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Togo: la difficile éclosion des startups du numérique

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GDG

Les brises de l’entrepreneuriat qui soufflent sur les pays émergents asiatiques ont fini par avoir raison de l’Afrique. Exposé à un taux de chômage très élevé et qui ne cesse de croitre de manière exponentielle à cause d’un taux de natalité relativement fort face à des politiques d’emploi non efficaces et à des économies qui n’évoluent que lentement, les jeunes sont presque condamnés à une alternative d’auto-emploi.

Au Togo, après une longue période caractérisée par des cycles de stagnation et de récession liée à plus de quinze ans de crise sociopolitique, l’économie togolaise est marquée, durant les huit dernières années (2005 à 2012), par des signes d’une reprise progressive. Ainsi, le taux de croissance économique qui a été en moyenne de 2,4% sur la période 2005 à 2007 s’est progressivement et de manière régulière engagée sur une trajectoire ascendante jusqu’à atteindre 5,9 % en 2012.

Si cette performance économique est louable, son impact sur les conditions économiques et sociales des populations est resté mitigé. Toutefois, cette situation globalement précaire est adossée un taux du chômage et de sous-emploi au Togo relativement très élevé. Au grand nombre de chômeurs, s’est ajouté le développement d’un secteur informel, laissé jusque-là à lui-même, dont le niveau de sous-emploi apparaît aujourd’hui comme une pesanteur quant à la création d’emplois décents et durables.

Dès lors, des initiatives naissent sur le terrain. Le Togolais Dona Etchri a été primé à Paris au programme de Connexions Citoyennes 2017 organisé par CFI, avec sa nouvelle application dénommée Doomevi, « une application qui va améliorer la participation citoyenne dans la vie active de la nation togolaise en stimulant le sérieux et la promptitude dans la réparation et l’entretien des infrastructures publiques ». D’autres jeunes Togolais comme Sam Kodo s’illustre dans la robotique, comme Limpio Studio qui s’est fait connaitre avec le premier jeu vidéo togolais.

Le grand assaut

Au Togo, la situation n’est pas tout autre. Le marché de l’emploi consomme très peu de jeunes que les universités n’en produisent. Le chômage est galopant.

Si le gouvernement s’aperçoit fébrile face aux politiques d’emplois des jeunes, il a néanmoins des approches de solution, en passant par la création d’un ministère du développement à la base, de l’artisanat, de la jeunesse et de l’emploi des jeunes. Depuis, des structures ont été créées ayant pour mission d’accompagner les jeunes à faire éclore leur leadership et à s’engager dans l’auto-emploi.

Depuis la création du Fonds d’appui à l’initiative économique des jeunes (FAIEJ), le bilan est sans doute mitigé, mais l’Etat est tout de même satisfait de faire sortir de son laboratoire des jeunes entrepreneurs. Cette initiative qui forme des jeunes de 18 à 35 et finance leurs projets se veut un système de prêt permettant de financer à hauteur de 95% le coût total de projet. Le taux applicable est de 4,5% avec un différé maximum de 6 mois, et ce, selon la nature de l’activité, sur une durée maximale de 36 mois.

Dispositif d’accompagnement technique et financier opérationnalisé en 2013, le FAIEJ dans le cadre de sa mission, soutient les jeunes porteurs d’initiatives d’entreprises. A ce jour, plus de 1 500 projets sont structurés dont un millier financé à hauteur de 1 700 000 000 F CFA, selon les responsables.

Difficultés

Au Togo, nombre sont les difficultés liées au secteur de l’entrepreneuriat. S’il est vrai que le Centre de formalités des entreprises est de plus en plus opérationnel et simplifier, d’autres contraintes subsistent encore.

Le Togo mise en effet sur le secteur du numérique pour doper son économie. Depuis la mise en place du ministère des Postes et de l’Économie numérique, des initiatives dans le sens de l’innovation numérique intéressent et les occasions pour les primer ne font pas défaut.

Toutefois, pour les startups spécialisées dans le numérique et dans la technologie, les coupures régulières et intempestives de l’électricité ajoutées aux censures sur internet que le pays a connu lors de la crise sociopolitique constituent un réel manque à gagner pour les jeunes entrepreneures. « Déjà que la qualité de la connexion internet est médiocre, mais chère, cela ne facilite pas les choses. Ensuite, les coupures de la connexion bouleversent les prévisions et nous mettent dans l’incertitude constante » a confié un jeune entrepreneur digital.

En effet, ce problème est souvent relevé, mais pas que. D’autres pointent, sans être contre le principe au fond, le fonctionnement de l’Office togolais des Recettes qui ne favorise pas la bonne croissance des startups, mais plutôt les « étouffe ».

Autre point souvent ressorti : le manque de financement. « Le Togo fait un effort, mais il reste beaucoup à faire. Pour un pays qui a besoin de compter sur les compétences locales pour, à la fois relever l’économie du pays et contribuer à la résolution des problèmes de chômages, c’est encore insuffisant », nous confie un entrepreneur. Conséquence, les jeunes cerveaux préfèrent aller se faire valoriser sur d’autres marchés comme en Europe, en Asie, en Amérique voire en Afrique de l’Est et australe, ces régions hautement fertiles aux innovateurs.

Pour autant, bien de jeunes entrepreneurs ne désarment pas. Ils sont plus d’un à être persuadés, tout comme la ministre togolaise de l’Économie numérique, que le Togo représente une terre d’opportunité pour quiconque veut entreprendre en numérique, tant que le rêve de faire de Lomé un hub numérique n’est pas encore mort.

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