzaniens (2 230 $) ou 12 mois d’emprisonnement pour toute personne coupable.

    Lois décriées

    Des observateurs et des activistes ont soutenu que certaines des définitions fournies dans la loi sont ambiguës, violent la vie privée des individus, restreignent le droit des citoyens à la liberté d’expression et d’expression et vont à l’encontre de l’esprit d’un Internet ouvert. Cette loi est l’aboutissement de la série de lois qui, depuis 2015, confèrent aux autorités un large pouvoir discrétionnaire pour restreindre les organisations de médias sur la base de la sécurité nationale ou de l’intérêt public. Avant de quitter le pouvoir en 2015, l’ancien président Jakaya Kikwete a signé une loi sur la cybercriminalité, connue sous le nom de « loi Jamii », qui autorise les autorités à emprisonner ceux qui offensent le président ou publient de fausses informations. Une loi sur les statistiques a également rendu illégale la publication de toute donnée non approuvée par le Bureau national des statistiques.

    À peine un mois après son entrée en fonction, John Magufuli a signé le controversé Media Services Bill, remplaçant les mécanismes indépendants de contrôle des médias par un mécanisme contrôlé par le gouvernement, et exigeant que tous les journalistes soient accrédités par un conseil d’administration nommé par le gouvernement. Maxence Melo, qui utilise alternativement les termes lanceur d’alerte, journaliste d’investigation et journaliste citoyen pour parler de son travail, explique que le gouvernement opère à partir de la notion qu’ils sont prêts à diffamer les fonctionnaires ou à scruter injustement le travail de l’Etat.

    « Vous devez savoir que l’intention n’est pas de calomnier quelqu’un mais d’aider le pays à garder ses ressources », confie Maxence Melo au site d’informations Quartz, au siège de Jamii Media, à la périphérie de Dar es-Salaam. « Les dénonciateurs ne sont pas des criminels », ajoute-t-il.

    Début difficile

    À certains égards, les forums Jamii — ou du moins sa disposition actuelle — étaient une idée née en avance sur son temps. Cela s’est produit à un moment où les sites communautaires en ligne comme le Mashada du Kenya étaient en train d’être rétablis au milieu des années 2000 comme un moyen de connecter, d’engager et d’informer les populations locales et de la diaspora africaine. Le site a également été créé à une époque où les médias indépendants faisaient régulièrement face à des restrictions en Tanzanie, et où à peine 1,3 % de la population du pays avait accès à Internet. Et même si elle a commencé comme une plate-forme de réseautage social connue sous le nom de JamboForums, elle a rapidement dû aborder les nouvelles et défendre la liberté d’expression.

    Le site a également comblé une lacune importante en faisant du swahili sa lingua franca, faisant ainsi entrer dans le giron des dizaines de milliers de personnes laissées de côté par des sites communautaires anglophones. La croissance et l’influence du site ont été immédiatement remarquées par les autorités, qui ont évoqué le fait que le mot « Jambo » avait été protégé par des droits d’auteur. En 2008, le forum a été rebaptisé Forums Jamii, et Melo a ensuite construit une communauté et un réseau, à la fois dans les espaces publics et privés, qui l’aideraient à obtenir des documents et générer du contenu et des analyses d’actualité. Il a embauché des journalistes d’investigation dans différentes parties du pays, a établi des contacts dans les cercles de renseignement et de donateurs et s’est lié d’amitié avec les dirigeants des principaux partis politiques. « Internet était supposé être un outil pour se divertir », affirme Maxence Melo, diplômé en génie civil qualifié. « Je savais que tant que nous devions lutter contre la corruption, ce ne serait pas une tâche facile », se rappelle-t-il.

    Des millions de followers

    En février 2008, le Premier ministre tanzanien Edward Lowassa a démissionné et son cabinet a été dissous après que JF ait publié des documents l’impliquant dans un contrat d’énergie corrompu avec la société américaine Richmond Development. L’exposé était le point culminant d’une série de cas que JF publierait dans la prochaine décennie, menant à plus de licenciements de gouvernement et de méfiance de donateurs — et pour Maxence Melo, un flux sans fin d’interrogation et d’arrestations.

    Depuis lors, JF est devenu une plate-forme avec plus de 420 000 membres, y compris des comptes certifiés des ministres, des membres du parlement et des hommes d’affaires.
    Le site compte plus de 4,3 millions de followers sur Twitter, Facebook et Instagram combinés et a été décrit à la fois comme le « Reddit tanzanien » et une version swahili de WikiLeaks. Avec l’augmentation de la pénétration d’Internet, JF a intégré de plus en plus de Tanzaniens dans l’espace des médias sociaux, pour discuter, partager, questionner et tenir les puissants responsables. Environ 72 personnes travaillent actuellement sur la plateforme, surveillant et approuvant entre 80 000 et 100 000 commentaires par jour, selon Melo.

    Peurs croissantes

    Après l’introduction de la démocratie multipartite en 1994, la Tanzanie est devenue un pays plus ouvert politiquement et économiquement. Pendant deux décennies, les deux présidents Benjamin Mkapa et Jakaya Kikwete ont servi une image de la Tanzanie comme un pays ouvert aux affaires. Mais John Magufuli a complètement changé le ton, introduisant un style de leadership qui remonte à l’époque du régime socialiste du premier président du pays, Julius Nyerere. Connu sous le nom de Bulldozer, il a mené un effort pour s’attaquer à la corruption, a interdit l’exportation de minerais non transformés et a forcé les compagnies minières à augmenter leurs revenus et leurs redevances. Mais cette attitude autoritaire impacte désormais le secteur des médias et du journalisme.

    Alors que les médias sociaux comme Facebook et WhatsApp ont de plus en plus prospéré, assumant une plus grande importance dans les campagnes politiques et dans la diffusion des nouvelles. Mais après quelques années roses, Maxence Melo explique maintenant que le gouvernement de Magufuli a commencé à inverser les gains dérisoires obtenus grâce à la communication numérique. Dès 2014, a-t-il dit, les agents du gouvernement ont commencé à lui dire : « Il y a une loi sur les Forums Jamii qui arrive. Qu’on le veuille ou non, il sera adopté ».

    La loi votée pour lutter contre la fraude bancaire et le vol d’argent mobile a été utilisée pour poursuivre les internautes qui critiquent le gouvernement. Le jour du scrutin présidentiel en 2015, JF a été la cible d’une attaque DDOS, la rendant inaccessible pendant des jours. Melo est régulièrement invité à révéler des dénonciateurs, emprisonnés pour avoir exploité un site sans le domaine. tz, accusé par des hauts fonctionnaires de travailler pour le compte du parti d’opposition Chadema, et son site aurait été « cloné » afin de perturber les conversations des opposants.

    Dénonciation

    Le swahili, qui était une force pour JF depuis le début, constitue maintenant une « barrière », empêchant de nombreuses histoires ou discussions de devenir virales. S’appuyant sur l’exemple des Kenyans sur Twitter, Melo dit qu’ils peuvent attirer l’attention du monde sur les questions de gouvernance locale, simplement parce qu’ils « pourraient tout écrire en anglais ». Angela Quintal, directrice du programme Afrique du Comité pour la protection des journalistes, explique que la tentative de la Tanzanie de contrôler le web érode la vie privée et fait de l’État un « Big Brother ». Elle indique qu’il s’agit d’une approche antidémocratique qui place le pays sur une pente glissante vers le despotisme.

    La panoplie des lois visant les médias numériques cible aussi les médias traditionnels comme les journaux. Cette année, les journaux Mwanahalisi et Mawio ont été interdits en Tanzanie respectivement pendant un an et deux ans, ce qui a incité les organisations des droits de l’homme et des médias à dénoncer les actions de l’État. « Tout le monde est inquiet », explique Simon Mkina, rédacteur en chef de l’hebdomadaire suspendu Mawio. Ephraim Kenyanito, un responsable du programme de défense des droits numériques article 19, dit qu’il est nécessaire de renforcer les « liens entre les défenseurs de la liberté sur Internet, les techniciens et les avocats pour être en mesure de souligner et de contester la constitutionnalité de ces dispositions ».

    Pour Maxence Melo, peu importe ce qui se passe, la répression du gouvernement sur le forum ne fait que renforcer la volonté collective de leur base d’utilisateurs de rester engagés. Jamii Media affirme que 75 % des législateurs tanzaniens naviguent sur le site régulièrement et ont récemment lancé un projet visant à donner suite aux promesses électorales visant à améliorer la prestation de services.

    Comme le site génère des revenus, le journaliste d’investigation espère également élargir la couverture du site au-delà de la Tanzanie et entrer à la fois sur le marché anglophone kenyan et francophone en RD Congo. En allant sur ces marchés, l’espoir est aussi d’archiver les conversations qui se passent entre Africains en Afrique. « J’aime le journalisme basé sur les solutions », déclaré Maxence Melo. « Soyons critiques à propos des problèmes et comment pouvons-nous y faire face ? Nous voulons des gens qui connaissent leurs histoires », laisse-t-il entendre.

  • La Chine forme la prochaine génération d’élite africaine [Grand Angle]

    La Chine forme la prochaine génération d’élite africaine [Grand Angle]

    Dans les années 1970, la Chine a activement essayé d’exporter sa révolution communiste en Afrique, l’un des rares engagements diplomatiques de Pékin à l’époque. Aujourd’hui, Pékin promeut un mouvement plus subtil : le soutien à la Chine et à son modèle de développement.

    Au lieu de compter sur des émissaires chinois dans les pays africains, Pékin amène des milliers de dirigeants africains, de bureaucrates, d’étudiants et de gens d’affaires en Chine. Anthony Kpandu est l’un d’entre eux. Il est le responsable des travaux spéciaux au secrétariat général du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), parti gouvernemental qui a aidé le Soudan du Sud à devenir indépendant du Soudan en 2011. L’année dernière, Anthony Kpandu a emmené une délégation du parti en Chine pour des entretiens avec le Parti communiste chinois (PCC).

    Installé dans son bureau à Juba, l’homme politique se souvient en détail de son voyage. Sa délégation avait en effet visité l’école du Parti central à Beijing, des zones industrielles, bu de divers types de thé vert et marché sur une partie de la Grande Muraille. Les membres du SPLM ont surtout visité Shanghai et son quartier commercial Pudong, avant de prendre le train à grande vitesse Maglev. « C’était magnifique. Je n’ai jamais rien vu de tel », commente-t-il dressé dans une veste brune, cravate cachemire et bouton « J’adore le SPLM ».

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    La nouvelle politique de la Chine atteint plusieurs objectifs à la fois. Les voyages aident à consolider les liens politiques et commerciaux entre la Chine et ses partenaires sur le continent. Comme d’autres partenaires de développement, la Chine peut aider à renforcer les capacités dans les pays africains. Plus importants encore, ces échanges cultivent des partenariats sur le continent. La Chine accueille des formations et échanges en Afrique depuis les années 1950, date à laquelle elle a établi ses premiers contacts diplomatiques avec l’Égypte.

    Au cours de la dernière décennie, les formations ont augmenté en volume et en profil. Le parti jubilaire du Kenya, créé avant les élections controversées du pays cette année, a reçu des formations du Parti communiste chinois en Chine. Le Front démocratique révolutionnaire populaire éthiopien s’inspire également du PCC tandis que le Congrès national africain (ANC) d’Afrique du Sud assiste régulièrement à des ateliers en Chine et a modelé certaines de ses formations de parti sur le PCC.

    Le cas du Soudan du Sud

    La Chine est particulièrement intéressée par la prochaine génération d’élite africaine. L’année dernière, Beijing a annoncé qu’elle inviterait 1 000 jeunes politiciens africains pour des formations en Chine, après en avoir accueilli plus de 200 entre 2011 et 2015. Des milliers d’étudiants africains poursuivent des études de premier cycle en Chine sur des programmes de bourses financés par Pékin. À partir de cette année, plus d’étudiants africains anglophones étudient en Chine que les États-Unis ou le Royaume-Uni, leurs destinations traditionnelles de choix.

    Les responsables chinois n’hésitent pas à dire que ces bourses et formations ne sont pas une tentative de refaire l’Afrique à son image. Sur le thème de la politique de non-ingérence de la Chine, Pékin aime souligner qu’elle ne dit pas à ses partenaires quoi faire. « Nous ne disons pas que le modèle chinois devrait être copié, mais pour partager des leçons », explique Zhang Yi, attaché économique chinois à Juba. Il s’agit de leur « donner les concepts pour qu’ils puissent s’adapter et trouver leurs propres solutions », confie le diplomate au site d’information Quartz.

    Mais le Sud-Soudan, le plus jeune pays du monde, impressionne. Il continue de développer ses institutions gouvernementales et son système politique, au cours d’une guerre civile de quatre ans qui a divisé l’ancien parti de libération en plusieurs factions. La Chine, qui a d’importants intérêts pétroliers dans le pays, a été l’un des premiers pays à reconnaître le Soudan du Sud et reste engagé avec le pays, avec 2600 Casques bleus et plus de 100 entreprises et investisseurs chinois.

    « Le SPLM semble croire que vu l’expérience partagée dans la lutte historique contre l’impérialisme et le colonialisme, il y a beaucoup de similitude et de terrain d’entente entre le SPLM et les origines du Parti communiste chinois », dit Yun Sun, un membre de la Brookings Institution, auteur d’un livre sur les échanges de partis entre la Chine et les pays africains. Selon elle, la situation actuelle au Soudan du Sud pose la question de l’avenir politique du pays. « Si nous croyons en l’universalité et en la désirabilité du système démocratique, le modèle représenté par l’expérience chinoise et sa popularité n’est peut-être pas le plus encourageant », ajoute-t-elle.

    Formations

    Des centaines de fonctionnaires du gouvernement du Soudan du Sud, des gens d’affaires et des étudiants, assistent à la formation ou à la scolarité en Chine, chaque année. Des délégations du SPLM à Juba se rendent en Chine plusieurs fois par an pour étudier avec le parti communiste. Les bureaucrates des ministères de la Culture, des transports, de la Santé et autres vont tous les mois pour des formations. Avant même que le Soudan du Sud ne devienne un État officiel, des fonctionnaires ont été accueillis en Chine pour assister à des ateliers sur la réduction de la pauvreté, la gestion de l’opinion publique et la construction d’un parti.

    La Chine a donné au moins 4 100 bourses d’études et programmes de formation à des étudiants et des fonctionnaires sud-soudanais depuis 2011, lorsque le jeune pays a été créé. En août, la Chine s’est engagée à offrir au moins 240 autres bourses. L’Association d’amitié Chine-Soudan du Sud, dirigée par un ancien ministre des Affaires étrangères et partiellement sponsorisée par l’ambassade de Chine, intègre des hommes d’affaires sud-soudanais à des entreprises chinoises.

    Les responsables sud-soudanais et chinois aiment dire qu’ils apprennent les uns des autres, en partageant les expériences d’un ancien mouvement de libération à un autre. Le Parti communiste chinois et la SPLA sont tous deux issus de mouvements de guérilla armés. Le SPLM s’est battu pendant des décennies pour l’indépendance du nord. Le parti a également ses racines dans le socialisme, s’identifiant d’abord avec l’Union soviétique pendant la guerre froide. Après la chute de l’Union Soviétique, le SPLM s’est tourné vers les États-Unis en tant qu’allié, mais aujourd’hui encore, les responsables du SPLM utilisent encore le titre de « camarade».

    Mais c’est là que s’arrêtent les similitudes. Le parti communiste chinois s’est transformé en un gouvernement qui maintient le gouvernement à parti unique avec principalement une ethnie, les Han chinois. En revanche, le SPLM à Juba est enfermé dans une guerre civile avec des partis dissidents, divisés par régions et ethnies dans un pays qui abrite plus de 60 groupes ethniques.

    La Chine, un modèle ?

    Zhang Yi, l’attaché économique de la Chine à Juba, estime que certains aspects du modèle de gouvernement de la Chine pourraient aider le Soudan du Sud, par exemple, à renforcer le gouvernement central. « Il n’y a pas d’histoire d’un gouvernement centralisé dans le passé, ce qui signifie qu’il n’y a pas de processus de nationalisme. Donc les gens, ils restent groupés par tribu », justifie-t-il. Mais toutes les leçons de la Chine ne doivent pas être apprises. Sous Xi Jinping, la Chine a resserré sa mainmise sur la société civile. Le Soudan du Sud est déjà familier avec certaines de ces tactiques. Les journalistes locaux sont intimidés dans le silence ou tués. « Quand vous allez en Chine, ils ne seront pas parler de démocratie », affirme Samson Wasara, vice-chancelier de l’Université de Bahr el Ghazel dans l’état Wau dont près de 300 étudiants diplômés poursuivent des études en Chine. « Dans 10 ans, l’un de ces étudiants sera le chef du Sud-Soudan ».

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    Samson Wasara craint que le SPLM considère déjà le parti communiste chinois comme son modèle, une tendance qu’il voit se reproduire à travers le continent. « La plupart des Africains passent de l’Ouest à la Chine », dit-il. Il s’inquiète que la Chine devienne le principal modèle du Soudan du Sud. Les États-Unis et d’autres puissances occidentales ont soutenu la demande d’indépendance du Soudan du Sud et sont toujours impliqués dans les efforts d’aide et de médiation dans le pays aujourd’hui. « Ce sera un désastre pour nous, surtout pour ceux qui connaissent la valeur des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté d’expression », a déclaré M. Wasara.

    Cela peut déjà se produire. Le SPLM s’inspire au moins du PCC. Anthony Kpandu déclare qu’il lit tous les jours l‘ Histoire concise du Parti communiste chinois. Il veut établir une branche jeunesse du SPLM, sur le modèle de la Ligue de la jeunesse communiste de Chine. Après avoir lu la fameuse déclaration de Mao Zedong selon laquelle les femmes «tiennent la moitié du ciel», il s’est engagé à recruter plus de femmes dans le parti. « La Chine a été un exemple pour nous. Nous les respecterons toujours », explique-t-il dans son bureau au Secrétariat général du SPLM.

    Le secrétariat gère les opérations quotidiennes du parti et prépare une formation sur le code de conduite et la structure des partis. Mais Anthony Kpandu rassure. Il confie que le Soudan du Sud ne copiera pas tout de la Chine, affirmant que le Soudan du Sud ne sera pas un état à parti unique. Le président Silva Kir, chef du SPLM à Juba, veut organiser une élection en 2018 malgré les avertissements des Nations Unies selon lesquels une élection légitime est presque impossible et risque de causer plus de violence.

    Par ailleurs, d’autres observateurs estiment que c’est aux élites et aux étudiants africains de choisir quelle leçon tirer de l’exemple de la Chine. « Les jeunes Africains ne sont pas des robots et des tabula rasa tels que les Chinois vont les bourrer de tout ce qu’ils veulent. Les étudiants prendront le meilleur de la Chine et laisseront le mal en Chine et retourneront en Afrique », explique Adams Bodomo, directeur de la Plateforme de recherche sur les études de la diaspora africaine et professeur d’études africaines à l’Université de Vienne.

    Réussite chinoise

    Les échanges et les bourses se font parfois sur admiration et sympathie qu’émulation. Des personnes qui ont assisté à des formations diplomatiques disent que l’enseignement est fondamental – comment se serrer la main ou comment s’asseoir avec un haut dignitaire (Si vous êtes l’hôte, le dignitaire devrait être à votre droite).

    Un diplomate sud-soudanais qui a passé un mois en Chine pour une formation a déclaré que son voyage était principalement axé sur la démonstration des accomplissements de la Chine. Il a été emmené visiter des villages construits à partir de zéro, des hôpitaux ruraux bien gérés. « Quand nous sommes allés ils nous ont dit beaucoup de choses sur la Chine elle-même et l’industrialisation de la Chine. Il s’agit plus de relations publiques », ajoute-t-il sous couvert d’anonymat. Cette campagne de relations publiques fonctionne au moins en partie.

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    Malgré tout « le modèle chinois » gagne du terrain sur le continent africain. Selon un sondage Afrobaromètre réalisé l’année dernière auprès de 56 000 personnes dans 36 pays africains, 30% des personnes interrogées ont déclaré que les États-Unis constituaient un meilleur modèle de développement, contre 24% qui ont classé la Chine au premier rang. En Afrique australe, en Afrique du Nord et en Afrique centrale, la Chine était au même niveau ou en avance sur les États-Unis.

    Lors de son voyage en Chine, Anthony Kpandu a également été impressionné par la surveillance. Il a visité une salle de contrôle de la police à Nanjing et lorsque son groupe a été emmené dans une zone économique spéciale à l’extérieur de la ville du sud de la Chine, un drone a filmé tout son voyage. De retour à Juba, il a écrit un rapport recommandant à son gouvernement d’acheter certains de ces drones pour faire face à des « inconnus armés », un surnom qui inclut souvent des soldats gouvernementaux eux-mêmes connus pour avoir volé et attaqué des civils dans la capitale. « Nous avons beaucoup appris du PCC », conclut-il.

  • Crypto-monnaies: le Bitcoin en plein essor au Nigéria

    Crypto-monnaies: le Bitcoin en plein essor au Nigéria

    En juillet 2016, Manasseh Egedegbe, un gestionnaire d’investissement basé à Abuja, a été pris au piège de la crise du dollar au Nigeria et a eu quelques difficultés à effectuer un paiement international. À l’époque, alors que les réserves de change et les revenus du Nigeria diminuaient dans un contexte de récession économique, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a mis en place un contrôle des changes pour restreindre l’accès aux dollars.

    Pour Manasseh Egedegbe et beaucoup d’autres Nigérians, cela posait un problème. Dans son désespoir, il se tourna vers la vague de cryptomonnaie du moment: Bitcoin. Le gestionnaire a confié au site Quartz avoir utilisé le Bitcoin pour faire une seule transaction et s’être ensuite accroché. Depuis plus d’un an, pour des raisons allant de la nécessité d’effectuer des paiements internationaux, l’adoption du Bitcoin au Nigeria a connu un pic.

    Cette année 2017, le commerce Bitcoin pair-à-pair au Nigeria a augmenté de près de 1 500%, surpassé seulement par la Chine. Les données de LocalBitcoin, un échange de Bitcoins populaire disponible dans environ 200 pays, montrent que le volume d’échanges hebdomadaires de Bitcoins au Nigeria a dépassé 1 milliard de nairas (2 millions de dollars) en août. Ces chiffres ont poussé beaucoup de Nigérians à s’intéresser au Bitcoin. La situation au Nigeria n’est pas très différente de celle du Zimbabwe, dont l’économie instable et l’épuisement des marchés des changes ont vu les habitants se tourner vers le Bitcoin comme stockage de valeur cette année. Il faut dire qu’à un moment donné, le Zimbabwe avait les prix les plus élevés du Bitcoin au monde.

    Nouveaux marchés

    Une nouvelle génération d’échanges de Bitcoins locaux s’avère essentielle pour l’adoption locale croissante. Timi Ajiboye a cofondé Bitkoin Africa en octobre après avoir éprouvé quelques difficultés à acheter la cryptomonnaie sur les marchés étrangers. L’incapacité de payer avec un compte ou une carte bancaire nigériane a conduit Timi Ajiboye à lancer Bitkoin Africa pour faciliter le commerce local. Pour sa part, Tim Akinbo, cofondateur de Tanjalo en octobre, affirme que les applications locales potentielles des cryptomonnaies et la technologie habilitante ont été la motivation pour commencer l’échange.

    Il y a aussi d’autres anciennes structures comme NairaEX, un échange de Bitcoin fondé en novembre 2015. Malgré une adoption grandissante, le scepticisme l’emporte largement sur l’enthousiasme, mais Timi Ajiboye affirme que les échanges locaux peuvent aider à mieux faire comprendre les cryptomonnaies. Un sceptique initial lui-même, le cofondateur de Bitcoin cite sa nouvelle conviction dans les cryptomonnaies, après avoir acquis une meilleure compréhension de leur potentiel, comme l’espoir d’un changement d’état d’esprit plus large.

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    Tout comme la façon dont les entreprises fintech locales créent des produits et des services pour combler les lacunes du système financier local, la technologie de la cryptomonnaie présente un certain potentiel en Afrique étant donné le manque d’infrastructures financières avancées, explique de son côté Tim Akinbo. À cet égard, ces échanges servent de rouages ​​vitaux dans l’évolution de l’infrastructure qui permettra aux cryptomonnaies d’atteindre une partie de son potentiel en Afrique.

    Quel que soit ce potentiel, la première étape consiste à «permettre aux gens d’acheter et de posséder les devises», précise Timi Ajiboye. Deux mois après leur création, les deux bourses sont en train d’encaisser des transactions. Le volume des échanges de Bitkoin Africa augmente rapidement. Près de la moitié de son volume commercial total depuis sa création a eu lieu au cours des dix premiers jours de décembre. Pendant ce temps, Tanjalo a fait près de 1 million de dollars en volume commercial avec « très peu de marketing », selon Tim Akinbo.

    Origine russe

    Les origines de l’intérêt général pour le Bitcoin sur de nombreux marchés africains ont été attribuées à Mavrodi Mundial Moneybox (MMM), un programme de ponzi russe de deux décennies. À son apogée, MMM comptait plus de deux millions d’utilisateurs au Nigéria malgré plusieurs avertissements des autorités. Il a également été opérationnel au Ghana, au Zimbabwe, au Kenya et en Afrique du Sud au cours des 18 derniers mois. Le scénario du programme était simple: les utilisateurs pouvaient «investir» de l’argent en s’engageant auprès d’autres utilisateurs du système, puis recevaient des rendements plus 30% d’intérêt en 30 jours.

     

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    Mais son long terme au Nigeria s’est arrêté quand, en décembre 2016, il a suspendu ses opérations (la CBN estime que les utilisateurs de MMM ont perdu 50 millions de dollars quand le système s’est effondré). Mais au début de l’année, quand MMM a cherché à relancer, elle a essayé de contourner les règles des régulateurs en permettant aux utilisateurs de payer et de recevoir des promesses en utilisant bitcoin – une stratégie qu’elle a également déployée dans d’autres parties de l’Afrique. Beaucoup de participants au programme, qui cherchaient à gagner de l’argent rapidement, se sont rapidement raccrochés. Au fil du temps, les Nigérians plus aisés et bourgeois ont renouvelé leur intérêt.

    Selon Manasseh Egedegbe, ils «comprennent probablement mieux la technologie que l’homme moyen de la rue». Mais même s’il ne s’agit pas d’un système de ponzi russe, les prix de Bitcoin pourraient encore voir les gens se faire brûler les doigts. La hausse fulgurante des prix, qui a franchi les seuils de 1 000 $ en quelques heures en décembre, l’a considérée comme la bulle la plus évidente et a également fait des comparaisons avec la bulle Internet au tournant du millénaireK. Tim Akinbo, plus optimiste quant à l’avenir de Bitcoin, affirme que son potentiel de facilitation du commerce transfrontalier pourrait éventuellement justifier la hausse des prix. « Quand vous regardez seul ce potentiel, je dirais que c’est sous-évalué ». En ce qui concerne une bulle potentielle, le responsable de Tanjalo considère cette phase plus comme un moment où tout le monde essaie d’entrer dans l’action. « Tout comme n’importe quelle nouvelle technologie, la spéculation est la façon dont cela va trouver sa place », justifie-t-il.

    Disparition par règlement ?

    Une grande partie de l’engouement Bitcoin se résume à de grandes prédictions sur son potentiel futur. En Afrique, les possibilités débattues vont de l’assouplissement des paiements, en particulier pour les services internationaux, à l’augmentation des envois de fonds – une aubaine pour de nombreuses économies locales. Mais le plus fondamental d’entre eux, selon Tim Akinbo, est la possibilité d’avoir un système « où tout le monde est autorisé à participer » sans discrimination de localisation géographique ou d’origine.

    Pour Timi Ajiboye, qui envisage d’étendre Bitkoin Africa à d’autres pays africains à partir de l’année prochaine, faciliter les échanges à travers l’Afrique est une réelle possibilité. « Il est plus facile d’envoyer de l’argent depuis l’Amérique vers le Nigeria que d’envoyer de l’argent du Nigeria à la Gambie, mais la technologie peut régler ces choses », dit-il. Que la bulle Bitcoin éclate ou non, son potentiel localement pourrait être atténué par la réglementation. Alors qu’il est difficile pour les autorités de réglementer les cryptocurrences sur lesquelles ils ont peu de contrôle, il est possible de réguler les entreprises qui fournissent des services en utilisant les devises.

    Jusqu’à présent, la Banque centrale du Nigeria (CBN), comme la plupart des banques faîtières à travers le monde, a émis des avertissements sur le risque de cryptomonnaie. L’une des premières est apparue dans une circulaire de janvier dans laquelle elle citait les dangers du «blanchiment d’argent et du financement du terrorisme». Cependant, plus récemment, la position de la banque faîtière semble s’être adoucie: en octobre, elle aurait mis en place des départements chargés d’élaborer un rapport sur les propositions de politique pour les cryptomonnaies.

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    Alors que CBN réfléchit à ses politiques sur les cryptomonnaies, Tim Akinbo soutient qu’il «reste flexible» en continuant à revoir et ajuster ses politiques en fonction des tendances mondiales. L’alternative est d’adopter et de maintenir une politique qui pourrait devenir archaïque dans un monde en évolution rapide. Un événement qui pourrait déclencher une vague de réglementation inquiétante et une forte baisse des prix (ou l’éclatement de la bulle bitcoin). Si tel est le cas, Osarumen Osamuyi, un développeur basé à Lagos, espère que la banque faîtière n’adoptera pas de « régulation draconienne ». Une action aussi radicale « finira par nuire à l’innovation », a-t-il expliqué au site d’information Quartz.

  • Somalie: construction du premier mémorial après la guerre

    Somalie: construction du premier mémorial après la guerre

    Deux mois se sont écoulés depuis l’attentat meurtrier qui a fait plus de 500 morts et plus de 300 blessés dans un carrefour achalandé dans la capitale somalienne de Mogadiscio. L’attentat à la bombe du 14 octobre, l’attaque la plus meurtrière de l’histoire de la Somalie a laissé les Somaliens et l’Afrique stupéfaits et frustrés. Le pays envisage maintenant de consacrer son premier mémorial depuis le début de la guerre civile somalienne en 1991 aux victimes de l’attentat.

    La conception proposée par l’architecte somalien d’origine italienne Omar Degan imagine un espace ouvert, rempli de gravier, marqué par de grandes formes rectangulaires représentant chaque victime. Entouré de plantes et de blocs de béton, l’élément central du monument serait deux murs portant les noms des 512 personnes décédées. Un troisième mur au milieu détaillerait ce qui s’est passé le jour de l’attaque. Omar Degan, 27 ans, se spécialise dans l’architecture d’urgence, qui traite de la reconstruction des communautés touchées par les catastrophes, les conflits et la pauvreté. Il a pensé à la conception d’un mémorial immédiatement après l’attaque. À l’époque, il était à Nairobi et sur le point d’entreprendre son premier voyage en Somalie depuis que ses parents ont quitté le pays.

    Reconstruction

    La vision de Omar Degan du mémorial, qu’il a appelé « Oct. 14 » est ancré dans l’apparence de paix qui a enveloppé la Somalie ces dernières années. Alors que les combats ouverts se sont calmés, les Somaliens de la diaspora reviennent, créent des entreprises et participent à de grands projets de développement. Après les attentats du 14 octobre, le secteur technologique naissant du pays est intervenu pour aider aux efforts de recherche et a financé des dizaines de milliers de dollars pour aider les familles des blessés et des morts. Ces efforts sont couronnés par la détermination des autorités de reconstruire le pays et de maintenir un climat de paix sur toute l’étendue du territoire.

    Au cours d’une récente visite, Omar Degan a déclaré qu’il voyait un pays qui se remettait encore des effets de la guerre avec des postes de contrôle tenus par des agents en détresse. L’architecte évoque avec enthousiasme la pittoresque plage du Lido et la détermination des Somaliens à changer le pays pour le mieux. Omar Degan dit que les fonctionnaires de l’administration régionale de Benadir qui supervise Mogadiscio l’ont approché après avoir vu son design et sont en train de revoir ses croquis. Il a également affiché les rendus du monument sur les médias sociaux afin de mesurer l’intérêt du public et de voir si les gens seraient intéressés par une campagne de financement. « Nous méritons mieux. Nous méritons de bonnes choses en Somalie », lâche-t-il avec détermination.

     

     

     

  • Zimbabawe: une application mobile pour lutter contre les violations des droits de l’homme

    Zimbabawe: une application mobile pour lutter contre les violations des droits de l’homme

    L’International Bar Association (IBA) a lancé au Zimbabwe une application mobile qui capture des images vérifiables. L’application va contribuer à la poursuite des personnes coupables de violations de droits de l’homme.

    L’application lancée par l’IBA est dénommée « eyeWitness to Atrocities ». Elle utilise LexisNexis Legal & amp, la technologie professionnelle pour stocker en toute sécurité les preuves recevables. Depuis son lancement, « eyeWitness to Atrocities » a été saluée comme un nouvel outil pour documenter et signaler les atrocités des droits de l’homme d’une manière sûre et vérifiable afin que l’information puisse être utilisée comme preuve devant un tribunal. Sur le continent, les médias sociaux font de plus en plus partie du quotidien des populations. C’est ainsi que de nombreuses images mises en ligne ont fait prendre conscience des atrocités commises dans le monde entier. Mais ces images n’ont pas l’attribution ou l’information nécessaire pour être utilisées comme preuve devant un tribunal.

    Grâce à cette nouvelle technologie, des Zimbabwéens disposant d’un téléphone intelligent compatible avec Android – y compris les défenseurs des droits humains, les journalistes et les enquêteurs – téléchargent l’application eyeWitness to Atrocities dans le but de traduire en justice les auteurs d’atrocités telles que génocide, crimes contre l’humanité, torture et guerre crimes.

    Activistes habiles

    Selon Mark Ellis, directeur exécutif de l’IBA, l’application « eyeWitness to Atrocities » est un outil de transformation dans la lutte pour les droits de l’homme, apportant une solution aux défis de preuve entourant les séquences de téléphone mobile. Jusqu’à présent, il a été extrêmement difficile de vérifier l’authenticité de ces images et de protéger la sécurité des personnes suffisamment courageuses pour les enregistrer. En tant que défenseur des sans voix, l’International Bar Association se consacre à habiliter les activistes sur le terrain qui sont témoins de ces atrocités avec la capacité de traduire les criminels en justice.

    La conception de l’application est basée sur des recherches approfondies sur les règles de preuves qui peuvent être montrées devant les tribunaux internationaux, régionaux et nationaux. « eyeWitness to Atrocities » comprend plusieurs fonctionnalités pour garantir l’authenticité, faciliter la vérification et protéger la confidentialité en permettant à l’utilisateur de décider s’il veut ou non être anonyme.

    Le vice-président directeur et avocat général de LexisNexis Legal & amp, Ian McDougall, estime de son côté que le fait de « mettre l’information et la technologie entre les mains des citoyens du monde entier a un rôle important à jouer pour faire progresser la primauté du droit ». LexisNexis Legal & amp fournit à l’IBA une technologie pour assurer la protection des preuves et la confidentialité des activistes sur le terrain.

    Fonctionnement  

    Lorsqu’un activiste ou tout utilisateur enregistre une atrocité, l’application recueille automatiquement et incorpore dans le fichier vidéo les coordonnées GPS, la date et l’heure, les données du capteur de l’appareil et les objets environnants tels que les réseaux Bluetooth et Wi-Fi. L’utilisateur a également la possibilité d’ajouter des informations d’identification supplémentaires sur l’image.

    Ces métadonnées fourniront des informations intégrales pour vérifier et contextualiser les images. Les images et les données d’accompagnement sont cryptées et stockées de manière sécurisée dans l’application. L’application intègre également un enregistrement de chaîne de contrôle pour vérifier que la vidéo n’a pas été modifiée ou manipulée numériquement.

    L’activiste envoie après toutes ces informations depuis son application vers une base de données gérée par l’organisation eyeWitness. Une fois la vidéo transmise, elle est stockée dans un référentiel sécurisé qui fonctionne comme un casier de preuves virtuel protégeant les images originales cryptées pour les enquêtes et procédures judiciaires futures.

    Les séquences soumises ne sont accessibles que par un groupe d’experts juridiques de eyeWitness qui analyse les images et identifie les autorités compétentes, y compris les tribunaux internationaux, régionaux ou nationaux, pour poursuivre les cas pertinents. L’IBA a annoncé sa décision de mettre l’application à la disposition d’autres organisations de défense des droits de l’homme. « eyeWitness to Atrocities » peut par exemple être utilisé dans les zones de conflit dans le monde.

  • Patinage : À 17 ans, une Ghanéenne devient la première femme noire de l’équipe des USA

    Patinage : À 17 ans, une Ghanéenne devient la première femme noire de l’équipe des USA

    C’est historique. La patineuse de vitesse Maame Biney est devenue mi-décembre là première femme noire à faire partie de l’équipe olympique américaine. Âgée de 17 ans, cette Ghanéenne d’origine est devenue la grande attraction des médias depuis son intégration à l’équipe olympique de patinage de son pays d’adoption.

    Pour rentrer dans l’histoire l’athlète s’est en effet montrée à son meilleur niveau au cours d’une compétition de qualification organisée dans l’Utah. Maame Biney a terminé en tête de sa course, se débarrassant ainsi trois autres concurrents immédiats. Sur une épreuve de 500 mètres, la jeune athlète dressée sur ses patins à emballer le public présent. Maame Biney a mis un rythme effréné en prenant une avance précoce qui s’est élargie au fur et à mesure de la course. Elle a ainsi franchi la ligne d’arrivée sur la patinoire. Impressionnée par sa propre performance, Mame Biney s’est dite très heureuse. L’athlète a également confié avoir rêvé « de ce moment depuis juin ». « Je suis tellement contente », a-t-elle ajouté.

    Avec son brillant résultat et sa sélection dans l’équipe olympique américaine, la Ghanéenne d’origine va représenter les États-Unis aux prochains Jeux olympiques d’hiver. Ces derniers se tiendront en 2018 en Corée du Sud. Maame Biney n’avait pourtant pas rêvé de ce parcours. Après sa naissance au Ghana, c’est très tôt qu’elle rejoint son père installé aux États-Unis, à Rockville dans le Maryland. Elle n’avait que cinq ans. Douze ans après, celle qui est désormais considérée comme une grande star en devenir rappelle l’appui de son père qu’elle considère comme « le plus grand motivateur ». « Mon père me suit tous les jours. Il me donne des conseils. Je l’aime pour ça », a-t-elle confié au site teamusa.org.

    Talent prometteur

    « Quand j’ai réalisé que je faisais partie de l’équipe olympique, j’ai commencé à m’énerver comme une folle, puis j’ai fait une chute épique », commente la jeune athlète. Si l’athlète est rentrée dans l’histoire en tant que première femme noire dans l’équipe olympique, elle reste le deuxième patineur de vitesse noir à représenter les États-Unis aux Jeux olympiques. Le premier noir étant Shani Davis. En 2002, ce dernier avait aussi intégré l’équipe olympique de son pays. L’Afro-Américaine confie avoir essayé le patinage artistique quand elle était petite. C’est d’ailleurs son père qui l’inscrit à des cours de patinage artistique à Reston, en Virginie, alors qu’elle avait six ans. Un de ses entraîneurs avait alors suggéré qu’elle passe au patinage de vitesse parce qu’elle « allait trop vite pour être une patineuse artistique ».

    Malgré son jeune âge, Maame Biney montre une grande maîtrise dans ses courses de 500 mètres. Elle a déjà remporté une médaille de bronze aux championnats du monde juniors. Cela fait d’elle la deuxième femme américaine depuis 1996 à remporter une médaille aux championnats du monde juniors. Désormais, tous les regards sont tournés vers les prochains jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud. Beaucoup espèrent que la jeune ghanéenne décroche sa première médaille olympique.

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  • A 16 ans, un Nigérian construit pour la première fois un réacteur nucléaire

    A 16 ans, un Nigérian construit pour la première fois un réacteur nucléaire

    Steven Udotong est rentré dans l’histoire. À 16 ans, ce Nigérian est devenu le premier étudiant noir à construire un réacteur nucléaire. Steven Udotong, 16 ans, étudie dans le sud du New Jersey aux États-Unis. Le jeune nigérian passionné de science espère améliorer son réacteur. L’objectif est de le rendre complet. Le réacteur sera ainsi capable de conduire des atomes d’hydrogène avec une force formidable dans un orbe en acier, les fusionnant dans l’hélium et produisant une petite quantité d’énergie.

    Le réacteur de fusion nucléaire de Steven Udotong sera une version à petite échelle de la réaction qui se déroulera au soleil. Steven Udotong a déclaré qu’il a eu l’idée de construire un réacteur après qu’il ait appris en classe des leçons sur la production d’énergie nucléaire: « J’ai été curieux après avoir survolé le sujet de l’énergie nucléaire dans mon cours de chimie l’année dernière. J’ai décidé de faire plus de recherches, et j’ai vite appris que je pouvais réellement fabriquer une fusée nucléaire ».

    Soutien

    En plus de sa mère, Nonye Udotong, instructrice de physique à l’Université Rowan qui a encouragé son intérêt et l’a soutenu activement, Steven, Udotong a également bénéficié du soutien de ses quatre frères intelligents, dont l’un a aidé à mettre en place une page GoFundMe pour mobiliser des fonds. Cela lui a permis de construire son réacteur de fusion. Mais surtout de réaliser son rêve de devenir le premier étudiant afro-américain à mener à bien un tel projet.

    Outre son réacteur, Steven Udotong entreprend également d’autres recherches dans le but d’apprendre davantage sur la fusion nucléaire. Le jeune nigérian a déjà dans le cadre de ses recherches rencontré et interagi avec d’autres amateurs de fusion.